Réglementation 3 septembre 2026 ⏱️ 8 min de lecture

Maquillage permanent : 7 obligations pour votre studio

Déclaration ARS, salle technique, filière DASRI, encres conformes REACH, exigences de l'assureur : ce que la réglementation et votre contrat multirisque imposent réellement au local d'un studio de maquillage permanent — et ce qui se joue le jour du sinistre.

Par l'équipe Insurio Courtier responsable · ORIAS 22001730
⚡ L'essentiel
  • Avant d'ouvrir, l'activité de maquillage permanent doit être déclarée à l'ARS et chaque praticien formé à l'hygiène et à la salubrité (21 heures), en application des articles R.1311-1 et suivants du Code de la santé publique.
  • Le local doit comporter une salle technique exclusivement dédiée aux actes, avec surfaces lessivables et point d'eau, et les aiguilles usagées suivent la filière DASRI (convention de collecte et bordereaux de suivi).
  • Depuis janvier 2022, la restriction REACH (UE) 2020/2081 interdit des milliers de substances dans les encres de tatouage et de maquillage permanent : un stock non conforme n'a plus de valeur indemnisable.
  • En B2B, ni rétractation de 14 jours ni loi Hamon : la multirisque se résilie à l'échéance annuelle avec 2 mois de préavis (article L.113-12 du Code des assurances), pour un budget de l'ordre de 15,90 €/mois en entrée de gamme.

Un studio sous double contrainte : santé publique et contrat d'assurance

Le maquillage permanent — dermopigmentation des sourcils, des lèvres ou des paupières, microblading — est juridiquement un tatouage par effraction cutanée. À ce titre, l'activité est encadrée par les articles R.1311-1 et suivants du Code de la santé publique : déclaration préalable de l'activité auprès de l'Agence régionale de santé (ARS), formation « hygiène et salubrité » de 21 heures pour chaque personne qui réalise l'acte, et règles précises d'aménagement du local.

Le local d'un dermographe est donc réglementé avant même d'être assuré. Or l'assureur multirisque professionnelle ajoute sa propre couche d'exigences contractuelles : protections contre le vol, entretien de l'installation électrique, déclaration exacte de la surface et du contenu. Trois niveaux coexistent et ne se confondent pas :

  • l'obligation légale, dont le non-respect expose à des sanctions administratives, voire pénales ;
  • l'exigence d'assureur, écrite dans les conditions du contrat, dont le non-respect se paie au moment du sinistre ;
  • la bonne pratique, imposée par personne, mais qui fait la différence dans un dossier d'indemnisation.

Que vous exerciez dans un studio dédié, une cabine louée dans un institut de beauté ou une pièce aménagée à domicile, cet article passe votre local et vos biens au crible de ces trois niveaux.

La salle technique : ce que la réglementation sanitaire impose au local

La réglementation applicable au tatouage et au maquillage permanent impose une organisation matérielle du local, pas seulement des gestes. Le point central est la salle technique : une pièce ou une zone exclusivement dédiée à la réalisation des actes, distincte de l'accueil et de tout autre usage. Les bonnes pratiques d'hygiène et de salubrité fixées par arrêté imposent notamment :

  • des sols et plans de travail lisses, non poreux et lessivables, désinfectés entre chaque client ;
  • un point d'eau équipé pour le lavage des mains à proximité immédiate de la zone d'acte ;
  • une zone distincte pour le nettoyage et le stockage du matériel, séparée de la zone où le client est installé ;
  • du mobilier (fauteuil, tablettes, chariot) recouvert de matériaux supportant la désinfection.

Ces points relèvent de l'obligation légale : l'ARS peut contrôler le local et, en cas de manquement grave, faire cesser l'activité. Ils ont aussi une conséquence assurantielle directe. Un local déclaré à l'assureur comme simple « bureau » ou « institut de beauté » alors qu'il abrite une salle technique et des actes d'effraction cutanée constitue une déclaration inexacte du risque : l'article L.113-9 du Code des assurances permet alors de réduire l'indemnité en proportion de la prime qui aurait été due, et l'article L.113-8 va jusqu'à la nullité du contrat en cas de mauvaise foi.

Bonne pratique complémentaire : formaliser par écrit vos protocoles de nettoyage et les dater. En cas de dégât des eaux touchant la salle technique, ce dossier accélère l'expertise et prouve l'état d'entretien du local.

Aiguilles, encres, DASRI : des biens sous traçabilité

Deux familles de biens font la spécificité d'un studio de dermopigmentation : les consommables piquants et les encres.

Les aiguilles et cartouches usagées sont des déchets d'activités de soins à risques infectieux (DASRI). La réglementation impose de les stocker dans des collecteurs homologués, de signer une convention avec un organisme de collecte agréé et de conserver les bordereaux de suivi d'élimination, la fréquence d'enlèvement dépendant du volume produit. Un studio qui jette ses aiguilles avec les ordures ménagères s'expose à des sanctions — et donne à n'importe quel expert d'assurance un motif de douter du sérieux de l'exploitation.

