Réglementation 27 juillet 2026 ⏱️ 8 min de lecture

Vitrine fracassée à 3 h du matin : qui paie la glace, l’enseigne et la pose ?

Une vitrine brisée, une enseigne enfoncée : ce que la garantie bris de glace prend réellement en charge, ce qu’elle exclut, et la question de la pose.

Par l'équipe Insurio Courtier responsable · ORIAS 22001730
⚡ L'essentiel
  • Aucun texte n’oblige un commerçant à assurer ses vitrages : le bris de glace est une garantie optionnelle de la multirisque professionnelle. En revanche, l’article 1754 du code civil classe les réparations aux vitres parmi les réparations locatives, sauf clause contraire du bail, grêle ou accident extraordinaire.
  • Le délai de déclaration est fixé par le contrat, mais l’article L.113-2 du code des assurances interdit d’imposer moins de 5 jours ouvrés — ramené à 2 jours ouvrés en cas de vol, donc pour une vitrine fracturée avec effraction. Toute action dérivant du contrat se prescrit par 2 ans (article L.114-1).
  • La pose n’est indemnisée que si le contrat vise les « frais de remplacement » : dépose, évacuation des débris, fourniture, pose selon les règles de l’art (NF DTU 39) et obturation provisoire sont des postes distincts, chacun pouvant être retenu ou écarté. Sous-déclarer la surface vitrée ou la valeur de l’enseigne expose à la réduction proportionnelle d’indemnité (L.113-9) ou à la règle proportionnelle de capitaux (L.121-5).
  • Il n’existe aucune franchise légale en bris de glace : elle est purement contractuelle. La seule franchise imposée par la réglementation concerne les catastrophes naturelles — 10 % des dommages avec un minimum de 1 140 € pour un bien à usage professionnel (arrêté du 5 septembre 2000), l’assureur devant verser une provision dans les 2 mois et l’indemnité dans les 3 mois (article L.125-2).

Le bris de glace n’est pas une obligation légale : c’est une ligne de votre contrat

Commençons par lever une confusion fréquente : aucun texte n’impose à un commerçant d’assurer ses vitrages. Là où le locataire d’habitation doit s’assurer contre les risques locatifs (article 7 g de la loi du 6 juillet 1989), le locataire d’un local commercial n’a d’obligation d’assurance que si son bail le prévoit — ce qui est presque toujours le cas. La garantie bris de glace est donc une option, souvent incluse par défaut dans une assurance multirisque professionnelle, mais dont le périmètre varie fortement d’un assureur à l’autre.

Reste à savoir qui doit payer avant de savoir qui assure :

  • Code civil, article 1754 : les réparations aux vitres figurent parmi les réparations locatives, à la charge du locataire, « à moins qu’elles ne soient cassées par la grêle ou autres accidents extraordinaires et de force majeure » — et sauf clause contraire du bail.
  • Code civil, article 1720 : le bailleur reste tenu des réparations autres que locatives pendant toute la durée du bail.
  • Bail commercial : depuis la loi Pinel, un inventaire précis et limitatif des catégories de charges, impôts et travaux doit être annexé au bail (article L.145-40-2 du code de commerce), et l’article R.145-35 interdit d’imputer au locataire les grosses réparations de l’article 606 du code civil.
  • Copropriété : le règlement (loi du 10 juillet 1965) peut qualifier la façade de partie commune alors que la devanture reste privative. À vérifier avant de commander un vitrier.

Autrement dit : le bail détermine la charge de la dépense, le contrat d’assurance détermine seulement ce qui sera remboursé.

Vitrine, enseigne, présentoirs, miroirs : le périmètre réel, élément par élément

« Bris de glace » ne signifie pas « tout ce qui est en verre dans mon local commercial ». La plupart des contrats visent les vitrages fixes et le mobilier vitré expressément désignés. Voici la répartition la plus couramment rencontrée — à confronter à vos conditions particulières.

