Actualité 14 octobre 2026 ⏱️ 6 min de lecture

NIS2 non transposée : vos clients peuvent-ils déjà imposer ses exigences à l'infogéreur ?

La transposition de NIS2 n'est pas votée, mais vos clients peuvent déjà en proposer les exigences dans votre contrat : délais d'alerte, audits, sous-traitants.

Par l'équipe Insurio Courtier responsable · ORIAS 22001730
⚡ L'essentiel
  • Le 6 octobre 2026, la conférence des présidents de l'Assemblée nationale a retiré de l'ordre du jour des 7 et 9 octobre le projet de loi qui doit transposer la directive NIS2 ; aucune nouvelle date n'est annoncée au 14 octobre 2026.
  • La directive (UE) 2022/2555 devait être transposée au plus tard le 17 octobre 2024 ; le 8 juillet 2026, la Commission européenne a décidé de saisir la Cour de justice contre la France, l'Irlande, l'Espagne et les Pays-Bas.
  • Les obligations propres à NIS2 n'ont donc pas encore de base dans la loi française : un client ne peut pas vous les imposer au nom de la loi, mais il peut les proposer dans votre contrat d'infogérance, et « les contrats légalement formés tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faits » (article 1103 du code civil).
  • L'article 21 de la directive prévoit que les entités concernées traitent la sécurité de leurs relations avec leurs prestataires directs : l'infogéreur, qui détient les accès d'administration, est en première ligne.
  • Avant de signer une annexe « NIS2 », vérifiez le délai d'alerte, les audits, les plafonds de responsabilité et ce qu'en disent vos contrats de RC professionnelle et cyber.

La réponse : proposer par contrat, oui ; imposer, non

Proposer, oui ; imposer, non. Au 14 octobre 2026, la directive (UE) 2022/2555, dite NIS2, n'est toujours pas transposée en France : le projet de loi a été retiré de l'ordre du jour de l'Assemblée nationale le 6 octobre 2026, et aucun texte français ne vous impose donc encore ses obligations. Un client peut en revanche proposer dès aujourd'hui, dans votre contrat d'infogérance, des exigences calquées sur la directive (délai d'alerte, audits, authentification multifacteur), que vous restez libre de négocier ou de refuser. Mais tout ce que vous signez vous engage : « les contrats légalement formés tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faits » (article 1103 du code civil).

Ce que disent les textes au 14 octobre 2026

La directive (UE) 2022/2555 du 14 décembre 2022 imposait aux États membres d'adopter et de publier leurs dispositions de transposition au plus tard le 17 octobre 2024 (article 41). Ses destinataires sont les États membres (article 46) : les obligations des entreprises naissent de la loi nationale qui la transpose.

En France, ce rôle revient au projet de loi relatif à la résilience des infrastructures critiques et au renforcement de la cybersécurité, adopté par le Sénat. Sous la rubrique « Modifications de l'ordre du jour des semaines du 5 octobre et du 26 octobre 2026 », le relevé de la conférence des présidents du 6 octobre indique, pour les séances des 7 et 9 octobre :

« retrait du projet de loi, adopté par le Sénat, relatif à la résilience des infrastructures critiques et au renforcement de la cybersécurité »
Assemblée nationale, relevé de conclusions de la Conférence des présidents du mardi 6 octobre 2026

Ce retrait de l'ordre du jour ne vaut pas abandon du texte, mais aucune nouvelle date n'est annoncée : au 14 octobre 2026, le dossier législatif ne mentionne aucune séance publique à l'Assemblée. Les étapes figurent dans le calendrier ci-dessous.

Pourquoi l'infogéreur reçoit NIS2 par le contrat

La directive range les fournisseurs de services gérés dans son annexe I (secteur 9, « Gestion des services TIC (interentreprises) »). Son article 6, point 39, vise les services liés à « l'installation, à la gestion, à l'exploitation ou à l'entretien » de produits, réseaux, infrastructures ou applications TIC, « soit dans les locaux des clients, soit à distance » : c'est la définition même de l'infogérance. Sauf cas particuliers prévus à l'article 2, elle ne vise toutefois directement que les entités au moins de taille moyenne au sens de la recommandation 2003/361/CE.

