Teinture de cils : 10 points du local que l'assureur vérifie
En teinture et rehaussement de cils, l'essentiel du risque tient dans quelques mètres carrés : stock de colorants, cabine aménagée, vitrine, matériel. Voici ce que la réglementation impose au local, ce que l'assureur exige en plus, et ce qui se joue le jour du sinistre.
- Un local où vous recevez la clientèle est un établissement recevant du public, le plus souvent de 5e catégorie : registre de sécurité et registre public d'accessibilité (loi n° 2005-102 du 11 février 2005) doivent être présentables à tout moment.
- Certaines substances de coloration des cils ne sont autorisées qu'en usage professionnel au titre du règlement (CE) n° 1223/2009 : ces flacons ne se revendent pas et ne restent pas en libre accès dans l'espace d'attente.
- Locataire, vous êtes présumé responsable de l'incendie du local loué (article 1733 du code civil) : c'est la garantie risques locatifs qui répond, pas la garantie de votre matériel.
- Contrat professionnel : ni rétractation de 14 jours ni loi Hamon. La résiliation intervient à l'échéance annuelle avec deux mois de préavis (article L.113-12 du code des assurances), ou dans les trois mois d'un changement de situation (article L.113-16).
Votre cabine est un ERP avant d'être un institut
Dès que vous recevez une cliente dans un local qui n'est pas votre logement privé, ce local est un établissement recevant du public. Peu importe que vous travailliez seule et que vous ne receviez qu'une personne à la fois : le classement dépend de la destination des lieux, pas du nombre de rendez-vous. Un local de teinture et de rehaussement de cils relève presque toujours de la 5e catégorie, celle des petits établissements. Cette catégorie allège les contrôles, elle ne dispense de rien.
Concrètement, l'exploitant doit pouvoir présenter à tout moment :
- un registre de sécurité où sont consignés les vérifications, les travaux, les interventions sur les installations et la formation des personnes présentes ;
- un registre public d'accessibilité, tenu à disposition de la clientèle à l'accueil, depuis la loi n° 2005-102 du 11 février 2005 ;
- des dégagements libres : la porte de sortie n'est jamais encombrée par un chariot, un portant ou des cartons de livraison en attente de rangement ;
- des moyens d'extinction en état, avec la date de la dernière vérification.
S'y ajoutent les affichages, qui relèvent du code de la consommation et non du classement ERP : le prix de vos prestations doit figurer sur un document unique exposé à la vue du public et parfaitement lisible de l'endroit où la clientèle est habituellement reçue (article 13 de l'arrêté du 3 décembre 1987 relatif à l'information du consommateur sur les prix, toujours en vigueur). L'affichage lisible depuis l'extérieur, lui, n'est imposé que selon des modalités fixées par des arrêtés sectoriels — coiffure, restauration, hôtellerie, auto-écoles, réparation et dépannage automobile — dont les soins esthétiques ne relèvent pas, sauf si vous exercez aussi la coiffure. Une note écrite est due dès 25 € TTC, et en dessous à la demande de la cliente (arrêté n° 83-50/A du 3 octobre 1983 relatif à la publicité des prix de tous les services). Ajoutez la signalisation de l'interdiction de fumer et de vapoter. L'exercice des soins esthétiques suppose par ailleurs une qualification professionnelle (article 16 de la loi n° 96-603 du 5 juillet 1996) : ce n'est pas un sujet de local, mais c'est une pièce que l'assureur demande à la souscription.
Teintures, oxydants et colles : ce que la réglementation impose à votre réserve
Les colorants, les oxydants, les fixateurs de rehaussement, les colles et les sérums que vous utilisez sont des produits cosmétiques au sens du règlement (CE) n° 1223/2009. Ce texte encadre leur mise sur le marché : chaque produit a une personne responsable identifiée sur l'étiquette, un dossier d'information produit, un numéro de lot et une durée d'utilisation après ouverture.
Deux conséquences directes pour vos mètres carrés. D'abord, certaines substances employées pour la coloration des cils ne sont autorisées qu'en usage professionnel : ces flacons ne se revendent pas à la cliente et n'ont rien à faire sur une étagère en libre accès. Ensuite, la traçabilité repose sur vous : décanter une teinture dans un contenant neutre fait perdre le numéro de lot, donc la capacité de réagir à une alerte de cosmétovigilance et de se retourner contre le fournisseur.
