Conseil 30 juin 2026 ⏱️ 4 min de lecture

Un ransomware en mai : le pire mois pour être médailleur, chiffré poste par poste

Dix ans de fichiers de gravure chiffrés par un ransomware au pic de saison : le scénario poste par poste, et comment s'en protéger.

Par l'équipe Insurio Courtier responsable · ORIAS 22001730
⚡ L'essentiel
  • L'activité de médailleur est hyper-saisonnière : mai et juin concentrent les remises de prix sportives et scolaires, et un blocage informatique à cette période est irrattrapable.
  • Les fichiers vectoriels de gravure accumulés depuis des années sont un actif numérique unique : sans sauvegarde déconnectée, ils disparaissent avec le ransomware.
  • Un scénario réaliste chiffre la perte à plus de 30 000 € : arrêt de production, commandes perdues, reconstitution des fichiers, notification RGPD.
  • La fraude au faux fournisseur de métal, plus discrète, détourne des virements de plusieurs milliers d'euros sans aucun virus.

Pourquoi un médailleur est une cible (oui, vraiment)

« Personne ne va attaquer un atelier de gravure. » C'est précisément le raisonnement qui fait des TPE artisanales des cibles idéales : les rançongiciels se diffusent par campagnes automatisées, sans choisir leurs victimes. Un mail de « demande de devis » avec une pièce jointe piégée — format parfaitement crédible pour un médailleur qui reçoit chaque jour des logos et des fichiers clients — suffit.

Or l'atelier moderne est entièrement numérisé : graveuse laser pilotée par ordinateur, configurateur de trophées en ligne, base de clients récurrents (clubs, fédérations, mairies, comités d'entreprise), devis et BAT archivés par mail. Quand le poste de commande est chiffré, la production s'arrête net — même si les presses, elles, fonctionnent parfaitement.

Vos fichiers de gravure : dix ans de travail dans un seul dossier

L'actif numérique le plus précieux du médailleur n'est pas sa comptabilité : ce sont ses fichiers vectoriels de gravure. Le logo de chaque club retravaillé point par point, les gabarits de médailles validés, les matrices numériques des trophées récurrents. Un fonds de commerce numérique constitué commande après commande, pendant des années.

  • Refaire un fichier de gravure propre à partir d'un logo client : 1 à 3 heures de travail ;
  • Un atelier établi en détient 500 à 2 000 ;
  • Reconstitution complète : plusieurs centaines d'heures, étalées sur des mois, au fil des commandes.
« Le client ne comprend pas pourquoi sa commande annuelle, identique depuis huit ans, prend soudain deux semaines de plus. Il ne le dit pas : il change de fournisseur. »

La parade tient en une règle : la sauvegarde 3-2-1 — trois copies, deux supports, une copie hors ligne ou hors site, testée par une restauration réelle deux fois par an.

Scénario : un ransomware le 12 mai, chiffré poste par poste

Atelier de 3 personnes, 280 000 € de chiffre d'affaires annuel dont 40 % réalisés en mai-juin. Le 12 mai, un ransomware chiffre le serveur : fichiers de gravure, devis, carnet de commandes, boutique en ligne de trophées personnalisés. Rançon demandée : 8 000 €. L'atelier refuse de payer.

  • Arrêt de production 12 jours (reconstruction des postes, réinstallation des pilotes de la graveuse) : ≈ 14 000 € de marge brute perdue ;
  • Commandes annulées par des clubs partis chez un concurrent avant leurs galas de fin de saison : ≈ 9 500 € ;
  • Prestataire informatique en urgence et reconstitution partielle des fichiers : 6 200 € ;
  • Notification RGPD : la base clients contenait des coordonnées de particuliers (commandes de la boutique), imposant analyse juridique et information de la CNIL : 1 800 €.

Total : plus de 31 000 €, sans compter l'attrition client des mois suivants — pour une attaque non ciblée, arrivée par une pièce jointe banale.

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La fraude au faux fournisseur de métal : l'attaque sans virus

Deuxième menace, plus silencieuse : la fraude au virement. Les médailleurs paient régulièrement des fournisseurs de flans, de métal et de rubans, souvent les mêmes depuis des années. Le schéma type : un mail imitant parfaitement le fournisseur habituel annonce un « changement de coordonnées bancaires » juste avant le règlement d'une grosse commande de flans — 4 000 à 15 000 € partent sur le compte d'un fraudeur.

Trois réflexes suffisent à casser le scénario :

  • Toute modification de RIB se vérifie par téléphone, au numéro historique du fournisseur, jamais à celui du mail ;
  • Un double regard (même dans une TPE : le conjoint collaborateur, l'associé) sur tout virement supérieur à un seuil fixé, par exemple 2 000 € ;
  • Activation de la double authentification sur la messagerie, porte d'entrée de la plupart de ces fraudes.

Ce qu'une assurance cyber change concrètement

Face à ces deux scénarios, une assurance cyber n'est pas un simple remboursement après coup : c'est d'abord une cellule de crise disponible 24 h/24, décisive quand l'attaque tombe un vendredi de mai.

  • Assistance immédiate : experts techniques pour contenir l'attaque et restaurer les systèmes, juristes pour la notification CNIL ;
  • Pertes d'exploitation consécutives à l'arrêt informatique — le poste le plus lourd de notre scénario, souvent après une franchise exprimée en heures ;
  • Frais de reconstitution des données, y compris les fichiers de gravure, dans la limite des plafonds ;
  • Fraude aux virements : couverte uniquement si l'option est souscrite — vérifiez-la explicitement, elle manque dans beaucoup de contrats d'entrée de gamme.

Pour un atelier réalisant 250 000 à 400 000 € de chiffre d'affaires, la cotisation se situe généralement entre 400 et 900 € par an — à comparer aux 31 000 € du scénario ci-dessus.

Questions fréquentes

Oui. Dès que vous conservez des données de particuliers — commandes de la boutique en ligne, gravures nominatives, coordonnées de licenciés transmises par un club — le RGPD s'applique. En cas de violation présentant un risque pour les personnes, la notification à la CNIL doit intervenir sous 72 heures.

Certains contrats le prévoient, sous conditions strictes (accord préalable de l'assureur, conformité aux sanctions internationales). Mais l'intérêt principal de la garantie est ailleurs : assistance de crise, restauration des systèmes et indemnisation des pertes d'exploitation, qui pèsent bien plus lourd que la rançon elle-même.

Non. Un ransomware chiffre tous les supports connectés au moment de l'attaque, disque externe compris. La copie de sauvegarde doit être déconnectée (disque rangé après sauvegarde) ou hors site (cloud avec versioning), et vous devez tester une restauration réelle au moins deux fois par an.

Non : c'est une perte financière propre, hors du champ de la RC Pro (qui couvre les dommages causés aux tiers) et de la multirisque classique. Seule une garantie « fraude » ou « détournement de fonds », souvent proposée en option des contrats cyber, indemnise ce type de virement détourné.

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Article rédigé et vérifié par l'équipe Insurio — Tutassûr, courtier en assurance immatriculé à l'ORIAS sous le n° 22001730. Information à caractère général ne se substituant pas aux conditions de votre contrat.

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