Réglementation 27 juillet 2026 ⏱️ 8 min de lecture

Sinistre en cours, trésorerie à sec : comment obtenir une provision sur indemnité

Attendre le rapport d'expertise peut prendre des mois. La provision sur indemnité avance une partie du règlement : voici comment l'obtenir.

Par l'équipe Insurio Courtier responsable · ORIAS 22001730
⚡ L'essentiel
  • La provision n'est obligatoire que dans les cas prévus par la loi : en catastrophe naturelle, l'article L.125-2 du code des assurances impose son versement dans les deux mois suivant la remise de l'état estimatif des biens endommagés (ou la publication de l'arrêté si elle est postérieure), la déclaration devant intervenir dans les 30 jours de cette publication.
  • Hors régimes spéciaux, aucun délai légal uniforme d'indemnisation ne s'impose en multirisque professionnelle : l'article L.113-5 renvoie au « délai convenu » par le contrat, là où la dommages-ouvrage impose à l'assureur 60 jours pour se prononcer sur la garantie et 90 jours pour présenter une offre (article L.242-1).
  • Tout se joue à la déclaration : le délai contractuel ne peut être inférieur à 5 jours ouvrés, ramené à 2 jours ouvrés en cas de vol (article L.113-2, 3°) — et une déchéance pour déclaration tardive ne peut être opposée que si le contrat la prévoit et si l'assureur établit que le retard lui a causé un préjudice.
  • Si l'assureur ne verse rien alors que l'obligation n'est pas sérieusement contestable, le référé-provision est ouvert (article 835, alinéa 2 du code de procédure civile devant le tribunal judiciaire, article 873, alinéa 2 devant le tribunal de commerce) ; l'action se prescrit par deux ans (L.114-1), la lettre recommandée avec accusé de réception adressée à l'assureur au titre du règlement de l'indemnité interrompant ce délai (L.114-2).

Provision, acompte, avance : ce que vous demandez exactement

Une provision sur indemnité est un versement partiel et anticipé, effectué avant que le montant définitif du sinistre soit arrêté. Elle s'impute euro pour euro sur le règlement final : elle n'ajoute rien à l'indemnité, elle en avance une fraction. C'est précisément ce qui compte quand les salaires tombent le 5 du mois et que l'expert n'a pas encore rendu son rapport.

Trois régimes très différents se cachent derrière le même mot :

  • La provision légale : imposée par le code des assurances dans des cas limités, au premier rang desquels la garantie catastrophes naturelles (article L.125-2). Le code prévoit également le versement d'une provision pour les dommages matériels résultant d'un acte de terrorisme (article L.126-2).
  • La provision contractuelle : prévue par vos conditions générales, souvent sous la formule « acompte à valoir sur l'indemnité ». Vérifiez vos conditions particulières : certaines multirisques professionnelles l'organisent expressément, d'autres restent muettes.
  • La provision de gestion : simple pratique de règlement, décidée au cas par cas par le gestionnaire, le plus souvent sur recommandation de l'expert. Aucune obligation ne la commande — mais c'est de très loin le cas le plus fréquent.
Hors régimes spéciaux, l'article L.113-5 du code des assurances se borne à imposer à l'assureur d'exécuter « dans le délai convenu la prestation déterminée par le contrat ». Le délai opposable est donc celui de votre contrat, et non un délai légal uniforme.

Quand la demander : trois fenêtres après le sinistre

Une demande de provision arrive rarement trop tôt, mais elle arrive souvent mal documentée. Trois moments s'y prêtent :

  • Dès la déclaration, lorsque les dommages sont visibles, immédiatement chiffrables et que la garantie ne fait pas débat (incendie constaté par les pompiers, dégât des eaux avec constat amiable signé).
  • Au passage de l'expert, en formulant la demande à l'oral puis en la confirmant par écrit le jour même, avec le montant sollicité et sa décomposition.
  • Au pré-rapport ou à la note de couverture d'expertise, document intermédiaire qui fixe déjà un socle de dommages non contestés : c'est la base la plus solide pour obtenir un virement rapide.
SituationDélai pour déclarerBaseRepère pour la provision
Sinistre courant (incendie, dégât des eaux, bris)Délai contractuel, qui ne peut être inférieur à 5 jours ouvrésArt. L.113-2, 3° C. assur.Aucun délai légal : le contrat fait la loi (L.113-5)
Vol2 jours ouvrés minimumArt. L.113-2, 3°Dépôt de plainte et liste valorisée des biens dérobés indispensables
Catastrophe naturelle30 jours à compter de la publication de l'arrêtéArt. L.125-2Provision due dans les 2 mois suivant l'état estimatif ou l'arrêté s'il est postérieur
Dommages-ouvrage (chantier)Selon les stipulations du contratArt. L.242-160 jours pour la position sur la garantie, 90 jours pour l'offre d'indemnité

