Réglementation 13 juin 2026 ⏱️ 9 min de lecture

Allergènes en épicerie fine : ce qu'INCO 1169/2011 vous impose vraiment

Vrac, dégustation, paniers cadeaux composés : le règlement INCO 1169/2011 ne traite pas l'épicerie fine comme un supermarché. Voici les obligations réelles, les sanctions encourues et les pratiques qui sécurisent votre responsabilité de vendeur.

Par Sami Hami Courtier responsable · ORIAS 22001730
⚡ L'essentiel
  • Le règlement (UE) n°1169/2011 (dit INCO) impose la déclaration des 14 allergènes majeurs sur tous les produits alimentaires vendus, y compris en vrac et à la coupe.
  • Pour les denrées non préemballées (vrac, dégustation, paniers composés), l'arrêté du 8 octobre 2020 permet une information orale à condition qu'une mention écrite renvoie clairement à un support consultable.
  • Le défaut d'information allergène engage la responsabilité civile du fait des produits vendus (article 1245 du Code civil) et peut déclencher des sanctions DGCCRF jusqu'à 1 500 € par produit non conforme.
  • Une RC Pro adaptée couvre les dommages corporels consécutifs à une réaction allergique imputable à un défaut d'information, mais exclut la fraude délibérée et la non-déclaration intentionnelle.

Le règlement INCO : un texte conçu pour la grande distribution, appliqué à l'épicerie fine

Le règlement (UE) n°1169/2011, en vigueur depuis le 13 décembre 2014, harmonise l'information du consommateur sur les denrées alimentaires à l'échelle européenne. Son cœur normatif est l'annexe II, qui liste 14 substances ou produits provoquant des allergies ou intolérances dont la mention est obligatoire : gluten, crustacés, œufs, poissons, arachides, soja, lait, fruits à coque, céleri, moutarde, sésame, anhydride sulfureux et sulfites (au-delà de 10 mg/kg), lupin, mollusques.

L'épicerie fine se trouve à l'intersection de plusieurs régimes : elle vend du préemballé (huiles, conserves, vins, biscuiterie) soumis à l'article 9 du règlement, mais aussi de la denrée non préemballée (coupe de fromages, pesée à la commande, paniers composés, dégustation sur place) régie par l'article 44. C'est ce second pan qui crée le plus de zones d'incertitude réglementaire.

L'arrêté français du 8 octobre 2020, modifiant le décret n°2015-447, précise les modalités d'application nationale pour les denrées non préemballées : l'information sur les allergènes peut être portée à la connaissance du consommateur sous forme écrite ou oralement, à condition qu'une indication visible signale la disponibilité de cette information.

Vente en vrac et à la coupe : la règle des 14 allergènes en pratique

Lorsque vous vendez des olives en vrac, du jambon à la coupe, des fruits secs en libre-service ou que vous composez un panier cadeau à la demande, vous êtes dans le périmètre de l'article 44 du règlement INCO. Voici ce qu'il faut concrètement mettre en place.

Affichage en magasin

  • Une pancarte visible à proximité du produit, ou en caisse, mentionnant : « Pour toute information sur les allergènes des produits vendus, demandez à notre équipe ou consultez le classeur disponible en caisse. »
  • Pour chaque référence vendue en vrac, un fichier ou classeur reprenant la liste des allergènes (à mettre à jour à chaque changement de fournisseur ou de recette).
  • Pour les produits préemballés sur place (fromages emballés à la coupe, mises sous vide), une étiquette portant la liste complète des ingrédients avec allergènes en caractères mis en évidence (gras, couleur, soulignement) au sens du point 1 c) de l'article 21.

Paniers cadeaux composés

Le panier cadeau est juridiquement un assemblage de produits préemballés conservant chacun leur étiquetage d'origine. Vous n'avez donc pas à recréer une étiquette consolidée. En revanche, si vous ajoutez une denrée non préemballée (sachet de bonbons en vrac, biscuits à la coupe), l'information allergène doit accompagner le panier sur un document joint ou via la pancarte en magasin.

Dégustation sur place : un régime hybride à sécuriser

Faire goûter un vin, un fromage ou un produit du terroir au comptoir est un classique de l'épicerie fine. Cette pratique fait basculer une partie de l'activité dans le régime de la restauration au sens de l'arrêté du 8 octobre 2020, qui couvre explicitement les « repas servis à titre gratuit ou non, à des fins de consommation immédiate ».

Conséquence : les 14 allergènes des produits dégustés doivent être communiqués, par écrit ou par oral, avec affichage visible signalant cette disponibilité. Une simple mention « Dégustation : informez-nous de vos allergies » à côté du plateau ne suffit pas : il faut pouvoir produire l'information sur demande, immédiatement.

Recommandation pratique : pour chaque produit proposé à la dégustation, préparez une fiche allergènes plastifiée consultable en libre accès. Vous documentez ainsi votre conformité en cas de contrôle DDPP (Direction départementale de la protection des populations) ou de sinistre.

Sanctions et responsabilité civile : ce que vous risquez vraiment

Le non-respect des obligations d'information allergène expose à un double risque : administratif et civil.

