Réglementation 27 juillet 2026 ⏱️ 8 min de lecture

Cambriolage découvert un samedi : il vous reste 2 jours ouvrés pour déclarer

Vol : 2 jours ouvrés. Incendie ou dégât d'eau : 5 jours minimum. Catastrophe naturelle : 30 jours. Les délais, les pièces, et les erreurs à éviter.

Par l'équipe Insurio Courtier responsable · ORIAS 22001730
⚡ L'essentiel
  • Article L113-2, 4° du Code des assurances : le délai de déclaration fixé au contrat ne peut être inférieur à 5 jours ouvrés, réduit à 2 jours ouvrés en cas de vol et à 24 heures pour la mortalité du bétail. Le contrat peut allonger ce délai, jamais le raccourcir.
  • Catastrophe naturelle : 30 jours pour déclarer à compter de la publication de l'arrêté au Journal officiel (art. L125-2). L'assureur verse une provision dans les 2 mois suivant la remise de l'état estimatif des dommages, ou la publication de l'arrêté si elle est postérieure.
  • La déchéance pour déclaration tardive n'est pas automatique : elle suppose une clause du contrat rédigée en caractères très apparents (art. L112-4) et la preuve, par l'assureur, d'un préjudice causé par le retard (art. L113-2). Le retard dû à un cas fortuit ou à la force majeure ne peut jamais être sanctionné.
  • Sous-assurance : la règle proportionnelle de capitaux (art. L121-5) réduit l'indemnité au prorata. Un contenu déclaré 150 000 € pour 200 000 € de valeur réelle, c'est 25 % d'indemnité en moins. Et toute action née du contrat se prescrit par 2 ans (art. L114-1).

Vol, incendie, dégât d'eau : le délai n'est pas le même

Un dirigeant qui découvre un sinistre pense d'abord aux réparations et à la reprise d'activité. Le Code des assurances, lui, déclenche un compte à rebours. L'article L113-2, 4° oblige l'assuré à donner avis à l'assureur de tout sinistre de nature à entraîner la garantie dès qu'il en a eu connaissance, et au plus tard dans le délai fixé par le contrat.

Ce délai contractuel n'est pas libre : la loi fixe un plancher. Il ne peut être inférieur à cinq jours ouvrés, ramenés à deux jours ouvrés en cas de vol et à vingt-quatre heures pour la mortalité du bétail. Autrement dit, un contrat peut vous accorder plus de temps que la loi, jamais moins. Vérifiez vos conditions particulières : certains contrats multirisques retiennent 10 jours ouvrés hors vol.

Nature du sinistreDélai minimumPoint de départBase
Vol, cambriolage, dégradations constatées lors du vol2 jours ouvrésConnaissance du sinistreC. ass., art. L113-2, 4°
Incendie, explosion, dégât d'eau, bris de glace, tempête, grêle, vandalisme5 jours ouvrésConnaissance du sinistreC. ass., art. L113-2, 4°
Mortalité du bétail24 heuresConnaissance du sinistreC. ass., art. L113-2, 4°
Catastrophe naturelle (inondation, sécheresse, mouvement de terrain…)30 joursPublication de l'arrêté au Journal officielC. ass., art. L125-2
Réclamation d'un tiers (volet responsabilité civile)Délai du contrat, 5 jours ouvrés au minimumRéception de la réclamationContrat + art. L113-2, 4°
Le délai de deux jours ouvrés du vol est celui qui piège le plus d'entreprises : un cambriolage se découvre souvent un samedi matin ou un lundi à l'ouverture.

Jours ouvrés, point de départ, force majeure : les trois pièges du décompte

1. Jours ouvrés n'est pas jours calendaires. Les jours ouvrés sont ceux où l'entreprise travaille habituellement, à l'exclusion des dimanches et des jours fériés. Un vol découvert le samedi d'un week-end ordinaire laisse donc jusqu'au mardi soir pour déclarer, et non jusqu'au lundi. À l'inverse, un pont ou un jour férié rallonge mécaniquement le délai. Ne raisonnez jamais en « 48 heures ».