Même hors de ce champ, vous pouvez être concerné par ricochet. L'article 21, paragraphe 2, prévoit que les mesures que les États membres doivent faire prendre aux entités essentielles et importantes comprennent au moins :

« la sécurité de la chaîne d'approvisionnement, y compris les aspects liés à la sécurité concernant les relations entre chaque entité et ses fournisseurs ou prestataires de services directs »
Directive (UE) 2022/2555, article 21, paragraphe 2, point d)

Le considérant 85 encourage d'ailleurs les entités à intégrer ces mesures « dans les accords contractuels » conclus avec leurs fournisseurs et prestataires. L'infogéreur, qui détient les accès d'administration, est en première ligne : un client qui anticipe la future loi, ou qui relève déjà d'une loi de transposition d'un autre État membre, n'a aucune raison d'attendre.

Ce qui change concrètement pour un infogéreur

Les annexes sécurité peuvent reprendre l'article 21 et les délais de l'article 23. Quatre situations de terrain, présentées comme des exemples :

  • Le délai d'alerte. Une fois la loi de transposition en vigueur, l'entité concernée devra adresser au CSIRT ou à l'autorité compétente une alerte précoce dans les 24 heures après avoir eu connaissance d'un incident important, une notification dans les 72 heures, puis un rapport final au plus tard un mois après cette notification (article 23, paragraphe 4). Pour les tenir, le client voudra être prévenu bien avant. Si votre astreinte ne couvre que les jours ouvrés, une alerte de l'outil de détection (EDR) remontée un samedi à 2 heures et lue seulement le lundi à 8 heures arrive 54 heures plus tard : la clause est violée avant toute analyse.
  • Les audits. Un audit annuel sur site, à vos frais, de deux jours d'ingénieur par client : avec dix clients, vingt jours par an absents de vos prix.
  • Les mesures listées. L'article 21 cite les sauvegardes (point c), le traitement des vulnérabilités (point e) et l'authentification multifacteur (point j). Écrites comme des résultats (« 100 % des comptes d'administration sous MFA »), elles ne laissent aucune marge.
  • Vos propres fournisseurs. Supervision à distance, hébergeur, sauvegarde : faute de leur répercuter les mêmes exigences, vous répondez seul de leur défaillance face au client.

Méfiez-vous enfin de la clause générale « Le prestataire se conforme à la directive NIS2 et à ses textes de transposition » : au 14 octobre 2026, ces textes n'existent pas en France. Vous vous engagez sur un contenu inconnu.

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Calendrier : qui, quand, quoi

QuandQuiQuoi
14 décembre 2022Parlement européen et ConseilAdoption de la directive (UE) 2022/2555 (NIS2).
17 octobre 2024États membresDate limite de transposition ; application prévue à partir du 18 octobre 2024 (article 41).
28 novembre 2024Commission européenneLettres de mise en demeure pour défaut de transposition.
12 mars 2025SénatAdoption du projet de loi en première lecture.
7 mai 2025Commission européenneAvis motivés.
10 septembre 2025Commission spéciale de l'Assemblée nationaleTexte de la commission n° 1779-A0.
8 juillet 2026Commission européenneDécision de saisir la Cour de justice contre l'Irlande, l'Espagne, la France et les Pays-Bas ; somme forfaitaire et astreintes journalières demandées.
6 octobre 2026Conférence des présidents de l'Assemblée nationaleRetrait du projet de loi de l'ordre du jour des 7 et 9 octobre 2026.
Date non fixée au 14 octobre 2026Assemblée nationale, puis ParlementExamen en séance et suite de la procédure ; le contenu du texte peut encore évoluer.
Dès maintenantVos clientsAnnexes sécurité, questionnaires et clauses inspirés de NIS2 : possibles dès aujourd'hui, applicables dès leur signature.

Responsabilité et assurance : ce que vous signez vous engage

Une exigence que la loi ne vous impose pas encore mais que le contrat contient reste une obligation : inexécutée, elle peut ouvrir au client des dommages et intérêts, des pénalités ou une résiliation, selon les termes signés. Après un rançongiciel passé par vos accès, l'annexe sécurité pourra servir de grille de lecture : MFA réellement activée, restauration réellement testée, alerte envoyée dans le délai.

