Vous sous-louez 40 m² de votre local : qui paie si le feu part de chez lui ?
Sous-louer ou partager un local professionnel change le risque assuré. Ce qu'il faut obtenir du bailleur, déclarer à l'assureur, et qui paie.
- Bail commercial : sauf clause contraire du bail ou accord du bailleur, toute sous-location totale ou partielle est interdite (art. L. 145-31 du Code de commerce). Le bailleur, informé par acte extrajudiciaire ou lettre recommandée avec avis de réception, dispose de 15 jours pour dire s'il entend concourir à l'acte.
- Côté assurance, toute circonstance nouvelle qui aggrave le risque ou en crée un nouveau doit être déclarée dans les 15 jours à compter du moment où vous en avez connaissance (art. L. 113-2, 3° du Code des assurances).
- Face à une aggravation, l'assureur peut dénoncer le contrat (résiliation effective 10 jours après notification) ou proposer une nouvelle prime, avec 30 jours pour répondre (art. L. 113-4). Une omission non intentionnelle découverte après sinistre entraîne la réduction proportionnelle de l'indemnité (art. L. 113-9) ; une fausse déclaration intentionnelle, la nullité du contrat avec primes acquises à l'assureur (art. L. 113-8).
- Le locataire principal répond des dégradations et des pertes causées par ses sous-locataires (art. 1735 du Code civil) et supporte la présomption de responsabilité en cas d'incendie (art. 1733). Le sinistre du sous-locataire remonte donc juridiquement jusqu'à vous.
Sous-location, partage, coworking : trois montages, trois régimes
Le vocabulaire compte, parce qu'il détermine le régime applicable et le contrat d'assurance à ajuster. Trois situations sont régulièrement confondues, alors qu'elles n'engagent ni les mêmes obligations, ni la même responsabilité.
- La sous-location : vous consentez à un tiers un droit d'occupation à titre onéreux sur tout ou partie des lieux. Vous devenez son bailleur, avec les obligations correspondantes du Code civil : délivrance, entretien, jouissance paisible (art. 1719) et garantie des vices de la chose louée (art. 1721).
- Le partage ou la mise à disposition d'un bureau, d'un poste ou d'un plan de travail, gratuitement ou contre participation aux charges. Montage juridiquement fragile : dès qu'il existe une contrepartie et une jouissance privative, la requalification en sous-location est un risque réel.
- Le coworking et la domiciliation : ce sont des contrats de prestation de services, pas des baux. La domiciliation d'entreprise est une activité réglementée, soumise à agrément préfectoral, et elle ne garantit aucun bien : elle ne remplace jamais une assurance de local.
| Montage | Accord du bailleur | Déclaration à l'assureur | Point de vigilance |
|---|---|---|---|
| Sous-location (bail commercial) | Indispensable, sauf clause du bail l'autorisant | Oui : nouvel occupant et nouvelle activité dans les lieux | Vous devenez bailleur : nouvelle responsabilité à couvrir |
| Partage / mise à disposition | Vérifier la clause d'occupation personnelle du bail | Oui : un tiers exerce durablement dans vos locaux | Requalification possible en sous-location |
| Coworking (prestation de services) | Sans objet | Oui si votre matériel professionnel y séjourne | Vos biens hors de vos locaux sont-ils garantis ? |
| Domiciliation | Sans objet | Adresse du siège ≠ adresse du risque assuré | Aucun bien ni responsabilité couverts par le contrat de domiciliation |
Ce que le bail commercial vous oblige à obtenir avant de sous-louer
En droit commun du louage, le principe est libéral : le preneur peut sous-louer si cette faculté ne lui a pas été interdite (art. 1717 du Code civil). Le bail commercial inverse la règle.
Sauf stipulation contraire du bail ou accord du bailleur, toute sous-location totale ou partielle est interdite (art. L. 145-31 du Code de commerce).
Autrement dit : le silence du bail vaut interdiction. Si le bail autorise la sous-location, ou si le bailleur y consent, la procédure reste encadrée :
- vous informez le bailleur de votre intention de sous-louer par acte extrajudiciaire ou par lettre recommandée avec demande d'avis de réception ;
- le bailleur dispose de 15 jours à compter de la réception pour faire savoir s'il entend concourir à l'acte ;
- si le loyer de la sous-location dépasse celui de la location principale, le bailleur peut exiger une augmentation correspondante de votre loyer.