Côté conservation, suivez les conditions du fabricant : à l'abri de la lumière et de la chaleur, flacons refermés, réserve ventilée, jamais au-dessus d'un radiateur ni en vitrine plein sud. C'est une exigence de sécurité du produit, et c'est aussi ce qui se joue au sinistre : un stock exposé à la fumée, à la chaleur ou à l'eau devient inutilisable, et vous ne pouvez plus en garantir la conformité. Conservez les factures d'achat : l'indemnité d'un stock détruit se calcule sur sa valeur de remplacement, jamais sur le chiffre d'affaires qu'il aurait produit — c'est le principe indemnitaire posé par l'article L.121-1 du code des assurances.
Obligation légale, exigence d'assureur ou bonne pratique ?
La confusion la plus coûteuse consiste à mettre sur le même plan ce que la loi impose, ce que votre contrat exige et ce qui relève du bon sens. Les trois n'ont pas la même sanction : l'obligation légale expose à une suite administrative, l'exigence d'assureur se paie en indemnité perdue, la bonne pratique ne coûte rien tant qu'il ne se passe rien.
| Point du local | Nature | Référence | Si ce n'est pas fait |
|---|---|---|---|
| Registre de sécurité tenu à jour | Obligation légale | Réglementation ERP applicable | Suite administrative, fermeture possible |
| Registre public d'accessibilité à l'accueil | Obligation légale | Loi n° 2005-102 du 11 février 2005 | Sanction administrative |
| Affichage intérieur des prix : document unique lisible du lieu d'accueil | Obligation légale | Arrêté du 3 décembre 1987, art. 13 | Contrôle et amende |
| Document unique si vous employez | Obligation légale | Code du travail, art. R.4121-1 | Amende, position aggravée en cas d'accident |
| Vérification périodique de l'installation électrique | Obligation (employeur) puis exigence contractuelle | Code du travail et conditions particulières | Discussion, voire refus, sur l'incendie d'origine électrique |
| Extincteur adapté vérifié chaque année | Exigence d'assureur | Conditions particulières | Franchise majorée ou garantie non acquise |
| Fermetures déclarées (rideau, serrure multipoints) | Exigence d'assureur | Clause « moyens de protection » | Vol non garanti |
| Alarme ou télésurveillance en service | Exigence d'assureur selon les capitaux | Conditions particulières | Vol non garanti ou réduit |
| Produits à usage professionnel hors de portée du public | Obligation réglementaire | Règlement (CE) n° 1223/2009 | Retrait, non-conformité opposable |
| Photos datées et factures du matériel | Bonne pratique | — | Indemnité limitée à ce que vous prouvez |
Relisez vos conditions particulières : les exigences d'assureur y tiennent souvent en une demi-page. Ce sont elles qui décident, le jour du vol, si le dossier passe ou se discute.
Vol et électricité : les deux clauses qui conditionnent l'indemnité
La garantie vol d'un local professionnel n'est presque jamais inconditionnelle. Elle repose sur une clause de moyens de protection qui décrit ce que vous avez déclaré : nature de la porte, présence d'un rideau métallique, protection de la vitrine, alarme, télésurveillance, et parfois obligation de mise en service en dehors des heures d'ouverture. Si l'alarme déclarée n'était pas enclenchée la nuit du vol, ce n'est pas une déchéance discutable : la garantie n'est tout simplement pas acquise, parce que la condition de sa mise en jeu n'était pas remplie.
Deuxième point sensible : l'électricité. Multiprises en cascade sous le meuble d'accueil, lampe-loupe restée branchée, chauffage d'appoint dans une cabine mal isolée, chargeurs d'appareils laissés en veille — les départs de feu d'un petit local esthétique sont très majoritairement électriques. Si vous employez ne serait-ce qu'un apprenti, la vérification périodique de l'installation par un organisme compétent est une obligation d'employeur ; sans salarié, elle reste souvent réclamée par le contrat. Comptez, à titre d'ordre de grandeur, quelques centaines d'euros pour un contrôle d'un local de petite surface.