Un point de vigilance : le délai de déclaration court à compter du moment où vous avez connaissance du sinistre, ce qui n'est pas toujours la date du fait dommageable — un dégât des eaux découvert au retour de congés en est l'illustration classique.

Sur quelles bases la chiffrer : les pièces qui débloquent un virement

Un gestionnaire ne libère pas un virement sur une estimation orale. Il lui faut un montant qu'il puisse qualifier de non sérieusement contestable : un socle documenté, inférieur à ce que l'indemnité finale sera vraisemblablement. Votre travail consiste à lui fournir ce socle.

PostePièce qui débloqueCe qu'elle permet
Bâtiment, agencementsDevis d'entreprise daté et signé, photos horodatées, constatChiffrage provisoire du coût de remise en état
Matériel et équipementsFactures d'achat, numéros de série, devis de remplacementValeur d'usage retenue à titre conservatoire
Stock et marchandisesInventaire valorisé au prix de revient, factures fournisseurs, dernier inventaire comptableBase contradictoire immédiate
Perte d'exploitationLiasse fiscale N-1, balance, chiffre d'affaires mensuel N-1 et NReconstitution de la marge brute assurée
Frais supplémentaires d'exploitationDevis de local provisoire, contrats de location de matérielPrise en charge des dépenses engagées pour limiter l'arrêt

Règle de prudence : sollicitez une fraction du chiffrage déjà partagé avec l'expert, nette de la franchise et de l'abattement de vétusté prévisible. Une demande calibrée à 30 ou 40 % du socle non contesté se traite en quelques jours ; une demande égale à 100 % de votre estimation déclenche un arbitrage, donc un délai.

Cas pratique : 96 000 € de dommages, 30 000 € encaissés en 38 jours

Incendie d'origine électrique dans la cuisine d'un restaurant de 42 couverts, un mardi soir après le service. Fermeture immédiate, réouverture estimée à quatre mois. Franchise contractuelle dommages : 1 500 €. Marge brute assurée en perte d'exploitation : 240 000 € sur douze mois, soit environ 20 000 € par mois.

PosteChiffrage provisoire de l'expertProvision demandéeVersé à J+38Justification retenue
Matériel de cuisson et froid31 000 €25 000 €22 000 €Devis de remplacement signé, valeur d'usage à ce stade
Agencements et second œuvre54 000 €Entreprise non désignée, chiffrage en cours
Stock détruit11 000 €5 000 €3 000 €Inventaire valorisé au prix de revient
Perte d'exploitation (2 mois)40 000 €10 000 €5 000 €Marge brute N-1 rapportée au mois, sous réserve du rapport
Total96 000 € + PE40 000 €30 000 €Franchise imputée au règlement final

Les 30 000 € couvrent deux mois de salaires et le loyer commercial, le temps que le dossier s'instruise. Quatre mois plus tard, l'indemnité définitive s'établit à 92 400 € en dommages matériels et 61 000 € en perte d'exploitation. Après imputation de la franchise de 1 500 € et de la provision déjà versée, le solde ressort à 121 900 €, dont 14 000 € au titre de la vétusté récupérable, payables sur justificatif de remplacement effectif dans le délai fixé aux conditions générales — vérifiez-le, il est fréquemment de deux ans.

🏢
Besoin d'une Multirisque Pro ? Devis en 2 minutes, dès 14,90€/mois. Attestation immédiate, sans engagement.
Obtenir mon devis →

Ce que l'assurance couvre — et ce qu'elle exige de vous

Ce que le contrat peut prendre en charge, selon les garanties effectivement souscrites : les dommages matériels directs aux bâtiments, agencements, matériels et stocks ; les frais de déblai, de démolition et de mise en sécurité ; la perte d'exploitation et les frais supplémentaires d'exploitation lorsque la garantie a été souscrite ; parfois la perte de valeur du fonds. Rien de tout cela n'est automatique : la garantie perte d'exploitation, en particulier, reste une option dans de nombreux contrats de locaux professionnels.

