Réglementation 3 septembre 2026 ⏱️ 8 min de lecture

Orthopédiste-orthésiste : le local et 2 jours pour un vol

Magasin, cabine d'essayage, atelier de thermoformage : le local d'un orthopédiste-orthésiste concentre des obligations ERP, des exigences d'assureur et un contenu professionnel presque toujours sous-déclaré. Voici ce qui est légal, ce qui est contractuel, et ce qui se joue le jour du sinistre.

Par l'équipe Insurio Courtier responsable · ORIAS 22001730
⚡ L'essentiel
  • Un magasin d'orthopédie est un ERP, le plus souvent de type M et de 5e catégorie : registre public d'accessibilité à l'accueil et registre de sécurité tenus dans les murs, alors même que la clientèle est en grande partie à mobilité réduite.
  • Article L.113-2 du Code des assurances : le délai de déclaration d'un sinistre ne peut être inférieur à 5 jours ouvrés, et il tombe à 2 jours ouvrés en cas de vol.
  • Article L.121-5 : si la valeur réelle du contenu (four, presse à vide, fauteuils de démonstration, stock) dépasse le capital déclaré, l'assuré reste son propre assureur pour l'excédent et l'indemnité est réduite proportionnellement.
  • Contrat professionnel : ni loi Hamon ni rétractation de 14 jours. Le régime applicable est L.113-12 (échéance annuelle, préavis 2 mois), complété par L.113-16 en cas de cessation d'activité et L.113-3 en cas d'impayé.

Le local est d'abord un ERP qui reçoit des personnes handicapées

Un magasin d'orthopédie ouvert au public est un établissement recevant du public (ERP), le plus souvent classé en type M — magasins de vente — et en 5e catégorie. Particularité du métier : votre clientèle est, par définition, celle qui teste le mieux l'accessibilité de vos murs. Un ressaut de seuil, une porte trop étroite ou un comptoir trop haut ne sont pas seulement un manquement réglementaire : ils sont vus par chaque patient en fauteuil qui franchit votre porte.

La loi du 11 février 2005 pour l'égalité des droits et des chances impose la mise en accessibilité des ERP. En pratique, les points regardés dans un magasin d'appareillage sont toujours les mêmes :

  • une porte d'entrée d'une largeur utile de l'ordre de 0,90 m ;
  • un ressaut de seuil limité à environ 2 cm, sauf s'il est chanfreiné ;
  • une aire de rotation d'environ 1,50 m de diamètre devant le comptoir et dans la cabine d'essayage ;
  • une place de stationnement adaptée si vous disposez d'un parking privé ;
  • un registre public d'accessibilité, tenu à disposition du public à l'accueil.

Ce registre est le grand oublié de la profession : il doit contenir l'attestation d'accessibilité ou les dérogations obtenues, et la preuve que le personnel d'accueil a été sensibilisé. À côté, l'ERP tient un registre de sécurité où sont consignés vérifications, travaux et consignes. Point d'assurance à connaître : une fermeture administrative pour manquement n'est pas un sinistre. Aucune garantie perte d'exploitation ne joue dans ce cas — c'est un risque purement réglementaire, qui se prévient et ne s'assure pas.

L'atelier : le point que l'assureur regarde avant de signer

Derrière la surface de vente, il y a l'atelier. Four à thermoformer, presse à vide, ponceuse-fraiseuse, machine à coudre, colles néoprène, résines, solvants de nettoyage, poussières de polypropylène, d'EVA et de plâtre : c'est la pièce la plus chargée en risques de toute la profession, et l'assureur le sait.

Les obligations qui pèsent sur elle relèvent du Code du travail dès le premier salarié :

  • aspiration des poussières à la source sur la ponceuse et la fraiseuse, les valeurs limites d'empoussièrement étant de l'ordre de 10 mg/m³ pour les poussières inhalables et 5 mg/m³ pour les alvéolaires ;
  • stockage des colles et solvants en armoire ventilée, en ne conservant au poste que les quantités du jour ;
  • au moins un extincteur portatif pour 200 m² de plancher, avec un minimum d'un appareil par niveau, complété d'un CO₂ près du tableau électrique et des machines ;
  • vérification périodique de l'installation électrique, en pratique annuelle, par une personne qualifiée ou un organisme accrédité, avec conservation du rapport.

