Maquilleur pro : 7 règles pour votre studio et votre matériel
ERP, hygiène cosmétique, exigences vol et électricité, kit en déplacement : ce que la réglementation et les assureurs attendent du studio et du matériel d'un maquilleur professionnel — et comment se passe l'indemnisation au sinistre.
- Un studio qui reçoit des clients est un ERP, généralement de 5e catégorie : registre de sécurité, extincteur vérifié chaque année et affichage des consignes sont exigibles.
- Sans extension « hors locaux », le kit de maquillage n'est couvert que dans le studio ; le vol dans un véhicule est soumis à conditions (effraction, matériel non visible, exclusion nocturne fréquente).
- L'article L.113-2 du Code des assurances impose de déclarer un vol sous 2 jours ouvrés minimum, et les autres sinistres sous 5 jours ouvrés minimum.
- Contrat professionnel : ni rétractation de 14 jours ni loi Hamon — le régime est la résiliation à l'échéance annuelle avec 2 mois de préavis (article L.113-12).
Recevoir des clients au studio : êtes-vous un ERP sans le savoir ?
Un maquilleur d'artistes et de comédiens travaille souvent hors les murs : plateaux de tournage, théâtres, backstages, mariages. Mais dès que vous disposez d'un studio, d'un atelier ou d'une cabine où vous recevez des clients pour des essais, des cours d'auto-maquillage ou des prestations beauté, votre local devient un établissement recevant du public (ERP) au sens du Code de la construction et de l'habitation — généralement classé en 5e catégorie compte tenu de l'effectif accueilli.
Concrètement, cela emporte des obligations que beaucoup de petits studios ignorent :
- un registre de sécurité tenu à jour (vérifications, travaux réalisés, consignes) ;
- des moyens d'extinction : au moins un extincteur accessible, signalé et vérifié chaque année ;
- des installations électriques maintenues en bon état et contrôlées périodiquement ;
- l'affichage des consignes de sécurité et de l'interdiction de fumer.
Si vous exercez à domicile, deux vérifications s'imposent avant même l'assurance : votre bail ou votre règlement de copropriété doit autoriser l'activité, et votre assureur doit être informé — un contrat habitation ne couvre ni le matériel professionnel ni les clients reçus. Enfin, la déclaration du risque engage : une description inexacte de l'usage du local peut être sanctionnée par la nullité du contrat en cas de mauvaise foi (article L.113-8 du Code des assurances) ou par une réduction proportionnelle de l'indemnité (article L.113-9).
Hygiène et cosmétiques : ce que la réglementation impose vraiment
Le maquillage artistique n'est soumis à aucun agrément sanitaire, mais il n'échappe pas à la réglementation des produits : le règlement (CE) n° 1223/2009 encadre les cosmétiques mis à disposition sur le marché européen. Pour votre pratique et votre stock, cela se traduit par des points très concrets :
- produits conformes et traçables : étiquetage européen, fournisseurs identifiés, pas de produits importés hors circuit réglementaire ;
- respect de la PAO (période après ouverture) : un fard ou un mascara ouvert au-delà de sa durée d'utilisation doit être écarté ;
- stockage adapté : à l'abri de la chaleur et de la lumière directe — un studio surchauffé dégrade textures et conservateurs.
Côté cabine, les règles relèvent surtout de la bonne pratique professionnelle : nettoyage et désinfection des pinceaux entre deux visages, embouts de mascara jetables, spatules pour prélever les crèmes, plan de travail désinfecté. Ce n'est pas une obligation codifiée propre au métier, mais c'est ce qu'un expert regardera après un sinistre ou une réclamation.
Attention à la frontière du maquillage permanent (dermopigmentation) : cette activité-là est strictement encadrée — déclaration auprès de l'ARS, formation aux règles d'hygiène et de salubrité, espace technique dédié dans le local. Si vous ajoutez cette prestation, votre local et votre contrat doivent être revus, car le risque déclaré change.
Électricité, vol, entretien : les trois niveaux d'exigence sur le local
Sur le local, il faut distinguer trois niveaux d'exigence, qui n'ont ni la même source ni les mêmes conséquences.
L'obligation légale : les installations électriques d'un local de travail doivent répondre aux objectifs de sécurité fixés par le Code du travail (articles R. 4215-1 à R. 4215-17). Dès que vous employez du personnel s'y ajoutent une vérification initiale à la mise en service (article R. 4226-14), une vérification périodique annuelle par une personne ou un organisme qualifié (article R. 4226-16 et arrêté du 26 décembre 2011), la conservation des rapports et des suites données aux observations (article R. 4226-19), ainsi que le document unique d'évaluation des risques (DUERP) dès le premier salarié — un point souvent oublié quand on embauche un assistant ou un apprenti. S'y ajoutent enfin les obligations ERP vues plus haut si vous recevez du public.
