Vente d'assurance en ligne : le courtier doit-il afficher « renoncer au contrat ici » ?
Depuis le 19 juin 2026, l'assurance vendue en ligne aux particuliers exige un bouton de renonciation gratuit. Qui l'installe, et pour quels contrats.
- L'ordonnance n° 2026-2 et le décret n° 2026-3 du 5 janvier 2026 s'appliquent depuis le 19 juin 2026 à la vente d'assurance à distance aux particuliers.
- Pour un contrat conclu en ligne, une fonctionnalité gratuite « renoncer au contrat ici » doit rester disponible pendant tout le délai de renonciation, de 14 jours calendaires en principe.
- Le code des assurances met cette obligation à la charge de l'assureur, mais la déclaration du client peut parvenir à l'intermédiaire, qui peut aussi lui envoyer l'accusé de réception.
- Les contrats souscrits par des professionnels pour leur activité et ceux déjà en cours au 19 juin 2026 ne sont pas concernés.
- La confirmation écrite de l'offre après un appel téléphonique s'appliquera le 1er janvier 2027.
La réponse : l'obligation pèse sur l'assureur, le courtier est concerné si le parcours est le sien
Pas directement, mais cela dépend de qui exploite l'interface en ligne. Depuis le 19 juin 2026, pour un contrat conclu à distance avec un particulier au moyen d'une interface en ligne, l'article L. 112-2-1 du code des assurances impose à l'assureur, sauf exceptions, de mettre à disposition une fonctionnalité gratuite de renonciation, identifiée par « renoncer au contrat ici » ou par une formule analogue sans ambiguïté, disponible pendant tout le délai de renonciation (article D. 112-5). L'accusé de réception peut être envoyé par l'assureur ou par l'intermédiaire : si la souscription se conclut sur votre site, convenez par écrit avec chaque assureur partenaire de qui affiche le bouton, qui reçoit la déclaration et qui envoie l'accusé. Sont notamment exclus les contrats souscrits par un professionnel pour son activité (RC Pro, multirisque), l'assurance automobile obligatoire de l'article L. 211-1, l'assurance voyage de moins d'un mois et les contrats en cours au 19 juin 2026.
Ce que disent l'ordonnance et le décret du 5 janvier 2026
L'ordonnance n° 2026-2 et le décret n° 2026-3 du 5 janvier 2026 transposent la directive (UE) 2023/2673 du 22 novembre 2023 sur les contrats de services financiers conclus à distance. Pour l'assurance, l'article 17 de l'ordonnance modifie l'article L. 112-2-1 du code des assurances. Son nouveau 4° du II prévoit : « Pour les contrats conclus à distance au moyen d'une interface en ligne, l'assureur met à la disposition [...] une fonctionnalité lui permettant d'exercer gratuitement son droit de renonciation », avec un accès « facile, direct et permanent ».
Le décret fixe la forme du bouton dans un nouvel article D. 112-5 :
« Pour l'application du 4° du II de l'article L. 112-2-1, la fonctionnalité de renonciation est identifiée, de manière lisible, par les mots “renoncer au contrat ici” ou par une formule analogue dénuée d'ambiguïté. » — Code des assurances, article D. 112-5, créé par l'article 9 du décret n° 2026-3 du 5 janvier 2026.
Le même article exige un bouton visible et directement accessible pendant toute la durée du délai de renonciation. Le formulaire permet au client de fournir ou de confirmer :
- ses nom et prénom ;
- les indications qui identifient le contrat ;
- le moyen électronique par lequel il veut recevoir l'accusé de réception.
L'envoi passe par une seconde étape, « confirmer la renonciation » ou une formule analogue. La déclaration informe l'assureur ou l'intermédiaire d'assurance ; l'un ou l'autre adresse ensuite, dans un délai raisonnable et sur papier ou sur un autre support durable, un accusé de réception qui reprend le contenu de la déclaration ainsi que la date et l'heure de son envoi.
