Réglementation 27 juillet 2026 ⏱️ 8 min de lecture

Sinistre de 80 000 €, indemnité de 48 000 € : la case du questionnaire qui a coûté 32 000 €

Le questionnaire de risque fixe ce que l'assureur garantit. Nullité, réduction d'indemnité, surprime : ce qui vous engage, et comment le tracer.

Par l'équipe Insurio Courtier responsable · ORIAS 22001730
⚡ L'essentiel
  • Article L.113-2 2° du code des assurances : l'assuré doit répondre exactement aux questions posées par l'assureur. En contrepartie, l'article L.112-3 interdit à l'assureur de se prévaloir du fait qu'une question posée en termes généraux n'a reçu qu'une réponse imprécise.
  • Fausse déclaration ou réticence intentionnelle (art. L.113-8) : nullité du contrat, aucune indemnité, et les primes versées restent acquises à l'assureur — y compris lorsque le risque omis est sans influence sur le sinistre survenu.
  • Omission ou inexactitude de bonne foi (art. L.113-9) : découverte après sinistre, l'indemnité est réduite dans le rapport entre le taux de prime payé et le taux qui aurait été dû ; découverte avant sinistre, l'assureur propose une surprime ou résilie, la résiliation prenant effet 10 jours après notification.
  • Circonstance nouvelle aggravant le risque : 15 jours pour la déclarer à compter du moment où vous en avez connaissance (art. L.113-2 3°). L'assureur peut alors résilier (effet 10 jours après notification) ou proposer une nouvelle prime, refusable dans un délai de 30 jours (art. L.113-4).

80 000 € de dommages, 48 000 € d'indemnité : le calcul que personne n'anticipe

Un atelier de menuiserie de 400 m² souscrit une multirisque professionnelle en 2023. Le questionnaire de risque pose une question précise : « Réalisez-vous des opérations d'application de peintures, vernis ou solvants ? ». Le dirigeant coche non, ce qui est exact à la date de la souscription : la finition est alors sous-traitée. Dix-huit mois plus tard, il installe une cabine de vernissage dans l'atelier. Ni lui ni son comptable n'y voient un sujet d'assurance. Personne n'informe l'assureur.

En 2026, un départ de feu détruit une partie du bâtiment, deux machines et un stock de bois : 80 000 € de dommages retenus par l'expert. L'expertise relève la cabine et les fûts de solvants. L'assureur ne conteste pas la bonne foi du dirigeant. Il applique l'article L.113-9 du code des assurances : lorsque l'inexactitude est découverte après sinistre, l'indemnité est réduite en proportion du taux des primes payées par rapport au taux des primes qui auraient été dues si les risques avaient été complètement et exactement déclarés.

ÉlémentRisque tel que déclaréRisque tel que constaté
Capitaux assurés (bâtiment + contenu)300 000 €300 000 €
Prime annuelle HT2 400 €4 000 €
Taux de prime appliqué0,80 %1,33 %
Ratio de réduction2 400 / 4 000 = 60 %
Dommages retenus80 000 €80 000 €
Indemnité avant franchise80 000 €48 000 €

Reste à charge : 32 000 €, auxquels s'ajoute la franchise contractuelle selon l'ordre d'imputation prévu aux conditions générales — cet ordre varie d'un contrat à l'autre, il se vérifie au texte. La garantie n'a pas été refusée : elle a été payée à hauteur de ce qui avait été tarifé. C'est toute la logique du questionnaire, et c'est ce qui rend chaque case opposable des années plus tard. Les activités de transformation, particulièrement exposées, méritent une relecture ligne à ligne du contrat d'assurance d'atelier.

Le questionnaire n'est pas un formulaire administratif, c'est le socle du contrat

Depuis la réforme de 1989, l'assuré professionnel n'a plus à deviner ce qui intéresse l'assureur : il n'est plus tenu à une déclaration spontanée du risque. Il doit répondre exactement aux questions posées, notamment dans le formulaire de déclaration du risque, sur les circonstances de nature à faire apprécier les risques pris en charge (art. L.113-2 2°). Le périmètre de vos obligations est donc exactement celui des questions écrites qui vous ont été soumises.

Cette règle a un revers protecteur, inscrit à l'article L.112-3 du code des assurances :

« l'assureur ne peut se prévaloir du fait qu'une question exprimée en termes généraux n'a reçu qu'une réponse imprécise »

Autrement dit, une case du type « toute autre circonstance à signaler ? » laissée vide ne suffit pas à fonder une sanction. La Cour de cassation, réunie en chambre mixte le 7 février 2014, a confirmé que l'assureur ne peut invoquer une réticence ou une fausse déclaration que si celle-ci procède de réponses à des questions précises posées lors de la conclusion du contrat. En pratique, la charge de la preuve pèse sur l'assureur : il doit produire le questionnaire, les questions telles qu'elles étaient rédigées et vos réponses.

