Titres-restaurant en épicerie fine : que pourrez-vous encaisser après le 31 décembre 2026 ?
Pâtes, huiles, fromages : payables en titre-restaurant jusqu'au 31 décembre 2026 ; vins et confiseries, non. Ensuite, l'épicerie sèche dépend de la réforme.
- Jusqu'au 31 décembre 2026, la loi n° 2025-56 du 21 janvier 2025 permet de payer en titres-restaurant tout produit alimentaire, directement consommable ou non : en épicerie fine, les pâtes, le riz, la farine ou l'huile sont donc éligibles.
- Les boissons alcoolisées, les confiseries, les produits infantiles, les produits animaliers et les produits non alimentaires restent exclus, dérogation comprise (Service-Public.fr, 7 octobre 2026).
- Sans loi nouvelle promulguée avant le 1er janvier 2027, seuls resteront payables en titres-restaurant les préparations alimentaires directement consommables, comme les produits laitiers, et les fruits et légumes (code du travail, article R. 3262-4).
- Le 12 octobre 2026, l'Assemblée nationale a adopté en première lecture la proposition de loi n° 2892 (T.A. n° 352) ; le texte de sa commission du 7 octobre 2026 prolonge la dérogation jusqu'au 31 décembre 2027 et prévoit, au 1er janvier 2028, un titre dématérialisé et utilisable tous les jours.
- Au 12 octobre 2026, le Sénat ne s'est pas encore prononcé : rien n'est acquis au-delà du 31 décembre 2026.
Tout l'alimentaire jusqu'au 31 décembre 2026, sauf alcools et confiseries
Jusqu'au 31 décembre 2026, une épicerie fine qui accepte les titres-restaurant peut les encaisser pour tout produit alimentaire, qu'il soit ou non directement consommable : pâtes, riz, farine et huile comme fromages, charcuterie, conserves ou jus de fruits. Restent exclus, dérogation comprise, les boissons alcoolisées, les confiseries, les produits infantiles, les produits animaliers et tout article non alimentaire. Si aucune loi nouvelle n'est promulguée d'ici là, la règle se resserre le 1er janvier 2027 aux préparations directement consommables et aux fruits et légumes : l'épicerie sèche de base sort du titre-restaurant. Adoptée en première lecture par l'Assemblée nationale le 12 octobre 2026, la proposition de loi n° 2892 repousserait, dans la version de sa commission, cette échéance au 31 décembre 2027, puis admettrait, pour les titres émis au titre de 2028, tout produit alimentaire permettant de préparer un repas, hors catégories exclues par un décret à venir (alcool et confiseries annoncés) ; le Sénat ne l'a pas encore examinée.
Ce que disent les textes en vigueur au 12 octobre 2026
« Cette loi prévoit que les titres-restaurant peuvent être utilisés jusqu'au 31 décembre 2026 pour l’achat de tout produit alimentaire, qu'il soit ou non directement consommable. »
Service-Public.fr, 7 octobre 2026, à propos de la loi n° 2025-56 du 21 janvier 2025
Inscrite à l'article 6 de la loi n° 2022-1158 du 16 août 2022, cette dérogation a déjà été interrompue : elle avait pris fin le 1er janvier 2025 et n'a été rétablie qu'à compter du 23 janvier 2025. Hors dérogation, le droit commun est celui de l'article R. 3262-4 du code du travail : le titre paie un repas composé de préparations alimentaires directement consommables, le cas échéant à réchauffer ou à décongeler, notamment de produits laitiers, ou de fruits et légumes, directement consommables ou non.
Trois autres règles du code du travail s'imposent à votre caisse, dérogation ou non :
- 25 € par jour au maximum (article R. 3262-10) ;
- ni dimanches ni jours fériés, sauf décision contraire de l'employeur pour les salariés qui travaillent ces jours-là (article R. 3262-8) ;
- les titres d'une année restent utilisables deux mois après le 1er janvier suivant, soit jusqu'au 28 février 2027 pour les titres 2026 (article R. 3262-5).
Rayon par rayon : votre caisse avant et après le 31 décembre 2026
| Rayon (liste Service-Public.fr, sauf mention) | Jusqu'au 31/12/2026 | Dès le 1/1/2027 sans loi nouvelle | En 2027 si prolongation (article 4) | Dès le 1/1/2028 (texte de la commission) |
|---|---|---|---|---|
| Pâtes, riz, farines, huiles, sucre | Oui | Non | Oui | Oui, sauf décret |
| Viandes crues, poissons frais non transformés | Oui | Non | Oui | Oui, sauf décret |
| Viennoiseries et desserts sucrés qui ne sont pas à base de produits laitiers | Oui | Non | Oui | Oui, sauf décret |
| Lait et produits laitiers, dont fromages (article R. 3262-4) | Oui | Oui | Oui | Oui, sauf décret |
| Charcuterie, conserves, quiches | Oui | Oui | Oui | Oui, sauf décret |
| Fruits et légumes, eaux plates et gazeuses, jus de fruits | Oui | Oui | Oui | Oui, sauf décret |
| Vins, spiritueux, bières, cidres | Non | Non | Non | Exclusion annoncée, décret à venir |
| Confiseries | Non | Non | Non | Exclusion annoncée, décret à venir |
Exemple, samedi 19 décembre 2026. Un client veut régler avec sa carte titre-restaurant une bouteille de vin à 18 €, un paquet de pâtes artisanales à 7,50 €, un pot de rillettes à 9 € et une boîte de confiseries à 14 €. Seules les pâtes et les rillettes, soit 16,50 €, peuvent être réglées en titre-restaurant ; le vin et les confiseries passent sur un autre moyen de paiement.
