Réglementation 3 septembre 2026 ⏱️ 8 min de lecture

Dépôt-vente : 7 obligations pour votre local et vos biens

Dans un dépôt-vente, l'essentiel du stock appartient à vos déposants : votre local doit être en règle (livre de police, sécurité ERP, protections contre le vol) et votre multirisque doit couvrir des biens qui ne sont pas à vous.

Par l'équipe Insurio Courtier responsable · ORIAS 22001730
⚡ L'essentiel
  • Le livre de police (registre d'objets mobiliers) est imposé par l'article 321-7 du Code pénal : son absence est punie jusqu'à six mois d'emprisonnement et 30 000 € d'amende.
  • Un dépôt-vente qui reçoit du public est un ERP de type M (magasins de vente), avec registre de sécurité, extincteurs vérifiés chaque année et issues de secours dégagées.
  • Les biens des déposants ne sont pas couverts automatiquement : il faut une garantie « biens confiés », rendue possible par l'assurance pour compte de l'article L.112-1 du Code des assurances.
  • En B2B, ni rétractation de 14 jours ni loi Hamon : la multirisque se résilie à l'échéance annuelle avec un préavis de deux mois (article L.113-12 du Code des assurances).

Un commerce où presque rien ne vous appartient

Un dépôt-vente ne ressemble à aucun autre commerce : l'essentiel de la marchandise exposée ne vous appartient pas. Meubles, vêtements, électroménager, instruments de musique, vaisselle… ces biens restent la propriété des déposants jusqu'à la vente, et vous n'en êtes que le gardien rémunéré. Juridiquement, la relation relève du contrat de dépôt défini à l'article 1915 du Code civil, doublé d'un mandat de vente.

La conséquence est lourde. L'article 1927 du Code civil impose au dépositaire d'apporter à la garde de la chose « les mêmes soins » qu'à ses propres biens, et l'article 1928 durcit encore cette exigence lorsque le dépôt est rémunéré — ce qui est précisément votre cas, puisque vous percevez une commission sur chaque vente. En clair : si un incendie, un dégât des eaux ou un cambriolage détruit les objets confiés, les déposants se retourneront contre vous, et les tribunaux apprécieront sévèrement la façon dont vous les gardiez.

Votre local n'est donc pas seulement un outil de travail : c'est le coffre-fort collectif de dizaines de particuliers. Les obligations réglementaires qui pèsent sur lui — registre, sécurité incendie, protections contre le vol — et les exigences de votre assureur multirisque doivent se lire à travers ce prisme.

Livre de police et déclaration en préfecture : le socle propre au métier

Le dépôt-vente relève de la revente d'objets mobiliers d'occasion au sens du Code pénal. À ce titre, deux obligations spécifiques s'appliquent avant même d'ouvrir la porte.

La première est la déclaration préalable d'activité de revendeur d'objets mobiliers, à effectuer auprès de la préfecture ou de la sous-préfecture du lieu d'exploitation. Elle concerne les brocanteurs, antiquaires et dépôts-vente, et doit être actualisée en cas de changement d'adresse du local.

La seconde est la tenue du registre d'objets mobiliers, le fameux « livre de police », imposée par l'article 321-7 du Code pénal. Ce registre, coté et paraphé, décrit chaque objet reçu (nature, caractéristiques permettant de l'identifier) et mentionne l'identité complète du déposant : nom, prénom, domicile, nature et numéro de la pièce d'identité présentée. Il est tenu au jour le jour, sans blanc ni rature, et présenté à toute réquisition des services de police.

La sanction n'a rien de symbolique : le défaut de registre est puni jusqu'à six mois d'emprisonnement et 30 000 € d'amende. Et l'enjeu dépasse le pénal. Au moment d'un sinistre, ce registre devient votre meilleure preuve du contenu du magasin : un assureur indemnise ce que vous démontrez. Un livre de police à jour, idéalement doublé d'une sauvegarde numérique conservée hors du local, vaut de l'or le jour où tout a brûlé.

Votre local est un ERP : sécurité incendie, affichage, vérifications

Dès lors qu'il reçoit du public, votre local est un établissement recevant du public (ERP) de type M — magasins de vente — le plus souvent classé en 5e catégorie compte tenu de sa taille. Ce classement emporte des obligations concrètes :

  • tenir un registre de sécurité consignant vérifications, travaux et consignes ;
  • disposer d'extincteurs adaptés, vérifiés chaque année par un professionnel ;
  • maintenir les issues de secours et les allées dégagées — un vrai défi dans un commerce où les meubles s'accumulent au fil des dépôts ;
  • respecter les règles d'accessibilité aux personnes handicapées et tenir le registre public d'accessibilité.

