ESN : EXTIA sanctionnée de 300 000 € pour des demandes d'effacement ignorées (21 juillet 2026)
Une purge automatique des CV ne remplace pas la réponse au candidat : ce que la sanction EXTIA rappelle aux ESN sur leurs viviers et leurs anciens consultants.
- Le 21 juillet 2026, la formation restreinte de la CNIL a prononcé une amende de 300 000 euros contre EXTIA, société de conseil en informatique et ingénierie, pour manquement aux articles 12 et 17 du RGPD (délibération SAN-2026-010, publiée le 9 septembre 2026).
- Sur 265 demandes d'effacement reçues en 2024, venues presque toutes d'anciens candidats, 12 n'ont jamais été traitées, 166 personnes n'ont pas été informées des suites données et 26 demandes ont été traitées hors délai.
- Le 21 juillet 2026, la formation restreinte a jugé que la suppression automatique des données des candidats ne dispensait pas la société de les informer dans le délai d'un mois prévu par l'article 12 du RGPD.
- La société avait reçu deux rappels à la loi de la CNIL, les 19 avril et 20 juin 2024, ce qui a pesé dans la négligence retenue contre elle.
- La délibération, publiée le 9 septembre 2026, peut faire l'objet d'un recours devant le Conseil d'État dans un délai de deux mois à compter de sa notification.
Que risque une ESN qui laisse une demande d'effacement sans réponse ?
Une amende administrative, même lorsque les CV sont purgés automatiquement. Le 21 juillet 2026, la formation restreinte de la CNIL a infligé 300 000 euros à EXTIA, société de conseil en informatique et ingénierie. La plupart des demandes d'effacement reçues en 2024, venues presque toutes d'anciens candidats, n'avaient pas été traitées correctement. Le RGPD oblige à informer la personne des suites données à sa demande dans un délai d'un mois, refus compris, et la CNIL a jugé que la suppression automatique ne dispensait pas de cette réponse.
Ce que retient la délibération SAN-2026-010
La délibération du 21 juillet 2026 retient deux manquements : le défaut de traitement des demandes d'effacement (articles 12 et 17 du RGPD) et le défaut d'information sur les suites données (article 12). Un troisième grief, relatif à l'information des salariés sur la durée de conservation de leurs données (article 13), a été abandonné par la rapporteure. Sur 265 demandes d'effacement reçues en 2024, la formation restreinte relève :
- 12 demandes jamais traitées ;
- 166 personnes jamais informées des suites données ;
- 26 demandes d'effacement traitées hors délai, avec des retards pouvant atteindre plus de cinq à six mois, ainsi qu'une demande d'accès traitée plus d'un an après (le communiqué de la CNIL évoque 27 personnes informées hors délai).
Le délai applicable est fixé par le RGPD :
« Le responsable du traitement fournit à la personne concernée des informations sur les mesures prises à la suite d'une demande formulée en application des articles 15 à 22, dans les meilleurs délais et en tout état de cause dans un délai d'un mois à compter de la réception de la demande. »
Règlement (UE) 2016/679 (RGPD), article 12, paragraphe 3
La société soutenait que les données des candidats avaient été supprimées automatiquement. La formation restreinte a répondu, selon le communiqué de la CNIL, que « cette suppression automatique ne dispensait pas la société d'informer ces candidats » ; la délibération qualifie l'obligation de réponse aux demandes d'exercice des droits d'« obligation autonome », qui ne saurait être compensée par l'effacement automatique des données. Pour fixer le montant, elle retient la gravité et la durée des manquements, le nombre de personnes concernées, la négligence de la société, déjà destinataire de deux rappels à la loi en 2024, sa situation financière et le caractère dissuasif et proportionné de l'amende. La coopération, jugée ordinaire, n'a pas été retenue comme circonstance atténuante ; la mise en conformité est prise en compte mais n'efface pas les manquements passés. Aucune injonction n'a été prononcée.
