Sinistre 29 juin 2026 ⏱️ 6 min de lecture

Quand un proche du patient vous attaque : anatomie d'une plainte pour « faux souvenirs » à 28 000 €

Le danger ne vient pas toujours de votre patient. Un tiers mis en cause peut vous attaquer. Reconstitution d'un litige réaliste.

Par l'équipe Insurio Courtier responsable · ORIAS 22001730
⚡ L'essentiel
  • Un psychologue peut être mis en cause non par son patient, mais par un tiers — typiquement un proche accusé sur la base de propos tenus en séance.
  • Le reproche classique est l'induction de « faux souvenirs » ou la validation hâtive d'accusations, par des techniques suggestives non maîtrisées.
  • Le coût d'un tel litige (expertise, avocat, dommages-intérêts pour atteinte à la réputation) dépasse couramment 25 000 €, hors de toute condamnation pénale.
  • Votre RC Pro couvre l'indemnisation et la défense face à un tiers, à condition d'être déclarée et adaptée à votre pratique.

Le sinistre que l'on ne voit pas venir : l'attaque d'un tiers

La plupart des psychologues construisent leur vigilance autour d'une seule personne : le patient. On craint sa déception, sa plainte, sa contestation. Pourtant, une part non négligeable des mises en cause les plus lourdes ne vient pas du patient lui-même, mais d'un tiers : un parent, un ex-conjoint, un membre de la famille qui estime avoir été injustement accusé sur la base de ce qui s'est dit dans votre cabinet.

Le mécanisme est redoutable précisément parce qu'il échappe à votre relation thérapeutique. Vous travaillez de bonne foi avec votre patient ; un tiers, que vous n'avez jamais rencontré, se retrouve désigné, parfois publiquement, comme l'auteur de faits graves. S'il considère que votre accompagnement a fabriqué ou amplifié une accusation infondée, c'est vous qu'il vise, en plus de votre patient.

Ce risque concerne particulièrement les prises en charge touchant à la mémoire traumatique, aux violences intrafamiliales supposées ou aux conflits parentaux. Il ne suppose aucune malveillance de votre part : il suffit que vos méthodes soient jugées suggestives ou insuffisamment prudentes. Pour comprendre comment ce scénario se déroule concrètement, suivons un cas reconstitué, représentatif des situations rencontrées en pratique.

Le déroulé du litige, étape par étape

Une psychologue reçoit en thérapie une jeune adulte de 24 ans pour un état anxio-dépressif. Au fil des séances, sur plusieurs mois, émergent des souvenirs flous d'événements survenus dans l'enfance. La patiente finit par formuler des accusations précises contre un membre de sa famille, et engage une démarche judiciaire. La procédure pénale aboutit à un non-lieu : les faits ne sont pas établis.

Le proche mis en cause, dont le nom a circulé dans la famille et qui a vécu deux ans de procédure, se retourne alors. Il ne poursuit pas seulement sa nièce : il met en cause la psychologue, estimant que son accompagnement a induit ou consolidé un souvenir non fiable. S'enclenche alors l'engrenage :

  • Signalement ordinal et réclamation : le tiers saisit l'instance disciplinaire et adresse une réclamation à la praticienne, demandant réparation de son préjudice moral et d'atteinte à la réputation.
  • Action civile : il assigne la psychologue, invoquant des techniques suggestives, l'absence de mise en garde sur la faillibilité des souvenirs reconstitués, et un manquement à la prudence.
  • Expertise : un expert est chargé d'analyser les méthodes employées et la traçabilité du suivi.
Le cœur du litige n'est pas de savoir si les faits dénoncés par la patiente sont vrais ou faux — ce n'est pas le rôle du psychologue de les établir — mais de déterminer si la professionnelle a conduit son accompagnement avec la rigueur méthodologique attendue, sans suggestion ni validation hâtive.

Le nœud déontologique : accompagner sans induire

Le psychologue n'est ni juge, ni enquêteur. Son rôle est d'accueillir la parole de son patient et de l'accompagner, pas d'établir la matérialité de faits ni de valider une accusation. C'est précisément là que se joue la frontière entre une pratique prudente et une pratique exposée.

La recherche sur la mémoire montre depuis longtemps que le souvenir n'est pas un enregistrement fidèle : il se reconstruit, et peut être influencé par des questions suggestives, des attentes ou des techniques mal maîtrisées. Un professionnel qui oriente, suggère une interprétation, ou présente comme certains des souvenirs reconstitués s'écarte des règles de l'art. Le code de déontologie des psychologues impose le respect de la personne, la rigueur, la prudence dans les conclusions et la réserve quant à la portée de ses interventions.

