Foudre : 38 200 € de dégâts, 14 500 € d'indemnité — quelle garantie a réellement joué ?
Un orage grille votre matériel : la prise en charge dépend de la garantie mobilisée. Décryptage des trois régimes, des plafonds et du parafoudre.
- Sans combustion, la garantie incendie ne joue pas : l'article L.122-1 du code des assurances la limite aux dommages causés par conflagration, embrasement ou simple combustion. Une onde de surtension seule en est exclue, sauf convention contraire.
- Aucun texte n'impose la garantie « dommages électriques ». À l'inverse de la tempête, adossée de plein droit aux contrats garantissant l'incendie par l'article L.122-7, elle est purement contractuelle, sous-limitée et généralement servie après application d'une vétusté.
- Déclaration du sinistre : le délai fixé au contrat ne peut être inférieur à cinq jours ouvrés (art. L.113-2, 4°). Sous-assurance : si le capital déclaré est inférieur à la valeur réelle, l'indemnité est réduite dans la même proportion (art. L.121-5).
- Parafoudre : la norme NF C 15-100 l'impose dans les cas qu'elle vise (notamment alimentation basse tension par ligne aérienne en zone de forte densité de foudroiement, ou bâtiment équipé d'un paratonnerre). Hors de ces cas, c'est une exigence contractuelle de l'assureur, pas une obligation légale.
Le lundi matin après l'orage : trois devis, une seule ligne de garantie
Menuiserie industrielle, 11 salariés, zone artisanale en périphérie. Orage du 14 août, 3 h 20 du matin : impact de foudre sur la ligne aérienne moyenne tension, à environ 300 mètres de l'atelier. Aucune flamme, aucune trace de brûlure, le bâtiment est intact. Le lundi, une partie de l'outil de production ne redémarre pas.
- les deux cartes de commande numérique des centres d'usinage : hors service ;
- le serveur et la baie réseau : alimentation et carte mère détruites ;
- la centrale d'alarme et l'autocommutateur téléphonique : morts ;
- le moteur du compresseur d'air : bobinage grillé.
Le réflexe du dirigeant est logique : « c'est la foudre, donc c'est l'incendie ». Juridiquement, c'est inexact dès lors qu'aucune combustion n'est intervenue. Trois garanties distinctes peuvent entrer en jeu, et elles n'ont ni le même fait générateur, ni le même plafond, ni le même effet sur les pertes d'exploitation. Dans une assurance d'atelier, c'est la lecture croisée de ces trois lignes qui détermine l'indemnité — pas l'intensité de l'orage.
Incendie, dommages électriques, bris de machine : ce que chaque garantie déclenche
Le code des assurances ne définit qu'une seule de ces garanties : l'incendie. L'article L.122-1 précise que l'assureur répond des dommages causés par conflagration, embrasement ou simple combustion, mais pas, sauf convention contraire, de ceux occasionnés par la seule action de la chaleur ou par le contact direct d'une substance incandescente en l'absence d'incendie ou de commencement d'incendie. L'article L.122-2 limite la prise en charge aux dommages matériels directs, et l'article L.122-3 y assimile ceux causés par les secours et les mesures de sauvetage.
Pas de combustion, pas de garantie incendie. La question n'est pas de savoir si la foudre est tombée, mais ce qu'elle a produit : une flamme, un impact matériel, ou une simple onde de surtension.
| Garantie | Fait générateur | Ce qu'elle prend en charge | Nature juridique |
|---|---|---|---|
| Incendie | Conflagration, embrasement, simple combustion (art. L.122-1) | Dommages matériels directs (L.122-2), plus ceux causés par les secours et le sauvetage (L.122-3) | Encadrée par la loi |
| Chute de la foudre (effets directs) | Impact sur le bâtiment ou ses annexes | Selon rédaction : toiture, structure, biens détruits par l'impact | Contractuelle, généralement rattachée à la section incendie |
| Dommages électriques | Surtension, court-circuit, arc, induction — sans combustion | Appareils et installations électriques, le plus souvent après vétusté | Purement contractuelle, sous-limitée |
| Bris de machine | Cause accidentelle interne ou externe : casse, erreur d'exploitation, défaillance électrique d'un moteur | Machines et équipements de production nommément désignés | Garantie distincte, fréquemment optionnelle |
| Pertes d'exploitation | Uniquement les événements listés comme déclencheurs aux conditions générales | Marge brute perdue, frais supplémentaires d'exploitation | Contractuelle, adossée à une liste fermée d'événements |
Une carte électronique qui fond sans flamme ne relève donc pas de l'incendie. Elle relève des dommages électriques — ou du bris de machine si le contrat y range les moteurs et organes de puissance.