Même panier, samedi 9 janvier 2027, sans loi nouvelle promulguée : il ne reste que 9 € éligibles, les rillettes. Peu importe que le client paie avec des titres 2026 encore valables : la dérogation vise l'utilisation « jusqu'au 31 décembre 2026 », donc la date d'achat.
Le calendrier : qui, quand, quoi
| Qui | Quand | Quoi |
|---|---|---|
| Législateur | 21 janvier 2025 | Promulgation de la loi n° 2025-56 : dérogation « tout produit alimentaire » jusqu'au 31 décembre 2026, rétablie à compter du 23 janvier 2025 |
| Députés | 9 juin 2026 | Dépôt de la proposition de loi n° 2892 |
| Gouvernement | 28 septembre 2026 | Engagement de la procédure accélérée |
| Commission des affaires sociales | 7 octobre 2026 | Rapport n° 3274 et texte de la commission n° 3274-A0 |
| Assemblée nationale | 12 octobre 2026 | Adoption en première lecture (T.A. n° 352) |
| Sénat | À venir | Examen du texte |
| Commerçants | 31 décembre 2026 | Dernier jour de la dérogation actuelle, sauf loi nouvelle promulguée avant |
| Salariés | 28 février 2027 | Dernier jour d'utilisation des titres 2026 |
| Si la réforme passe en l'état | 31 décembre 2027 | Nouvelle fin de la dérogation (article 4) |
| Si la réforme passe en l'état | 1er janvier 2028 | Titres émis au titre de 2028 : dématérialisés, exclusions fixées par décret, utilisables tous les jours |
Le texte adopté en séance (T.A. n° 352) n'était pas encore publié sur le site de l'Assemblée nationale au 12 octobre 2026 : la séance a pu modifier la version de la commission décrite ici, et le Sénat peut encore la changer.
Ce que la réforme changerait pour votre épicerie
Dans le texte de la commission (n° 3274-A0), cinq dispositions vous concernent, toutes applicables au 1er janvier 2028 :
- Éligibilité inscrite dans la loi. L'article L. 3262-3 du code du travail viserait expressément « une activité de commerce de détail alimentaire ou une activité assimilée aux catégories précédentes ».
- Produits. Le titre paierait « tout produit alimentaire permettant de préparer un repas », à l'exception des catégories « ne répondant pas aux besoins du repas des salariés listées par décret ». L'exposé des motifs annonce l'alcool, les confiseries, les aliments infantiles et animaliers ; ce décret n'existe pas encore.
- Dimanches et jours fériés. Un nouvel article L. 3262-5-2 rendrait les titres utilisables tous les jours de la semaine.
- Fin du papier. Le titre deviendrait un « titre spécial de paiement dématérialisé » au sens de l'article L. 525-4 du code monétaire et financier, donc sans support papier.
- Commissions. Chaque janvier, l'émetteur vous remettrait sur support durable le total de ses commissions et frais de l'année écoulée, exprimé aussi en pourcentage des titres perçus (article L. 3262-1-2) ; un décret en Conseil d'État pris après avis de l'Autorité de la concurrence pourrait plafonner ces commissions (article L. 3262-1-3).
Assurance : un titre dématérialisé déplacerait le risque vers l'encaissement électronique
Si la réforme passe, votre dépendance au numérique augmenterait : avec un titre dématérialisé, chaque paiement en titre passerait par votre terminal, votre caisse connectée et le réseau de l'émetteur. Trois scénarios à confronter à vos contrats :
- Caisse ou terminal bloqués par un rançongiciel : ventes perdues, frais de remise en état ;
- Fraude à l'encaissement : faux message « de l'émetteur » demandant de modifier le RIB de remboursement, identifiants de l'espace commerçant détournés ;
- Panne du réseau de l'émetteur, sans attaque : vos clients ne peuvent plus payer en titre ce jour-là.