Deux contrats d'assurance sont en jeu :

  • La responsabilité civile professionnelle vise, dans les limites de ses conditions, les conséquences pécuniaires de votre responsabilité envers vos clients. Elle peut limiter ou exclure ce qui dépasse la responsabilité de droit commun, comme les pénalités ou certains engagements de résultat.
  • L'assurance cyber vise d'abord vos propres pertes et la gestion de l'incident et, selon les formules, certaines réclamations de tiers ; son articulation avec la RC professionnelle se vérifie contrat par contrat.

Tout dépend des conditions, exclusions et plafonds de vos contrats et de l'activité déclarée : un plafond de garantie inférieur au plafond de responsabilité accepté dans l'annexe peut laisser la différence à votre charge.

Ce qu'il faut faire maintenant

  1. Recensez les contrats, annexes sécurité et questionnaires qui citent NIS2.
  2. Demandez à chaque client son statut attendu (entité essentielle, importante ou hors champ) : il justifie le niveau d'exigence.
  3. Remplacez toute référence générale à « NIS2 » par une liste fermée de mesures ; toute évolution liée à la future loi passera par avenant, prix compris.
  4. Calez le délai d'alerte sur votre astreinte réelle : point de départ (détection confirmée plutôt que soupçon), canal, contenu minimal.
  5. Encadrez audits et responsabilité : fréquence, préavis, périmètre, coûts ; vérifiez qu'une clause « l'annexe prévaut » n'efface pas la limitation de responsabilité du contrat principal.
  6. Répercutez par écrit les exigences acceptées sur vos fournisseurs et documentez vos mesures (MFA, tests de restauration, correctifs) : en cas de litige, vous devrez prouver ce que vous avez fait.
  7. Transmettez l'annexe à votre courtier avant signature pour la confronter à vos garanties de RC professionnelle et cyber.

Pour les autres risques du métier, voir la page infogérance.

Questions fréquentes

Pas sur le fondement de NIS2. La directive (UE) 2022/2555 s'adresse aux États membres (article 46) et le projet de loi qui doit la transposer en France n'est pas voté : le régime de supervision et de sanctions qu'elle prévoit n'a donc pas encore de base en droit français au 14 octobre 2026. Vos engagements contractuels, eux, s'appliquent dès leur signature.

Non. Les 24 heures de l'article 23, paragraphe 4, point a), sont le délai de l'alerte précoce que l'entité essentielle ou importante devra adresser au CSIRT ou à l'autorité compétente, à compter du moment où elle a connaissance de l'incident important, une fois la loi de transposition en vigueur. Pour le tenir, votre client voudra être prévenu plus tôt. Le délai qui vous engage est celui que vous signez : fixez son point de départ et vérifiez qu'il est compatible avec vos horaires d'astreinte.

Directement, seulement si votre société atteint au moins la taille d'une entreprise moyenne au sens de la recommandation 2003/361/CE, sauf cas particuliers prévus à l'article 2 de la directive ; les fournisseurs de services gérés figurent à l'annexe I. Indirectement, c'est possible : l'article 21 prévoit que les entités concernées traitent la sécurité de leurs relations avec leurs prestataires directs, et un client qui anticipe la loi peut vous proposer des clauses en ce sens dès octobre 2026.

C'est recommandé. Une annexe qui fixe des délais d'alerte, des audits ou des pénalités alourdit vos engagements au-delà de la loi en vigueur au 14 octobre 2026. Selon ses conditions, votre contrat de RC professionnelle peut limiter ou exclure ce qui découle d'engagements contractuels particuliers, comme les pénalités. Transmettez l'annexe à votre courtier avant signature pour vérifier plafonds, exclusions et articulation avec votre assurance cyber.

Aucune date n'est connue au 14 octobre 2026 : retiré de l'ordre du jour de l'Assemblée nationale le 6 octobre, le projet de loi n'a plus de séance publique annoncée. La France reste en outre visée par la décision de la Commission européenne du 8 juillet 2026 de saisir la Cour de justice de l'Union européenne.

Sources et textes de référence

Textes et dates vérifiés le 14 octobre 2026.

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Article rédigé et vérifié par l'équipe Insurio — Tutassûr, courtier en assurance immatriculé à l'ORIAS sous le n° 22001730. Information à caractère général ne se substituant pas aux conditions de votre contrat.

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