Prothésiste ongulaire : 7 règles qui protègent votre local
Registre de sécurité, extraction des vapeurs d'acétone, serrure A2P, capital contenu correctement chiffré : dans une onglerie, l'indemnisation se joue sur des détails du local, bien avant le sinistre. Voici ce qui relève de la loi, ce qui relève de l'assureur, et ce qui se passe le jour du dégât.
- Un salon d'onglerie ouvert au public est un ERP, en pratique de 5e catégorie : registre de sécurité, registre public d'accessibilité (obligatoire dans tous les ERP depuis 2017), dégagements libres et extincteurs.
- Sous-déclarer le contenu déclenche la règle proportionnelle de capitaux de l'article L.121-5 du Code des assurances : 8 000 € déclarés pour 16 000 € de valeur réelle, c'est une indemnité divisée par deux, même sur un sinistre partiel.
- Délais de déclaration (L.113-2) : 2 jours ouvrés pour le vol, 5 jours ouvrés pour les autres sinistres, 30 jours après publication de l'arrêté pour une catastrophe naturelle (franchise légale de 10 % avec un minimum de 1 140 € sur les biens à usage professionnel).
- Contrat professionnel : ni rétractation de 14 jours ni résiliation infra-annuelle « loi Hamon » (réservées aux particuliers). Le régime est L.113-12 : échéance annuelle, préavis de 2 mois, sauf les cas limitativement prévus par L.113-16.
Votre local est un ERP, même à 25 m²
Dès que vous recevez des clientes, votre local est un établissement recevant du public. Peu importe qu'il fasse 25 m² en pied d'immeuble ou que vous y travailliez seule. En pratique, une onglerie relève presque toujours de la 5e catégorie, celle des petits établissements : le classement allège les contrôles, il ne les supprime pas.
Ce que la réglementation ERP impose concrètement dans un salon, auxquelles s'ajoutent les règles d'information sur les prix issues du Code de la consommation :
- un registre de sécurité, où sont consignés les vérifications, les travaux et les consignes ;
- le registre public d'accessibilité, obligatoire dans tous les ERP depuis 2017 et tenu à disposition du public ;
- des dégagements libres en permanence : le carton de capsules posé devant la porte est le motif d'observation le plus banal ;
- des moyens d'extinction : la règle usuelle en ERP est d'au moins un extincteur portatif à eau pulvérisée de 6 litres par niveau, à raison d'un pour 200 m² ;
- l'affichage des prix de vos prestations — au titre du Code de la consommation, pas du classement ERP : un document unique exposé à la vue du public et parfaitement lisible depuis l'endroit où la clientèle est habituellement reçue (arrêté du 3 décembre 1987 relatif à l'information du consommateur sur les prix, art. 13, toujours en vigueur). L'affichage lisible depuis l'extérieur n'est imposé que selon des modalités fixées par arrêtés sectoriels (coiffure, restauration, hôtellerie, auto-écoles, réparation et dépannage automobile), qui ne visent pas les soins esthétiques ; une note écrite est due dès 25 € TTC, et en dessous à la demande de la cliente (arrêté n° 83-50/A du 3 octobre 1983 relatif à la publicité des prix de tous les services) ;
- la signalisation de l'interdiction de fumer et de vapoter.
Ces pièces ne servent pas qu'au contrôle administratif. Après un incendie, le registre de sécurité et les rapports de vérification sont les premiers documents réclamés par l'expert : ce sont eux qui démontrent que le local était entretenu. Un salon sans aucune trace écrite d'entretien part avec un handicap dans la discussion sur l'indemnité.
Acétone, poussières de ponçage, lampes : le vrai profil de risque
Une onglerie n'a pas le profil d'un commerce ordinaire. Trois familles de dangers se cumulent sur quelques mètres carrés, et ce sont exactement celles que l'expert examinera.
- Les vapeurs de solvants. L'acétone et la plupart des dissolvants sont des liquides très inflammables. Leurs vapeurs sont plus lourdes que l'air : elles s'accumulent près du sol, sous le comptoir, dans le meuble fermé où le flacon d'un litre est resté mal bouché. Une fenêtre entrouverte ne les évacue pas ; une extraction basse, oui.
- Les poussières de ponçage. Le limage des gels et résines produit une poussière fine qui se dépose dans les ventilateurs, les blocs d'alimentation et les lampes. Elle s'aspire à la source, poste par poste. Elle ne se balaie pas à sec en fin de journée.
