Réglementation 3 septembre 2026 ⏱️ 8 min de lecture

Sérigraphie : 10 points du local que l'assureur vérifie

Tunnel de séchage, bidons de solvants, chiffons imprégnés, palettes de textiles appartenant aux clients : l'atelier d'un sérigraphe concentre des risques précis, et chacun a sa contrepartie réglementaire ou contractuelle. Voici ce qui est réellement obligatoire, ce qui relève de l'exigence d'assureur, et ce qui se joue le jour du sinistre.

Par l'équipe Insurio Courtier responsable · ORIAS 22001730
⚡ L'essentiel
  • La multirisque d'un atelier de sérigraphie est un contrat entre professionnels : ni le droit de rétractation de 14 jours ni la résiliation infra-annuelle de la loi Hamon ne s'y appliquent. Le régime est celui de l'article L.113-12 du Code des assurances : résiliation à l'échéance annuelle, préavis de deux mois.
  • Le rapport de vérification périodique des installations électriques, obligatoire au titre du Code du travail et réalisé par un organisme accrédité, est la première pièce réclamée par l'expert après un incendie d'atelier.
  • Les textiles confiés par vos clients ne sont pas couverts par la garantie « contenu » : ce sont des biens confiés, qui exigent une extension spécifique et plafonnée, à caler sur vos pics de saison et non sur votre stock moyen.
  • Locataire, vous répondez de l'incendie du local loué sauf preuve contraire (article 1733 du Code civil), et la garde de vos machines peut engager votre responsabilité envers les voisins (article 1242) : risques locatifs et recours des voisins ne sont pas des options.

Ce que la réglementation impose au local d'un sérigraphe

Un atelier de sérigraphie cumule des risques absents d'un local commercial ordinaire : insoleuse UV, bac de dégravage sous haute pression, bidons d'encre et de solvant, tunnel de polymérisation qui tient 160 à 170 °C et, de plus en plus souvent, une chaîne DTF avec son four à poudre. Les obligations du local ne se résument donc pas au bail.

Trois blocs les structurent :

  • Sécurité des personnes : le document unique d'évaluation des risques professionnels (DUERP), avec un volet risque chimique et un volet incendie, actualisé à chaque changement — passage aux encres à l'eau, achat d'une graveuse laser, nouvelle presse automatique.
  • Installations techniques : vérification périodique des installations électriques par un organisme accrédité, contrôle des installations d'aération et d'assainissement, entretien du chauffage. Les rapports se conservent, et les observations se lèvent.
  • Risque chimique et déchets : fiches de données de sécurité (FDS) de chaque encre, émulsion, dégraissant et dégravant tenues à disposition, étiquetage CLP maintenu quand vous reconditionnez, filière agréée pour les déchets dangereux — bidons souillés, boues de dégravage, chiffons imprégnés — avec bordereau de suivi et registre.

Deux régimes s'ajoutent selon la configuration. Si les quantités de liquides inflammables stockées ou l'activité d'application de revêtements dépassent certains seuils, l'atelier peut relever de la nomenclature des installations classées (ICPE), au minimum en déclaration : c'est la réglementation applicable qui fixe ces seuils, faites-les vérifier plutôt que de les supposer. Et si vous ouvrez un comptoir de retrait au public, le local devient un établissement recevant du public (ERP), avec registre de sécurité, consignes affichées et dégagements libres. Côté affichage, les basiques restent : consignes d'incendie, interdiction de fumer, numéros de secours, coordonnées du service de santé au travail.

Solvants, tunnel et chiffons : le trio qui déclenche l'incendie

Dans un atelier de marquage, le feu part rarement de la presse. Il naît de la rencontre entre un point chaud permanent et une matière inflammable laissée à côté. Trois foyers reviennent systématiquement.

  • Le tunnel de séchage et la presse à transfert. Un four à polymériser tient 160-170 °C en continu, un plateau de presse monte à 180 °C. Rien ne doit être posé dessus ni stocké contre, et la coupure en fin de poste doit être une consigne écrite, pas une habitude.
  • Les chiffons imprégnés de solvant. Entassés dans un carton ou un sac plastique, ils s'auto-échauffent. La parade figure très souvent dans les conditions particulières : récipient métallique à couvercle, vidé chaque jour, sorti de la zone de production.
  • Le stock d'encres et de solvants. Armoire ventilée ou local séparé, bac de rétention, quantité maximale respectée, éloignement des sources de chaleur et des tableaux électriques.