ÉlémentGarantie généralement mobiliséePoint de vigilance
Vitrine, devanture fixeBris de glaceSurface ou linéaire à déclarer ; épaisseur et type de verre parfois imposés
Porte vitrée, sas d’entrée, baieBris de glaceLe mécanisme (ferme-porte, moteur, rail) relève souvent d’une autre garantie
Enseigne, caisson lumineux, lettrageBris de glace si déclarée, sinon extension dédiéeSous-limite fréquente ; tubes, LED et pannes électriques exclus
Store, banne, film solaire, adhésifRarement dans le bris de glaceDépose et repose à chiffrer comme un poste distinct
Présentoirs, vitrines d’expositionBris de glace « mobilier » ou dommages aux biensSouvent conditionné au fait que le meuble soit fixé
Miroirs muraux, cloisons vitréesBris de glaceMiroirs simplement posés ou décoratifs fréquemment exclus
Verrière, véranda, toiture vitréeExtension spécifiqueGrêle et neige relèvent des événements climatiques, pas du bris de glace
Plaque vitrocéramique, vitre de four, aquariumExtensionExclus par défaut dans beaucoup de contrats
Rayures, ébréchures, buée entre deux vitresNon garantiPas de brisure : la perte d’étanchéité d’un double vitrage est traitée en usure

Deux garanties voisines peuvent prendre le relais : la tempête, légalement adossée aux contrats couvrant l’incendie de biens situés en France (article L.122-7 du code des assurances), et les attentats et actes de terrorisme, dont la couverture est également imposée (article L.126-2). En revanche, les émeutes et mouvements populaires ainsi que le vandalisme restent des garanties contractuelles : leur présence n’est jamais automatique.

Ce que l’assurance couvre — et ce qu’elle exige de vous

Il faut distinguer trois registres, que les assurés confondent souvent : l’obligation légale (ici, quasi inexistante), l’exigence contractuelle de l’assureur (opposable, et c’est là que se perdent les dossiers) et la bonne pratique (qui protège votre indemnisation sans être imposée).

Ce que l’assureur exige, presque toujours :

  • Des déclarations exactes : surface ou linéaire de vitrage, existence et valeur de l’enseigne, mobilier vitré. Une omission ou une inexactitude non intentionnelle découverte après sinistre autorise une réduction proportionnelle de l’indemnité (article L.113-9 du code des assurances) ; la mauvaise foi entraîne la nullité (L.113-8). Une sous-évaluation des capitaux fait de vous votre propre assureur pour l’excédent (L.121-5).
  • Des protections mécaniques conformes : rideau ou grille, vitrage retardateur d’effraction classé selon la norme EN 356, menuiseries testées selon l’EN 1627, serrures certifiées, alarme reliée. Ce sont des conditions contractuelles : leur absence peut être invoquée pour réduire ou refuser la garantie vol adossée au bris.
  • Une déclaration dans les délais : le contrat fixe le délai, mais il ne peut être inférieur à 5 jours ouvrés, ramenés à 2 jours ouvrés en cas de vol (article L.113-2, 4°). Une vitrine fracturée avec tentative d’effraction relève de ce délai court.
  • Un dépôt de plainte en cas de vandalisme ou d’effraction, systématiquement demandé.

Les bonnes pratiques qui font la différence : photographier avant tout nettoyage, conserver les débris et le châssis déformé, exiger un devis détaillé poste par poste plutôt qu’un forfait, noter l’identité d’un tiers responsable et des témoins.

Une exclusion ne se présume pas : l’article L.113-1 du code des assurances impose qu’elle soit formelle et limitée. En cas de refus, demandez la clause précise sur laquelle l’assureur s’appuie, par écrit.

Enfin, si un tiers est identifié (livreur, véhicule en manœuvre, entreprise voisine), votre assureur qui indemnise est subrogé dans vos droits contre lui (article L.121-12) : vous n’avez pas à attendre l’issue du recours pour faire réparer.