2. Le point de départ est la connaissance, pas le fait. Une fuite d'eau survenue pendant la fermeture annuelle et découverte trois semaines plus tard ne déclenche le délai qu'au jour de la découverte. À vous de pouvoir situer cette date : un constat, un relevé de compteur, un message horodaté à un salarié ou au syndic valent mieux qu'une affirmation.

3. Le délai ne court pas en cas de cas fortuit ou de force majeure. L'article L113-2 écarte expressément toute sanction lorsque le retard est dû à un événement de cette nature : hospitalisation du dirigeant seul décideur, coupure généralisée après une tempête, site inaccessible sur arrêté municipal. Conservez la preuve de l'empêchement.

Enfin, en responsabilité civile, ce n'est pas le dommage qui déclenche le délai mais la réclamation : une lettre de mise en cause, une assignation, une mise en demeure d'un client. Transmettez-la sans l'avoir commentée.

Les pièces à réunir : le dossier que l'assureur attend vraiment

La loi impose l'avis de sinistre, pas son contenu. Ce sont vos conditions générales qui listent les justificatifs, et c'est là que se joue la rapidité du règlement. Un dossier complet du premier coup fait gagner deux à six semaines.

Pour tout sinistre :

  • Numéro de contrat, raison sociale, SIREN, coordonnées d'un interlocuteur unique.
  • Date, heure et circonstances constatées, sans interprétation ni aveu de responsabilité.
  • Description et localisation des biens endommagés, avec un état estimatif chiffré même provisoire.
  • Photos et vidéos datées, prises avant tout déblaiement, y compris des vues d'ensemble.
  • Justificatifs de valeur : factures d'achat, tableau d'amortissement, inventaire de stock, relevés de gestion commerciale.
  • Deux devis de remise en état lorsque le contrat le prévoit.

Selon la nature du sinistre :

  • Vol : récépissé de dépôt de plainte, liste détaillée des biens dérobés, rapport de télésurveillance, constat de l'effraction.
  • Dégât d'eau : constat amiable dégât d'eau si un tiers est impliqué, facture du plombier identifiant la cause, courrier au syndic ou au bailleur.
  • Incendie : rapport d'intervention des pompiers, procès-verbal éventuel.
  • Perte d'exploitation : trois derniers bilans, chiffre d'affaires mensuel, journal des ventes de la période perdue.
  • Catastrophe naturelle : référence de l'arrêté publié au Journal officiel.

Ce que la multirisque couvre — et ce qu'elle exige de vous

Une multirisque professionnelle couvre classiquement les dommages aux bâtiments, aux aménagements, au matériel et au stock, ainsi que la responsabilité civile d'exploitation ; elle peut inclure la perte d'exploitation, le bris de machine ou les marchandises en froid. Cette couverture est toujours conditionnée. Il faut distinguer trois niveaux d'exigences, que les assurés confondent souvent.

  • Obligations légales — déclarer le sinistre dans les délais de l'article L113-2, 4° ; déclarer en cours de contrat les aggravations de risque (extension de local, nouvelle activité, hausse du stock) ; ne pas faire de déclaration intentionnellement fausse sur le risque, sanctionnée par la nullité du contrat (art. L113-8).
  • Exigences contractuelles de l'assureur — prendre les mesures conservatoires pour limiter l'aggravation ; respecter les mesures de prévention souscrites (nombre et type de serrures, alarme reliée, extincteurs vérifiés, fermeture des locaux, coupure d'eau en cas d'absence prolongée) ; déposer plainte en cas de vol ; ne pas engager de réparations définitives avant l'expertise. Le Code des assurances autorise par ailleurs l'assureur à stipuler qu'aucune reconnaissance de responsabilité ni transaction conclue en dehors de lui ne lui est opposable, tout en précisant que reconnaître la matérialité d'un fait n'équivaut pas à reconnaître une responsabilité (art. L124-2).
  • Bonnes pratiques — tenir un inventaire annuel valorisé, conserver les factures hors site, photographier les locaux une fois par an, actualiser les capitaux déclarés après chaque investissement.

