Matrices, flans et laiton : le trou de garantie qui ruine les médailleurs après un incendie
Matrices de frappe et stock de métal sont presque toujours sous-déclarés. Résultat : une indemnisation amputée de moitié après sinistre.
- L'actif le plus précieux d'un médailleur n'est ni la presse ni le stock : ce sont les matrices de frappe, jamais valorisées spontanément dans les contrats.
- Le cours du laiton, du bronze et de l'argent a fait grimper la valeur des stocks bien au-delà des capitaux déclarés il y a trois ou cinq ans.
- La règle proportionnelle de capitaux réduit l'indemnité dans la même proportion que la sous-déclaration : déclarer la moitié, c'est être indemnisé de moitié.
- Une méthode de déclaration en quatre postes (machines, matrices, métaux, produits finis) élimine l'essentiel du risque.
Ce que vaut vraiment un atelier de médailleur (et pourquoi tout le monde se trompe)
Quand un médailleur souscrit une multirisque professionnelle, il déclare spontanément ses machines visibles : la presse à frapper, la graveuse laser, la sableuse. Puis il ajoute « un peu de stock ». Le chiffre obtenu est presque toujours très inférieur à la valeur réelle de l'atelier, pour deux raisons propres au métier.
D'abord, le stock de métal : flans de laiton, zamak, bronze, parfois argent pour les pièces haut de gamme. Avec la hausse des cours des métaux non ferreux, un stock acheté 8 000 € il y a quatre ans en vaut souvent 14 000 à 20 000 € à reconstituer aujourd'hui. Ensuite — et surtout — les matrices de frappe, dont personne ne pense à parler à l'assureur.
| Poste | Valeur souvent déclarée | Valeur réelle de reconstitution |
|---|---|---|
| Presse à frapper + graveuse laser | 25 000 € | 40 000 € |
| Stock métaux, flans, rubans | 8 000 € | 22 000 € |
| Matrices et outillages de frappe | 0 € (oubliés) | 28 000 € |
| Produits finis et en-cours | 5 000 € | 12 000 € |
Les matrices de frappe : l'actif invisible des contrats standard
Une matrice gravée — le poinçon en acier trempé qui imprime le relief de la médaille — coûte entre 800 et 3 000 € à refaire selon la finesse du motif. Un atelier établi en détient couramment 30, 50, parfois plus de 100 : les matrices récurrentes des fédérations, des mairies, des entreprises clientes, accumulées sur vingt ans.
Le problème est double :
- Comptablement, ces matrices sont amorties depuis longtemps et valent zéro dans les livres — alors que leur refabrication coûterait des dizaines de milliers d'euros ;
- Contractuellement, certains assureurs les classent en « moules et modèles », un poste plafonné ou exclu s'il n'est pas expressément déclaré.
« Après l'incendie, le client peut racheter une presse en trois semaines. Ce qui l'a fait fermer six mois, ce sont les matrices : sans elles, impossible d'honorer une seule commande récurrente. »
La bonne pratique : tenir un inventaire des matrices avec leur coût de refabrication, et le faire figurer noir sur blanc dans les conditions particulières du contrat.
La règle proportionnelle : l'exemple chiffré d'un incendie à 60 000 €
L'article L.121-5 du Code des assurances autorise l'assureur à appliquer la règle proportionnelle de capitaux : si la valeur déclarée est inférieure à la valeur réelle au jour du sinistre, l'indemnité est réduite dans la même proportion.
Reprenons notre atelier type. Capitaux déclarés : 45 000 €. Valeur réelle : 90 000 €, soit un taux de couverture de 50 %. Un départ de feu sur la ligne de polissage détruit machines et stock pour 60 000 € de dommages :
- Indemnité théorique : 60 000 € ;
- Après règle proportionnelle : 60 000 × 50 % = 30 000 € ;
- Après franchise de 1 500 € : 28 500 € versés, pour 60 000 € de pertes.
Le médailleur doit financer 31 500 € de sa poche — souvent l'équivalent d'une année de résultat — uniquement parce que la déclaration initiale n'avait jamais été actualisée.
Vol de métal : ce que les assureurs exigent réellement
Le stock de métaux non ferreux attire les cambriolages ciblés, exactement comme chez les plombiers-chauffagistes. Or la garantie vol d'une multirisque professionnelle est toujours conditionnée à des moyens de protection contractuels : serrures certifiées, alarme, parfois coffre pour les métaux précieux.
- Au-delà d'un certain seuil d'argent ou de vermeil en stock, beaucoup de contrats exigent un coffre-fort scellé ou limitent la garantie hors coffre à quelques milliers d'euros ;
- Le stock laissé en zone de livraison ou dans un véhicule est fréquemment exclu ou sous-plafonné ;
- La non-conformité des protections au jour du vol entraîne un refus de garantie pur et simple, pas une simple réduction.
Relisez la clause « mesures de prévention vol » de vos conditions générales avant de stocker un lot inhabituel — par exemple l'argent acheté pour une série commémorative.
Déclarer juste : la méthode en quatre postes
Une déclaration fiable se construit en une demi-journée, une fois par an :
- Matériel de production : valeur de remplacement à neuf des presses, graveuses, fours et compresseurs (devis fournisseur, pas valeur comptable) ;
- Matrices et outillages : inventaire multiplié par le coût de regravure unitaire, déclaré comme poste distinct ;
- Stock métaux et flans : quantité au plus haut de l'année valorisée au cours actuel, pas au prix d'achat historique ;
- Produits finis et en-cours : prix de vente des commandes en attente d'expédition, souvent maximal en mai-juin avant la saison des remises de prix.
Ajoutez une clause de tolérance de sous-assurance (souvent 10 à 20 %) et une indexation automatique : ce sont deux lignes de contrat qui, le jour du sinistre, valent des dizaines de milliers d'euros.
Questions fréquentes
Oui, impérativement. L'assurance indemnise le coût de reconstitution, pas la valeur nette comptable. Des matrices amorties à zéro dans les livres peuvent coûter 20 000 à 50 000 € à regraver. Non déclarées, elles seront indemnisées faiblement, voire pas du tout si le contrat plafonne les « moules et modèles ».
Déclarez le stock au niveau le plus haut de l'année, généralement avant la saison des remises de prix, et négociez une clause de tolérance de sous-assurance de 10 à 20 %. Certains contrats proposent aussi une déclaration révisable ou un ajustement annuel sur justificatifs.
Rarement par la multirisque de l'atelier : le contenu des véhicules relève d'une extension spécifique, presque toujours plafonnée et conditionnée (véhicule fermé à clé, nuit exclue ou garage obligatoire). Si vous transportez régulièrement des livraisons de valeur, faites chiffrer cette extension explicitement.
La garantie valeur à neuf est souvent limitée aux matériels de moins de 5 à 10 ans. Pour une presse ancienne mais irremplaçable à l'identique, demandez une indemnisation en « valeur de remplacement fonctionnel » : le coût d'un équipement d'occasion ou neuf rendant le même service.
Souscrivez votre assurance pro en 2 minutes
Toutes nos protections pour votre activité de Médailleur (médailles, insignes et trophées) — attestation immédiate, sans engagement.
* Tarifs indicatifs « à partir de », selon votre profil, votre activité et les garanties choisies. · Voir la fiche Médailleur (médailles, insignes et trophées) →
Article rédigé et vérifié par l'équipe Insurio — Tutassûr, courtier en assurance immatriculé à l'ORIAS sous le n° 22001730. Information à caractère général ne se substituant pas aux conditions de votre contrat.