S'ajoutent les obligations générales du commerce : affichage des prix TTC sur chaque objet et information claire du client, notamment lorsque le vendeur réel est un particulier, ce qui influe sur les garanties dont bénéficie l'acheteur.

Côté installations, si vous employez du personnel, le Code du travail impose la vérification initiale puis périodique des installations électriques par un organisme compétent. Même sans salarié, cette vérification reste vivement recommandée : dans un local rempli de mobilier, de textiles et de cartons, une installation vétuste est la première cause d'incendie — et le premier point que l'expert de l'assureur examinera après le sinistre.

Obligation légale, exigence d'assureur ou bonne pratique ? Le tableau de bord

Toutes les contraintes qui pèsent sur votre local n'ont pas la même source ni les mêmes conséquences. Manquer à une obligation légale expose à des sanctions ; ignorer une exigence de votre assureur peut priver d'effet une garantie au moment du sinistre ; négliger une bonne pratique vous fait perdre du temps et des preuves. Le tableau ci-dessous remet chacun des sept points à sa place.

Point de contrôleNatureCe qu'il faut faire
Livre de policeObligation légale (art. 321-7 du Code pénal)Registre coté et paraphé, tenu au jour le jour, avec identité des déposants et description des objets
Déclaration de revendeur d'objets mobiliersObligation légaleDéclaration préalable auprès de la préfecture avant l'ouverture, mise à jour en cas de déménagement
Sécurité incendie ERPObligation légaleRegistre de sécurité, extincteurs vérifiés annuellement, issues et allées dégagées
Vérification des installations électriquesObligation légale si salariés (Code du travail), sinon exigence d'assureur fréquenteContrôle périodique par un organisme, rapport conservé (type Q18)
Protections contre le volExigence d'assureurSerrures certifiées A2P, rideau métallique ou grilles, alarme selon les capitaux assurés
Contrat de dépôt écritBonne pratique (fondée sur les articles 1915 et suivants du Code civil)Décrire l'objet, son état, sa valeur de reprise, la durée du dépôt et la répartition des risques
Inventaire valorisé des biens confiésExigence d'assureur / bonne pratiqueSuivre en continu la valeur totale des dépôts pour caler le capital « biens confiés »

Ce tri a une vertu : il montre que conformité réglementaire et conformité assurantielle se recoupent sans se confondre. Un local parfaitement en règle peut rester mal assuré si les biens confiés sont sous-estimés — et inversement.

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Vol et incendie : ce que l'assureur exige de votre local

Ouvrez vos conditions particulières : la garantie vol y est presque toujours subordonnée à des moyens de protection précis. Pour un commerce de plain-pied rempli d'objets facilement revendables, les exigences classiques des assureurs sont :

  • des serrures certifiées (référentiel A2P) ou une serrure multipoints sur la porte principale ;
  • un rideau métallique, des grilles ou un vitrage retardateur d'effraction sur les vitrines ;
  • au-delà d'un certain capital assuré, une alarme anti-intrusion, parfois reliée à la télésurveillance ;
  • des conditions d'usage : fermeture effective de tous les moyens de protection dès que le local est inoccupé.

Ces clauses ne sont pas décoratives. Si le cambriolage survient alors que le rideau n'était pas baissé ou que l'alarme annoncée n'existe pas, l'assureur peut réduire l'indemnité, voire refuser sa garantie selon la rédaction du contrat ; une déclaration inexacte du risque expose en outre à la réduction proportionnelle prévue par l'article L.113-9 du Code des assurances.

Pour l'incendie, les assureurs valorisent le rapport de vérification électrique (le « Q18 » établi par les organismes de contrôle), l'entretien du chauffage et l'absence de stockage anarchique dans les réserves. Rien n'interdit de négocier : un local bien protégé se traduit souvent par une prime plus douce ou des franchises réduites — un point à faire valoir avec votre courtier.

Biens confiés : le cœur de la multirisque du dépôt-vente

Voici l'angle mort le plus fréquent chez les dépôts-vente : la multirisque standard couvre « le contenu » — votre matériel, votre caisse, vos aménagements — mais les biens appartenant à des tiers n'entrent dans la couverture qu'à travers une garantie spécifique, souvent appelée « biens confiés ». Sans elle, l'incendie du magasin vous laisse seul face aux demandes de dizaines de déposants.

Le mécanisme juridique existe pourtant : l'article L.112-1 du Code des assurances permet l'assurance « pour le compte de qui il appartiendra », c'est-à-dire la couverture de biens dont vous n'êtes pas propriétaire. Encore faut-il que votre contrat le prévoie, avec un capital dédié réaliste. Trois réflexes :

  • évaluer en permanence la valeur totale des biens en dépôt — le livre de police et un inventaire valorisé s'en chargent ;
  • vérifier le plafond « biens confiés » et son articulation avec le plafond global du contenu ;
  • regarder la base d'indemnisation : conformément au principe indemnitaire de l'article L.121-1 du Code des assurances, un bien d'occasion est indemnisé à sa valeur de marché, pas au prix du neuf — vos contrats de dépôt doivent donc fixer une valeur de reprise cohérente.