Concrètement, plusieurs comportements font basculer l'analyse vers la faute :

  • Employer des techniques visant à « retrouver » des souvenirs refoulés sans réserve sur leur fiabilité ;
  • Affirmer, oralement ou par écrit, la réalité de faits que rien ne permet d'établir ;
  • Délivrer une attestation orientée, désignant nommément un tiers comme auteur ;
  • Ne jamais avoir informé le patient du caractère faillible de la mémoire traumatique.

À l'inverse, une posture d'écoute neutre, une formulation prudente et une traçabilité du suivi protègent le praticien.

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Le piège de l'attestation : un écrit qui se retourne contre vous

Dans ce type d'affaire, c'est souvent un écrit qui cristallise la mise en cause. Un patient, ou son avocat, demande au psychologue une attestation à produire en justice. Rédigée sans précaution, elle devient une bombe à retardement.

La règle déontologique est claire : le psychologue peut témoigner de ce qu'il a constaté chez son patient — un état de souffrance, des symptômes, une parole rapportée — mais il ne doit jamais imputer des faits à un tiers qu'il n'a pas examiné, ni se prononcer sur la culpabilité de quiconque. Une attestation qui écrit « Madame X a été victime de tels agissements de la part de Monsieur Y » outrepasse gravement le rôle du praticien et l'expose directement.

La formulation prudente consiste à rapporter les faits au conditionnel et à la source : « Ma patiente exprime souffrir de... et attribue cet état à... ». La nuance paraît mince ; juridiquement, elle est décisive. Une attestation qui désigne un tiers comme coupable peut fonder à elle seule une action en responsabilité, indépendamment de la qualité de votre suivi. C'est un sujet que nous abordons en détail dans notre page assurance psychologue.

Combien coûte réellement ce litige ?

L'intérêt d'un cas chiffré est de matérialiser un risque souvent perçu comme abstrait. Voici une estimation réaliste des postes de coût, dans l'hypothèse où la responsabilité de la praticienne est partiellement retenue :

PosteMontant (ordre de grandeur)
Dommages-intérêts au tiers (préjudice moral, atteinte à la réputation)8 000 à 15 000 €
Expertise (analyse des méthodes et du dossier)2 000 à 4 000 €
Frais d'avocat (défense de la psychologue)4 000 à 7 000 €
Procédure disciplinaire (conseil, défense ordinale)1 500 à 3 000 €
Total potentiel15 500 à 29 000 €

On dépasse aisément les 28 000 €, pour une activité dont les honoraires de consultation se comptent en dizaines d'euros. C'est tout le paradoxe : la facture d'un litige n'a aucun rapport avec le prix de vos séances.

Sans assurance, ces sommes sortent de votre trésorerie personnelle. La RC Pro prend en charge l'indemnisation due au tiers et l'intégralité de vos frais de défense — y compris lorsque la réclamation émane d'une personne qui n'a jamais été votre patient. Pour un psychologue libéral, c'est précisément ce type de risque, imprévisible et déconnecté de votre relation de soin, qu'elle est conçue pour absorber. La couverture débute à 10,90€/mois.

Questions fréquentes

Oui. La responsabilité civile peut être engagée par un tiers qui s'estime lésé par votre activité, typiquement un proche accusé sur la base de propos tenus en séance. Vous n'avez pas de relation contractuelle avec lui, mais il peut invoquer une faute (techniques suggestives, attestation orientée) ayant causé un préjudice. Votre RC Pro couvre ce risque, à condition d'être adaptée à votre pratique.

Vous n'êtes pas responsable des accusations de votre patient en tant que telles : ce n'est pas votre rôle d'établir la vérité des faits. Votre responsabilité ne peut être engagée que si l'on démontre une faute méthodologique de votre part : induction de souvenirs par des techniques suggestives, validation hâtive, ou attestation imputant des faits à un tiers. Une posture neutre et prudente vous protège.

Oui, mais avec une prudence extrême. Vous pouvez témoigner de ce que vous avez constaté chez votre patient (état, souffrance, parole rapportée), au conditionnel et en citant la source. Vous ne devez jamais imputer des faits à un tiers que vous n'avez pas examiné, ni vous prononcer sur sa culpabilité. Une attestation mal rédigée peut fonder à elle seule une action contre vous.

Oui, et c'est l'un de ses rôles majeurs. Même irréprochable, vous pouvez être assigné par un tiers convaincu d'avoir été lésé. La RC Pro prend en charge vos frais d'avocat, l'expertise et la défense disciplinaire, en plus de l'indemnisation si une faute est finalement retenue. Cela vous permet de vous défendre sans menacer votre trésorerie. Dès 10,90€/mois chez Insurio.

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Article rédigé et vérifié par l'équipe Insurio — Tutassûr, courtier en assurance immatriculé à l'ORIAS sous le n° 22001730. Information à caractère général ne se substituant pas aux conditions de votre contrat.

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