Réglementation 27 juillet 2026 ⏱️ 7 min de lecture

Trois sinistres en deux ans : votre assureur peut-il majorer votre franchise ou résilier ?

Surprime, franchise relevée, non-renouvellement : ce que votre assureur peut décider après plusieurs sinistres, et ce que vous pouvez négocier.

Par l'équipe Insurio Courtier responsable · ORIAS 22001730
⚡ L'essentiel
  • En cours de contrat, l'assureur ne peut pas relever seul votre prime ni votre franchise : toute modification suppose un avenant que vous acceptez (article 1193 du Code civil).
  • La résiliation après sinistre n'est possible que si le contrat la prévoit ; elle prend effet au moins un mois après notification et vous ouvre le droit de résilier vos autres contrats chez le même assureur, avec restitution de prime au prorata (article R.113-10 du Code des assurances).
  • En cas d'aggravation réelle du risque, l'assureur peut proposer une nouvelle prime : sans réponse ou en cas de refus dans les trente jours, il peut résilier (article L.113-4). Vous devez de votre côté déclarer les circonstances aggravantes dans les quinze jours (article L.113-2).
  • À l'échéance annuelle, assureur et assuré peuvent résilier avec un préavis de deux mois (article L.113-12), sans obligation de motivation. En B2B, ni la rétractation de quatorze jours ni la résiliation infra-annuelle des particuliers ne s'appliquent.

Trois sinistres en vingt-quatre mois : ce que votre assureur peut décider, et quand

Deux dégâts des eaux et un vol en un peu plus de deux ans, et la conversation avec votre assureur change de nature. Surprime, franchise multipliée, lettre de résiliation, ou silence jusqu'à l'échéance : tout cela existe, mais chaque décision a sa base juridique et son délai.

Le réflexe utile est de distinguer deux moments. En cours de contrat, l'assureur est tenu par ce qu'il a signé : il ne peut ni relever seul la prime, ni relever seul la franchise, et ne peut résilier que dans des cas précis. À l'échéance annuelle, le rapport s'inverse : personne n'est obligé de reconduire.

Décision de l'assureurEn cours de contratBase ou condition
Majorer la prime ou la franchiseNon, sauf avenant acceptéArticle 1193 du Code civil
Proposer de nouvelles conditions après aggravation réelle du risqueOui, par proposition écriteArticle L.113-4 du Code des assurances
Résilier après sinistreOui, si le contrat le prévoitArticle R.113-10
Résilier pour prime impayéeOui : garantie suspendue trente jours après mise en demeure, résiliation dix jours plus tardArticle L.113-3
Ne pas reconduireÀ l'échéance seulement, préavis de deux moisArticle L.113-12
Réduire l'indemnité ou annuler le contratSeulement en cas de déclaration inexacteArticles L.113-9 et L.113-8

Surprime et majoration de franchise : rien d'unilatéral en cours de contrat

La règle de départ est civiliste : « Les contrats ne peuvent être modifiés ou révoqués que du consentement mutuel des parties » (article 1193 du Code civil). Une surprime ou une franchise relevée en cours d'année suppose donc un avenant que vous acceptez.

Seule vraie exception : l'aggravation du risque. L'article L.113-4 du Code des assurances autorise alors l'assureur soit à proposer un nouveau montant de prime, soit à dénoncer le contrat. Si vous refusez expressément, ou si vous ne donnez pas suite dans un délai de trente jours à compter de la proposition, il peut résilier au terme de ce délai.

Nuance décisive : la sinistralité en elle-même n'est pas une « circonstance nouvelle » que vous devriez déclarer, puisque l'assureur en a connaissance. Ce qui l'est, c'est la cause structurelle : nouvelle activité, appareil de cuisson supplémentaire, extension de surface, stockage nouveau, sous-location d'une partie du local.

Ces circonstances nouvelles doivent être déclarées dans les quinze jours à compter du moment où vous en avez connaissance (article L.113-2). Et méfiez-vous du geste ordinaire : régler sans réserve une quittance portant une prime majorée ou une nouvelle franchise s'analyse le plus souvent comme une acceptation. Si vous contestez, écrivez avant de payer.

Résiliation après sinistre : une faculté encadrée, pas un réflexe

La résiliation « après sinistre » n'est pas un droit général de l'assureur : elle doit être stipulée au contrat. L'article R.113-10 du Code des assurances l'encadre et lui impose des contreparties.

  • Sans clause dans votre police, l'assureur ne peut pas s'en prévaloir. Premier geste à la réception du courrier : relire vos conditions particulières et générales.
  • Le droit symétrique qui vous est reconnu — résilier les autres contrats souscrits auprès du même assureur — doit faire l'objet d'une clause distincte de la police. Vous disposez d'un mois à compter de la notification pour l'exercer, la résiliation prenant effet un mois après votre propre notification.
  • La résiliation de l'assureur prend effet au moins un mois après sa notification : ce délai est celui dont vous disposez pour vous replacer.
  • Les portions de prime afférentes à la période pour laquelle les risques ne sont plus garantis doivent vous être restituées.