Conséquence opérationnelle : conservez systématiquement le questionnaire signé, ses annexes et les échanges qui l'ont précédé. Un contrat souscrit par téléphone ou en ligne doit donner lieu à un récapitulatif écrit des déclarations — les conditions particulières reprennent d'ailleurs presque toujours une rubrique « déclarations de l'assuré » qu'il faut relire à froid, à la réception du contrat, et non six ans plus tard sous l'œil d'un expert.

Nullité ou réduction : deux régimes, deux issues très différentes

Le code des assurances distingue nettement selon l'état d'esprit de l'assuré. La mauvaise foi ne se présume pas : c'est à l'assureur d'établir le caractère intentionnel de l'omission. Mais lorsqu'il y parvient, la sanction est radicale et joue même si le risque dissimulé n'a joué aucun rôle dans le sinistre.

SituationFondementConséquenceSort de la prime
Réticence ou fausse déclaration intentionnelle qui change l'objet du risque ou en diminue l'opinion pour l'assureurArt. L.113-8Nullité du contrat, aucune indemnité, même si le risque omis est sans influence sur le sinistrePrimes versées acquises à l'assureur ; primes échues dues à titre de dommages-intérêts
Omission ou inexactitude de bonne foi, constatée avant tout sinistreArt. L.113-9Maintien du contrat moyennant une augmentation de prime acceptée, ou résiliation prenant effet 10 jours après notificationEn cas de résiliation, restitution de la portion de prime pour la période non courue
Omission ou inexactitude de bonne foi, constatée après sinistreArt. L.113-9Réduction proportionnelle de l'indemnité (taux payé / taux qui aurait été dû)Prime conservée
Erreur sur les bases variables de prime (salaires, nombre de personnes ou de choses assurées)Art. L.113-10Si le contrat le stipule : paiement de la prime omise, plus une indemnité que la loi plafonne à 50 % de la prime omiseRégularisation
Capitaux déclarés inférieurs à la valeur réelle au jour du sinistreArt. L.121-5Règle proportionnelle de capitaux : l'assuré supporte une part proportionnelle du dommage, sauf convention contraireSans effet

Deux points sont souvent ignorés. D'abord, la sous-assurance (L.121-5) et la fausse déclaration (L.113-9) sont deux mécanismes distincts, qui peuvent se cumuler sur un même sinistre. Ensuite, la prescription biennale de l'article L.114-1 ne court, en cas de réticence ou de déclaration inexacte sur le risque, que du jour où l'assureur en a eu connaissance : une réponse donnée en 2023 reste discutable bien après.

Les six rubriques où les réponses dérapent le plus

Les litiges ne portent presque jamais sur des points exotiques. Ils se concentrent sur un petit nombre de rubriques, toujours les mêmes, où la réponse donnée était vraie « en gros » et fausse dans le détail. Le tableau ci-dessous indique ce que l'assureur reconstitue réellement après sinistre — et la pièce qui, jointe au dossier de souscription, neutralise le débat.

Rubrique du questionnaireCe que l'assureur reconstitue après sinistreÀ joindre ou à faire acter
Activité exercée et activités annexesExtrait Kbis, code NAF, factures clients, site internet et réseaux sociauxDescriptif littéral des prestations, y compris celles exercées de façon occasionnelle ou saisonnière
Surfaces, capitaux, valeur du contenu et des marchandisesRapport d'expertise, inventaire, comptes annuelsInventaire daté et valeur de reconstruction ; relire la clause de règle proportionnelle et ses éventuelles dérogations
Moyens de protection contre le vol et l'incendieFactures d'installation, contrat de télésurveillance, historique de mise en service de l'alarmeFactures, certificats (serrurerie, détection), contrat de maintenance ; le contrat exige souvent un niveau de certification précis
Antécédents : sinistres et résiliation par un précédent assureurRelevé d'informations, fichiers de la professionRelevé d'informations demandé au précédent assureur et annexé au questionnaire
Occupation des locaux : inoccupation, fermeture annuelle, sous-locationBail, plannings, attestations de salariésPériodes de fermeture chiffrées en jours consécutifs et usage réel des surfaces
Process et stockages à risque : points chauds, matières inflammables, équipements de cuisson, batteriesConstatations de l'expert, photographies, factures d'achat d'équipementVolumes stockés, conditions de stockage, et déclaration de tout nouvel équipement

Une règle simple : ne laissez jamais une case vide ni une mention « sans objet » ambiguë. Si la question ne correspond pas à votre situation, écrivez pourquoi. C'est votre meilleure protection le jour où l'assureur devra démontrer qu'il vous avait interrogé de façon précise. La configuration exacte des lieux mérite la même rigueur que l'activité elle-même, notamment sur les locaux professionnels partagés ou partiellement sous-loués.