Ni catastrophe naturelle, ni tempête : le statut particulier de la foudre
Deux régimes voisins ne s'appliquent pas ici, et il est utile de le savoir pour ne pas perdre de temps après le sinistre.
- Catastrophes naturelles : le régime de l'article L.125-1 vise les dommages matériels directs ayant pour cause déterminante l'intensité anormale d'un agent naturel, lorsque les mesures habituelles n'ont pu empêcher leur survenance. La foudre est un risque couramment assuré par le marché : aucun arrêté de catastrophe naturelle n'est à attendre, et la franchise légale du régime CatNat n'a pas vocation à s'appliquer.
- Tempête : l'article L.122-7 adosse de plein droit la garantie des effets du vent dû aux tempêtes, ouragans et cyclones aux contrats garantissant l'incendie. Cet automatisme légal n'existe pas pour les dommages électriques. Un même orage peut donc déclencher la garantie tempête pour une toiture arrachée et laisser la surtension entièrement à votre charge.
Conséquence pratique : la couverture des effets indirects de la foudre — surtension propagée par le réseau public, la ligne téléphonique, la boucle de terre ou un câble enterré — dépend uniquement de ce que vous avez souscrit. C'est un arbitrage de souscription, pas un droit. La multirisque professionnelle peut prévoir cette garantie ; elle ne l'inclut pas systématiquement, et son plafond est rarement aligné sur la valeur réelle du parc.
Où l'indemnité se perd : vétusté, sous-limite, franchise
Trois mécanismes se cumulent, dans cet ordre. Le principe indemnitaire (art. L.121-1) interdit que l'indemnité excède la valeur du bien au moment du sinistre : c'est le fondement de la vétusté, sauf clause « valeur à neuf » expressément souscrite et dans les limites qu'elle fixe. Reprenons l'atelier, avec des conditions particulières prévoyant un plafond « dommages électriques » de 15 000 € par sinistre et une franchise de 500 €.
| Poste | Montant HT | Traitement contractuel | Indemnité |
|---|---|---|---|
| 2 cartes de commande numérique (machines de 6 ans) | 14 800 € | Dommages électriques, vétusté 30 % | 10 360 € |
| Serveur et baie réseau (5 ans) | 4 200 € | Dommages électriques, vétusté 50 % | 2 100 € |
| Centrale d'alarme et autocommutateur (4 ans) | 2 100 € | Dommages électriques, vétusté 40 % | 1 260 € |
| Moteur du compresseur | 3 600 € | Moteurs et machines tournantes renvoyés au bris de machine, non souscrit | 0 € |
| Reparamétrage et remise en service | 1 500 € | Frais garantis par la clause | 1 500 € |
| Sous-total après vétusté | 15 220 € | Plafond de 15 000 € par sinistre | 15 000 € |
| Franchise | — | 500 € par sinistre | − 500 € |
| Pertes d'exploitation (6 jours d'arrêt) | 12 000 € | Surtension absente de la liste des événements déclencheurs | 0 € |
| Préjudice total | 38 200 € | — | 14 500 € |
Aucune faute de l'assureur : chaque ligne correspond à une clause acceptée à la souscription. Et les deux vrais leviers n'étaient pas le plafond, mais l'absence de garantie bris de machine et le périmètre des événements ouvrant droit à la perte d'exploitation. Quatrième mécanisme, plus brutal encore : la règle proportionnelle de capitaux. Si la valeur du contenu excède au jour du sinistre le capital assuré, l'assuré est considéré comme restant son propre assureur pour l'excédent (art. L.121-5) et l'indemnité est réduite dans la même proportion.