Le non-respect d'une mesure de prévention souscrite n'entraîne pas systématiquement le refus de garantie, mais il ouvre au minimum une discussion sur l'étendue de l'indemnité. Relisez vos conditions particulières avant l'incident, pas après.

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Cas pratique : 42 200 € de vol dans un atelier de menuiserie

Un menuisier découvre le samedi matin que son atelier a été forcé pendant la nuit. Deux jours ouvrés courent : il déclare le lundi matin, dépose plainte le même jour et transmet ses factures d'achat. Le délai est respecté. Le problème est ailleurs : ses capitaux n'ont pas été actualisés depuis l'achat d'une nouvelle plaqueuse de chants.

PosteMontant
Machines et stock dérobés (valeur retenue par l'expert)38 000 €
Dommages à la porte et au bardage forcés4 200 €
Dommage total évalué42 200 €
Contenu déclaré aux conditions particulières150 000 €
Valeur réelle du contenu au jour du sinistre200 000 €
Taux d'assurance (150 000 / 200 000)75 %
Indemnité après règle proportionnelle (42 200 × 75 %)31 650 €
Franchise prévue au contrat− 1 500 €
Indemnité versée30 150 €
Reste à charge de l'entreprise12 050 €

La réduction de 10 550 € ne résulte d'aucune faute de déclaration : c'est l'application de la règle proportionnelle de capitaux de l'article L121-5, selon laquelle l'assuré reste son propre assureur pour l'excédent de valeur non déclaré, sauf convention contraire. Un avenant de 50 000 € de capital contenu aurait coûté une fraction de cette somme.

Les erreurs qui coûtent l'indemnité

  • Déclarer hors délai. La sanction n'est pas automatique. La déchéance suppose une clause du contrat, valable seulement si elle est rédigée en caractères très apparents (art. L112-4), et la preuve par l'assureur que le retard lui a causé un préjudice (art. L113-2). Mais un retard prive souvent l'expert de constatations utiles, et ce préjudice devient alors démontrable.
  • Tout remettre en état avant l'expertise. Les mesures d'urgence sont attendues ; les réparations définitives, non. Conservez les éléments remplacés, le matériel détruit, la serrure forcée.
  • Négliger le dépôt de plainte. Ce n'est pas une obligation du Code des assurances, mais une exigence quasi systématique des contrats en cas de vol. Sans récépissé, le dossier reste bloqué.
  • Exagérer le préjudice. Ajouter à la liste des biens qui n'ont pas été volés fait basculer un dossier légitime dans la fraude au sinistre, sanctionnée par la déchéance totale lorsque le contrat le prévoit — y compris pour la partie du dommage réellement subie.
  • Oublier la perte d'exploitation. Elle se chiffre à partir de documents comptables qu'il faut demander tôt à son expert-comptable ; réclamée trois mois plus tard, elle est plus difficile à établir.
  • Laisser courir le temps après un désaccord. Un dossier « en attente » n'est pas un dossier conservé.

Après la déclaration : expertise, provision, et le compte à rebours de 2 ans

Au-delà d'un certain montant, l'assureur mandate un expert. Vous pouvez lui opposer un expert d'assuré : ses honoraires sont parfois pris en charge, dans une limite prévue au contrat, par une garantie dédiée — vérifiez ce point dans vos conditions particulières. En cas de désaccord persistant entre les deux experts, la police prévoit généralement une tierce expertise avant tout contentieux.

