Réglementation 3 septembre 2026 ⏱️ 8 min de lecture

Magasin de matériel médical : 7 obligations pour le local

Registre de sécurité ERP, traçabilité des dispositifs médicaux, protections vol imposées par l'assureur, parc locatif installé chez les patients : tour complet des obligations qui pèsent sur le local et les biens d'un magasin de matériel médical, et de ce qui se passe vraiment au sinistre.

Par l'équipe Insurio Courtier responsable · ORIAS 22001730
⚡ L'essentiel
  • Un magasin de matériel médical est un ERP de type M, le plus souvent de 5e catégorie : registre de sécurité, extincteurs vérifiés chaque année et accessibilité PMR sont obligatoires.
  • L'article L.113-2 du Code des assurances impose de déclarer un vol sous 2 jours ouvrés et tout autre sinistre sous 5 jours ouvrés.
  • Le parc locatif (lits médicalisés, fauteuils, concentrateurs) vit chez les patients : sans extension « biens hors des locaux », il n'est généralement pas couvert par la multirisque du magasin.
  • Contrat B2B : ni loi Hamon ni rétractation de 14 jours — la résiliation se fait à l'échéance annuelle avec 2 mois de préavis (article L.113-12 du Code des assurances).

Votre magasin est un ERP : les obligations de base du local

Un magasin de matériel médical reçoit du public : il relève donc de la réglementation des établissements recevant du public (ERP), en type M (magasins de vente), le plus souvent en 5e catégorie compte tenu de l'effectif accueilli. Ce classement déclenche des obligations concrètes sur le local : tenue d'un registre de sécurité à jour, moyens d'extinction adaptés et vérifiés chaque année, affichage des consignes de sécurité et des numéros d'urgence, installations électriques et de chauffage maintenues en bon état.

L'accessibilité aux personnes à mobilité réduite est l'autre pilier : entrée de plain-pied ou rampe, largeur de circulation suffisante entre les rayons, zone d'essayage accessible. Pour un commerce dont la clientèle se déplace précisément en fauteuil roulant ou avec un déambulateur, c'est à la fois une obligation légale d'ERP et une condition commerciale évidente. Le registre public d'accessibilité doit par ailleurs être tenu à la disposition de la clientèle.

S'ajoutent les obligations d'affichage propres au commerce : prix TTC visibles, information sur les conditions de prise en charge des produits inscrits à la liste des produits et prestations remboursables (LPP), conditions de location. En cas de contrôle, l'absence de registre de sécurité ou un défaut d'accessibilité peut conduire à des sanctions administratives, jusqu'à la fermeture. C'est aussi la première chose qu'un expert d'assurance regardera après un incendie : un ERP mal tenu complique toujours l'indemnisation.

Dispositifs médicaux : hygiène, traçabilité et stockage dans le local

Les produits que vous vendez et louez sont des dispositifs médicaux, régis par le règlement européen 2017/745. En tant que distributeur, vous devez vérifier que les produits portent le marquage CE, qu'ils sont accompagnés d'une notice en français, et les stocker dans les conditions prévues par le fabricant : à l'abri de l'humidité, sans écrasement des cartons, en respectant les températures indiquées pour certains consommables. Une réserve saturée où les colis s'empilent à même le sol est à la fois un risque réglementaire et un facteur aggravant en cas de dégât des eaux.

La matériovigilance vous concerne directement : tout incident grave impliquant un dispositif doit être signalé, et vous devez être capable de retrouver les clients concernés en cas de rappel. Concrètement, cela impose un registre des numéros de série et de lots — le même registre qui, au passage, vous servira de preuve auprès de l'assureur pour reconstituer votre stock après un vol. La réglementation applicable réserve en outre la délivrance de certains matériels, comme les orthèses ou les véhicules pour personnes handicapées, à du personnel disposant d'une qualification reconnue.

Pour l'activité de location (lits médicalisés, fauteuils, verticalisateurs), la réglementation applicable et les conventions avec l'Assurance maladie imposent des règles d'hygiène : matériel désinfecté entre deux patients, protocoles écrits, et idéalement un local séparant zone « sale » (matériel de retour) et zone « propre » (matériel prêt à repartir).

Attention enfin à l'oxygène : l'oxygène à usage médical est un médicament, dont la dispensation est réservée aux structures autorisées disposant d'un pharmacien. Et si vous stockez des gaz sous pression dans le local, cette circonstance doit être déclarée à votre assureur : c'est une aggravation de risque au sens de l'article L.113-4 du Code des assurances.

Obligation légale, exigence d'assureur ou bonne pratique ? Le tableau

Tout ne pèse pas du même poids : certaines règles s'imposent par la loi, d'autres par votre contrat d'assurance, d'autres relèvent de la bonne gestion. Les confondre conduit à de mauvais arbitrages — on soigne l'affichage et on oublie la clause d'alarme qui conditionne la garantie vol. Voici les sept points de contrôle du local.