L'exigence de l'assureur, inscrite dans les conditions du contrat : c'est du droit contractuel, pas de la loi, mais son non-respect peut réduire ou faire tomber la garantie si le manquement a contribué au sinistre. Les clauses types pour un studio de maquillage :
- serrure de sûreté (souvent 3 points ou certifiée) sur la porte d'accès, parfois alarme au-delà d'un certain capital « vol » ;
- vérification périodique de l'installation électrique, parfois complétée pour les locaux les plus équipés par un contrôle de thermographie infrarouge selon la règle APSAD Q18 — un référentiel d'assureur (CNPP), exigible par le contrat mais pas par la loi ;
- fermeture effective des protections (volets, barreaux) en dehors des heures d'ouverture.
La bonne pratique : proscrire les multiprises en cascade derrière les miroirs lumineux et les ring lights — première cause d'échauffement dans les petits studios —, couper les appareils la nuit, et faire contrôler l'installation si le local est ancien. Le référentiel suivi par les installateurs reste la norme NF C 15-100 (installations électriques à basse tension) : elle est d'application volontaire, mais elle est citée par l'arrêté du 19 avril 2012 et une installation conforme est présumée satisfaire aux exigences du Code du travail. Depuis le 1er septembre 2025, c'est la série 2024 de cette norme, publiée le 23 août 2024, qui s'applique aux installations neuves et aux parties rénovées, la version 2002 et ses amendements n'étant plus applicables. Relisez la rubrique « mesures de prévention » de vos conditions particulières : c'est elle qui fait foi au sinistre.
Vos biens au contrat : garanties et points de vigilance, poste par poste
La multirisque professionnelle d'un maquilleur couvre à la fois le contenant (le local, que vous soyez locataire ou propriétaire) et le contenu (matériel, stock, aménagements). Le tableau ci-dessous résume, poste par poste, la garantie mobilisée et le point de vigilance propre au métier.
| Bien ou poste | Garantie mobilisée | Point de vigilance métier |
|---|---|---|
| Aménagements du studio (miroirs, éclairages fixes, plans de travail) | Incendie, dégât des eaux, vandalisme | Vérifier dans le bail qui assure quoi : aménagements du preneur ou biens du bailleur |
| Mallette et kit de maquillage | Vol, incendie + extension « hors locaux » | Sans extension, la couverture s'arrête à la porte du studio |
| Stock de cosmétiques | Incendie, vol, dégât des eaux | Indemnisation en valeur d'achat sur factures ; produits périmés ou PAO dépassée non indemnisés |
| Matériel électrique (ring lights, aérographe, stérilisateur) | Dommages électriques | Vétusté souvent déduite ; plafonds par appareil fréquents |
| Vitrine, miroirs, enseigne | Bris de glace | Plafond par élément ; l'enseigne doit parfois être déclarée à part |
| Chiffre d'affaires après sinistre | Perte d'exploitation | Ne joue que si un dommage matériel garanti ferme le studio |
Un piège classique : la sous-assurance. Si vous déclarez 5 000 € de contenu alors que votre matériel en vaut 12 000 (exemple), l'assureur peut appliquer la règle proportionnelle de capitaux prévue à l'article L.121-5 du Code des assurances et réduire l'indemnité dans la même proportion. Réévaluez vos capitaux à chaque investissement important — fauteuil professionnel, aérographe, stock renforcé avant les fêtes.
Le kit en déplacement : l'angle mort n° 1 du maquilleur
C'est la spécificité du métier : votre outil de travail tient dans une mallette et passe plus de temps en déplacement qu'au studio. Or une multirisque « classique » assure le contenu dans le local désigné aux conditions particulières. Entre un tournage à l'aube, une loge de théâtre et un mariage en province, votre kit — pinceaux, palettes, aérographe, produits professionnels — peut n'être couvert nulle part.
La réponse s'appelle extension « biens hors locaux » ou « tous risques matériel professionnel ». Trois points à vérifier ligne par ligne avant de signer :
- le vol dans le véhicule : quasi systématiquement conditionné — véhicule fermé à clé, effraction caractérisée, matériel non visible de l'extérieur (coffre), et très souvent exclu la nuit (plage type 22 h – 6 h) ;
- les plafonds par objet : un aérographe ou une mallette complète peut dépasser le plafond unitaire prévu ;
- le territoire : France, Europe ou monde entier — décisif si vous suivez une production à l'étranger.
Ordre de grandeur : un kit professionnel complet représente couramment 3 000 à 8 000 € de valeur de remplacement. À titre indicatif, une multirisque adaptée au métier démarre autour de 14,90 € par mois ; l'extension nomade se négocie ensuite selon les capitaux déclarés et les franchises — ces montants sont des exemples, jamais des tarifs garantis.
Sinistre au studio : délais, preuves et calcul de l'indemnité
Au sinistre, deux chronomètres tournent. Le premier est légal : l'article L.113-2 du Code des assurances impose de déclarer le sinistre dans un délai qui ne peut être inférieur à 5 jours ouvrés — ramené à 2 jours ouvrés en cas de vol. Le second est probatoire : plus vous documentez vite (photos, dépôt de plainte pour un vol, factures, devis de remplacement), plus l'indemnisation est rapide et complète.