Ce que l'assureur ajoute par-dessus n'est pas la loi, mais conditionne votre indemnité : questionnaire précis sur la présence d'un four et d'un compresseur, sur la surface d'atelier, sur les volumes de liquides inflammables ; recoupement entre atelier et surface de vente ; consigne de coupure générale en fin de journée. Après un incendie d'origine électrique, le rapport de vérification est la première pièce demandée. S'il manque, la discussion commence mal. Notez enfin qu'au-delà de certains seuils de stockage de produits inflammables, la réglementation des installations classées peut s'appliquer : à vérifier avant d'agrandir la réserve.

Hygiène, déchets de soins et données patients vivent dans vos murs

Un orthopédiste-orthésiste manipule des patients, pas seulement des produits. Prise d'empreinte, moulage plâtré, essayage au contact direct de la peau, appareillage d'un pied diabétique ulcéré : le local doit permettre de travailler proprement. Cela suppose un point d'eau accessible depuis l'atelier, un protocole écrit de nettoyage et de désinfection des cabines et des plans de travail, et une cabine d'essayage réellement fermée — l'intimité du patient est aussi une exigence de confidentialité.

Si vous produisez des déchets d'activités de soins à risques infectieux (compresses, pansements, matériel souillé), trois contraintes se rejoignent dans le local : contenants normés, entreposage séparé pendant une durée encadrée qui va de quelques jours à quelques mois selon la quantité produite, et convention avec un collecteur agréé assortie de bordereaux de suivi conservés. Le plâtre non souillé reste un déchet ordinaire, mais il bouche les canalisations : c'est une cause classique de dégât des eaux mal indemnisé, parce que l'origine est imputée à un défaut d'entretien.

Troisième volet : les données. Vos dossiers patients sont des données de santé. Un ordinateur non chiffré volé dans le magasin devient une violation de données à notifier à la CNIL sous 72 heures, et aux patients si le risque est élevé. La multirisque ne paie jamais une sanction administrative ; une garantie cyber, en revanche, finance l'expertise, la notification et la reconstitution des fichiers. Le geste le moins cher reste de chiffrer les postes et de sortir la sauvegarde du local : une sauvegarde posée à côté du serveur brûle avec lui. Pensez de la même façon à l'archivage de la documentation des appareillages sur mesure, que la réglementation des dispositifs médicaux impose de pouvoir retrouver.

Obligation légale, exigence d'assureur, bonne pratique : la ligne de partage

La confusion la plus coûteuse consiste à traiter une exigence de contrat comme une simple recommandation. Une obligation légale expose à une sanction administrative ; une exigence d'assureur, elle, se paie en indemnité perdue le jour du sinistre.

SujetNatureCe qui est attenduCe que vous risquez
Accessibilité et registre publicObligation légaleRegistre à l'accueil, attestation ou dérogation, personnel sensibiliséMise en demeure, sanction administrative, fermeture non assurable
Registre de sécurité ERPObligation légaleTraçabilité des vérifications, travaux et consignesResponsabilité du dirigeant mise en cause après un incendie
Document unique (DUERP)Obligation légale dès le 1er salariéRisques atelier : poussières, machines, manutention de fauteuils et litsAmende ; faute inexcusable en cas d'accident du travail
Vérification électrique périodiqueObligation légaleRapport annuel conservé et levée des observationsDiscussion, voire refus, si le contrat en fait une condition de garantie
ExtincteursObligation légale1 pour 200 m², minimum 1 par niveau, adaptés aux machinesSanction et aggravation du risque incendie
Maintenance annuelle des moyens de secoursExigence d'assureur et normeContrat de maintenance, étiquettes à jourContestation de l'indemnité incendie
Alarme, rideau métallique, serrure renforcéeExigence d'assureurProtections déclarées présentes et en service à la fermetureIndemnité vol réduite ou refusée
Chiffrement des postes, sauvegarde hors siteBonne pratique adossée à l'obligation de sécurité RGPDPoste chiffré, sauvegarde quotidienne sortie du localNotification CNIL sous 72 h, perte définitive des dossiers
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Combien vaut vraiment votre contenu ? L'article L.121-5