Un dernier point pèse souvent lourd dans la discussion : cette faculté s'exerce dans un délai bref après la connaissance du sinistre. Un assureur qui, parfaitement informé, appelle puis encaisse sans réserve la prime suivante manifeste sa volonté de maintenir le contrat ; s'en prévaloir bien plus tard devient contestable.

Refus de renouvellement à l'échéance : licite, et sans motif à donner

À l'échéance annuelle, l'article L.113-12 du Code des assurances donne à chacune des parties le droit de résilier, à condition de prévenir au moins deux mois avant la date d'échéance — droit annuel que la police doit rappeler. L'assureur n'a aucune obligation légale de motiver son refus de reconduire, et une sinistralité dégradée constitue un motif économique parfaitement licite.

Trois précisions propres aux contrats professionnels :

  • Les dispositifs grand public ne s'appliquent pas. Ni le délai de rétractation de quatorze jours du Code de la consommation, ni la résiliation infra-annuelle réservée aux personnes physiques agissant hors de leur activité professionnelle. Votre régime, c'est L.113-12, complété par l'article L.113-16 (changement de profession, cessation définitive d'activité, notamment) : résiliation dans les trois mois suivant l'événement, effet un mois après notification, à condition que le risque garanti s'en trouve réellement modifié.
  • Il n'existe pas de « droit à l'assurance » en multirisque. Le bureau central de tarification ne concerne que certaines assurances obligatoires (automobile, responsabilité décennale, responsabilité civile médicale). Un refus de garantie ne vous ouvre donc aucun recours administratif.
  • Votre sinistralité vous suit. Les questionnaires de souscription portent en général sur trois à cinq exercices. Une omission expose à la réduction proportionnelle de l'indemnité (article L.113-9), voire à la nullité du contrat en cas de mauvaise foi (article L.113-8).
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Cas pratique chiffré : un restaurant, trois sinistres, une prime à +40 %

Un restaurant de 90 couverts, prime multirisque de 2 400 € HT par an, franchise générale de 500 €. Sur vingt-six mois : deux dégâts des eaux (6 800 € puis 9 500 €) et un vol par effraction (4 200 €), soit 20 500 € d'indemnités pour environ 5 200 € de primes encaissées. L'assureur va traiter ce déséquilibre. Voici une proposition de renouvellement plausible — un exemple, pas un barème de marché.

PosteContrat en coursProposition au renouvellement
Prime annuelle HT2 400 €3 360 € (+40 %)
Franchise générale500 €1 500 €
Franchise dégâts des eaux500 €3 000 €
Franchise vol500 €10 % des dommages, minimum 1 500 €
Prescriptions de préventionAucuneDétection de fuite, vérification électrique, protection de l'accès de service
Reste à charge sur les trois mêmes sinistres1 500 €7 500 €

Traduit en euros, le vrai coût de l'offre n'est pas le « +40 % » : c'est 6 000 € de reste à charge supplémentaire à sinistralité identique, plus 960 € de prime par an. C'est aussi le levier de négociation : chiffrez les travaux (une détection de fuite avec électrovanne et la reprise du réseau se comptent en quelques milliers d'euros) et demandez, contre engagement écrit, un retour de la franchise dégâts des eaux à un niveau que votre trésorerie absorbe. La logique est la même pour un restaurant, un commerce ou un atelier.

Ce que l'assurance couvre — et ce qu'elle exige de vous

Une multirisque professionnelle n'est pas un forfait : chaque garantie a sa contrepartie contractuelle, et c'est là que se jouent les dossiers difficiles.

Ce que la multirisque peut couvrirCe que l'assureur exige en contrepartie
Incendie, explosion, fuméesExtincteurs entretenus, vérification périodique de l'installation électrique, consignes respectées
Dégâts des eauxEntretien des réseaux, réparation des fuites signalées, mise hors gel des locaux inoccupés
Vol et vandalismeMoyens de protection stipulés effectivement en service (serrures, alarme, fermeture)
Marchandises et matérielCapitaux déclarés à jour, sous peine de règle proportionnelle de capitaux (article L.121-5)
Perte d'exploitationComptabilité disponible, durée d'indemnisation cohérente avec le délai réel de remise en route

Deux obligations légales méritent d'être connues au mot près. Déclarer le sinistre dans le délai fixé au contrat, qui ne peut être inférieur à cinq jours ouvrés, réduit à deux jours ouvrés en cas de vol (article L.113-2). Et déclarer les circonstances aggravantes dans les quinze jours. Point favorable : lorsqu'une clause de déchéance pour déclaration tardive existe, l'assureur ne peut l'opposer que s'il établit que le retard lui a causé un préjudice, et jamais si le retard résulte d'un cas fortuit ou de la force majeure.