Vivier de CV, dossiers de compétences, anciens consultants : les points de vigilance d'une ESN
Le profil d'EXTIA est courant dans le secteur : 2 000 salariés en 2025, dont 1 600 à 1 700 consultants, et un recrutement continu qui alimente une base de candidats. Selon les déclarations de la société rapportées dans la délibération, les candidatures spontanées étaient supprimées automatiquement 60 jours après leur dépôt (la rapporteure jugeait cette affirmation non étayée), et les candidats qualifiés non retenus étaient conservés par défaut deux ans dans une « BDD Candidats qualifiés ». Purger ne suffit pas : il faut répondre, et pouvoir prouver qu'on a répondu. Trois situations de terrain :
- Le candidat qui écrit à un recruteur. Exemple : une demande reçue le 3 mars dans la messagerie d'un chargé de recrutement appelle une réponse au plus tard le 3 avril. Une prolongation de deux mois reste possible, compte tenu de la complexité et du nombre de demandes, mais elle doit être annoncée, motifs à l'appui, dans ce premier mois (article 12, paragraphe 3). À l'échelle d'EXTIA, 265 demandes d'effacement en 2024 représentent environ 22 échéances par mois, chacune avec sa trace écrite.
- Le CV transmis aux clients. Le dossier de compétences envoyé pour une mission a des destinataires. L'article 19 impose de leur notifier l'effacement, sauf si cette communication se révèle impossible ou exige des efforts disproportionnés : effacer le profil dans votre seul logiciel de recrutement ne règle pas tout.
- L'ancien consultant. Un salarié parti peut demander l'effacement, mais l'article 17, paragraphe 3, écarte ce droit pour les données qu'une obligation légale impose de conserver ou qui servent à la constatation, à l'exercice ou à la défense de droits en justice. Le refus, total ou partiel, doit alors être motivé dans le mois, avec la mention de la possibilité de saisir la CNIL et de former un recours juridictionnel (article 12, paragraphe 4).
Dernier point relevé dans le dossier : selon la société, le courriel automatique adressé aux candidats non présélectionnés mentionnait par erreur une conservation de leurs données pendant deux ans. Vos messages types doivent décrire ce que fait réellement votre système.
Le calendrier de l'affaire : qui, quand, quoi
| Quand | Qui | Quoi |
|---|---|---|
| Année 2024 | EXTIA | 265 demandes d'effacement reçues, presque toutes d'anciens candidats |
| 16 avril, 3 juin, 17 juin et 7 novembre 2024 | Plaignants (anciens salariés et candidats, selon la CNIL) | Quatre plaintes, dont celles des 16 avril et 17 juin 2024 portaient sur l'exercice des droits d'accès et d'effacement |
| 19 avril et 20 juin 2024 | CNIL | Deux rappels à la loi sur le traitement des demandes d'exercice de droits |
| 2025 | Comité européen de la protection des données | Lancement de l'action coordonnée européenne « droit à l'effacement » |
| 10 avril 2025 | Délégation de la CNIL | Contrôle sur place au siège de la société, dans le cadre de cette action coordonnée |
| 21 juillet 2026 | Formation restreinte de la CNIL | Amende de 300 000 euros, sans injonction |
| 9 septembre 2026 | CNIL | Publication du communiqué et de la délibération sur Légifrance |
| Deux mois à compter de la notification | EXTIA | Délai de recours devant le Conseil d'État (date de notification non publiée) |
| Deux ans après la publication | CNIL | La décision publiée n'identifie plus nommément la société |
| À réception d'une demande d'effacement | ESN | Réponse sur les suites données au plus tard dans le mois (article 12, paragraphe 3) |
| Dans ce même mois | ESN | Annonce motivée de la prolongation de deux mois, si elle est nécessaire |
Responsabilité et assurance : ce que le dossier met en jeu
Une demande d'effacement ignorée n'est pas une fuite de données, et c'est précisément le piège. Le risque ne naît pas d'une attaque mais d'une procédure : plainte, contrôle sur place, rapport, observations écrites, séance devant la formation restreinte, puis publication d'une décision qui identifie la société pendant deux ans. Chaque étape mobilise la direction et le délégué à la protection des données, et justifie de se faire assister. S'y ajoutent les réclamations des personnes auprès de la CNIL (article 77 du RGPD) et les demandes de réparation d'un dommage matériel ou moral (article 82).