Point de contrôleNatureCe qui est attenduRisque en cas de défaut
Registre de sécurité ERPObligation légaleTenu à jour, vérifications annuelles des extincteurs consignéesSanctions administratives, fermeture possible
Accessibilité PMRObligation légaleAccès, circulations et caisse accessibles, registre public d'accessibilitéMise en demeure, sanctions administratives
Affichage des prix et information LPPObligation légalePrix TTC visibles, information sur la prise en chargeSanctions de la DGCCRF
Traçabilité des dispositifs médicauxObligation légale (règlement UE 2017/745)Registre des lots et numéros de série, signalement des incidentsSanctions, rappel impossible à exécuter
Vérification électrique périodiqueObligation légale dès le premier salarié, souvent reprise en exigence d'assureurRapport de vérification par un organisme, réserves levéesRéduction ou refus d'indemnité incendie si une clause le prévoit
Protections contre le volExigence d'assureurRideau métallique ou vitrage renforcé, serrures multipoints, alarme selon le capitalIndemnité vol réduite ou refusée
Hygiène du parc locatifConvention Assurance maladie et bonne pratiqueProtocoles de désinfection, séparation zone sale / zone propreDéconventionnement, mise en cause en cas d'infection

Ce tableau ne remplace ni la lecture de vos conditions particulières, ni les prescriptions propres à votre commune ou à votre bail : il donne la hiérarchie des priorités.

Ce que votre assureur multirisque exige de votre local

Votre contrat multirisque n'assure pas un local « en général » : il assure un local décrit, protégé et entretenu comme convenu. Première exigence classique : les moyens de protection contre le vol. Selon la valeur du stock déclarée, l'assureur peut imposer des serrures multipoints, un rideau métallique ou des grilles, une alarme anti-intrusion, parfois reliée à un télésurveilleur. Ces clauses sont des conditions de garantie : un cambriolage commis par un accès non conforme peut réduire l'indemnité, voire la faire tomber.

Deuxième exigence : l'électricité. Beaucoup de contrats demandent une vérification périodique des installations par un organisme, avec levée des réserves ; le certificat Q18 est fréquemment cité. Rappel utile : dès que vous employez du personnel, cette vérification périodique est de toute façon imposée par le Code du travail.

Troisième point : la déclaration exacte de l'activité et du contenu. Vente, location, livraison et installation à domicile, petit atelier de maintenance : chaque volet doit figurer au contrat, faute de quoi l'assureur pourra opposer une déclaration inexacte du risque au moment du sinistre.

Côté budget, une multirisque professionnelle pour un magasin de matériel médical démarre autour de 19,90 € par mois. C'est un ordre de grandeur d'entrée de gamme, pas un tarif garanti : la prime réelle dépend de la surface, de la valeur du stock, du parc locatif et des protections en place.

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Stock, démonstration, parc locatif : assurer les biens à leur juste valeur

La valeur des biens d'un magasin de matériel médical surprend souvent — les assureurs comme les assurés. Un fauteuil roulant électrique peut valoir plusieurs milliers d'euros, un lit médicalisé ou un concentrateur d'oxygène plusieurs centaines à plusieurs milliers ; quelques références en rayon et des unités en réserve suffisent à dépasser, à titre d'exemple, 50 000 € de contenu. Sous-évaluer ce capital est le piège numéro un : en cas de sinistre, l'article L.121-5 du Code des assurances permet d'appliquer la règle proportionnelle de capitaux et de réduire l'indemnité dans la proportion de la sous-assurance.

Quatre catégories de biens méritent un traitement distinct :

  • le stock destiné à la vente, consommables compris ;
  • le matériel de démonstration et d'essai, qui circule et s'use ;
  • les biens confiés par les clients (appareil déposé pour réparation ou réglage), à couvrir via une garantie « biens confiés » ;
  • le parc locatif installé chez les patients : lits, fauteuils, soulève-personnes.

Ce dernier poste est le grand oublié. La multirisque de base couvre le contenu situé dans le local assuré ; or votre parc locatif passe l'essentiel de sa vie au domicile des patients. Sans extension « biens hors des locaux » ou contrat dédié, un lit détruit dans l'incendie du logement d'un patient n'est pas indemnisé par votre multirisque — il faudra compter sur l'assurance habitation du patient, avec les aléas que cela suppose. Pensez aussi aux marchandises transportées dans votre véhicule de livraison, rarement couvertes par défaut.