Ouvrez votre contrat et regardez la ligne « contenu professionnel ». Elle a souvent été fixée à l'ouverture du magasin et jamais revue. Or l'inventaire d'un orthopédiste évolue vite : un fauteuil roulant électrique de démonstration se compte en milliers d'euros pièce, auxquels s'ajoutent un lit médicalisé, un stock de chaussures thérapeutiques et d'orthèses de série, et un atelier équipé d'un four, d'une presse à vide, d'une ponceuse aspirante et d'une machine à coudre. L'ensemble dépasse rapidement plusieurs dizaines de milliers d'euros.

L'article L.121-5 du Code des assurances est sans indulgence : si la valeur des biens dépasse au jour du sinistre la somme garantie, l'assuré est considéré comme restant son propre assureur pour l'excédent. Traduction chiffrée, à titre d'exemple : contenu déclaré 40 000 €, valeur réelle 80 000 €, sinistre de 20 000 € — l'indemnité tombe à 10 000 €. La règle joue pour un dégât des eaux comme pour un incendie.

Trois postes échappent presque toujours au capital « contenu » et méritent une ligne dédiée :

  • le matériel qui sort du local : fauteuil emmené en essai à domicile, matériel présenté en EHPAD, stand de salon — l'extension « biens hors du local et en cours de transport » est plafonnée, parfois à quelques milliers d'euros seulement ;
  • le matériel loué aux patients (fauteuils, lits médicalisés) : il vous appartient mais dort chez un tiers ;
  • les appareillages confiés en réparation, couverts par une garantie « objets confiés » modeste par défaut.

Vérifiez enfin si vos machines sont indemnisées en valeur à neuf ou vétusté déduite : sur un four de dix ans, l'écart se compte en milliers d'euros.

Au sinistre : 2 jours pour un vol, 5 pour le reste

Le Code des assurances fixe des délais planchers que le contrat ne peut pas réduire à votre détriment. L'article L.113-2 impose de déclarer un sinistre dans le délai prévu au contrat, qui ne peut être inférieur à cinq jours ouvrés — et à deux jours ouvrés en cas de vol. Deux jours, c'est court : après une effraction sur la vitrine, l'ordre est dépôt de plainte, photos, appel à l'assureur, si possible dans la journée.

En catastrophe naturelle, le régime de l'article L.125-1 prend le relais : la garantie ne se déclenche qu'après publication d'un arrêté interministériel, la déclaration intervient dans les trente jours qui suivent, et une franchise légale non rachetable reste à votre charge — pour des biens professionnels, elle est de l'ordre de 10 % du montant des dommages avec un plancher supérieur à mille euros. Elle ne se négocie pas.

La preuve, ensuite, vous incombe. Conservez hors du local les factures d'achat des machines, un inventaire daté du stock, les numéros de série des fauteuils et des lits, et des photos de l'atelier. Un dossier photo refait une fois par an vaut mieux qu'une longue explication devant l'expert. Vous pouvez également mandater votre propre expert d'assuré ; certains contrats prennent en charge tout ou partie de ses honoraires.

Reste le poste le plus sous-estimé : la perte d'exploitation. On ne rouvre pas un atelier de thermoformage en trois semaines. Une période d'indemnisation de douze mois est un minimum, dix-huit à vingt-quatre mois se justifient quand une machine a un long délai de remplacement. Vérifiez aussi la présence des frais supplémentaires d'exploitation, qui financent un local relais ou la sous-traitance temporaire de la fabrication.