Côté assurance, rien ne doit être présumé pour l'amende elle-même. L'enjeu porte sur les frais de défense et d'accompagnement face à la CNIL et sur les réclamations des personnes concernées, un volet qui relève de l'assurance cyber lorsque le contrat le prévoit. À vérifier dans vos conditions : la garantie joue-t-elle sur un manquement au RGPD sans incident de sécurité ? Les procédures devant une autorité de contrôle sont-elles visées, et à partir de quel acte ? Les risques propres au consultant qui intervient dans le système d'information d'un client relèvent d'un autre schéma : voir la fiche métier ESN / SSII.
Ce qu'il faut faire maintenant
- Recenser les points d'entrée. Adresse dédiée, formulaire, recruteurs, managers, plateformes d'emploi : le délai court à compter de la réception de la demande, aucune ne doit dormir dans une boîte individuelle.
- Tenir un registre daté. Pour chaque demande : date de réception, échéance à un mois, décision, date et preuve de la réponse. EXTIA tenait un tableau interne de suivi des demandes, dont la fiabilité a été discutée pendant la procédure : un registre n'a de valeur que s'il est complet et daté.
- Répondre même après la purge. Confirmez l'effacement par écrit, y compris pour un CV déjà supprimé automatiquement.
- Prévenir les destinataires. Notifiez l'effacement aux clients et partenaires qui ont reçu le dossier de compétences (article 19).
- Motiver les refus. Préparez un modèle pour les anciens salariés : données effacées, données conservées et leur fondement, voies de réclamation et de recours.
- Traiter les signaux faibles. Toute plainte ou tout courrier de la CNIL sur l'exercice des droits est une alerte à traiter sans attendre.
- Relire le contrat cyber. Voir la section précédente, avant qu'une plainte n'arrive.
Questions fréquentes
Non. Dans sa délibération du 21 juillet 2026, la CNIL a jugé que la suppression automatique des données des candidats ne dispensait pas EXTIA de les informer des suites données. L'article 12 du RGPD impose une réponse dans un délai d'un mois à compter de la réception de la demande. Ce délai peut être prolongé de deux mois, compte tenu de la complexité et du nombre de demandes, si la personne en est informée, motifs à l'appui, dans ce premier mois.
Pas nécessairement. L'article 17, paragraphe 3, du RGPD écarte le droit à l'effacement pour les données qu'une obligation légale impose de conserver ou qui sont nécessaires à la constatation, à l'exercice ou à la défense de droits en justice. Le refus doit toutefois être notifié dans le mois, avec ses motifs et la possibilité de saisir la CNIL ou un juge (article 12, paragraphe 4). Les données qui ne relèvent pas de ces exceptions doivent, en principe, être effacées si l'un des motifs de l'article 17, paragraphe 1, s'applique.
Pas nécessairement : la délibération du 21 juillet 2026 est susceptible de recours devant le Conseil d'État dans un délai de deux mois à compter de sa notification. La date de notification n'est pas publiée et le communiqué du 9 septembre 2026 ne précise pas si un recours a été formé. Il s'agit d'une sanction administrative, et non d'un jugement.
L'article 83, paragraphe 5, du RGPD fixe le plafond des amendes pour les droits des personnes à 20 millions d'euros ou 4 % du chiffre d'affaires annuel mondial, le montant le plus élevé étant retenu. Le montant réel dépend de la gravité, de la durée, du nombre de personnes concernées et des antécédents : pour EXTIA, 300 000 euros le 21 juillet 2026, après deux rappels à la loi reçus en 2024.
Il ne faut pas le présumer : la prise en charge d'une amende administrative ne se déduit pas de l'intitulé d'un contrat. Après la sanction du 21 juillet 2026, l'enjeu porte d'abord sur la procédure : frais de défense face à la CNIL, réclamations des personnes concernées. Vérifiez dans vos conditions si la garantie joue sur un manquement au RGPD sans incident de sécurité, et à partir de quel acte de procédure.
Sources et textes de référence
- Non-respect des droits des personnes : sanction de 300 000 euros à l'encontre de la société EXTIA
- Délibération de la formation restreinte n° SAN-2026-010 du 21 juillet 2026 (société EXTIA)
- Règlement (UE) 2016/679 (RGPD), chapitre III : articles 12, 17 et 19
- Règlement (UE) 2016/679 (RGPD), chapitre VIII : articles 77, 82 et 83
Textes et dates vérifiés le 14 octobre 2026.
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