Les prescriptions de prévention, elles, relèvent de l'exigence contractuelle : leur non-respect peut être opposé comme condition de garantie non remplie — typiquement pour un vol survenu alarme coupée — et motiver un non-renouvellement. Seule franchise non négociable : celle du régime des catastrophes naturelles, fixée par voie réglementaire. Pour tout le reste, vérifiez ce qu'imposent réellement vos conditions particulières de multirisque professionnelle et la description de vos locaux professionnels.

Reprendre la main avant l'échéance : la méthode

Quatre à cinq mois avant l'échéance, tout est encore ouvert. La marche à suivre :

  1. Reconstituez votre sinistralité sur trois exercices : date, nature, cause, montant indemnisé, franchise supportée. C'est la pièce maîtresse de toute négociation ou mise en concurrence.
  2. Traitez la cause, pas le symptôme. Deux dégâts des eaux d'origine identique désignent un réseau à reprendre. Devis, factures, rapports d'intervention : un dossier de prévention daté vaut mieux qu'une promesse.
  3. Arbitrez franchise contre prime en euros, pas en pourcentages : une franchise de 3 000 € n'a de sens que si votre trésorerie peut l'absorber deux fois dans la même année.
  4. Mettez en concurrence tôt, par un intermédiaire capable de présenter votre dossier à plusieurs porteurs de risques. Un risque présenté avec son plan de prévention n'est plus le même risque qu'un simple historique de pertes.
  5. Écrivez tout : contestation d'une surprime, refus d'un avenant, demande d'explication sur une résiliation. Et gardez en tête la prescription biennale de l'article L.114-1 du Code des assurances : deux ans pour agir contre votre assureur.

Si le désaccord persiste, saisissez d'abord le service réclamations de la compagnie, puis vérifiez la clause de règlement des litiges de vos conditions générales : la médiation de l'assurance est en principe réservée aux litiges de consommation, un différend professionnel relevant le plus souvent du tribunal. Aucune démarche ne garantit le maintien de vos garanties — mais un dossier tenu change presque toujours les conditions proposées.

Questions fréquentes

Non, pas unilatéralement. Une modification du contrat suppose un avenant accepté par les deux parties (article 1193 du Code civil). La seule voie ouverte à l'assureur est l'aggravation du risque : il peut alors proposer une nouvelle prime et, si vous refusez ou ne répondez pas dans les trente jours, résilier le contrat (article L.113-4 du Code des assurances). Attention : payer sans réserve une quittance portant la nouvelle franchise peut valoir acceptation, donc contestez par écrit avant de régler.

Seulement si le contrat prévoit cette faculté : vérifiez vos conditions particulières et générales. Dans ce cas, l'article R.113-10 du Code des assurances impose que la résiliation prenne effet au moins un mois après notification, que les portions de prime non courues vous soient restituées, et que vous puissiez résilier vos autres contrats chez le même assureur dans le mois suivant la notification. Un assureur qui, informé du sinistre, a encaissé sans réserve la prime suivante a manifesté sa volonté de maintenir le contrat.

Oui. À l'échéance annuelle, l'assureur comme l'assuré peuvent résilier en respectant un préavis d'au moins deux mois (article L.113-12), et aucun texte n'oblige l'assureur à motiver sa décision : une sinistralité dégradée est un motif économique licite. Il n'existe pas de « droit à l'assurance » en multirisque professionnelle, le bureau central de tarification étant réservé à certaines assurances obligatoires. Anticipez donc la mise en concurrence quatre à cinq mois avant l'échéance.

Oui, à l'échéance, avec un préavis d'au moins deux mois avant la date d'échéance (article L.113-12). Si l'assureur vous résilie après sinistre, vous pouvez en outre résilier vos autres contrats souscrits chez lui, dans le mois suivant la notification (article R.113-10). Enfin, l'article L.113-16 permet une résiliation en cours de contrat lors d'un changement de profession ou d'une cessation définitive d'activité, dans les trois mois suivant l'événement et avec effet un mois après notification, si le risque garanti s'en trouve réellement modifié. La résiliation infra-annuelle des particuliers, elle, ne s'applique pas aux contrats professionnels.

Oui, dès lors que le questionnaire de souscription vous interroge sur votre sinistralité, généralement sur trois à cinq exercices. Une omission peut entraîner une réduction proportionnelle de l'indemnité (article L.113-9) et, si la mauvaise foi est établie, la nullité du contrat (article L.113-8). Demandez à votre assureur sortant un récapitulatif écrit de vos sinistres et joignez-y votre plan de prévention : un historique assumé et documenté se négocie beaucoup mieux qu'un historique découvert au moment du sinistre.

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Article rédigé et vérifié par l'équipe Insurio — Tutassûr, courtier en assurance immatriculé à l'ORIAS sous le n° 22001730. Information à caractère général ne se substituant pas aux conditions de votre contrat.

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