Réglementation 27 juillet 2026 ⏱️ 8 min de lecture

Sinistre de 80 000 €, indemnité de 46 500 € : la sous-assurance que personne n'avait vue

La sous-assurance ne se voit pas sur une quittance : elle apparaît le jour du sinistre. Voici comment la détecter avant, chiffres à l'appui.

Par l'équipe Insurio Courtier responsable · ORIAS 22001730
⚡ L'essentiel
  • Article L.121-5 du Code des assurances : si la valeur des biens dépasse la somme garantie, l'assuré reste son propre assureur pour l'excédent et supporte une part proportionnelle du dommage — sauf convention contraire prévue au contrat.
  • Exemple chiffré : contenu réel 200 000 €, capital déclaré 120 000 €, soit 60 % de couverture. Sur 80 000 € de dommages, l'indemnité tombe à 48 000 € avant franchise.
  • Article L.113-2 3° : les circonstances nouvelles qui aggravent le risque ou créent de nouveaux risques doivent être déclarées dans les 15 jours de leur connaissance. À défaut, l'indemnité peut être réduite en proportion des primes (L.113-9), voire le contrat annulé en cas de mauvaise foi (L.113-8).
  • Relever ses capitaux ne demande pas d'attendre l'échéance : un avenant est possible en cours d'année. Changer d'assureur relève en revanche de l'article L.113-12 (échéance annuelle, préavis de 2 mois) — ni le droit de rétractation de 14 jours ni la résiliation infra-annuelle dite « loi Hamon » (L.113-15-2) ne s'appliquent aux contrats professionnels.

Ce que la règle proportionnelle de capitaux fait vraiment à votre indemnité

La sous-assurance n'est pas une faute : c'est un écart. L'écart entre le capital inscrit sur vos conditions particulières et la valeur réelle de vos biens le jour du sinistre. L'article L.121-5 du Code des assurances en tire une conséquence mécanique : lorsque la valeur de la chose assurée excède la somme garantie, l'assuré « est considéré comme restant son propre assureur pour l'excédent » et supporte une part proportionnelle du dommage, sauf convention contraire.

Traduction opérationnelle : l'indemnité est multipliée par le rapport capital assuré / valeur réelle. Ce mécanisme s'applique même à un petit sinistre, même si vous avez toujours payé vos primes, et même si l'écart vient d'une simple omission.

Un commerce dont le contenu vaut 200 000 € mais n'est assuré que pour 120 000 € est couvert à 60 %. Sur chaque sinistre, pas seulement sur les gros.
Capital « contenu » déclaréTaux de couvertureIndemnité sur 80 000 € de dommagesReste à votre charge
200 000 €100 %80 000 €0 €
180 000 €90 %72 000 €8 000 €
150 000 €75 %60 000 €20 000 €
120 000 €60 %48 000 €32 000 €
100 000 €50 %40 000 €40 000 €

Le membre de phrase « sauf convention contraire » est essentiel : certains contrats prévoient une dérogation à la règle proportionnelle, une garantie « au premier risque » sur certains postes, ou une clause d'ajustabilité des stocks. Ces aménagements existent mais ne sont ni automatiques ni universels : vérifiez vos conditions particulières avant de compter dessus. Sur une multirisque professionnelle, ils figurent en général dans la rubrique consacrée aux bases d'indemnisation.

Cas pratique : 80 000 € de dommages, 46 500 € versés

Un magasin d'équipement de la maison, locataire de son local, subit un dégât des eaux nocturne : mobilier de vente, stock au sol et caisse informatique détruits. L'expert chiffre les dommages à 80 000 €. Le contrat n'a pas bougé depuis quatre ans, alors que l'enseigne a réaménagé sa surface de vente et augmenté son stock.