Le calcul de l'indemnité obéit au principe indemnitaire de l'article L.121-1 : l'assurance répare, elle n'enrichit pas. En pratique :
- le matériel est indemnisé en valeur d'usage (vétusté déduite), sauf option « valeur à neuf » ou « rééquipement à neuf » ;
- le stock de cosmétiques est repris en valeur d'achat, factures à l'appui — d'où l'intérêt d'un inventaire annuel photographié ;
- en catastrophe naturelle (garantie obligatoire des contrats de dommages, articles L.125-1 et suivants du Code des assurances), une franchise légale spécifique s'applique aux biens professionnels : de l'ordre de 10 % des dommages, avec un minimum d'environ 1 100 €.
Locataire de votre studio ? En cas d'incendie, vous êtes présumé responsable vis-à-vis de votre bailleur (article 1733 du Code civil) : la garantie « risques locatifs » de votre multirisque n'est pas un accessoire, c'est le socle. Vérifiez aussi si votre bail prévoit une renonciation à recours réciproque : elle doit alors être déclarée à l'assureur.
Résilier, ajuster, déménager : les règles propres aux contrats pro
Premier réflexe à oublier : les protections « grand public ». Le délai de rétractation de 14 jours et la résiliation à tout moment de la loi Hamon concernent les consommateurs ; ils ne s'appliquent pas à un contrat souscrit pour votre activité professionnelle de maquilleur. Votre régime, c'est le Code des assurances :
- article L.113-12 : résiliation possible chaque année à l'échéance anniversaire, avec un préavis de 2 mois ;
- article L.113-16 : résiliation en cours d'année en cas de changement de situation — déménagement du studio, changement de profession, cessation d'activité ;
- article L.113-3 : en cas de prime impayée, l'assureur peut suspendre la garantie 30 jours après mise en demeure, puis résilier — un studio peut donc se retrouver sans couverture sans s'en apercevoir.
Pensez aussi au contrat vivant : nouvel aérographe, embauche d'une assistante, ajout du maquillage permanent, déménagement dans un local avec vitrine… chacun de ces événements modifie le risque déclaré et doit être signalé à l'assureur en cours de contrat. C'est ce qui garantit qu'au jour du sinistre, le studio décrit dans vos conditions particulières est bien celui dans lequel vous travaillez réellement — et que l'indemnité ne sera pas discutée sur ce terrain.
Questions fréquentes
Non. Un contrat habitation exclut l'activité professionnelle : ni le matériel, ni le stock, ni les clients reçus ne sont couverts. Vérifiez que votre bail ou votre copropriété autorise l'activité, informez votre assureur et souscrivez une multirisque professionnelle adaptée. Une déclaration inexacte de l'usage du logement expose à une réduction d'indemnité (article L.113-9 du Code des assurances), voire à la nullité du contrat en cas de mauvaise foi (article L.113-8).
Uniquement si votre contrat comporte une extension « hors locaux » couvrant le vol en véhicule, et si ses conditions sont remplies : véhicule fermé à clé, effraction caractérisée, matériel non visible de l'extérieur, et souvent hors plage nocturne. Déposez plainte immédiatement et déclarez le vol à l'assureur sous 2 jours ouvrés, le délai minimal prévu par l'article L.113-2 du Code des assurances.
Non pour le maquillage artistique (beauté, cinéma, scène), qui ne relève d'aucun agrément sanitaire. Oui si vous pratiquez le maquillage permanent (dermopigmentation) : la réglementation applicable impose une déclaration auprès de l'ARS, une formation aux règles d'hygiène et de salubrité et un espace technique dédié dans le local. Cette activité doit aussi être déclarée à votre assureur, car elle modifie le risque garanti.
Les clauses les plus courantes : serrure de sûreté (3 points ou certifiée) sur la porte d'accès, alarme au-delà d'un certain capital assuré en vol, et fermeture effective des volets ou barreaux en dehors des heures d'ouverture. Ce sont des exigences contractuelles, pas des obligations légales : si leur non-respect a contribué au sinistre, l'indemnité peut être réduite ou refusée. Relisez la rubrique « mesures de prévention » de vos conditions particulières.
Le matériel est indemnisé en valeur d'usage (vétusté déduite), sauf si vous avez souscrit une option valeur à neuf. Le stock de cosmétiques est repris en valeur d'achat, sur présentation des factures ; les produits périmés ou dont la période après ouverture est dépassée ne sont pas indemnisés. Conformément au principe indemnitaire (article L.121-1 du Code des assurances), tenez un inventaire annuel photographié et conservez vos factures pour accélérer le règlement.
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Article rédigé et vérifié par l'équipe Insurio — Tutassûr, courtier en assurance immatriculé à l'ORIAS sous le n° 22001730. Information à caractère général ne se substituant pas aux conditions de votre contrat.