La sanction d'une sous-location irrégulière n'est pas théorique : elle constitue une infraction aux clauses du bail, susceptible d'entraîner la résiliation et, en fin de bail, un refus de renouvellement pour motif grave et légitime, donc sans indemnité d'éviction. Vérifiez aussi le règlement de copropriété, l'éventuelle nécessité d'une autorisation d'urbanisme en cas de changement de destination, et les règles applicables aux établissements recevant du public.
Aggravation du risque : 15 jours pour prévenir votre assureur
Votre multirisque professionnelle a été tarifée sur des déclarations précises : une activité, une adresse, une surface, un contenu, des moyens de protection. Faire entrer un tiers dans les lieux modifie au moins l'un de ces paramètres. Le Code des assurances impose alors une démarche active : déclarer les circonstances nouvelles qui aggravent le risque ou en créent de nouveaux, et qui rendent inexactes les réponses initialement données à l'assureur.
Cette obligation est légale, pas seulement contractuelle. Elle s'apprécie au regard de ce que l'assureur aurait décidé s'il avait su : refuser le risque, ou l'accepter à une prime plus élevée.
| Situation | Référence | Effet |
|---|---|---|
| Circonstance nouvelle aggravant le risque | Art. L. 113-2, 3° | Déclaration par lettre recommandée dans les 15 jours de la connaissance du fait |
| L'assureur dénonce le contrat | Art. L. 113-4 | Résiliation effective 10 jours après notification, portion de prime non courue remboursée |
| L'assureur propose une nouvelle prime | Art. L. 113-4 | 30 jours pour répondre ; sans suite ou en cas de refus exprès, résiliation possible |
| Omission non intentionnelle révélée après sinistre | Art. L. 113-9 | Indemnité réduite au prorata du taux de prime payé sur le taux qui aurait été dû |
| Réticence ou fausse déclaration intentionnelle | Art. L. 113-8 | Nullité du contrat, primes payées acquises à l'assureur |
| Déclaration d'un sinistre | Art. L. 113-2, 4° | Délai contractuel, qui ne peut être inférieur à 5 jours ouvrés (2 jours ouvrés en cas de vol) |
Une déclaration d'aggravation n'entraîne pas automatiquement une résiliation : dans la majorité des cas, elle aboutit à un avenant et à un réajustement de prime. Le silence, lui, ne fait que déplacer le problème au jour du sinistre.
Ce que l'assurance couvre — et ce qu'elle exige de vous
Une multirisque professionnelle couvre en principe les dommages aux biens (incendie, dégâts d'eau, vol, bris de glace), la responsabilité civile d'exploitation et, si elle est souscrite, la perte d'exploitation. Ces garanties s'appliquent à l'activité et à l'adresse déclarées, pour les biens et la responsabilité de l'assuré désigné aux conditions particulières.
Ce que l'assureur exige en contrepartie, et qu'il faut lire dans vos conditions particulières :
- La désignation exacte des occupants. Un sous-locataire n'est pas assuré par votre contrat ; ses biens et sa responsabilité relèvent de son propre contrat, notamment de sa RC professionnelle.
- La conformité des moyens de protection déclarés. Beaucoup de contrats conditionnent la garantie vol ou incendie à des installations conformes à des référentiels de place (par exemple APSAD R4 pour les extincteurs, R81 pour la détection d'intrusion) et à leur maintenance effective. Un sous-locataire qui neutralise une centrale d'alarme ou bloque une porte coupe-feu vous met en défaut.
- Le respect des exclusions liées à l'activité. Stockage de produits inflammables, travaux par point chaud, batteries au lithium, cuisson : autant de points qui peuvent faire l'objet de conditions spécifiques.
- Votre nouvelle casquette de bailleur. La responsabilité que vous encourez envers votre sous-locataire (trouble de jouissance, vice de la chose louée) n'est pas nécessairement comprise dans une RC d'exploitation standard : une extension est souvent nécessaire.