- L'électricité. Deux à quatre postes, chacun avec sa lampe LED ou UV, sa ponceuse, son chauffe-serviettes, plus un appoint de chauffage l'hiver : les multiprises en cascade sont un classique des départs de feu dans ce type de local.
Vos produits sont juridiquement des cosmétiques et relèvent du règlement européen (CE) n° 1223/2009 : étiquetage en français, identification d'une personne responsable, substances interdites. Le méthacrylate de méthyle (MMA), que l'on retrouve encore dans certains produits importés à bas prix, ne fait pas partie des substances autorisées en cosmétique. Conservez les documents de vos fournisseurs : en contrôle comme en sinistre, ils prouvent ce que vous stockiez.
Dès votre premier salarié, le document unique d'évaluation des risques professionnels et l'accès aux fiches de données de sécurité deviennent obligatoires. C'est du Code du travail, pas du Code des assurances — mais un assureur qui découvre l'absence totale de ces éléments après un incendie n'instruit pas le dossier de la même façon.
Ce que l'assureur exige de votre local, ligne par ligne
Trois régimes se superposent et il faut savoir les distinguer : l'obligation légale (elle s'impose à vous quoi qu'il arrive), l'exigence d'assureur (elle figure dans vos conditions particulières et conditionne la garantie) et la bonne pratique (elle ne conditionne rien, mais elle décide de votre indemnité le jour du sinistre).
| Point de contrôle dans le local | Nature de l'exigence | Ce qui se joue au sinistre |
|---|---|---|
| Extincteur adapté, vérifié chaque année | Réglementation ERP + exigence d'assureur | Preuve d'entretien ; la vérification manquante est retenue contre vous après un feu |
| Registre de sécurité tenu à jour | Obligation légale (ERP) | Première pièce demandée par l'expert incendie |
| Registre public d'accessibilité | Obligation légale (ERP) | Contrôle administratif ; sans effet direct sur l'indemnisation |
| Vérification périodique de l'installation électrique | Obligation (ERP, et Code du travail dès le premier salarié) | Sinistre d'origine électrique : l'absence de rapport nourrit la contestation |
| Aspiration à la source des poussières et ventilation du local | Code du travail avec salarié ; bonne pratique sinon | Risque incendie, et litige employeur en cas de maladie professionnelle |
| Acétone et dissolvants stockés en petite quantité, loin des lampes et des prises | Exigence d'assureur (conditions particulières) | Volume ou conditions non respectés : réduction ou refus sur la garantie incendie |
| Serrure certifiée A2P, rideau ou grille sur la vitrine | Exigence d'assureur | Moyens de protection non conformes : vol non garanti |
| Alarme enclenchée à chaque fermeture | Exigence d'assureur si mentionnée au contrat | Idem, y compris pour une absence de deux heures |
| Espèces en caisse plafonnées (souvent quelques centaines d'euros selon les contrats) | Plafond contractuel | Au-delà du plafond, la somme volée reste à votre charge |
| Inventaire daté du stock et du matériel, photos, factures | Bonne pratique | Sans preuve, l'indemnité se négocie systématiquement à la baisse |
Relisez la rubrique « moyens de protection » de vos conditions particulières : c'est le seul endroit où figure ce que votre assureur considère comme acquis. Ce qui y est écrit vous engage, même si personne ne vous l'a jamais commenté à la souscription.
Chiffrer le contenu : le piège de la règle proportionnelle
Le « contenu » d'un contrat multirisque ne se résume pas au mobilier. Pour une onglerie, il regroupe quatre postes à chiffrer séparément :
- le matériel professionnel : postes équipés, lampes, aspiration, ponceuses, stérilisateur, fauteuils, réfrigérateur, caisse et tablette ;
- le stock : gels, bases, top coats, semi-permanents, capsules, limes et consommables ;
- les aménagements et embellissements que vous avez financés : cloisons, faux plafond, comptoir sur mesure, revêtements, plomberie des bacs, enseigne. Ils vous appartiennent, pas au bailleur, et ce sont eux que l'on oublie de déclarer ;
- les effets de la clientèle, quand ils sont garantis.
À titre d'ordre de grandeur, deux postes équipés et un stock courant représentent souvent 8 000 à 15 000 €, et les seuls aménagements d'un local repris nu, 10 000 à 25 000 €. Ce sont des exemples, jamais un barème : seule votre comptabilité fait foi.