Hors catastrophe naturelle, le Code des assurances ne fixe pas de délai général d'indemnisation pour les locaux professionnels : c'est le contrat qui l'organise, souvent sous la forme d'un règlement dans les 30 jours suivant l'accord sur le montant. En régime de catastrophe naturelle, en revanche, la loi impose une provision dans les deux mois suivant la remise de l'état estimatif des dommages (ou la publication de l'arrêté si elle est postérieure) et un règlement dans les douze mois.

Enfin, gardez en tête le délai qui éteint tout : toute action dérivant du contrat d'assurance se prescrit par deux ans à compter de l'événement qui y donne naissance (art. L114-1). Ce délai est interrompu notamment par une lettre recommandée avec avis de réception adressée à l'assureur, par la désignation d'un expert à la suite du sinistre ou par une citation en justice (art. L114-2). Le Code impose au contrat de rappeler ces règles de prescription ; à défaut, la jurisprudence considère qu'elles ne peuvent être opposées à l'assuré. Un simple échange de courriels ne suffit pas : dès qu'un dossier s'enlise, écrivez en recommandé.

Questions fréquentes

Non. Les délais de l'article L113-2, 4° sont exprimés en jours ouvrés, c'est-à-dire les jours de travail habituels de l'entreprise, hors dimanches et jours fériés. Un vol découvert le samedi matin d'un week-end ordinaire laisse jusqu'au mardi soir pour déclarer (lundi et mardi = 2 jours ouvrés). Un jour férié dans l'intervalle décale la date limite d'autant. Ne convertissez jamais 2 jours ouvrés en 48 heures : vous risquez de déclarer trop tard sans le savoir, ou de vous précipiter sur un dossier incomplet.

Vous devez prendre les mesures d'urgence pour limiter l'aggravation : bâcher une toiture, couper l'eau, sécuriser une porte forcée, évacuer des marchandises menacées. En revanche, les réparations définitives avant expertise sont à éviter, car elles suppriment la preuve du dommage. La bonne méthode : photographier abondamment avant intervention, conserver les éléments remplacés et le matériel détruit, garder toutes les factures d'urgence (elles sont généralement indemnisables) et attendre l'accord de l'assureur pour la remise en état complète.

Pas une exclusion automatique. Pour vous opposer la déchéance de garantie, l'assureur doit réunir deux conditions : une clause de déchéance figurant au contrat en caractères très apparents (art. L112-4) et la preuve que le retard lui a causé un préjudice, par exemple l'impossibilité de constater la cause du sinistre ou d'exercer un recours contre un tiers (art. L113-2). Aucune sanction n'est possible si le retard est dû à un cas fortuit ou à la force majeure. Cela reste un risque à ne pas courir : déclarez, même avec un état estimatif provisoire.

Le Code des assurances ne l'impose pas, mais la quasi-totalité des contrats multirisques en fait une condition de mise en jeu de la garantie vol, et l'assureur exige le récépissé. Déposez plainte même si aucun auteur n'est identifié et même si le préjudice paraît modeste : la plainte date le sinistre, décrit l'effraction et sert de pièce de référence à tout le dossier. Joignez-y la liste détaillée des biens dérobés avec références, numéros de série et factures d'achat.

Deux ans à compter de l'événement qui donne naissance à l'action (art. L114-1). Ce délai est court et beaucoup de dossiers s'éteignent faute de vigilance. Il est interrompu notamment par une lettre recommandée avec avis de réception adressée à l'assureur, par la désignation d'un expert après sinistre ou par une action en justice (art. L114-2). Le contrat doit rappeler ces règles ; s'il ne le fait pas, la prescription est en principe inopposable. En pratique : dès qu'un désaccord apparaît, formalisez par recommandé et faites-vous accompagner par votre courtier.

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Article rédigé et vérifié par l'équipe Insurio — Tutassûr, courtier en assurance immatriculé à l'ORIAS sous le n° 22001730. Information à caractère général ne se substituant pas aux conditions de votre contrat.

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