Côté budget, l'assurance d'un petit commerce reste accessible : à titre d'exemple, des contrats multirisques professionnels démarrent autour de 17,90 € par mois pour un petit local — un ordre de grandeur, jamais un tarif garanti, la prime réelle dépendant de la surface, des capitaux déclarés et des protections en place.

Sinistre et vie du contrat : le régime B2B qui s'applique vraiment

Au sinistre, les délais de déclaration sont encadrés par l'article L.113-2 du Code des assurances : au minimum cinq jours ouvrés à compter de la connaissance du sinistre, ramenés à deux jours ouvrés en cas de vol. Déclarez vite, conservez tout (registre, photos, contrats de dépôt) et prévenez sans attendre les déposants concernés : c'est aussi une question de réputation.

En cas de catastrophe naturelle reconnue par arrêté, le régime légal des articles L.125-1 et suivants s'applique, avec une franchise légale spécifique aux biens à usage professionnel — de l'ordre de 10 % des dommages matériels directs, avec un minimum fixé par la réglementation. Si vous êtes locataire, n'oubliez pas la responsabilité locative des articles 1733 à 1735 du Code civil : vous répondez de l'incendie envers votre bailleur, sauf preuve contraire ; l'article 1242 fonde par ailleurs votre responsabilité du fait des choses que vous avez sous votre garde.

Enfin, une mise au point s'impose sur la vie du contrat : la rétractation de 14 jours et la résiliation « à tout moment » de la loi Hamon protègent les consommateurs, pas les professionnels — elles ne s'appliquent pas à votre multirisque. Le régime applicable est celui de l'article L.113-12 du Code des assurances : résiliation à chaque échéance annuelle, moyennant un préavis de deux mois. S'y ajoutent l'article L.113-16 (résiliation en cas de déménagement du local, de cession ou de cessation d'activité) et l'article L.113-3 en cas de non-paiement de la prime : mise en demeure, suspension de la garantie après trente jours, puis résiliation possible. Un changement de local se prépare donc avec votre assureur avant le déménagement, pas après.

Questions fréquentes

Pas automatiquement. La multirisque standard couvre votre propre contenu ; les biens des déposants nécessitent une garantie « biens confiés », rendue possible par l'assurance pour compte de l'article L.112-1 du Code des assurances. Sans elle, vous indemnisez les déposants sur vos deniers, car le dépositaire rémunéré répond de la garde des objets (articles 1927 et 1928 du Code civil). Vérifiez le plafond dédié et actualisez-le selon la valeur réelle des dépôts.

En tant que dépositaire rémunéré, vous êtes présumé responsable sauf à démontrer que vous n'avez commis aucune faute de garde. C'est votre garantie « biens confiés » qui prend le relais, dans la limite du capital souscrit. En cas de vol, déclarez le sinistre sous deux jours ouvrés (article L.113-2 du Code des assurances) après dépôt de plainte. Un contrat de dépôt écrit fixant l'état et la valeur de reprise de l'objet accélère considérablement l'indemnisation.

Oui, doublement. C'est d'abord une obligation légale (article 321-7 du Code pénal) dont le défaut est pénalement sanctionné. C'est ensuite votre meilleure preuve au sinistre : il établit la liste des objets présents dans le local, leur description et leur provenance, ce sur quoi l'expert s'appuiera pour chiffrer la perte. Conservez une copie numérique hors du local pour qu'un incendie ne détruise pas à la fois le stock et sa preuve.

Classiquement : serrures certifiées A2P ou multipoints, rideau métallique ou grilles sur les vitrines, et alarme anti-intrusion au-delà d'un certain capital assuré. Ces moyens sont des conditions d'application de la garantie vol : s'ils sont absents ou non activés au moment du cambriolage, l'indemnité peut être réduite ou refusée selon le contrat. Lisez vos conditions particulières et signalez toute évolution du local à votre assureur.

Non. La loi Hamon et la rétractation de 14 jours concernent les consommateurs, pas les contrats souscrits pour une activité professionnelle. Votre multirisque se résilie à l'échéance annuelle avec un préavis de deux mois (article L.113-12 du Code des assurances). L'article L.113-16 permet toutefois une résiliation en cours d'année en cas de changement de situation, comme le déménagement du local, la cession du fonds ou la cessation d'activité.

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Article rédigé et vérifié par l'équipe Insurio — Tutassûr, courtier en assurance immatriculé à l'ORIAS sous le n° 22001730. Information à caractère général ne se substituant pas aux conditions de votre contrat.

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