Sanctions administratives

  • Amende administrative jusqu'à 1 500 € par produit non conforme (3 000 € en cas de récidive dans les deux ans), prononcée par la DGCCRF sur le fondement de l'article L. 412-7 du Code de la consommation.
  • Procès-verbal pénal en cas de tromperie caractérisée (article L. 441-1 du Code de la consommation), avec amende jusqu'à 300 000 € et 2 ans d'emprisonnement pour le dirigeant.
  • Sanctions complémentaires : retrait du produit, fermeture administrative temporaire, publication de la décision.

Responsabilité civile du fait des produits

L'article 1245 du Code civil (ancienne directive 85/374/CEE transposée) instaure une responsabilité sans faute du vendeur professionnel pour les dommages causés par un produit défectueux. Un défaut d'information allergène constitue une défectuosité au sens du texte : le consommateur n'a pas à prouver votre faute, seulement le dommage et le lien de causalité.

Un client allergique à l'arachide qui développe une réaction anaphylactique après dégustation d'un produit dont vous n'aviez pas signalé la trace d'arachide engage votre responsabilité civile, indépendamment de votre bonne foi.

C'est précisément ce risque que la RC Pro adaptée à l'épicerie fine est conçue pour couvrir, à travers la garantie « responsabilité du fait des produits vendus ». Les indemnisations versées dans ces dossiers vont de quelques milliers d'euros (consultation, arrêt de travail) à plusieurs centaines de milliers d'euros en cas de séquelles neurologiques d'un choc anaphylactique.

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Les cinq erreurs les plus fréquentes constatées en contrôle

  1. L'étiquette d'origine plus visible que l'allergène : sur les produits importés (huiles italiennes, biscuits britanniques), l'étiquette d'origine est souvent conservée sans traduction ni mise en évidence des allergènes en français. Le règlement INCO exige une rédaction dans la langue du pays de commercialisation.
  2. Les sulfites du vin oubliés : la mention « contient des sulfites » est obligatoire au-delà de 10 mg/L. Une cave qui propose dégustation doit pouvoir l'indiquer.
  3. L'oubli des contaminations croisées : la mention « peut contenir des traces de... » est volontaire mais devient quasi obligatoire pour les produits artisanaux ou fabriqués dans des ateliers manipulant plusieurs allergènes.
  4. Le défaut de mise à jour fournisseur : un changement de recette par votre fournisseur (ajout de lait dans une pâte de fruits) n'est pas répercuté sur votre fiche allergène.
  5. L'absence totale d'affichage sur la disponibilité de l'information : sans pancarte visible, vous êtes en infraction même si l'information existe.

Pour aller plus loin sur les risques métier et leur couverture, consultez notre fiche dédiée aux assurances pour épicerie fine.

Construire une procédure interne « allergènes » en 4 étapes

La meilleure défense contre un sinistre allergène est une procédure écrite, datée et signée, conservée au moins 5 ans (durée du délai de prescription civile et de l'obligation de traçabilité).

  1. Cartographie : listez tous vos produits, vrac compris, avec les 14 allergènes en colonnes. Une simple feuille de tableur suffit.
  2. Fiches fournisseurs : exigez à chaque commande une fiche technique mentionnant les allergènes et les risques de contamination croisée. Archivez-les.
  3. Formation de l'équipe : tout vendeur doit pouvoir répondre à la question « ce produit contient-il du lait ? » sans hésitation. Un briefing trimestriel et une fiche de poste suffisent.
  4. Affichage et matérialisation : pancarte visible, classeur en caisse, fiches plastifiées en dégustation, signalétique sur les paniers composés.

Cette procédure est ce que votre assureur RC Pro vous demandera en premier en cas de déclaration de sinistre. Sa simple existence, indépendamment de son contenu, démontre votre bonne foi et accélère l'indemnisation.

Questions fréquentes

Oui. L'arrêté du 8 octobre 2020 vous permet de communiquer cette information par écrit ou oralement, mais à condition d'afficher une pancarte visible signalant qu'elle est disponible. Un classeur consultable en caisse, à jour, est la pratique de référence.

Oui, intégralement. La dégustation est assimilée à de la restauration au sens de l'arrêté du 8 octobre 2020 : vous devez pouvoir communiquer les 14 allergènes pour chaque produit goûté, immédiatement, à toute personne qui le demande.

Une amende administrative DGCCRF jusqu'à 1 500 € par produit non conforme, doublée en cas de récidive. En cas de dommage à un client allergique, votre responsabilité civile du fait des produits (article 1245 du Code civil) est engagée sans qu'il ait à prouver une faute.

Une RC Pro adaptée à l'épicerie fine inclut la responsabilité civile du fait des produits vendus, qui couvre les dommages corporels imputables à un défaut d'information allergène. Sont exclues la fraude délibérée et la non-déclaration intentionnelle d'un allergène connu.

Au minimum 5 ans : c'est à la fois le délai de prescription en matière de responsabilité civile contractuelle et la durée d'archivage attendue par la DGCCRF en cas de contrôle a posteriori. Une conservation numérique avec horodatage est recommandée.

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Article rédigé et vérifié par l'équipe Insurio — Tutassûr, courtier en assurance immatriculé à l'ORIAS sous le n° 22001730. Information à caractère général ne se substituant pas aux conditions de votre contrat.