Ces incidents menacent déjà tout encaissement électronique, cartes titres-restaurant comprises : la fin du titre papier n'en augmenterait que l'exposition. Selon ses conditions, une assurance cyber peut prévoir des frais de restauration des systèmes, une assistance et une perte d'exploitation consécutive à un incident de sécurité. La fraude au changement de RIB peut relever d'une garantie distincte, d'un sous-plafond ou d'une exclusion, et une panne non malveillante chez un prestataire n'entre pas forcément dans la définition de l'incident garanti : lisez ces définitions. La casse ou le vol du matériel d'encaissement peuvent relever, selon vos contrats, d'une assurance du matériel informatique ou de votre multirisque professionnelle : vérifiez définitions, plafonds et exclusions. Repères du métier : assurance de l'épicerie fine.
Ce qu'il faut faire maintenant
- Préparer deux paramétrages de caisse : la liste dérogatoire actuelle et la liste de droit commun, à activer le 1er janvier 2027 si aucune loi nouvelle n'est publiée au Journal officiel.
- Afficher la règle en boutique : alcools, confiseries et articles non alimentaires non payables en titre-restaurant aujourd'hui (exclusions confirmées par Service-Public.fr au 7 octobre 2026).
- Briefer l'équipe avant les fêtes : rappeler les trois règles vues plus haut (plafond journalier, dimanches et jours fériés, validité des titres 2026).
- Suivre la promulgation avant le 1er janvier 2027 : examen au Sénat, adoption définitive, puis publication au Journal officiel.
- Relire vos contrats : frais et délais de remboursement des émetteurs ; en cyber, perte d'exploitation, fraude au changement de RIB, indisponibilité d'un prestataire.
Questions fréquentes
Non. Les boissons alcoolisées restent exclues du titre-restaurant, y compris pendant la dérogation qui court jusqu'au 31 décembre 2026 (Service-Public.fr, 7 octobre 2026). Sur un panier mixte, seuls les produits éligibles passent en titre, dans la limite de 25 € par jour (code du travail, article R. 3262-10) ; le vin se règle par un autre moyen de paiement. La réforme examinée par les députés renvoie les exclusions à un décret, que l'exposé des motifs annonce pour l'alcool.
Le titre 2026 reste valable jusqu'au 28 février 2027 (code du travail, article R. 3262-5), mais la dérogation vise l'utilisation jusqu'au 31 décembre 2026. Sans loi nouvelle promulguée d'ici le 4 janvier 2027, les pâtes ne sont plus payables en titre-restaurant ce jour-là. Si la prolongation au 31 décembre 2027 prévue par l'article 4 du texte de la commission (n° 3274-A0), dont le contenu après la séance du 12 octobre 2026 n'a pas pu être vérifié, est définitivement adoptée et publiée, elles redeviendront éligibles à son entrée en vigueur.
Les textes consultés ne tranchent pas. Service-Public.fr classe les confiseries parmi les produits toujours exclus et les « viennoiseries et autres desserts sucrés qui ne sont pas à base de produits laitiers » parmi les produits admis pendant la dérogation, sans définir la frontière. À vous de classer chaque référence dans votre caisse : retenez une classification prudente et documentée. Si la réforme est adoptée, c'est le décret listant les catégories exclues qui fera foi ; il n'est pas publié au 12 octobre 2026.
Pas en principe aujourd'hui : l'article R. 3262-8 du code du travail les exclut les dimanches et jours fériés, sauf décision contraire de l'employeur pour les salariés qui travaillent ces jours-là. Le texte de la commission des affaires sociales du 7 octobre 2026 crée un article L. 3262-5-2 qui les rendrait utilisables tous les jours, dimanches et jours fériés compris, mais seulement à partir du 1er janvier 2028 et sous réserve du vote du Sénat.
Elle pourrait déplacer le risque. Avec un titre dématérialisé, prévu pour les titres émis au titre de 2028 dans le texte de la commission, chaque paiement en titre dépendrait de votre terminal, de votre caisse et du réseau de l'émetteur, comme c'est déjà le cas pour les cartes titres-restaurant. Une attaque informatique, une fraude au changement de RIB ou une indisponibilité du prestataire ne relèvent pas forcément des mêmes garanties : vérifiez dans les conditions de votre contrat cyber ce qui est prévu pour chacune, notamment en perte d'exploitation.
Sources et textes de référence
- Titres-restaurant : la liste dérogatoire des produits est maintenue jusqu'au 31 décembre 2026 (loi n° 2025-56 du 21 janvier 2025)
- Code du travail, articles R. 3262-4 à R. 3262-11 (utilisation des titres-restaurant), versions en vigueur au 12 octobre 2026
- Proposition de loi n° 2892 visant à moderniser et rééquilibrer le fonctionnement du titre-restaurant (exposé des motifs et articles 1er à 4)
- Texte de la commission des affaires sociales n° 3274-A0 sur la proposition de loi visant à moderniser et rééquilibrer le fonctionnement du titre-restaurant (articles 1er à 4)
- Dossier législatif : proposition de loi visant à moderniser et rééquilibrer le fonctionnement du titre-restaurant
Textes et dates vérifiés le 12 octobre 2026.
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