Deux bonnes pratiques, contractuelles et non légales, réduisent nettement le contentieux : exiger l'attestation d'assurance annuelle du sous-locataire, avec les garanties et plafonds, et faire signer une clause de renonciation réciproque à recours acceptée par écrit par les deux assureurs.
La responsabilité en cascade : le sinistre du sous-locataire devient le vôtre
C'est le point le plus mal anticipé. Vis-à-vis du bailleur, vous restez le seul débiteur du bail : la sous-location ne crée aucun lien direct entre le propriétaire et l'occupant. Le Code civil est explicite : le preneur est tenu des dégradations et des pertes causées par les personnes de sa maison comme par ses sous-locataires (art. 1735).
S'y ajoute la présomption propre à l'incendie : le preneur répond de l'incendie survenu dans les lieux loués, sauf à prouver un cas fortuit, la force majeure, un vice de construction, ou la communication du feu depuis un immeuble voisin (art. 1733). Concrètement, l'assureur du bailleur indemnise le propriétaire puis, subrogé dans ses droits (art. L. 121-12 du Code des assurances), exerce son recours contre vous. À vous, ensuite, d'appeler votre sous-locataire en garantie — ce qui suppose qu'il soit assuré et solvable.
Pour les sinistres de faible intensité, une convention entre assureurs, la convention IRSI, organise la gestion et le recours pour les dégâts d'eau et incendies en immeuble : un gestionnaire unique, un plafond de dommages de 5 000 € HT, et une première tranche jusqu'à 1 600 € HT sans recours entre assureurs. Attention : il s'agit d'un accord professionnel, qui ne crée aucun droit au profit de l'assuré et dont l'application dépend du type d'immeuble et de l'adhésion des assureurs concernés.
Cas pratique : 180 000 € de dégâts dans un plateau sous-loué
Une agence de communication occupe 120 m² de locaux professionnels. Sa multirisque mentionne « agence de communication – bureaux », un contenu de 70 000 € et une perte d'exploitation de 40 000 €. Pour alléger son loyer, elle sous-loue 40 m² à un atelier de sérigraphie : encres à solvants, presse, tunnel de séchage. Ni le bailleur ni l'assureur ne sont informés.
Quatorze mois plus tard, un incendie part du tunnel de séchage. Bilan : 96 000 € sur le bâtiment, 62 000 € de contenu détruit, 22 000 € de perte d'exploitation, soit 180 000 €.
L'expert découvre l'atelier. Aucune intention de tromper n'est retenue : c'est l'article L. 113-9 qui s'applique, avec réduction proportionnelle de l'indemnité selon le rapport des taux de prime. En simplifiant, avec un taux « bureaux » de 0,95 ‰ contre un taux « atelier avec solvants » de 2,10 ‰ :
| Poste | Dommage | Indemnité après réduction (≈ 45 %) |
|---|---|---|
| Contenu | 62 000 € | ≈ 27 900 € |
| Perte d'exploitation | 22 000 € | ≈ 9 900 € |
| Reste à charge | 84 000 € | ≈ 46 200 € non indemnisés, avant franchise |
Et ce n'est que la première facture. L'assureur du bailleur indemnise les 96 000 € de dommages immobiliers, puis se retourne contre l'agence, présumée responsable de l'incendie et tenue du fait de son sous-locataire. La garantie « risque locatif » de l'agence subit la même réduction proportionnelle. Reste le recours contre l'atelier de sérigraphie, dont l'issue dépend de ses propres garanties et plafonds. En parallèle, le bailleur peut invoquer la sous-location irrégulière pour demander la résiliation du bail.
Checklist avant de faire entrer un tiers dans vos murs
Huit vérifications, dans l'ordre, avant la signature :
- Relire la clause de sous-location et d'occupation personnelle du bail. Silence du bail commercial = interdiction.
- Notifier le bailleur par lettre recommandée avec avis de réception ou acte extrajudiciaire, et attendre sa réponse dans le délai de 15 jours.
- Obtenir un accord écrit et faire concourir le bailleur à l'acte de sous-location.
- Écrire le contrat : surfaces exactes, parties communes, horaires, activité autorisée, interdictions techniques, répartition des charges et des travaux.
- Déclarer la situation à votre assureur par écrit, dans les 15 jours, en décrivant précisément l'activité entrante — et conserver la preuve de l'envoi.