ÉtapeMontantCommentaire
Valeur réelle du contenu au jour du sinistre200 000 €Reconstituée par l'expert (matériel + stock + aménagements)
Capital « contenu » aux conditions particulières120 000 €Déclaré à la souscription, jamais réévalué
Taux de couverture60 %120 000 / 200 000
Dommages retenus80 000 €Après application des règles de vétusté du contrat
Après règle proportionnelle48 000 €80 000 × 60 % (art. L.121-5)
Franchise contractuelle− 1 500 €Montant fixé au contrat, pas par la loi
Indemnité versée46 500 €Reste à charge : 33 500 €

Deux précisions utiles. D'abord, la franchise d'une multirisque professionnelle est contractuelle : il n'existe pas de « franchise légale du marché », sauf dans les régimes réglementés comme celui des catastrophes naturelles, où elle est fixée par voie réglementaire. Ensuite, l'écart de 33 500 € ne résulte d'aucune exclusion ni d'aucune mauvaise foi : uniquement d'un capital resté figé pendant que l'entreprise, elle, avançait.

Les cinq écarts qui créent une sous-assurance sans qu'on la voie

Dans la très grande majorité des dossiers, la sous-assurance ne vient pas d'une négligence unique mais de l'accumulation de petites dérives.

  • Les investissements non déclarés. Un four, une vitrine réfrigérée, un banc de découpe : chaque immobilisation s'ajoute à la valeur à remplacer sans jamais remonter au contrat.
  • Le stock de pointe. Beaucoup de professionnels déclarent un stock moyen annuel. Un incendie de novembre frappe un stock deux à trois fois supérieur à cette moyenne.
  • Les aménagements du locataire. Cloisons, faux plafonds, comptoir sur mesure, enseigne : ces embellissements pèsent économiquement sur le preneur et sont très souvent absents du capital déclaré.
  • Les pertes d'exploitation figées. Une marge brute assurée sur la base d'un exercice ancien devient insuffisante dès que le chiffre d'affaires progresse.
  • Les biens confiés. Marchandises en dépôt-vente, matériel de client en réparation, appareils en test : ils ne sont couverts que si une garantie « biens confiés » existe, avec son propre capital.

Chacun de ces événements peut relever de l'article L.113-2 3° du Code des assurances, qui impose de déclarer dans les 15 jours de leur connaissance les circonstances nouvelles qui aggravent les risques ou en créent de nouveaux. C'est une obligation légale, distincte des exigences propres à chaque assureur. Elle vaut aussi bien pour un magasin que pour un atelier ou un entrepôt.

La méthode d'inventaire : compter ce que l'expert comptera

Un inventaire utile ne se fait pas au jugé. Il se construit poste par poste, avec pour chacun une base d'évaluation et une pièce justificative opposable. Comptez une demi-journée la première année, une heure les suivantes.

PosteBase d'évaluation courantePièce à conserverErreur fréquente
Bâtiment (si propriétaire)Coût de reconstruction, hors terrainDevis ou estimation surface × coût au m²Raisonner en valeur vénale ou en prix d'achat
Aménagements et embellissements (si locataire)Coût de remise en étatFactures de travauxPoste purement et simplement oublié
Matériel et mobilierValeur de remplacement, vétusté selon le contratRegistre des immobilisations (valeur brute)Utiliser la valeur nette comptable, très inférieure
Marchandises et stocksPrix de revient au pic de saisonInventaire comptable datéDéclarer un stock moyen
Informatique et donnéesRemplacement + reconstitution des fichiersFactures, contrat de sauvegardeOublier le coût de reconstitution
Pertes d'exploitationMarge brute × période d'indemnisation retenueLiasse fiscale du dernier exerciceConserver une marge d'il y a cinq ans
Biens confiésValeur des biens appartenant à des tiersBons de dépôt, ordres de réparationSupposer la garantie acquise d'office

Une précision contre-intuitive : sur-assurer ne protège pas davantage. L'assurance de biens est un contrat d'indemnité et l'indemnité ne peut dépasser la valeur de la chose au moment du sinistre (art. L.121-1). En cas de surassurance de bonne foi, le contrat reste valable jusqu'à concurrence de la valeur réelle et l'assureur n'a pas droit aux primes pour l'excédent (art. L.121-3). Autrement dit : vous payez plus sans être mieux indemnisé. L'objectif est la justesse, pas la marge de sécurité.