Pose comprise ou non : le poste qui fait dérailler l’indemnisation

C’est le point le plus souvent découvert trop tard. Le prix d’une vitrine n’est pas le prix du verre. Un devis de remplacement additionne : dépose du vitrage brisé, évacuation des débris, fourniture du vitrage, pose et étanchéité, parcloses et joints, nacelle ou échafaudage en hauteur, déplacement, obturation provisoire (panneau bois la nuit même), parfois gardiennage, puis repose du lettrage adhésif, du film solaire ou du détecteur collé sur la vitre.

Votre contrat ne prend en charge ces postes que s’il mentionne les « frais de remplacement » ou, mieux, « y compris frais de dépose, de fourniture et de pose ». À défaut, l’indemnité peut être limitée à la valeur du vitrage lui-même. Vérifiez également la ligne consacrée aux mesures conservatoires : elle est souvent plafonnée séparément.

Trois précisions techniques utiles :

  • Règles de l’art : les travaux de vitrerie-miroiterie relèvent du NF DTU 39. Un remplacement non conforme peut fragiliser un recours ultérieur contre le poseur.
  • Mise en conformité : la réglementation du travail impose que les parois et portes transparentes soient signalées à hauteur de vue et réalisées en matériaux de sécurité lorsqu’il existe un risque de blessure. Si le vitrage d’origine n’était pas conforme, l’assureur peut n’indemniser que le remplacement à l’identique : le surcoût relève, quand elle existe, d’une extension « frais de mise en conformité ».
  • TVA : si votre entreprise récupère la TVA, l’indemnité est calculée hors taxes. Un devis lu en TTC donne une fausse impression de mauvaise indemnisation.

Côté enseigne, n’oubliez pas que le code de l’environnement impose de la maintenir en bon état de propreté, d’entretien et de fonctionnement, et de la déposer dans les trois mois suivant la cessation de l’activité signalée. Un caisson resté enfoncé plusieurs semaines n’est pas seulement disgracieux : c’est un manquement réglementaire.

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Franchise, plafonds, vétusté : les trois lignes à lire avant de signer

La franchise bris de glace est purement contractuelle. Elle peut être fixe par sinistre, appliquée par élément brisé, ou majorée sur les enseignes et le mobilier vitré. Aucun texte n’en fixe le montant : comparez-la à surface vitrée équivalente, sans quoi les tarifs ne sont pas comparables.

La seule franchise imposée par la réglementation concerne les catastrophes naturelles : une vitrine détruite par une inondation reconnue ne relève pas du bris de glace mais de la garantie CatNat, avec une franchise fixée par l’arrêté du 5 septembre 2000 à 10 % du montant des dommages, minimum 1 140 € pour un bien à usage professionnel, susceptible d’être modulée à la hausse en l’absence de plan de prévention des risques naturels prescrit dans la commune après plusieurs arrêtés. En contrepartie, l’article L.125-2 impose à l’assureur de verser une provision dans les 2 mois et l’indemnité dans les 3 mois.

Regardez ensuite trois autres curseurs :

  • Les plafonds : par sinistre, par année d’assurance, et les sous-limites spécifiques (enseignes, mobilier vitré, verrières).
  • La vétusté : un vitrage se remplace généralement en valeur de remplacement, mais un caisson d’enseigne, un store ou un meuble vitré peuvent subir un abattement. La règle d’indemnisation figure dans les conditions générales, pas dans le devis.
  • Le délai pour agir : toute action dérivant du contrat se prescrit par 2 ans (article L.114-1). Un dossier laissé en suspens peut devenir irrecevable.

Cas pratique : 4,20 m de vitrine brisés une nuit de janvier

Boutique de prêt-à-porter de 62 m², vitrine de 4,20 m × 2,40 m en verre feuilleté 44.2, enseigne en caisson lumineux de 3 m, deux vitrines d’exposition intérieures. Tentative d’effraction nocturne : vitrine fissurée sur toute la hauteur, caisson enfoncé, une tablette de présentoir brisée, aucune marchandise volée. Plainte déposée le lendemain matin, sinistre déclaré le jour même.