- Demander l'attestation d'assurance du sous-locataire chaque année : garanties, plafonds, activité déclarée, période de validité.
- Faire signer une renonciation réciproque à recours et la faire valider par les deux assureurs.
- Réévaluer vos capitaux : contenu, perte d'exploitation, responsabilité de bailleur, et vérifier les conditions de garantie liées aux moyens de protection.
Une sous-location bien déclarée coûte, au pire, un avenant et quelques dizaines d'euros de prime supplémentaire. Une sous-location silencieuse peut coûter un contrat, un bail et une part majeure de l'indemnité. Vos conditions particulières restent la seule référence opposable : c'est là qu'il faut vérifier ce que votre contrat prévoit réellement.
Questions fréquentes
Non. Contrairement au droit commun du louage (art. 1717 du Code civil), le bail commercial pose l'interdiction comme principe : sauf stipulation contraire du bail ou accord du bailleur, toute sous-location totale ou partielle est interdite (art. L. 145-31 du Code de commerce). Le silence du bail vaut donc interdiction. Sous-louer malgré tout est une infraction aux clauses du bail, qui peut justifier sa résiliation et, en fin de bail, un refus de renouvellement pour motif grave et légitime, sans indemnité d'éviction. Demandez un accord écrit du bailleur avant toute installation.
Oui, dès lors que la présence est durable et organisée. La question posée à l'assureur n'est pas « y a-t-il un loyer ? » mais « le risque est-il modifié ? ». Un tiers qui dispose d'une clé, d'un poste, de son propre matériel et exerce une autre activité modifie l'occupation des lieux, le contenu présent et parfois les moyens de protection. Cela relève des circonstances nouvelles à déclarer dans les 15 jours (art. L. 113-2, 3° du Code des assurances). Une déclaration écrite, même pour un partage informel, vous met à l'abri d'un débat au moment du sinistre.
Deux régimes très différents. Si l'omission est jugée non intentionnelle et qu'elle est découverte après le sinistre, l'indemnité est réduite en proportion du taux de prime payé sur le taux qui aurait été dû si le risque avait été exactement déclaré (art. L. 113-9). La réduction peut atteindre la moitié de l'indemnité, voire plus. Si l'assureur établit une réticence ou une fausse déclaration intentionnelle ayant changé l'objet du risque ou diminué son opinion du risque, le contrat est nul et les primes versées lui restent acquises (art. L. 113-8). S'y ajoute, côté bail, le risque de résiliation.
Pas automatiquement. Vis-à-vis du bailleur, vous restez seul tenu du bail et vous répondez des dégradations et pertes causées par vos sous-locataires (art. 1735 du Code civil), avec en plus la présomption de responsabilité en matière d'incendie (art. 1733). L'assureur du bailleur vous poursuivra donc en premier, subrogé dans les droits de son assuré (art. L. 121-12 du Code des assurances). L'assurance du sous-locataire n'agit qu'ensuite, par votre appel en garantie, dans la limite de ses garanties et de ses plafonds. Exigez l'attestation annuelle et une renonciation réciproque à recours acceptée par les deux assureurs.
Chaque occupant déclare à son propre assureur, pour ses propres biens et sa propre responsabilité. Le délai est celui fixé par votre contrat : il ne peut être inférieur à 5 jours ouvrés, réduit à 2 jours ouvrés en cas de vol (art. L. 113-2, 4°). Prévenez également le bailleur et, en immeuble collectif, le syndic. Pour les dégâts d'eau et incendies en immeuble d'un montant limité, la convention IRSI entre assureurs désigne un gestionnaire unique, avec un plafond de 5 000 € HT et une première tranche jusqu'à 1 600 € HT sans recours ; cet accord ne vous confère toutefois aucun droit propre et son application dépend des assureurs concernés.
Souscrivez votre assurance pro en 2 minutes
Toutes nos protections, devis immédiat — attestation immédiate, sans engagement.
* Tarifs indicatifs « à partir de », selon votre profil, votre activité et les garanties choisies.
Article rédigé et vérifié par l'équipe Insurio — Tutassûr, courtier en assurance immatriculé à l'ORIAS sous le n° 22001730. Information à caractère général ne se substituant pas aux conditions de votre contrat.