L'enjeu porte un nom : l'article L.121-5 du Code des assurances. Si le capital déclaré est inférieur à la valeur réelle, l'indemnité est réduite dans la même proportion, y compris sur un sinistre partiel. Exemple de calcul : contenu déclaré 8 000 € pour une valeur réelle de 16 000 €, dégât chiffré à 5 000 € — l'indemnité tombe à 2 500 € avant franchise. Aucune mauvaise foi n'est nécessaire pour que la règle s'applique.
Deux mécanismes voisins complètent le tableau. Une déclaration inexacte non intentionnelle du risque (surface, activité annexe, protections réelles) ouvre la réduction proportionnelle de prime prévue à l'article L.113-9 ; une fausse déclaration intentionnelle expose à la nullité du contrat (L.113-8). Vérifiez enfin si votre matériel est indemnisé en valeur à neuf ou vétusté déduite : sur des lampes et des ponceuses de trois ans, l'écart est immédiatement visible.
Vol, dégât des eaux, incendie : la mécanique après le sinistre
Le vol. La garantie suppose presque toujours une effraction caractérisée : traces sur la serrure, vitrine forcée, porte de service fracturée. Un vol commis pendant les heures d'ouverture, sans effraction, relève d'une extension distincte quand elle existe. Le délai de déclaration est de 2 jours ouvrés (L.113-2), le dépôt de plainte est indispensable, et la liste chiffrée de ce qui manque doit suivre vite.
Le dégât des eaux. C'est le sinistre le plus fréquent dans un local en pied d'immeuble : fuite de l'appartement du dessus, bac à main, canalisation encastrée. Entre assureurs, la convention IRSI organise la gestion des dégâts des eaux et des incendies jusqu'à 5 000 € HT de dommages, avec une première tranche jusqu'à 1 600 € HT. Cette convention règle les rapports entre compagnies : elle n'est pas opposable à l'assuré et ne réduit pas vos droits contractuels.
L'incendie. En tant que locataire, vous répondez de l'incendie sauf à prouver qu'il est survenu sans votre faute (article 1733 du Code civil), et vous répondez également du fait des personnes de votre maison (article 1735). D'où deux garanties non négociables dans un salon : les risques locatifs et le recours des voisins et des tiers — la boutique mitoyenne enfumée se retournera contre vous.
La catastrophe naturelle. Le régime de l'article L.125-1 se déclenche après publication d'un arrêté au Journal officiel ; vous disposez alors de 30 jours pour déclarer, et la franchise légale sur les biens à usage professionnel est de 10 % des dommages avec un minimum de 1 140 €.
Reste l'arrêt d'activité. Trois semaines de fermeture pour remise en état, ce sont trois semaines de chiffre d'affaires perdu que seule une garantie perte d'exploitation ou frais supplémentaires prend en charge — dans la limite du principe indemnitaire de l'article L.121-1, qui interdit de s'enrichir par un sinistre.
Local loué : bail, voisins et aménagements payés par vous
La quasi-totalité des baux commerciaux impose au preneur d'assurer le local et de fournir chaque année une attestation au bailleur. Lisez la clause en entier : certains baux comportent une renonciation réciproque à recours entre bailleur et locataire, ou imposent des garanties précises. Cette clause doit être signalée à votre assureur, car elle modifie l'équilibre des recours après un incendie.
Deuxième point de vigilance : dans un immeuble, l'assurance de la copropriété couvre les parties communes, pas votre agencement. Le faux plafond que vous avez posé, le comptoir sur mesure, la reprise électrique des postes : c'est votre contrat qui les couvre, à condition que vous les ayez déclarés dans le capital contenu.
Troisième point : toute circonstance nouvelle qui aggrave le risque doit être déclarée dans les quinze jours où vous en avez connaissance (L.113-2). Dans une onglerie, cela vise très concrètement l'ajout d'une cabine, l'agrandissement sur le local voisin, l'installation d'un chauffage d'appoint permanent, la mise à disposition d'un fauteuil à une indépendante, ou l'ajout d'une prestation annexe. L'assureur peut alors proposer une surprime ou résilier ; s'il ne sait rien et découvre l'écart au sinistre, le terrain devient nettement moins favorable.
Enfin, attention à une idée reçue : déménager votre salon ne vous ouvre pas de droit de résiliation. L'article L.113-16 vise des cas limitatifs — changement de profession, cessation définitive d'activité professionnelle, retraite notamment — quand le changement modifie le risque. Un transfert de local se traite par avenant, pas par résiliation.
(Les dommages causés à une cliente, eux, relèvent d'un autre contrat : ce n'est pas l'objet de cet article, qui traite du local et des biens.)