Troisième réflexe, moins connu : déclarer les changements. L'article L.113-2 du code des assurances impose de signaler dans les quinze jours les circonstances qui aggravent le risque — travaux d'agrandissement, changement de fermetures, nouvel appareil de valeur, ouverture d'une seconde cabine. À défaut, et même de parfaite bonne foi, l'article L.113-9 permet de réduire l'indemnité dans le rapport des primes : une déclaration de matériel restée à 8 000 € quand l'expert en constate 16 000 € peut, à titre d'illustration, diviser l'indemnité par deux.
Aménagements, matériel, stock : les postes que l'on sous-estime
La ligne la plus souvent oubliée dans un contrat de teinture de cils, ce n'est pas le stock, c'est les aménagements du preneur. La cloison qui isole la cabine, le faux plafond, les spots, le plan d'accueil sur mesure, le revêtement mural, la climatisation : vous les avez payés, ils ne sont pas dans l'assurance du propriétaire des murs. S'ils ne figurent pas dans vos capitaux, ils sont indemnisés au titre d'un plafond forfaitaire souvent dérisoire au regard des 5 000 à 20 000 € que représente une petite installation.
Faites ensuite l'inventaire ligne à ligne, appareil par appareil : table ou lit de soin, tabouret à selle, lampe-loupe, chariot, stérilisateur, réfrigérateur de conservation, terminal de paiement, tablette de prise de rendez-vous, mobilier d'accueil. Ajoutez le stock — kits de rehaussement, colorants, oxydants, colles, patchs, sérums — dont la valeur unitaire est faible mais dont le remplacement doit être immédiat sous peine d'annuler la semaine de rendez-vous.
Deux garanties méritent une décision explicite. Le bris de glace, souvent optionnel, couvre la vitrine, l'enseigne, les miroirs et les plateaux en verre. La perte d'exploitation, elle, est le vrai sujet d'un métier sur rendez-vous : une fermeture de six semaines après un dégât des eaux, ce sont des clientes fidèles reprises par le salon d'à côté. À titre d'ordre de grandeur, une multirisque professionnelle pour ce métier démarre autour de 13,90 € par mois ; le montant réel dépend de la surface, des capitaux déclarés et de la commune.
Locataire, cabine louée, domicile : qui assure quoi
Si vous êtes locataire de votre local, l'article 1733 du code civil vous rend présumé responsable de l'incendie : c'est à vous de démontrer qu'il est arrivé par cas fortuit, force majeure, vice de construction ou communication depuis un local voisin. Les articles 1734 et 1735 étendent cette logique aux locataires multiples d'un même immeuble et au fait des personnes que vous employez ou recevez. Traduction en contrat : la garantie risques locatifs doit être calibrée sur la valeur du bâtiment occupé, pas sur celle de votre mobilier. C'est le poste le plus lourd et le moins vérifié. Symétriquement, le bailleur reste tenu de l'entretien du local (article 1719 du code civil) ; vérifiez aussi si votre bail comporte une renonciation à recours réciproque, elle change l'étendue nécessaire.
Si vous louez une cabine ou un fauteuil chez une coiffeuse ou dans un institut, ne comptez pas sur le contrat de l'exploitante : il assure ses biens, ses murs et son activité, pas votre matériel ni votre stock. Demandez son attestation, faites confirmer que votre présence est connue de son assureur, et souscrivez votre propre contrat pour vos biens.
Si vous travaillez chez vous, enfin, la multirisque habitation ne couvre ni le matériel professionnel ni la réception de clientèle. L'activité doit être déclarée à l'assureur au titre de l'article L.113-2, sous peine de nullité en cas de réticence de mauvaise foi (article L.113-8) ou de réduction d'indemnité (article L.113-9). Vérifiez au passage que le règlement de copropriété n'interdit pas l'activité.
Au sinistre : délais, preuves et régime B2B du contrat
Les délais de déclaration sont courts et figurent à l'article L.113-2 du code des assurances : cinq jours ouvrés en principe, deux jours ouvrés en cas de vol, et trente jours pour une catastrophe naturelle à compter de la publication de l'arrêté au Journal officiel (articles L.125-1 et suivants). Déposez plainte immédiatement pour un vol : sans procès-verbal, le dossier n'avance pas.