Ce que l'assureur exige en contrepartie, et qui conditionne en pratique le versement d'une provision :

  • Déclarer dans les délais (article L.113-2, 3°). La déchéance pour déclaration tardive suppose une clause du contrat et la démonstration, par l'assureur, d'un préjudice causé par le retard.
  • Conserver les biens sinistrés jusqu'au passage de l'expert. Jeter du matériel avant constat, c'est priver l'expertise de son objet.
  • Justifier l'existence et la valeur des biens. L'indemnité ne peut excéder la valeur de la chose assurée au moment du sinistre (article L.121-1) : c'est le principe indemnitaire, il interdit de s'enrichir.
  • Assumer une éventuelle sous-assurance. Si les capitaux déclarés sont inférieurs à la valeur réelle, la règle proportionnelle de capitaux s'applique, sauf convention contraire (article L.121-5) — et elle est appliquée dès le calcul de la provision.
  • Avoir déclaré le risque avec exactitude. Une fausse déclaration intentionnelle entraîne la nullité du contrat (article L.113-8) ; une inexactitude non intentionnelle découverte après sinistre conduit à une réduction de l'indemnité proportionnelle aux primes (article L.113-9).

Ce qu'une provision engage — et ce qu'elle n'engage pas

Encaisser une provision ne vaut pas acceptation du montant final, ni renonciation à contester le rapport d'expertise. Mais la rédaction du document que l'on vous demande de signer, elle, engage.

  • Lisez la mention portée sur le reçu. « Reçu à valoir sur indemnité » préserve vos droits. « Pour solde de tout compte » ou « valant règlement définitif » ferme la discussion : demandez la modification avant signature, par écrit.
  • Le trop-perçu se restitue. Si l'indemnité définitive s'avère inférieure à la provision, la différence est due à l'assureur. C'est la principale raison de ne pas surcalibrer sa demande.
  • L'assureur subrogé récupère contre le tiers responsable à hauteur de ce qu'il a payé (article L.121-12). Vos actions propres pour le préjudice non indemnisé restent les vôtres.
  • Le versement d'une provision n'interrompt pas nécessairement la prescription biennale de l'article L.114-1. Sécurisez le point en adressant vos relances par lettre recommandée avec accusé de réception : l'article L.114-2 en fait une cause d'interruption pour l'action en règlement de l'indemnité, au même titre que la désignation d'un expert à la suite du sinistre.
  • Affectation de l'indemnité : pour les biens immobiliers sinistrés au titre de la garantie catastrophes naturelles, l'indemnité doit être affectée à la remise en état effective du bien (article L.121-17). Une provision encaissée puis employée à autre chose vous expose.

Côté comptable, une provision reçue est un encaissement à rattacher au traitement de l'indemnité de sinistre : faites-la qualifier par votre expert-comptable dès le premier virement plutôt qu'à la clôture.

Blocage : mise en demeure, expertise contradictoire, référé-provision

Si la demande reste sans réponse, la progression se fait par paliers, du moins coûteux au plus contraignant.

  1. Relance écrite circonstanciée : rappel du numéro de sinistre, montant sollicité, décomposition, pièces déjà transmises, date de la demande initiale. Par courriel puis, en cas de silence, par lettre recommandée avec accusé de réception adressée au siège de l'assureur.
  2. Expert d'assuré : mandaté et rémunéré par vous, il porte le chiffrage contradictoire. Certains contrats prévoient la prise en charge de ses honoraires dans une limite fixée aux conditions générales — vérifiez avant de l'engager.
  3. Tierce expertise : lorsque les deux experts ne s'accordent pas, la plupart des contrats organisent la désignation d'un troisième expert et la répartition de ses honoraires. C'est une stipulation contractuelle, pas une obligation légale : relisez la clause.
  4. Médiation : le dispositif de médiation de l'assurance est conçu pour les litiges de consommation. En contexte professionnel, son accès n'est pas acquis : contrôlez l'existence d'une clause de médiation dans vos conditions générales.
  5. Référé-provision : lorsque l'obligation de l'assureur n'est pas sérieusement contestable, le juge des référés peut allouer une provision au créancier (article 835, alinéa 2 du code de procédure civile devant le tribunal judiciaire ; article 873, alinéa 2 devant le tribunal de commerce). La procédure est rapide, mais suppose un dossier où la garantie ne prête pas à discussion sérieuse.