Ce que l'assurance couvre — et ce qu'elle exige de vous
La contrepartie de la garantie, c'est un niveau de protection et de traçabilité. Trois statuts très différents, à ne jamais confondre.
| Exigence | Source | Statut |
|---|---|---|
| Vérification périodique des installations électriques par une personne compétente ou un organisme accrédité | Code du travail, art. R.4226-14 et suivants ; arrêté du 26 décembre 2011 (périodicité annuelle, allongement possible sous conditions strictes) | Obligation légale |
| Parafoudre au tableau général | NF C 15-100, dans les cas qu'elle vise : notamment alimentation basse tension par ligne aérienne en zone de forte densité de foudroiement, ou bâtiment équipé d'un paratonnerre | Obligation normative, sur installations neuves ou rénovées |
| Analyse du risque foudre, étude technique et vérifications périodiques des protections | Arrêté du 4 octobre 2010 relatif à la prévention des risques accidentels dans les installations classées soumises à autorisation | Obligation réglementaire, ICPE concernées uniquement |
| Parafoudre imposé hors cas normatifs, thermographie infrarouge, remise du dernier rapport de vérification | Conditions particulières du contrat | Exigence contractuelle de l'assureur |
| Onduleur sur les postes critiques, sauvegardes hors site, inventaire du parc avec factures et numéros de série | — | Bonne pratique, non opposable mais décisive à l'expertise |
La série de normes NF EN 62305 encadre par ailleurs l'évaluation du risque et la conception des protections contre la foudre : c'est le référentiel technique auquel se rattachera un bureau d'études si votre assureur demande une étude préalable.
Une clause « parafoudre » n'a pas la même portée selon qu'elle est rédigée comme une exclusion — qui doit alors être formelle et limitée (art. L.113-1) — ou comme une condition de la garantie. Faites préciser la qualification par écrit avant le sinistre, pas après.
Enfin, l'article L.113-2, 3° impose de déclarer sous quinze jours les circonstances nouvelles qui aggravent le risque. Doubler la puissance installée, ajouter une ligne automatisée ou créer un local serveur dans vos locaux professionnels entre pleinement dans ce champ.
Les cinq jours ouvrés qui conditionnent tout le dossier
L'article L.113-2, 4° impose de donner avis du sinistre dès sa connaissance et au plus tard dans le délai fixé au contrat, lequel ne peut être inférieur à cinq jours ouvrés. La déchéance pour déclaration tardive suppose une stipulation expresse au contrat, et l'assureur doit établir que le retard lui a causé un préjudice. Ne comptez pas là-dessus : déclarez immédiatement.
- Ne jetez rien et ne faites rien réparer avant accord écrit, hors mesures conservatoires urgentes, à documenter par photos et factures.
- Commandez sans attendre une attestation de constat de foudroiement auprès de Météo-France, en précisant la date, l'heure et les coordonnées exactes du site.
- Demandez au gestionnaire de réseau la trace d'un éventuel incident sur le départ qui vous alimente.
- Faites établir par un électricien qualifié un rapport décrivant le mode de défaillance composant par composant, pas seulement le coût de remplacement.
- Chiffrez l'arrêt dès le premier jour : production perdue, commandes décalées, frais supplémentaires d'exploitation.
Si un tiers est responsable — installateur, prestataire de maintenance, défaillance démontrée du réseau — l'assureur qui indemnise est subrogé dans vos droits contre lui (art. L.121-12). Préserver les preuves sert donc aussi son recours, et in fine votre rapport sinistres sur primes.
Renégocier ensuite : le régime professionnel, pas celui des particuliers
Point d'attention fréquent : les dispositifs de résiliation les plus médiatisés ne s'appliquent pas à un contrat souscrit pour les besoins de l'activité. Le droit de rétractation de quatorze jours issu du code de la consommation et la résiliation infra-annuelle dite « loi Hamon » (art. L.113-15-2) visent les particuliers, pas votre multirisque professionnelle.
Le régime applicable est celui de l'article L.113-12 : résiliation à l'échéance annuelle, en notifiant l'assureur au moins deux mois avant cette échéance. L'article L.113-16 ouvre en outre une faculté de résiliation en cas de modification de la situation assurée — notamment changement de profession ou cessation définitive d'activité professionnelle — lorsque le contrat garantit des risques en relation directe avec la situation antérieure ; la portion de prime correspondant à la période pendant laquelle le risque n'a pas couru est alors restituée.