Un contrat professionnel : ni loi Hamon, ni rétractation de 14 jours

Deux mécanismes connus du grand public ne s'appliquent pas ici. La loi Hamon, qui permet de résilier à tout moment après un an, est réservée aux contrats souscrits par des particuliers en dehors de leur activité professionnelle. Le droit de rétractation de quatorze jours en vente à distance vise le consommateur : signer une multirisque professionnelle en ligne ne l'ouvre pas. On ne les cite que pour les écarter.

Votre régime est le suivant :

  • L.113-12 : résiliation à chaque échéance annuelle, avec un préavis de deux mois ;
  • L.113-16 : en cas de changement de situation — cessation d'activité, changement de profession, départ en retraite — trois mois pour demander la résiliation, qui prend effet un mois après notification, avec remboursement de la portion de prime non courue ;
  • L.113-3 : à défaut de paiement, mise en demeure, garanties suspendues trente jours plus tard, résiliation possible dix jours après ;
  • L.113-2 : toute aggravation du risque se déclare dans les quinze jours de sa connaissance — nouvelle machine, agrandissement de l'atelier, second point de vente, stock doublé ;
  • L.113-9 : une déclaration inexacte de bonne foi n'annule pas le contrat, mais l'indemnité est réduite dans la proportion des primes payées par rapport à celles qui étaient dues.

Le contrat suit donc votre local. Chaque fois que les murs changent, il doit être mis à jour, sous peine de découvrir la réduction proportionnelle le jour du sinistre. À titre indicatif, une multirisque professionnelle pour un local d'orthopédie de petite surface démarre autour de 17,90 € par mois ; le montant réel dépend de la surface, du capital contenu déclaré et des protections en place.

Questions fréquentes

Oui, et précisément. Le four, la presse à vide, le compresseur et le stockage de colles et solvants modifient l'aléa incendie : ce sont des caractéristiques du risque, à déclarer à la souscription puis à chaque évolution, dans les quinze jours de sa connaissance (article L.113-2). Une déclaration inexacte de bonne foi n'annule pas le contrat, mais l'article L.113-9 fait jouer la réduction proportionnelle de l'indemnité.

Pas automatiquement. Dès qu'un bien sort du magasin, il relève de l'extension « biens hors du local et en cours de transport », souvent plafonnée à quelques milliers d'euros. Demandez le plafond par sortie, et vérifiez les conditions du vol dans le véhicule : beaucoup de contrats l'excluent la nuit ou hors garage fermé. Le matériel loué durablement aux patients constitue encore un poste distinct.

Aucune loi ne l'impose. C'est une exigence d'assureur, qui apparaît généralement au-delà d'un certain capital « contenu » — ce qui arrive vite avec des fauteuils électriques en exposition. Attention : ces protections sont une condition de garantie. Si l'alarme, le rideau métallique ou la serrure déclarés n'étaient pas en service au moment de l'effraction, l'indemnité vol peut être réduite ou refusée.

Deux procédures en parallèle. Côté assurance : dépôt de plainte immédiat et déclaration du vol sous deux jours ouvrés (article L.113-2). Côté données : si le poste n'était pas chiffré, il s'agit d'une violation de données de santé, à notifier à la CNIL sous 72 heures et à signaler aux patients en cas de risque élevé. La multirisque indemnise le matériel, jamais une sanction ; seule une garantie cyber prend en charge notification, expertise et reconstitution.

L'article 1733 du Code civil fait peser sur le locataire une présomption de responsabilité en cas d'incendie, sauf preuve contraire, et l'article 1732 vise les dégradations. Le bail commercial impose en général l'assurance des risques locatifs et du recours des voisins et des tiers. Vérifiez que le capital « risques locatifs » correspond bien à la valeur de reconstruction du local — atelier et aménagements compris — et non à un multiple de votre loyer.

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Article rédigé et vérifié par l'équipe Insurio — Tutassûr, courtier en assurance immatriculé à l'ORIAS sous le n° 22001730. Information à caractère général ne se substituant pas aux conditions de votre contrat.

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