Ce qui change pour un cabinet de courtage, contrat par contrat
Le texte ne protège que le consommateur : la personne physique qui agit à des fins qui n'entrent pas dans le cadre de son activité commerciale ou professionnelle. Le délai de renonciation est de 14 jours calendaires révolus (30 jours en assurance vie), à compter de la conclusion du contrat ou de la réception des conditions contractuelles et des informations, si cette date est postérieure.
| Contrat vendu en ligne | Bouton exigé ? |
|---|---|
| Habitation, santé, animaux, emprunteur souscrits par un particulier | Oui, sauf contrat en cours au 19 juin 2026 |
| Contrats relevant de l'article L. 211-1 (assurance obligatoire des véhicules terrestres à moteur) | Non : exclus du droit de renonciation à distance |
| Assurance voyage ou bagages de moins d'un mois | Non : exclue |
| Contrat entièrement exécuté par les deux parties, à la demande expresse du client, avant sa renonciation | Non : exclu |
| RC Pro ou multirisque souscrite par un artisan, une société ou un libéral pour son activité | Non : le client n'est pas un consommateur |
| Contrat en cours au 19 juin 2026 | Non : régi par les textes dans leur rédaction antérieure |
Deux points restent incertains dans les textes consultés : le sort des garanties facultatives vendues avec une assurance automobile obligatoire, et celui des renouvellements ou avenants postérieurs au 19 juin 2026.
Hypothèse : un contrat habitation conclu en ligne le 2 octobre 2026, conditions remises le jour même ; le bouton doit fonctionner au moins jusqu'au 16 octobre 2026. Si le client n'a jamais reçu les informations du III de l'article L. 112-2-1 (ou de l'article L. 112-2) ni les conditions contractuelles, le délai expire un an et quatorze jours calendaires après la conclusion, soit le 16 octobre 2027. S'il n'a pas été informé de son droit de renonciation, ce droit s'exerce sans limitation de durée : un parcours incomplet laisse le contrat révocable pendant plus d'un an, voire sans limite.
Deux autres points touchent le parcours du courtier. L'information précontractuelle doit désormais indiquer l'existence et l'emplacement de la fonctionnalité de renonciation, à côté de l'adresse de l'intermédiaire et de son numéro d'immatriculation au registre de l'article L. 512-1. L'article L. 222-16-3 du code de la consommation, rendu applicable à l'assurance, interdit les interfaces qui trompent ou manipulent le client, qui redemandent de façon répétée un choix déjà fait ou qui rendent la désinscription plus complexe que l'inscription.
Calendrier : qui, quand, quoi
| Quand | Qui | Quoi |
|---|---|---|
| 6 janvier 2026 | Gouvernement | Publication au Journal officiel de l'ordonnance n° 2026-2 et du décret n° 2026-3 du 5 janvier 2026 |
| 19 juin 2026 | Assureurs et intermédiaires qui vendent à distance à des particuliers | Bouton « renoncer au contrat ici » pour les contrats conclus en ligne, nouvelles mentions précontractuelles, interdiction des interfaces trompeuses ; les contrats en cours à cette date restent soumis aux anciens textes |
| 11 août 2026 | Assureurs et intermédiaires qui démarchent par téléphone | Article L. 112-2-2 modifié par l'article 18 de l'ordonnance : annoncer dès le début de l'appel son identité, le but commercial et l'éventuel enregistrement |
| 1er janvier 2027 | Tout fournisseur, après un contact téléphonique | II de l'article L. 222-6 du code de la consommation, applicable à l'assurance : confirmation de l'offre sur papier ou sur support durable, le client n'étant engagé qu'après l'avoir signée |
Au 14 octobre 2026, seule la vente téléphonique « en deux temps » reste à venir.
Responsabilité : ce que la RC Pro du courtier regarde
Le contrôle relève de l'ACPR, qui constate et sanctionne les manquements ; les agents mentionnés aux articles L. 511-3 et L. 511-21 du code de la consommation peuvent aussi les rechercher et les constater. S'y ajoutent des amendes administratives, prononcées selon les règles du code de la consommation, jusqu'à 15 000 € pour une personne physique et 75 000 € pour une personne morale, et jusqu'à 75 000 € et 375 000 € pour les manquements à l'article L. 112-2-2 (démarchage téléphonique) et au II de l'article L. 222-6 (confirmation écrite de l'offre).
Le risque quotidien est la réclamation du client. Hypothèse : un cabinet vend une assurance habitation en ligne un vendredi ; le client renonce le lundi par le bouton, la déclaration arrive sur la boîte générale du cabinet, l'assureur n'en est informé que plusieurs jours plus tard et la prime est prélevée malgré la renonciation. Le client conteste, l'assureur cherche quel maillon a failli, et quand ce maillon est votre site ou votre gestion, la réclamation se tourne vers votre assurance RC Pro. Son traitement dépend des garanties, plafonds et exclusions de votre contrat, et la prise en charge d'une amende administrative n'est jamais acquise d'avance.
