Guide 13 juin 2026 ⏱️ 10 min min de lecture

Maquilleur sur tournage : le guide juridique du plateau cinéma et TV

Loges exiguës, plannings serrés, raccords sous pression : le plateau de tournage impose au maquilleur un cadre juridique précis, entre convention collective de la production cinématographique et exigences contractuelles des productions.

Par Sami Hami Courtier responsable · ORIAS 22001730
⚡ L'essentiel
  • Deux statuts coexistent : maquilleur intermittent (annexe 8 de l'assurance chômage) ou prestataire indépendant facturant la production.
  • La convention collective de la production cinématographique (IDCC 3097) encadre les fonctions de chef maquilleur, maquilleur et assistant.
  • Les productions exigent quasi systématiquement une RC Pro avec attestation nominative avant la prise de fonction.
  • La responsabilité s'étend aux comédiens, à la régie, au matériel HMC (Hair, Make-up, Costume) et aux lieux de tournage.

Intermittent ou prestataire : choisir son statut sur un tournage

La première décision structurante d'un maquilleur cinéma porte sur le statut sous lequel il intervient. Deux régimes coexistent et ne se confondent pas.

Le statut d'intermittent du spectacle (annexe 8 de la convention d'assurance chômage) s'applique au maquilleur salarié de la production via un CDD d'usage. Code NAF de la production : 59.11A. La rémunération passe par un bulletin de salaire, les cotisations sont versées à Audiens, et 507 heures travaillées sur 12 mois ouvrent droit à l'allocation chômage spécifique.

Le statut de prestataire indépendant (micro-entrepreneur, EI, EURL) implique une facturation directe à la société de production. C'est juridiquement une prestation de service, encadrée par les articles 1710 et suivants du Code civil. Aucune cotisation sociale n'est due par la production, mais aucun droit à l'assurance chômage spectacle n'est ouvert.

Beaucoup de productions refusent désormais la facturation indépendante pour les fonctions au plateau, considérant qu'elle masque une relation salariale (présomption de salariat, article L. 7121-3 du Code du travail). Le risque de requalification pèse sur le producteur, qui préfère la sécurité du contrat intermittent.

La convention collective IDCC 3097 : ce que dit le texte

La convention collective de la production cinématographique (IDCC 3097, étendue par arrêté du 1er juillet 2013) hiérarchise les fonctions HMC :

  • Chef maquilleur : responsabilité artistique globale, conception des maquillages, gestion de l'équipe et du budget produits.
  • Maquilleur : exécution des maquillages selon les indications du chef maquilleur.
  • Assistant maquilleur : retouches, raccords, gestion de la loge.

Les minima salariaux sont fixés par avenant et révisés annuellement (consultables sur Légifrance et sur le site de l'AFPF). À titre indicatif sur 2025-2026, le minimum hebdomadaire d'un chef maquilleur sur long-métrage de fiction se situe au-dessus de 2 000 € bruts.

La durée du travail sur tournage relève d'un régime dérogatoire : journée de 8 heures, repos quotidien de 11 heures consécutives, repos hebdomadaire de 35 heures consécutives. Les heures supplémentaires sont majorées dès la 9e heure quotidienne.

L'attestation d'assurance : pièce obligatoire avant le clap

Sur un plateau professionnel, vous ne tournerez pas sans avoir transmis à la production deux documents :

  1. votre attestation de RC Professionnelle nominative, mentionnant l'activité de maquilleur, le plafond de garantie (couramment 1 à 2 M€ par sinistre) et la période de validité ;
  2. votre RIB et numéro SIRET ou contrat intermittent selon le statut.

Certaines productions imposent en outre une renonciation à recours réciproque, clause par laquelle vous et la production renoncez à vous retourner l'un contre l'autre pour les dommages matériels au matériel et au décor. Lisez cette clause : elle peut entrer en conflit avec la subrogation prévue par votre contrat d'assurance. En cas de doute, contactez votre courtier.

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Les sinistres spécifiques au plateau

Au-delà des réactions allergiques classiques, l'environnement tournage génère trois familles de sinistres distinctes.

1. Le dommage aux costumes et accessoires

Une tache de fond de teint sur une robe d'époque louée à un costumier, un coup de pinceau qui macule une cravate de prêt : ces dégâts engagent votre responsabilité civile professionnelle. La valeur d'un costume historique loué peut dépasser 8 000 €.

2. Le dommage corporel du comédien

L'application de prothèses, de colle à mastic, de faux sang à base d'alcool, de gélatine chauffée pour effets spéciaux légers : autant de situations qui exposent à la brûlure ou à l'irritation. Le contrat du comédien prévoit souvent une indemnisation forfaitaire en cas d'arrêt de travail, mais la responsabilité reste vôtre.

3. Le retard de production

Plus rare mais redoutable : si une faute professionnelle (oubli de produit, raccord raté nécessitant de refaire une scène) provoque un retard chiffrable, certains contrats RC Pro couvrent les pertes d'exploitation de la production sous conditions. Vérifiez la mention "frais supplémentaires de production" ou "perte d'exploitation tiers" dans vos garanties.

Hygiène HMC : le standard exigé par les productions

Les productions internationales (séries en coproduction, longs-métrages tournés en France) imposent souvent un protocole d'hygiène HMC aligné sur les standards de la BFI (British Film Institute) ou de la SAG-AFTRA. Les exigences minimales :

  • pinceaux désinfectés à l'alcool 70° entre chaque comédien ;
  • spatules à usage unique pour prélever les produits en pot ;
  • mascara et eyeliner individuels (un par comédien, jamais partagés) ;
  • traçabilité des lots de produits dans un cahier loge ;
  • port de gants nitrile pour la manipulation de prothèses et faux sang.

Cette discipline n'est pas un confort : c'est la preuve, en cas de litige, que vous avez agi en bon professionnel. Pour le détail des couvertures adaptées au métier, voir notre fiche maquilleur professionnel et l'offre RC Pro.

Questions fréquentes

Juridiquement oui, mais la production court un risque de requalification en salariat (présomption de l'article L. 7121-3). De plus en plus de sociétés refusent ce mode de facturation pour les fonctions au plateau et imposent le CDD d'usage intermittent.

La plupart des contrats RC Pro Insurio incluent le "monde entier hors USA/Canada" pour les déplacements courts. Au-delà, ou pour les pays exclus, une extension géographique est nécessaire : déclarez chaque tournage international avant le départ.

Les effets spéciaux légers (faux sang, ecchymoses, vieillissement) entrent généralement dans la définition standard du maquilleur professionnel. Les FX lourds (prothèses silicone moulées, animatronique) relèvent d'une qualification "maquilleur effets spéciaux" à déclarer spécifiquement.

Les gros tournages internationaux exigent parfois des plafonds élevés. Un avenant temporaire au contrat de RC Pro est possible, parfois inclus en standard. Demandez l'attestation modifiée à votre assureur 15 jours avant le tournage.

Le matériel professionnel que vous louez ou empruntez n'est pas couvert par la RC Pro seule. Une garantie "biens confiés" ou un contrat multirisque professionnel doit être souscrit en complément, avec déclaration des valeurs.

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* Tarifs indicatifs « à partir de », selon votre profil, votre activité et les garanties choisies. · Voir la fiche Maquilleur professionnel →

Article rédigé et vérifié par l'équipe Insurio — Tutassûr, courtier en assurance immatriculé à l'ORIAS sous le n° 22001730. Information à caractère général ne se substituant pas aux conditions de votre contrat.