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Ce que la multirisque couvre — et ce qu'elle exige de vous en retour

Une multirisque professionnelle assemble, autour d'un socle dommages aux biens, plusieurs garanties dont chacune est adossée à des conditions déclarées au questionnaire. Ces conditions ne sont pas décoratives : elles conditionnent la mise en jeu de la garantie, sous forme d'exclusion, de déchéance ou de franchise majorée. Il faut ici distinguer trois natures d'obligations, que les contrats mélangent volontiers.

Garantie typeCe que le contrat exige courammentNature de l'exigence
Incendie, explosionVérification périodique des installations électriques par un organisme compétent ; permis de feu formalisé pour les travaux par points chaudsObligation légale pour l'employeur (code du travail) et exigence contractuelle de l'assureur
Dégâts des eauxEntretien des installations, purge et mise hors gel pendant les périodes de fermeture déclaréesExigence contractuelle
Vol et vandalismeMoyens de protection conformes à ceux déclarés, effectivement en service aux horaires de fermetureExigence contractuelle (souvent assortie d'une franchise majorée en cas de manquement)
Bris de machine, matériel informatiqueMaintenance selon les préconisations du constructeur, justificatifs d'achat conservésExigence contractuelle
Perte d'exploitationPériode d'indemnisation et marge brute déclarées cohérentes avec la comptabilité ; justificatifs disponiblesExigence contractuelle
Responsabilité civile exploitationActivités déclarées correspondant aux prestations réellement réalisées ; qualifications et attestations des sous-traitantsExigence contractuelle ; la vérification des attestations relève de la bonne pratique

Aucune de ces lignes ne vaut promesse de garantie : les intitulés, seuils et conditions varient fortement d'un assureur à l'autre. Votre contrat peut prévoir des exigences plus strictes, ou au contraire y déroger. Seules vos conditions particulières et générales font foi, et c'est le bon réflexe avant toute mise en concurrence d'une multirisque professionnelle : comparer les exigences, pas seulement les primes.

En cours de contrat : les 15 jours qui protègent, et ce qui ne s'applique pas en B2B

La déclaration ne s'arrête pas à la signature. L'article L.113-2 3° impose de déclarer à l'assureur, dans un délai de quinze jours à partir du moment où vous en avez eu connaissance, les circonstances nouvelles qui aggravent les risques ou en créent de nouveaux — nouvelle machine, nouvelle activité, extension de surface, changement de stockage, reprise en interne d'une prestation auparavant sous-traitée. Dans le cas de notre menuisier, une lettre recommandée de dix lignes aurait suffi.

Face à cette déclaration, l'article L.113-4 laisse l'assureur choisir : dénoncer le contrat, la résiliation prenant effet dix jours après notification, ou proposer un nouveau montant de prime. Si l'assuré ne donne pas suite ou refuse expressément dans les trente jours, l'assureur peut résilier au terme de ce délai.

Déclarer coûte parfois une surprime. Ne pas déclarer coûte la différence entre 80 000 € et 48 000 €.

Une mise au point s'impose, car la confusion est fréquente. Le droit de rétractation de quatorze jours issu du code de la consommation et la résiliation infra-annuelle dite « loi Hamon » (art. L.113-15-2) visent les contrats souscrits par des particuliers en dehors de leur activité professionnelle : ils ne s'appliquent pas à une multirisque professionnelle. Le régime applicable est celui de l'article L.113-12 : résiliation à chaque échéance annuelle, moyennant un préavis de deux mois, sauf disposition plus favorable de vos conditions particulières. L'article L.113-16 ouvre par ailleurs un droit de résiliation en cas de survenance de certains événements, notamment un changement de profession ou la cessation définitive d'activité professionnelle, lorsque le contrat garantit des risques en relation directe avec la situation antérieure : la demande doit être formée dans les trois mois de l'événement, la résiliation prend effet un mois après notification, et la portion de prime afférente à la période non garantie est restituée.