Les preuves se constituent avant, pas après. Photographiez chaque année votre cabine, votre réserve et votre vitrine, conservez les factures d'achat du matériel, des aménagements et du stock, et gardez vos relevés de caisse : ce sont eux qui chiffreront la perte d'exploitation. Ne jetez rien avant le passage de l'expert, même un lot de colorants visiblement perdu. Vérifiez enfin comment votre contrat traite la vétusté : beaucoup d'indemnités sont versées en deux temps, le complément « valeur à neuf » n'étant réglé que sur justificatif de remplacement, dans un délai contractuel.
Un dernier point, souvent mal compris : ce contrat est un contrat professionnel. Le délai de rétractation de quatorze jours des contrats conclus à distance par un consommateur ne s'y applique pas, la loi Hamon et sa résiliation à tout moment après un an non plus. Le contrat vit à l'échéance annuelle, avec un préavis de deux mois (article L.113-12), avec deux soupapes utiles : l'article L.113-16, qui autorise la résiliation dans les trois mois d'un déménagement du local ou d'une cessation d'activité, et l'article L.113-3, qui rappelle qu'une prime impayée entraîne la suspension de la garantie — un sinistre survenu pendant cette suspension n'est pas indemnisé.
Questions fréquentes
Oui. Le classement en établissement recevant du public dépend de la destination du local, pas du nombre de personnes présentes. Une cabine de teinture et de rehaussement de cils ouverte sur rendez-vous relève presque toujours de la 5e catégorie. Cela implique un registre de sécurité tenu à jour, un registre public d'accessibilité à disposition (loi n° 2005-102 du 11 février 2005), des dégagements libres et des moyens d'extinction en état. La 5e catégorie allège la fréquence des contrôles, elle ne supprime pas les obligations.
Non. Le contrat de l'exploitante couvre son bâtiment, son mobilier et son activité. Votre table de soin, votre lampe-loupe, vos colorants et vos kits de rehaussement restent vos biens : ils doivent figurer dans votre propre multirisque professionnelle. Deux réflexes : demandez son attestation d'assurance, et faites confirmer par écrit que votre présence et votre activité sont déclarées à son assureur. À défaut, un incendie parti de son salon peut laisser vos biens sans garantie.
Oui, et c'est l'oubli le plus coûteux du métier. Cloison de cabine, faux plafond, spots, revêtements, plan d'accueil sur mesure, climatisation : ces aménagements du preneur ne sont pas couverts par l'assurance du propriétaire des murs. S'ils ne sont pas déclarés dans vos capitaux, ils tombent sous un plafond forfaitaire très inférieur à leur coût réel. Chiffrez-les factures en main et faites-les inscrire aux conditions particulières, en signalant toute nouvelle tranche de travaux dans les quinze jours (article L.113-2 du code des assurances).
Oui, lorsque la mise en service de l'alarme figure dans la clause de moyens de protection de vos conditions particulières. Il ne s'agit pas d'une sanction discrétionnaire mais d'une condition de la garantie : si elle n'est pas remplie, la garantie vol n'est pas acquise. Même logique pour un rideau métallique déclaré et non baissé ou une serrure remplacée par un modèle inférieur. Relisez cette demi-page et signalez tout changement de fermeture, y compris quand il améliore la protection.
Non. La loi Hamon et le délai de rétractation de quatorze jours visent les contrats souscrits par des consommateurs ; votre contrat est professionnel. La résiliation intervient à l'échéance annuelle, avec un préavis de deux mois (article L.113-12 du code des assurances). Deux exceptions utiles : l'article L.113-16 permet de résilier dans les trois mois d'un changement de situation, par exemple un déménagement de local ou une cessation d'activité, et l'article L.113-3 organise la fin du contrat en cas de non-paiement de prime — avec, entre-temps, une période de suspension pendant laquelle aucun sinistre n'est indemnisé.
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Article rédigé et vérifié par l'équipe Insurio — Tutassûr, courtier en assurance immatriculé à l'ORIAS sous le n° 22001730. Information à caractère général ne se substituant pas aux conditions de votre contrat.