Le volume de produits inflammables est un élément du risque, pas un détail d'intendance : il est déclaré à la souscription et sert à tarifer. Le jour où vous passez de deux bidons de 20 litres à une palette parce qu'un client impose une encre solvantée, vous modifiez le risque. L'article L.113-2 du Code des assurances vous oblige à déclarer ces circonstances nouvelles. Une déclaration inexacte non intentionnelle expose à la réduction proportionnelle d'indemnité de l'article L.113-9 ; une omission intentionnelle, à la nullité du contrat au titre de l'article L.113-8.

Même logique pour la graveuse laser, devenue courante en marquage : aspiration et filtration raccordées, aucun cycle lancé sans surveillance, nettoyage du bac à chutes. Beaucoup de contrats la traitent comme un équipement à déclarer nommément.

Obligation légale, exigence d'assureur ou bonne pratique ?

Tout ce qu'un assureur demande n'a pas la même force. Une obligation légale s'impose quel que soit votre contrat ; une exigence d'assureur devient opposable parce qu'elle figure dans vos conditions particulières ; une bonne pratique n'engage que votre bon sens — jusqu'au jour où l'expert cherche l'origine du feu.

Point de contrôle dans l'atelierNature de l'exigenceAttendu concretEffet en cas de sinistre
Vérification des installations électriquesObligation légale (Code du travail)Contrôle périodique par organisme accrédité, rapport conservé, observations levéesPremière pièce demandée par l'expert après incendie
DUERP avec volet chimiqueObligation légaleRisques solvants, UV, machines, incendie ; mise à jour à chaque nouvel équipementPièce centrale en cas d'accident du travail
FDS des encres et solvantsObligation légaleClasseur à jour, étiquetage conservé sur les contenants reconditionnésSert à qualifier le sinistre et l'éventuelle pollution
Captage des vapeurs au posteObligation légaleAspiration au lavage d'écrans et devant la presse solvantée, installation contrôléeDéfaut opposable comme aggravation du risque
Traçabilité des déchets dangereuxObligation légaleCollecteur agréé, bordereau de suivi, registre conservéCondition d'accès à la garantie atteinte à l'environnement
Stockage des liquides inflammablesExigence d'assureur (ICPE au-delà de certains seuils)Armoire ventilée ou local séparé, rétention, volume conforme à la déclarationVolume dépassé : risque de réduction d'indemnité
Bac métallique à chiffonsExigence d'assureur / bonne pratiqueCouvercle, vidage quotidien, hors zone de productionCause d'incendie classique, souvent visée en condition particulière
Extincteurs adaptés (classe B, CO2 sur les armoires)Obligation légale de disposer de moyens d'extinction et de les maintenir en état (Code du travail) ; certificat Q4 (référentiel APSAD R4) = exigence contractuelle d'assureur, non légaleNombre et implantation adaptés au risque ; vérification annuelle tracée (périodicité issue de la norme NF S61-919 et, en ERP, de l'article MS 38 §4 de l'arrêté du 25 juin 1980)Défaut d'entretien discuté au règlement
Protections contre le volExigence d'assureur (clause de protection)Menuiseries, rideau, serrures, détection d'intrusion (référentiel APSAD R81)Clause non respectée : indemnité réduite ou refusée
Stock surélevé (palettes de textiles)Exigence d'assureurMarchandises hors sol, au-dessus du seuil fixé au contratDégât des eaux : marchandises au sol fréquemment exclues

Le test simple : ouvrez vos conditions particulières et surlignez tout ce qui commence par « l'assuré s'engage à ». Ce sont ces lignes-là qui décideront de la discussion après un sinistre.

Machines et vol : ce que l'assureur regarde avant de tarifer

Un atelier de marquage concentre beaucoup de valeur sur peu de mètres carrés : carrousel quatre ou six couleurs, presse à transfert, chaîne DTF et son four, brodeuse multi-têtes, traceur de découpe, insoleuse, sécheur, sans compter l'informatique et le stock. Additionnez vos factures : beaucoup de sérigraphes découvrent qu'ils ont déclaré 25 000 € de matériel là où l'atelier en vaut le double. Ce chiffre est un ordre de grandeur, à recalculer chez vous, pas une référence.