Les encres et pigments sont, eux, soumis au règlement européen REACH : la restriction (UE) 2020/2081, applicable depuis janvier 2022, interdit des milliers de substances dans les encres de tatouage et de maquillage permanent, complétée en 2023 par l'interdiction de certains pigments. Conséquences concrètes pour vos biens :

  • n'achetez que des encres étiquetées conformes REACH et conservez les références de lots ainsi que les certificats fournisseurs (traçabilité) ;
  • un stock non conforme ou périmé n'a pas de valeur indemnisable : le principe indemnitaire de l'article L.121-1 du Code des assurances interdit d'indemniser au-delà de la valeur réelle d'un bien, et un produit inutilisable et invendable ne vaut rien ;
  • déclarez un capital « stock et consommables » réaliste : pigments, cartouches et produits d'hygiène représentent vite plusieurs milliers d'euros.

ERP, accessibilité et affichages : recevoir du public dans les règles

Un studio qui reçoit de la clientèle est un établissement recevant du public (ERP), généralement de 5e catégorie. Cela emporte des obligations propres au local : moyens d'extinction adaptés (au moins un extincteur vérifié chaque année), consignes de sécurité, installations maintenues en bon état et registre de sécurité tenu à jour. Côté accessibilité, le local doit être accessible aux personnes en situation de handicap ou faire l'objet d'une dérogation, et un registre public d'accessibilité doit être tenu à disposition de la clientèle.

S'ajoutent les affichages et informations propres au métier : affichage des prix des prestations, information préalable du client sur les risques de l'acte avant sa réalisation et, pour les mineurs, consentement écrit d'une personne titulaire de l'autorité parentale — la réglementation sanitaire l'exige expressément pour le tatouage, dont relève le maquillage permanent.

Si vous êtes locataire, deux vérifications s'imposent avant tout aménagement : la destination du bail (l'activité de maquillage permanent doit y être autorisée, une destination « soins esthétiques » ne suffit pas toujours) et le règlement de copropriété. Rappelez-vous enfin qu'en cas d'incendie, les articles 1733 à 1735 du Code civil présument la responsabilité du locataire vis-à-vis du propriétaire : c'est précisément le « risque locatif » que votre multirisque doit garantir à hauteur suffisante pour la valeur du local occupé.

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Ce que votre assureur exige de votre local : le tableau de contrôle

Les conditions générales et particulières de votre multirisque contiennent des exigences qui conditionnent la garantie. Elles ne se négocient pas après coup : au sinistre, l'assureur vérifie, pièces à l'appui. Le tableau ci-dessous distingue ce qui relève de la loi, du contrat et de la simple prudence pour un studio de maquillage permanent.

Point de contrôleNatureCe qui est attenduRisque en cas de manquement
Déclaration d'activité à l'ARSObligation légaleAvant le début de l'activité, pour chaque local d'exerciceSanctions administratives ; doute sur la régularité de l'exploitation au sinistre
Formation hygiène et salubrité (21 h)Obligation légaleAttestation conservée au studioInterdiction de pratiquer l'acte
Vérification de l'installation électriqueExigence d'assureur fréquenteContrôle périodique par un professionnel, rapport conservéRéduction ou refus de garantie sur un incendie d'origine électrique
Moyens de protection contre le volExigence d'assureurSerrures de sûreté, parfois alarme au-delà d'un certain capitalGarantie vol réduite ou écartée
Filière DASRI (convention + bordereaux)Obligation légaleCollecteurs homologués, enlèvements tracésSanctions ; dossier fragilisé face à l'expert
Protocoles d'hygiène écrits et datésBonne pratiqueClasseur ou fichier à jour, photos datées du localExpertise plus longue, discussion sur l'entretien

Deux mécanismes distincts se cachent derrière la colonne « risque ». Le non-respect d'une condition de garantie (serrure absente, alarme non branchée) permet à l'assureur d'écarter le sinistre concerné. La déclaration inexacte du risque à la souscription (surface minorée, activité présentée comme simple institut) déclenche la réduction proportionnelle de l'article L.113-9 du Code des assurances — appliquée même sans lien entre l'inexactitude et le sinistre.

Le jour du sinistre : délais, preuves et indemnisation

Un dégât des eaux qui traverse le plafond de la salle technique, un cambriolage avec vol du dermographe : la gestion des premières heures conditionne l'indemnisation.

Les délais d'abord. L'article L.113-2 du Code des assurances impose de déclarer le sinistre dans le délai fixé au contrat, qui ne peut être inférieur à 5 jours ouvrés — ramené à 2 jours ouvrés en cas de vol. Pour un cambriolage, déposez plainte immédiatement : le récépissé sera exigé. En cas d'inondation ou de sécheresse reconnue catastrophe naturelle, le régime spécifique des articles L.125-1 et suivants s'applique, avec ses propres délais une fois l'arrêté publié.