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Indexation : ce qu'elle corrige, et ce qu'elle ne corrige pas

Beaucoup de contrats prévoient une clause d'indexation qui fait évoluer capitaux et cotisation selon un indice de référence — souvent un indice de coût de la construction pour le bâti, un autre indice contractuel pour le contenu. C'est une bonne chose, mais son périmètre est étroit : l'indice suit l'inflation des coûts, il ignore totalement la vie de votre entreprise.

SituationL'indexation la corrige ?Action à mener
Hausse générale des coûts de constructionOui, partiellementVérifier l'indice appliqué sur l'avis d'échéance
Achat d'une machine de 40 000 €NonDéclarer et demander un avenant
Extension de 80 m² ou nouveau localNon — risque nouveauDéclarer sous 15 jours (L.113-2 3°)
Stock qui double en haute saisonNonCapital de pointe ou clause d'ajustabilité
Capital mal évalué dès la souscriptionNon — l'erreur est indexée elle aussiRé-estimer intégralement le poste
Chiffre d'affaires en hausse de 30 %NonRéviser la marge brute assurée

Retenez la règle simple : l'indexation entretient un capital juste, elle ne répare jamais un capital faux.

Ce que l'assurance couvre — et ce qu'elle exige de vous

Trois niveaux d'exigences coexistent, et les confondre coûte cher au moment de l'indemnisation. Le premier relève de la loi, le deuxième de votre contrat, le troisième de la simple prudence probatoire.

NatureExigenceConséquence en cas de manquement
Obligation légaleRépondre exactement aux questions posées par l'assureur et déclarer les circonstances nouvelles aggravantes sous 15 jours (L.113-2)Réduction de l'indemnité en proportion des primes (L.113-9) ; nullité du contrat en cas de fausse déclaration intentionnelle (L.113-8)
Obligation légaleDéclarer le sinistre dans le délai prévu au contrat, qui ne peut être inférieur à cinq jours ouvrés (deux jours ouvrés en cas de vol) — L.113-2 4°Déchéance uniquement si elle est prévue au contrat et si l'assureur établit que le retard lui a causé un préjudice
Obligation légaleAgir dans le délai de prescription de deux ans applicable aux actions dérivant du contrat d'assurance (L.114-1)Action irrecevable
Exigence contractuelleMesures de prévention décrites aux conditions particulières : qualité des fermetures, alarme en service, vérification périodique des installationsFranchise majorée, réduction ou refus de garantie selon la rédaction du contrat
Exigence contractuelleTenue d'un inventaire des stocks et conservation des justificatifsDifficulté probatoire, indemnité revue à la baisse faute de preuve
Bonne pratiquePhotos datées des locaux, factures classées, sauvegarde comptable hors siteAucune sanction, mais expertise nettement plus rapide

Aucun de ces points n'est théorique : dans un dossier de sous-assurance, l'expert reconstitue la valeur à partir de vos pièces. Moins vous en avez, plus l'écart se règle à votre détriment.

Le rendez-vous annuel de mise à jour : 45 minutes, quatre mois avant l'échéance

Le meilleur moment pour corriger une sous-assurance n'est pas l'échéance : c'est trois à quatre mois avant. Vous disposez alors du temps nécessaire pour arbitrer, et vous restez dans les clous si vous décidez de mettre le contrat en concurrence.

  • Sortir trois documents : le registre des immobilisations à jour, le dernier inventaire de stock (en valeur, au pic de saison) et vos conditions particulières.
  • Comparer poste à poste les capitaux déclarés à votre inventaire. Un écart supérieur à 10 % mérite un arbitrage ; au-delà de 20 %, la correction devient urgente.
  • Relire les bases d'indemnisation : valeur à neuf ou valeur d'usage, taux de vétusté, existence d'une dérogation à la règle proportionnelle, franchises par garantie.
  • Vérifier la marge brute assurée en pertes d'exploitation et la période d'indemnisation retenue au regard de votre délai réel de remise en route.
  • Formaliser : toute déclaration se fait par écrit, et toute modification se matérialise par un avenant signé. Une conversation téléphonique ne prouve rien.