Côté vol, l'assureur ne raisonne pas en confiance mais en clause de protection. Elle décrit noir sur blanc ce qui doit exister et fonctionner : type de menuiseries et de serrures, rideau ou grille, éclairage, détection d'intrusion, éventuellement télésurveillance. Les référentiels APSAD du CNPP servent souvent de langage commun — R4 « Extincteurs portatifs et mobiles – Règle d'installation » (édition novembre 2016), R81 pour la détection d'intrusion — mais ils sont d'application volontaire : ils n'ont aucune valeur réglementaire et ne s'imposent que par le contrat. Sur les extincteurs, la loi impose seulement de disposer de moyens d'extinction et de les maintenir en état de fonctionnement (articles R4227-28 et suivants et R4224-17 du Code du travail), sans fixer de périodicité dans les locaux de travail : la vérification annuelle vient de la norme NF S61-919 et, en ERP, de l'article MS 38 §4 de l'arrêté du 25 juin 1980 modifié. Le certificat Q4, délivré chaque année par une entreprise certifiée APSAD et attestant la conformité de l'installation au référentiel R4, est quant à lui une condition contractuelle de la garantie incendie.

Deux configurations méritent d'être dites franchement à la souscription : l'atelier installé en zone artisanale déserte la nuit, et l'activité exercée depuis un local d'habitation, un garage ou une cave, que beaucoup de contrats professionnels excluent ou n'acceptent que sur déclaration expresse. Se taire ne fait pas disparaître le risque, cela le transforme en motif de discussion au sinistre.

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Chiffrer ses biens : biens confiés et règle proportionnelle

Deux mécanismes décident du montant réellement versé.

La règle proportionnelle de capitaux (article L.121-5 du Code des assurances). Si la valeur assurée est inférieure à la valeur réelle au jour du sinistre, vous restez votre propre assureur pour la différence. Illustration : matériel déclaré 40 000 € pour une valeur réelle de 60 000 €, un sinistre partiel de 12 000 € peut n'être indemnisé qu'aux deux tiers. Cette réduction frappe aussi les sinistres partiels, qui sont les plus fréquents.

Les biens confiés. C'est la spécificité du métier. Les 600 sweats d'un club, les polos d'un comité d'entreprise, les tissus fournis par une marque ne vous appartiennent pas. La garantie « contenu » couvre vos biens ; les biens de vos clients relèvent d'une extension marchandises et objets confiés, toujours plafonnée. Ce plafond doit être calé sur vos pics — rentrée sportive, salons, fin d'année — et non sur votre stock moyen de février.

Ajoutez la perte d'exploitation, souvent négligée alors que le métier vit de délais courts. Un atelier arrêté trois semaines en septembre ne perd pas la même chose qu'un atelier arrêté trois semaines en juillet. La garantie frais supplémentaires d'exploitation, qui finance la sous-traitance en urgence chez un confrère pour tenir une commande, vaut parfois mieux qu'un capital théorique. Enfin, le principe indemnitaire de l'article L.121-1 interdit de s'enrichir d'un sinistre : vérifiez si vos machines sont garanties en valeur à neuf ou vétusté déduite, l'écart est considérable sur un carrousel de dix ans.

Au sinistre : délais, responsabilités et pièges de dossier

Les délais d'abord. L'article L.113-2 du Code des assurances impose de déclarer le sinistre dans le délai fixé au contrat, qui ne peut être inférieur à cinq jours ouvrés — deux jours ouvrés en cas de vol, avec dépôt de plainte. En catastrophe naturelle, la garantie relève de l'article L.125-1 : elle suppose un arrêté publié au Journal officiel, et la franchise légale n'est pas rachetable.

Les responsabilités ensuite. Locataire de votre atelier, vous répondez de l'incendie du local loué sauf à prouver qu'il est survenu sans votre faute (article 1733 du Code civil) : c'est l'objet de la garantie risques locatifs. Si le feu ou l'eau atteint le voisin, la garde de vos machines et de vos produits peut engager votre responsabilité (article 1242 du Code civil), d'où la garantie recours des voisins et des tiers, dont le plafond doit correspondre à la valeur des locaux mitoyens — un point critique en bâtiment artisanal divisé en cellules.

Les pièges de dossier, enfin, très fréquents en marquage :

  • les palettes de textiles posées à même le sol, alors que le contrat exclut ou plafonne les marchandises non surélevées en dégât des eaux ;
  • l'absence d'inventaire daté du stock : sans pièces, l'expert ne retient que ce qui est prouvé ;
  • les justificatifs conservés dans l'atelier — rapport de vérification électrique, contrats d'entretien, factures de machines — qui brûlent avec lui. Ils doivent vivre ailleurs, sur un espace en ligne ;
  • la confusion entre panne et bris : usure, encrassement et pièces consommables (raclettes, écrans, têtes d'impression) sont classiquement exclus, la garantie bris de machine visant l'accident.