Le bouton doit rester accessible pendant tout le délai : une panne prolongée, un rançongiciel ou une boîte de réception compromise privent le client de son droit et vous de la preuve. Ce scénario relève de l'assurance cyber, dans les limites des garanties souscrites.
Ce qu'il faut faire maintenant
- Inventorier les parcours où un particulier conclut en ligne, en séparant ceux qui se terminent sur votre site de ceux qui basculent chez l'assureur.
- Écrire avec chaque assureur partenaire qui affiche le bouton, qui reçoit la déclaration, qui envoie l'accusé de réception et dans quel délai la renonciation lui est transmise.
- Tester le bouton de bout en bout au regard de l'article D. 112-5 : libellé, champs, étape de confirmation, accusé daté.
- Mettre à jour la documentation précontractuelle : existence et emplacement du bouton, modèle de rédaction pour renoncer, coordonnées et numéro d'immatriculation du cabinet.
- Auditer les écrans : aucune fenêtre qui redemande un choix déjà fait, aucune sortie plus compliquée que l'entrée.
- Archiver déclarations et accusés : ce sont vos preuves.
- Préparer la vente par téléphone en deux temps pour le 1er janvier 2027.
Pour les autres risques du métier, voir la fiche courtier.
Questions fréquentes
L'article L. 112-2-1 du code des assurances, en vigueur depuis le 19 juin 2026, vise les contrats conclus à distance au moyen d'une interface en ligne et met la fonctionnalité à la charge de l'assureur. Si la conclusion se fait sur l'interface de l'assureur, la charge lui revient directement. Si elle se fait sur votre parcours, faites préciser par écrit avec l'assureur qui affiche le bouton, qui reçoit les déclarations et qui envoie l'accusé de réception.
Non. Le droit de renonciation de l'article L. 112-2-1 et le bouton exigé depuis le 19 juin 2026 ne protègent que le consommateur, c'est-à-dire la personne physique qui agit en dehors de son activité commerciale ou professionnelle. Un artisan, une société ou un libéral qui souscrit pour son activité n'en bénéficie pas. Le parcours doit toutefois bien identifier la qualité du client pour éviter toute ambiguïté.
Non. L'article 26 de l'ordonnance n° 2026-2 prévoit que les contrats en cours au 19 juin 2026 restent régis par les textes dans leur rédaction antérieure. Un contrat conclu le 10 juin 2026 et toujours en cours le 19 juin reste donc soumis aux anciennes règles de renonciation. Les textes consultés ne tranchent pas le cas des renouvellements ou avenants postérieurs : demandez la position de l'assureur.
Selon l'article D. 112-5 du code des assurances, en vigueur depuis le 19 juin 2026, la déclaration informe l'assureur ou l'intermédiaire d'assurance. L'un ou l'autre envoie, dans un délai raisonnable, un accusé de réception sur papier ou sur un autre support durable, qui reprend le contenu de la déclaration ainsi que la date et l'heure de son envoi. Fixez la répartition des rôles avec chaque assureur.
Depuis le 19 juin 2026, l'ACPR constate et sanctionne les manquements à l'article L. 112-2-1, passibles d'une amende administrative, prononcée selon les règles du code de la consommation, de 15 000 € au plus pour une personne physique et 75 000 € pour une personne morale. S'y ajoute la réclamation : faute d'informations et de conditions contractuelles remises, le client peut renoncer jusqu'à un an et quatorze jours après la conclusion, voire sans limitation de durée s'il n'a pas été informé de son droit de renonciation.
Sources et textes de référence
- Vente de services financiers : de nouvelles règles pour protéger les consommateurs dès le 19 juin
- Ordonnance n° 2026-2 du 5 janvier 2026 relative à la commercialisation à distance de services financiers auprès des consommateurs (art. 9, 17, 18 et 26)
- Décret n° 2026-3 du 5 janvier 2026 relatif à la commercialisation à distance de services financiers auprès des consommateurs (art. 9 et 20)
- Code des assurances, article L. 112-2-1 (fourniture à distance d'opérations d'assurance), version en vigueur depuis le 19 juin 2026
- Code des assurances, article L. 211-1 (obligation d'assurance de responsabilité civile automobile)
Textes et dates vérifiés le 14 octobre 2026.
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Article rédigé et vérifié par l'équipe Insurio — Tutassûr, courtier en assurance immatriculé à l'ORIAS sous le n° 22001730. Information à caractère général ne se substituant pas aux conditions de votre contrat.