Côté calendrier juridique, deux régimes à ne pas confondre. Ajuster vos capitaux ne demande aucune attente : un avenant peut intervenir en cours d'année, avec ajustement de cotisation au prorata de la période restant à courir. Changer d'assureur relève en revanche de l'article L.113-12 : résiliation à l'échéance annuelle, avec un préavis de deux mois. L'article L.113-16 ouvre des cas particuliers, notamment la cessation définitive d'activité professionnelle : la demande doit intervenir dans les trois mois suivant l'événement et la résiliation prend effet un mois après notification, la fraction de cotisation correspondant à la période non courue étant restituée.

Enfin, deux dispositifs souvent invoqués à tort : le droit de rétractation de quatorze jours du Code de la consommation et la résiliation infra-annuelle dite « loi Hamon » (art. L.113-15-2) visent les particuliers. Ils ne s'appliquent pas à un contrat souscrit pour les besoins de votre activité professionnelle. Pour un local commercial, votre calendrier reste celui de l'échéance annuelle.

Questions fréquentes

Mettez côte à côte trois chiffres. Un : la valeur brute d'acquisition de vos immobilisations (registre comptable, et non la valeur nette comptable, très inférieure et sans rapport avec le coût de remplacement). Deux : votre stock valorisé au prix de revient à sa période haute. Trois : le capital « contenu » de vos conditions particulières. Ajoutez au premier total vos aménagements de locataire s'ils ne figurent pas au registre. Si le capital assuré représente moins de 90 % du total reconstitué, vous avez un sujet ; sous 80 %, l'écart devient significatif sur chaque sinistre.

Non, pas à elle seule. L'indexation fait évoluer capitaux et cotisation selon un indice de coûts : elle absorbe l'inflation, pas la croissance de votre entreprise. Elle ignore une machine achetée en cours d'année, une extension de surface, un stock qui double en haute saison. Et si le capital initial était sous-évalué, elle indexe l'erreur en même temps que le reste. Conservez-la, mais doublez-la d'une revue annuelle de vos capitaux.

Non. Une augmentation de capitaux se traite par avenant, à tout moment de l'année, avec ajustement de cotisation au prorata de la période restant à courir. C'est même l'inverse qui est vrai : l'article L.113-2 3° impose de déclarer sous quinze jours les circonstances nouvelles qui aggravent le risque ou en créent de nouveaux. L'échéance annuelle et son préavis de deux mois (art. L.113-12) ne concernent que la résiliation, c'est-à-dire le changement d'assureur. Ni le droit de rétractation de quatorze jours ni la résiliation infra-annuelle dite « loi Hamon » (L.113-15-2) ne s'appliquent aux contrats professionnels.

Régulariser spontanément, avant tout sinistre, est de loin la meilleure option : l'assureur applique alors la tarification correspondant au risque réel, éventuellement avec un rattrapage de cotisation. Si l'inexactitude n'est découverte qu'après le sinistre et qu'elle est de bonne foi, l'article L.113-9 prévoit une réduction de l'indemnité dans le rapport entre les primes payées et celles qui auraient été dues. Si la fausse déclaration est intentionnelle et qu'elle change l'objet du risque ou en diminue l'opinion pour l'assureur, l'article L.113-8 permet la nullité du contrat. Faites votre déclaration par écrit et conservez l'accusé de réception.

Oui, et c'est souvent le poste le plus mal calibré. La garantie repose généralement sur une marge brute assurée et une période d'indemnisation (douze, dix-huit ou vingt-quatre mois selon les contrats). Si la marge déclarée date d'un exercice ancien alors que votre activité a progressé, un mécanisme de réduction comparable à la règle proportionnelle peut s'appliquer en vertu de vos conditions générales. Deux réflexes : recaler la marge brute sur la dernière liasse fiscale chaque année, et choisir une période d'indemnisation cohérente avec votre délai réel de remise en route, reconstruction et reconstitution de clientèle comprises. Vérifiez la rédaction exacte de vos conditions particulières, elle varie d'un assureur à l'autre.

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Article rédigé et vérifié par l'équipe Insurio — Tutassûr, courtier en assurance immatriculé à l'ORIAS sous le n° 22001730. Information à caractère général ne se substituant pas aux conditions de votre contrat.

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