Les preuves ensuite. Conservez, hors du studio ou dans le cloud, les factures de votre dermographe, de votre fauteuil, de vos lampes et de vos aménagements, ainsi que des photos datées du local. Les aménagements réalisés par vos soins en tant que locataire — cloisons de la salle technique, plomberie du point d'eau, revêtements — doivent être expressément déclarés au titre des « aménagements et embellissements » : ils ne sont couverts ni par le propriétaire ni par défaut.

L'indemnisation enfin. Vérifiez si vos matériels sont garantis en valeur à neuf ou vétusté déduite : un dermographe de qualité coûte, à titre d'ordre de grandeur, entre 500 et 2 000 €, et la vétusté se sent vite. Si vos capitaux déclarés sont inférieurs à la valeur réelle des biens, l'article L.121-5 autorise la règle proportionnelle de capitaux : vous n'êtes indemnisé que dans la proportion assurée. Pensez aussi à la garantie perte d'exploitation : un studio fermé trois semaines, c'est un agenda de rendez-vous annulés sans chiffre d'affaires.

Vie du contrat : le vrai régime de résiliation d'un professionnel

Un point fait perdre du temps à beaucoup de dermographes : les règles de résiliation « grand public » ne s'appliquent pas ici. Le droit de rétractation de 14 jours et la résiliation à tout moment de la loi Hamon sont des dispositifs conçus pour les consommateurs : ils sont inapplicables à un contrat souscrit pour les besoins de votre activité professionnelle.

Le régime applicable est celui du Code des assurances :

  • L.113-12 : résiliation possible chaque année à l'échéance anniversaire, moyennant un préavis de 2 mois notifié dans les formes prévues au contrat ;
  • L.113-16 : résiliation en cours d'année en cas de changement de situation — déménagement du studio, changement de profession, cessation définitive d'activité, retraite — à demander dans les 3 mois suivant l'événement ;
  • L.113-3 : en cas de prime impayée, mise en demeure, puis suspension de la garantie 30 jours plus tard et résiliation possible ensuite — un studio peut se retrouver sans couverture sans avoir rien signé.

Dernier réflexe : tout changement du risque en cours de contrat — déménagement, agrandissement, ajout d'une activité de formation ou de revente de produits — doit être déclaré à l'assureur, faute de quoi c'est encore l'article L.113-9 qui s'appliquera. Pour situer le budget, des multirisques professionnelles adaptées aux dermographes existent à partir d'environ 15,90 €/mois : un ordre de grandeur, la prime réelle dépendant de la surface, des capitaux déclarés et des garanties retenues.

Questions fréquentes

La multirisque de l'institut couvre son local et ses biens, pas les vôtres. Votre dermographe, votre stock de pigments et vos aménagements de cabine relèvent de votre propre contrat. Vérifiez la convention d'occupation (sous-location ou mise à disposition) et la présence éventuelle d'une renonciation à recours réciproque, à signaler aux deux assureurs. La déclaration à l'ARS reste due pour ce lieu d'exercice.

Pas par défaut. La multirisque couvre les biens à l'adresse déclarée ; le matériel transporté nécessite une extension « biens hors locaux » ou « tous lieux ». Attention aux exclusions classiques : vol dans un véhicule (souvent conditionné à un coffre fermé et exclu la nuit) et matériel confié à un tiers. Déclarez précisément la valeur de la mallette qui voyage avec vous.

Rarement en totalité. Les moyens de protection listés aux conditions particulières (serrure de sûreté, alarme) sont des conditions de la garantie vol : s'ils faisaient défaut ou n'étaient pas activés au moment des faits, l'assureur peut réduire l'indemnité, voire refuser la prise en charge du vol. Relisez ces clauses dès la souscription et conservez les factures d'installation de vos protections.

Un stock d'encres non conformes à la restriction REACH applicable au maquillage permanent ne peut plus être ni utilisé ni vendu : sa valeur indemnisable est nulle, en vertu du principe indemnitaire de l'article L.121-1 du Code des assurances. Ne déclarez en capital « stock » que des produits conformes et non périmés, et conservez les certificats de conformité de vos fournisseurs.

Oui, à condition de déclarer l'activité à l'ARS pour ce lieu et d'y aménager une véritable salle technique dédiée, conforme aux règles d'hygiène. Une assurance habitation ne couvre pas l'activité professionnelle : déclarez-la à votre assureur habitation et souscrivez une multirisque professionnelle pour le matériel, le stock et la pièce aménagée. Vérifiez aussi votre bail ou le règlement de copropriété.

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Article rédigé et vérifié par l'équipe Insurio — Tutassûr, courtier en assurance immatriculé à l'ORIAS sous le n° 22001730. Information à caractère général ne se substituant pas aux conditions de votre contrat.

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