Gardez en tête l'horizon de deux ans de la prescription biennale (article L.114-1) : en matière de sinistre, elle se compte à partir de l'événement qui y donne naissance, et une longue négociation amiable non interrompue par écrit peut la consommer.

Questions fréquentes

Non, sauf dans les cas où la loi l'impose. En garantie catastrophes naturelles, l'article L.125-2 du code des assurances impose le versement d'une provision dans les deux mois suivant la remise de l'état estimatif des biens endommagés ou des pertes subies, ou la publication de l'arrêté si elle est postérieure. Le code prévoit également une provision pour les dommages matériels causés par un acte de terrorisme (article L.126-2). En dehors de ces régimes, la provision relève soit d'une clause de vos conditions générales, soit d'une pratique de gestion : elle se demande, elle ne s'exige pas. En revanche, l'assureur doit exécuter sa prestation dans le délai convenu au contrat (article L.113-5).

Une fraction du chiffrage déjà partagé avec l'expert et non contesté, nette de la franchise contractuelle et de l'abattement de vétusté prévisible. En pratique, une demande calibrée autour de 30 à 40 % de ce socle documenté se traite vite, parce qu'elle ne crée aucun risque de trop-perçu pour l'assureur. Rappelez-vous que l'indemnité ne peut jamais excéder la valeur de la chose assurée au moment du sinistre (article L.121-1) et qu'une sous-assurance déclenche la règle proportionnelle de capitaux (article L.121-5), appliquée dès le calcul de la provision.

Non — la provision existe précisément pour combler cet intervalle. Le bon moment est le pré-rapport ou la note de couverture établie par l'expert après sa visite : ce document fixe un premier socle de dommages non contestés, exploitable immédiatement. Formulez la demande à l'oral lors de la visite, puis confirmez-la le jour même par écrit en indiquant le montant, sa décomposition poste par poste et les pièces jointes. Une demande orale non confirmée n'est presque jamais instruite.

Le trop-perçu doit être restitué à l'assureur : c'est la contrepartie logique d'un versement anticipé, et la raison principale de ne pas surestimer sa demande. Quant au reçu, tout dépend de sa rédaction. Une mention « à valoir sur indemnité » préserve intégralement votre droit de contester le montant définitif. Une mention « pour solde de tout compte » ou « valant règlement définitif », en revanche, referme la discussion : demandez sa modification par écrit avant de signer, et conservez la trace de cet échange.

L'assureur ne peut résilier après sinistre que si vos conditions générales lui en ouvrent la faculté. Cette résiliation obéit alors à l'article R.113-10 du code des assurances : elle ne prend effet qu'à l'expiration d'un délai d'un mois à compter de sa notification, et l'assureur qui a accepté le paiement d'une prime plus d'un mois après avoir eu connaissance du sinistre ne peut plus s'en prévaloir. De votre côté, le contrat professionnel se résilie à l'échéance annuelle avec un préavis de deux mois (article L.113-12), sous réserve des cas particuliers de l'article L.113-16. La résiliation infra-annuelle dite « loi Hamon » et le droit de rétractation de quatorze jours relèvent du droit de la consommation et ne s'appliquent pas aux contrats souscrits pour les besoins de l'activité professionnelle.

Souscrivez votre assurance pro en 2 minutes

Toutes nos protections, devis immédiat — attestation immédiate, sans engagement.

🛡️ RC Professionnelle dès 9,90€/mois* Souscrire → En savoir plus
Recommandé pour vous 🏢 Multirisque Pro dès 14,90€/mois* Souscrire → En savoir plus
🔒 Assurance Cyber dès 19,90€/mois* Souscrire → En savoir plus
💻 Matériel IT dès 7,90€/mois* Souscrire → En savoir plus

* Tarifs indicatifs « à partir de », selon votre profil, votre activité et les garanties choisies.

Article rédigé et vérifié par l'équipe Insurio — Tutassûr, courtier en assurance immatriculé à l'ORIAS sous le n° 22001730. Information à caractère général ne se substituant pas aux conditions de votre contrat.

Mon devis en 2 min multirisque pro · devis immédiat
Mon devis →