Le contrat : régime B2B, résiliation et ordre de grandeur

Point souvent mal compris : votre multirisque professionnelle est un contrat entre professionnels. Le droit de rétractation de quatorze jours et la résiliation infra-annuelle dite « loi Hamon » relèvent du droit de la consommation et ne vous concernent pas — on ne les cite ici que pour les écarter.

Le régime applicable est celui du Code des assurances :

  • Article L.113-12 : résiliation à l'échéance annuelle, avec un préavis de deux mois. Notez la date d'échéance dans votre agenda, pas dans votre mémoire.
  • Article L.113-16 : cessation définitive d'activité, départ en retraite ou changement de profession ouvrent une résiliation en cours d'année, à demander dans un délai court après l'événement.
  • Article L.113-3 : à défaut de paiement, la garantie est suspendue trente jours après une mise en demeure, puis le contrat peut être résilié. Un atelier dont la garantie est suspendue le jour de l'incendie n'est pas assuré, même si le contrat existe encore sur le papier.

Sur le budget, une multirisque d'atelier de marquage peut démarrer autour de 18,90 € par mois pour une petite structure : c'est un ordre de grandeur d'entrée, jamais un tarif garanti. Le prix se construit sur les capitaux mobiliers et matériels déclarés, le volume de produits inflammables, les protections contre le vol, la surface, la commune et l'historique de sinistres. Deux ateliers voisins, l'un aux encres à l'eau avec alarme reliée, l'autre aux encres solvantées sans protection, ne paient pas la même prime — et c'est cohérent.

Le bon réflexe annuel tient en trois lignes : réactualiser la valeur des machines, vérifier le plafond des biens confiés avant vos pics de saison, et relire la clause de protection avant que ce ne soit l'expert qui la relise pour vous.

Questions fréquentes

Pas automatiquement. La garantie « contenu » vise vos biens et vos marchandises. Les 600 sweats d'un club, les polos d'un comité d'entreprise ou les tissus fournis par une marque sont des biens confiés : ils relèvent d'une extension « marchandises et objets confiés », toujours plafonnée. Vérifiez que ce plafond correspond à vos pics de stock (rentrée sportive, salons, fin d'année) et non à votre volume moyen, et conservez un inventaire daté : sans pièces, l'expert ne retiendra que ce qui est prouvé.

Non. La résiliation infra-annuelle dite loi Hamon et le droit de rétractation de quatorze jours relèvent du droit de la consommation et visent les particuliers. Un contrat souscrit pour les besoins de votre atelier est professionnel : le régime est celui de l'article L.113-12 du Code des assurances, résiliation à l'échéance annuelle avec un préavis de deux mois. L'article L.113-16 ouvre une possibilité supplémentaire en cours d'année en cas de changement de profession, de départ en retraite ou de cessation définitive d'activité.

Cela dépend des quantités effectivement présentes et de votre activité d'application de revêtements. En dessous des seuils fixés par la nomenclature applicable, aucune formalité ICPE ; au-delà, une déclaration en préfecture peut être requise. Le réflexe utile est de faire l'inventaire réel de ce qui est stocké — encres, diluants, dégravants, nettoyants — de le faire confronter aux seuils, puis de déclarer exactement le même volume à votre assureur : les deux chiffres doivent coïncider.

Rarement. L'usure, l'encrassement et les pièces consommables — raclettes, écrans, têtes d'impression — sont classiquement exclus. La garantie bris de machine, quand elle est souscrite, vise l'accident : casse, court-circuit, erreur de manipulation, effet d'une surtension. Une dégradation progressive liée à un défaut d'entretien reste à votre charge, et l'assureur peut demander la preuve des maintenances réalisées. Vérifiez aussi si vos machines sont garanties en valeur à neuf ou vétusté déduite.

Si vous êtes locataire, l'article 1733 du Code civil fait peser sur vous la responsabilité de l'incendie du local loué, sauf à prouver qu'il est survenu sans votre faute : c'est ce que couvre la garantie risques locatifs. Pour le voisin, votre responsabilité peut être engagée notamment sur le fondement de la garde des choses (article 1242 du Code civil), et c'est la garantie recours des voisins et des tiers qui intervient. Son plafond doit être calé sur la valeur des cellules mitoyennes, souvent bien supérieure au capital retenu par défaut.

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Article rédigé et vérifié par l'équipe Insurio — Tutassûr, courtier en assurance immatriculé à l'ORIAS sous le n° 22001730. Information à caractère général ne se substituant pas aux conditions de votre contrat.

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