Au sinistre : délais de déclaration, franchises et pièges

Au sinistre, les délais sont courts et encadrés par l'article L.113-2 du Code des assurances : cinq jours ouvrés pour déclarer à compter du moment où vous en avez connaissance, ramenés à deux jours ouvrés en cas de vol. Pour un cambriolage, déposez plainte immédiatement, préservez les traces d'effraction jusqu'au constat et transmettez à l'assureur une liste chiffrée du matériel disparu — c'est là que le registre des numéros de série tenu au titre de la traçabilité devient votre meilleure preuve.

Pour les événements naturels, le régime des catastrophes naturelles des articles L.125-1 et suivants du Code des assurances s'applique après publication d'un arrêté de reconnaissance ; pour les biens à usage professionnel, la franchise légale est proportionnelle aux dommages avec un minimum de l'ordre du millier d'euros, un montant à anticiper dans la trésorerie.

Si vous êtes locataire du local, souvenez-vous des articles 1733 à 1735 du Code civil : le locataire répond de l'incendie envers son bailleur, sauf à prouver le cas fortuit, la force majeure ou le vice de construction. La garantie « risques locatifs » n'est donc pas une option. L'article 1242 du Code civil vous rend par ailleurs responsable des choses que vous avez sous votre garde : enseigne qui chute, rampe d'accès défectueuse.

Pensez enfin à la perte d'exploitation : un magasin fermé plusieurs mois après un incendie perd son chiffre d'affaires mais pas ses charges — et vos patients en location dépendent de la continuité de votre service.

Résilier ou ajuster le contrat : le régime applicable aux professionnels

Un point tranche avec les réflexes du grand public : votre multirisque professionnelle est un contrat B2B. Le délai de rétractation de quatorze jours du droit de la consommation et la résiliation à tout moment de la loi Hamon ne s'appliquent pas aux contrats souscrits pour les besoins de l'activité professionnelle. Les invoquer face à un assureur ne produira aucun effet.

Le régime applicable est celui du Code des assurances :

  • article L.113-12 : résiliation à l'échéance annuelle, moyennant un préavis de deux mois notifié à l'assureur ;
  • article L.113-16 : résiliation hors échéance dans certains cas de changement de situation — par exemple un déménagement du local ou un changement d'activité — lorsque le risque assuré s'en trouve modifié ;
  • article L.113-3 : en cas de prime impayée, mise en demeure, suspension de la garantie trente jours après, puis faculté de résiliation pour l'assureur — un magasin sans garantie vol pendant une suspension est une situation à éviter absolument ;
  • article L.113-4 : aggravation ou diminution du risque à déclarer en cours de contrat (nouveau rayon, atelier de maintenance, stockage de gaz).

Bonne pratique : programmez une alerte deux mois et demi avant l'échéance, et profitez-en pour réévaluer le capital contenu et le parc locatif, qui grossit souvent plus vite que le contrat ne le prévoit.

Questions fréquentes

Oui, dès lors qu'il reçoit de la clientèle : c'est un ERP de type M (magasin de vente), généralement de 5e catégorie. Cela impose un registre de sécurité à jour, des extincteurs vérifiés chaque année, l'affichage des consignes de sécurité et l'accessibilité aux personnes à mobilité réduite, avec un registre public d'accessibilité tenu à disposition.

Pas par défaut. La multirisque couvre le contenu situé dans le local assuré ; le parc locatif installé chez les patients nécessite une extension « biens hors des locaux » ou un contrat dédié. Sans cela, un lit détruit au domicile d'un patient ne sera pas indemnisé par votre contrat, et il faudra compter sur l'assurance habitation du patient.

Non. La loi Hamon et la rétractation de quatorze jours relèvent du droit de la consommation et ne s'appliquent pas aux contrats professionnels. Le régime applicable est l'article L.113-12 du Code des assurances : résiliation à chaque échéance annuelle avec deux mois de préavis, plus les cas particuliers de l'article L.113-16 (déménagement du local, changement d'activité).

Selon le capital déclaré : serrures multipoints, rideau métallique ou vitrages renforcés, alarme anti-intrusion, parfois télésurveillance. Ces mesures sont des conditions de garantie : si le cambriolage passe par un accès non conforme, l'indemnité peut être réduite ou refusée. Vérifiez la clause « moyens de protection » de vos conditions particulières avant de modifier le local.

Déclarez le vol à votre assureur sous deux jours ouvrés (article L.113-2 du Code des assurances), déposez plainte immédiatement, préservez les traces d'effraction jusqu'au passage de l'expert et transmettez une liste chiffrée du matériel volé. Le registre des numéros de série tenu pour la traçabilité des dispositifs médicaux constitue votre meilleure preuve du stock.

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Article rédigé et vérifié par l'équipe Insurio — Tutassûr, courtier en assurance immatriculé à l'ORIAS sous le n° 22001730. Information à caractère général ne se substituant pas aux conditions de votre contrat.

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