Piloter le contrat : échéance, impayé, preuves
Premier réflexe à corriger : votre contrat est un contrat professionnel. Le délai de rétractation de 14 jours et la résiliation infra-annuelle dite « loi Hamon » sont réservés aux particuliers ; ils ne s'appliquent pas ici. On les cite uniquement pour les écarter.
Le régime applicable est celui de l'article L.113-12 : chacune des parties peut résilier à l'échéance annuelle, moyennant un préavis de deux mois. Vérifiez la date d'échéance principale sur vos conditions particulières — elle est très souvent différente de la date de souscription, et c'est la raison n° 1 des résiliations qui arrivent trop tard.
Deuxième mécanisme à connaître : l'article L.113-3. En cas de prime impayée, l'assureur adresse une mise en demeure ; la garantie est suspendue trente jours après son envoi, et le contrat peut être résilié dix jours plus tard. Un incendie survenu pendant la période de suspension n'est pas garanti, même si vous régularisez ensuite. Sur un budget d'onglerie, l'ordre de grandeur d'un contrat multirisque démarre autour de 15,90 € par mois selon la surface, le capital contenu et les protections — un exemple, pas un tarif garanti.
Troisième réflexe, le plus rentable : constituer votre dossier de preuves avant d'en avoir besoin. Un inventaire daté du matériel et du stock, mis à jour une fois par an ; les factures d'achat conservées ; une série de photos de chaque poste et de la réserve, refaite chaque trimestre ; les rapports de vérification électrique et d'extincteur. Le tout sauvegardé hors du local, car un classeur qui brûle avec le salon ne prouve plus rien. C'est ce dossier, et non la discussion au téléphone, qui fixe le montant de votre indemnité.
Questions fréquentes
Oui. Dès l'accueil de personnes extérieures à l'entreprise, le local est un établissement recevant du public, en pratique de 5e catégorie tant que l'effectif de public reste sous les seuils fixés par la réglementation ERP. Cela implique un registre de sécurité, le registre public d'accessibilité, des dégagements maintenus libres et des moyens d'extinction. La 5e catégorie allège la fréquence des contrôles, elle ne dispense d'aucune de ces obligations.
Il faut distinguer les situations. Si vous travaillez seule, aucun texte n'impose un équipement précis, mais l'assureur et le bailleur peuvent l'exiger et le risque incendie reste réel. Dès le premier salarié, les dispositions du Code du travail relatives à l'aération des locaux et à la protection contre les poussières s'appliquent, ce qui conduit en pratique à une aspiration à la source poste par poste. Une fenêtre entrouverte ne traite pas les vapeurs de solvants, qui sont plus lourdes que l'air et s'accumulent au niveau du sol.
Oui, si vos conditions particulières font des moyens de protection une condition de la garantie vol. Serrure certifiée, rideau ou grille, alarme enclenchée : ce qui est décrit dans la rubrique « moyens de protection » vous engage. Relisez-la, et faites-la corriger par avenant si elle ne correspond plus à la réalité de votre local. En cas de vol, déclarez dans les 2 jours ouvrés (L.113-2) et déposez plainte immédiatement.
Non. Les marchandises sont indemnisées à leur coût de remplacement ou à leur prix d'achat, jamais au prix auquel vous les auriez facturées en prestation : c'est le principe indemnitaire de l'article L.121-1. Les produits déjà périmés n'ont pas de valeur indemnisable. D'où l'intérêt d'un inventaire daté, avec factures, mis à jour au moins une fois par an.
Un déménagement de local ne figure pas parmi les cas de résiliation en cours d'année de l'article L.113-16, qui vise notamment le changement de profession, la cessation définitive d'activité et la retraite. Le transfert se traite par avenant, avec déclaration dans les quinze jours de la nouvelle situation (L.113-2), car la surface, les protections et le capital contenu changent. Pour changer d'assureur, il faut passer par l'échéance annuelle avec un préavis de deux mois (L.113-12) : ni la loi Hamon ni la rétractation de 14 jours ne sont ouvertes à un contrat professionnel.
Souscrivez votre assurance pro en 2 minutes
Toutes nos protections, devis immédiat — attestation immédiate, sans engagement.
* Tarifs indicatifs « à partir de », selon votre profil, votre activité et les garanties choisies. · Voir la fiche →
Article rédigé et vérifié par l'équipe Insurio — Tutassûr, courtier en assurance immatriculé à l'ORIAS sous le n° 22001730. Information à caractère général ne se substituant pas aux conditions de votre contrat.