Concrètement, après un sinistre foudre, quatre points méritent d'être remis sur la table à l'échéance : le plafond de la garantie dommages électriques, l'ajout d'une garantie bris de machine sur les équipements critiques, l'élargissement des événements déclencheurs de la perte d'exploitation, et l'actualisation du capital contenu pour neutraliser la règle proportionnelle. Vos conditions particulières restent le seul document opposable : c'est là, et nulle part ailleurs, que se lisent vos plafonds réels.
Questions fréquentes
Non, pas de plein droit. La garantie incendie ne joue qu'en cas de combustion (art. L.122-1) : un impact qui n'a produit qu'une surtension n'y entre pas, sauf convention contraire. Les effets non calorifiques relèvent d'une garantie « dommages électriques » distincte, facultative et sous-limitée. Vérifiez trois éléments dans vos conditions particulières : la présence effective de cette garantie, son plafond par sinistre, et la liste des événements ouvrant droit aux pertes d'exploitation. Si vos machines de production embarquent de l'électronique de commande ou des moteurs, examinez en complément la garantie bris de machine.
Distinguez deux plans. Sur le plan normatif, la NF C 15-100 impose un parafoudre dans les cas qu'elle vise — notamment alimentation basse tension par ligne aérienne en zone de forte densité de foudroiement, ou bâtiment doté d'un paratonnerre — pour les installations neuves ou rénovées ; les installations classées soumises à autorisation relèvent en outre de l'arrêté du 4 octobre 2010 et de son analyse du risque foudre. Sur le plan contractuel, l'assureur peut en faire une condition de garantie : dans ce cas, l'absence de parafoudre peut faire tomber la prise en charge. Demandez par écrit si la clause est rédigée comme une exclusion, qui doit être formelle et limitée (art. L.113-1), ou comme une condition, et conservez la facture de pose ainsi que le dernier rapport de vérification.
L'expert raisonne par faisceau d'indices. Réunissez : l'attestation de constat de foudroiement délivrée par Météo-France (service payant, à commander rapidement, avec date, heure et coordonnées du site) ; la trace d'un éventuel incident réseau auprès du gestionnaire de distribution ; des photos horodatées des cartes et composants ; un rapport d'électricien qualifié décrivant le mode de défaillance (parasurtenseurs fondus, pistes carbonisées, alimentations en court-circuit) ; et votre main courante interne. La simultanéité des pannes sur des équipements sans lien fonctionnel est un indice fort. La charge de la preuve du sinistre et de son étendue pèse sur l'assuré : constituez le dossier avant de faire enlever quoi que ce soit.
Uniquement si la surtension ou les dommages électriques figurent parmi les événements déclencheurs listés dans la section pertes d'exploitation. De nombreux contrats n'ouvrent cette garantie qu'après incendie, explosion, dégât des eaux ou tempête — la surtension seule n'y figure pas. Vérifiez la clause « événements garantis » de cette section et la franchise, souvent exprimée en jours ouvrés. Si votre production dépend d'électronique de commande, demandez l'extension des dommages électriques comme fait générateur de la perte d'exploitation, et faites chiffrer votre marge brute sur douze mois pour dimensionner correctement le capital.
Déclarez dès que vous avez connaissance du sinistre et au plus tard dans le délai fixé au contrat, qui ne peut être inférieur à cinq jours ouvrés (art. L.113-2, 4°). Ne jetez rien et ne lancez aucune réparation sans accord écrit de l'assureur, sauf mesures conservatoires urgentes que vous documenterez par photos et factures. Rassemblez devis détaillés, factures d'achat, numéros de série et journal de production. Si un tiers peut être responsable, l'assureur sera subrogé dans vos droits après indemnisation (art. L.121-12) : conserver le matériel litigieux conditionne aussi ce recours.
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Article rédigé et vérifié par l'équipe Insurio — Tutassûr, courtier en assurance immatriculé à l'ORIAS sous le n° 22001730. Information à caractère général ne se substituant pas aux conditions de votre contrat.