Méthode : répondre, tracer, faire acter

La bonne défense se construit au moment de la souscription, pas après le sinistre. Quatre réflexes, applicables en une heure de travail.

  • Exiger l'écrit. Réclamez le questionnaire complet, ses annexes techniques et le récapitulatif de vos réponses. Vérifiez à réception que les conditions particulières reprennent fidèlement vos déclarations ; toute divergence se signale immédiatement, par écrit.
  • Documenter plutôt qu'affirmer. Joignez au dossier ce qui prouve vos réponses : relevé d'informations du précédent assureur, inventaire daté, factures des moyens de protection, rapport de vérification électrique, attestations d'assurance des sous-traitants. Une pièce annexée vaut mieux qu'une case cochée.
  • Faire acter chaque évolution. Nouvelle activité, nouvel équipement, déménagement, extension : courrier recommandé dans les quinze jours, puis vérification que l'avenant a bien été émis. Sans avenant, aucune extension de garantie n'est acquise, quelle qu'ait été la conversation téléphonique.
  • Archiver longtemps. Compte tenu du point de départ décalé de la prescription biennale (art. L.114-1), conservez le questionnaire et ses pièces bien au-delà de la durée du contrat, y compris après un changement d'assureur.

Votre intermédiaire est soumis à un devoir de conseil et doit formaliser vos exigences et vos besoins avant la souscription (art. L.521-1 et suivants du code des assurances) : il doit vous remettre un document d'information normalisé sur le produit et vous expliquer les conséquences de vos déclarations. Cela ne vous en décharge pas — les réponses restent les vôtres — mais un courtier qui se contente de vous faire signer un questionnaire prérempli ne joue pas son rôle. Demandez-lui de vous expliquer, question par question, ce que l'assureur cherche à mesurer. C'est en général à ce moment-là que l'on découvre la cabine de vernissage.

Questions fréquentes

Oui, dans les deux régimes. Si l'assureur prouve une réticence ou une fausse déclaration intentionnelle, l'article L.113-8 prévoit la nullité du contrat même lorsque le risque omis a été sans influence sur le sinistre. Si votre bonne foi n'est pas contestée, l'article L.113-9 conduit à une réduction proportionnelle de l'indemnité, calculée sur le rapport entre le taux de prime payé et celui qui aurait été dû — indépendamment, là encore, du lien de causalité avec le sinistre. La seule parade est en amont : des réponses exactes et documentées.

Oui, mais l'assureur devra prouver quelles questions précises vous ont été posées et quelles réponses vous avez données ; la chambre mixte de la Cour de cassation l'a rappelé le 7 février 2014. Demandez systématiquement le récapitulatif écrit de vos déclarations, relisez la rubrique « déclarations de l'assuré » des conditions particulières et signalez par écrit toute inexactitude dès réception du contrat. Conservez ce courrier : c'est lui qui fera la différence.

Déclarez-le par lettre recommandée avec accusé de réception dans les quinze jours suivant le moment où vous en avez eu connaissance (art. L.113-2 3°). L'assureur peut alors résilier, la résiliation prenant effet dix jours après notification, ou proposer une nouvelle prime que vous pouvez refuser dans les trente jours (art. L.113-4). Vérifiez ensuite que l'avenant a bien été émis : tant qu'il ne l'est pas, l'extension de garantie n'est pas acquise.

C'est une sous-assurance, régie par l'article L.121-5 : sauf convention contraire, vous êtes considéré comme votre propre assureur pour l'excédent et supportez une part proportionnelle du dommage. C'est un mécanisme distinct de la fausse déclaration, et les deux peuvent se cumuler. Certains contrats prévoient une dérogation à la règle proportionnelle ou une marge de tolérance : vérifiez vos conditions particulières et actualisez vos capitaux à chaque investissement significatif.

Si l'augmentation fait suite à une aggravation du risque, vous disposez de trente jours pour refuser expressément le nouveau montant proposé (art. L.113-4) ; l'assureur peut alors résilier au terme de ce délai. En dehors de ce cas, la résiliation d'un contrat professionnel intervient à l'échéance annuelle avec un préavis de deux mois (art. L.113-12), sauf clause plus favorable. La résiliation infra-annuelle dite « loi Hamon » et le délai de rétractation de quatorze jours ne s'appliquent pas aux contrats professionnels.

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Article rédigé et vérifié par l'équipe Insurio — Tutassûr, courtier en assurance immatriculé à l'ORIAS sous le n° 22001730. Information à caractère général ne se substituant pas aux conditions de votre contrat.

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