Hypothèse contractuelle, à ne pas généraliser : bris de glace inclus avec frais de remplacement, franchise 250 €, sous-limite enseignes 3 000 €, mobilier vitré 1 500 €, vétusté 10 % sur l’enseigne.

Poste du devisMontant HTRetenuMotif
Fourniture vitrage feuilleté 44.2 (10,1 m²)2 940 €2 940 €Vitrage déclaré, dans le périmètre
Dépose, évacuation et pose (2 techniciens)860 €860 €Contrat visant les frais de remplacement
Obturation provisoire + panneau bois310 €310 €Mesures conservatoires prévues
Repose lettrage adhésif et film solaire240 €0 €Hors périmètre glace, faute d’extension
Caisson d’enseigne + face translucide2 180 €1 962 €Sous-limite respectée, vétusté 10 %
Présentoir vitré (tablette + serrure)690 €690 €Mobilier vitré, sous la limite de 1 500 €
Total7 220 €6 762 €Franchise 250 € à déduire

Indemnité versée : 6 512 € HT. Reste à charge : 708 €, soit 240 € de lettrage, 218 € de vétusté et 250 € de franchise. La journée de fermeture n’est pas indemnisée : les pertes d’exploitation consécutives à un bris de glace nécessitent une extension spécifique, rarement souscrite.

Six vérifications avant de signer ou de renouveler

  • La définition du bris : brisure seule, ou brisure et fêlure ? Les rayures et ébréchures sont-elles nommément exclues ?
  • Le linéaire et la surface déclarés : mesurez réellement votre devanture. C’est la première cause de réduction d’indemnité sur le fondement des articles L.113-9 et L.121-5.
  • L’enseigne : est-elle désignée dans les conditions particulières, avec sa valeur de remplacement, et à quelle sous-limite ?
  • Les frais de remplacement : pose, dépose, évacuation, obturation provisoire, nacelle. Demandez la formulation exacte, par écrit.
  • Les exigences de protection : rideau, vitrage retardateur d’effraction, alarme. Ce que le contrat impose doit correspondre à l’existant, pas à un projet.
  • Les garanties voisines : vandalisme, émeutes, tempête, pertes d’exploitation, dommages électriques de l’enseigne. Un bris de glace seul laisse des trous.

Le bris de glace ne se juge jamais isolément : il s’articule avec la garantie vol, les dommages aux locaux professionnels, les aménagements que vous avez financés et les clauses de votre bail. Faites relire les trois documents ensemble — bail, conditions particulières, conditions générales — avant le prochain renouvellement, et non le lendemain d’un sinistre.

Questions fréquentes

Cela dépend de la définition inscrite dans vos conditions générales. Beaucoup de contrats visent la brisure et la fêlure traversante qui compromet la résistance ou l’étanchéité du vitrage ; les rayures, ébréchures et éclats de surface sont en revanche presque toujours exclus. Déclarez malgré tout dans le délai contractuel et faites établir par le vitrier un constat écrit précisant que le vitrage doit être remplacé pour raison de sécurité : c’est cette pièce qui fait basculer le dossier, pas votre appréciation visuelle.

Déclarez à votre propre assureur au titre du bris de glace : c’est le circuit le plus rapide pour faire remplacer le vitrage. Votre assureur, une fois l’indemnité versée, est subrogé dans vos droits contre le tiers ou son assureur de responsabilité civile (article L.121-12 du code des assurances). Relevez immédiatement l’identité et les coordonnées de la personne, celles des témoins, et conservez les images de vidéosurveillance. Si le tiers est un professionnel intervenant chez vous, c’est sa RC professionnelle qui sera sollicitée. Votre franchise ne vous est restituée que si le recours aboutit et si votre contrat le prévoit.

En principe non. L’article 1754 du code civil range les réparations aux vitres parmi les réparations locatives, sauf clause contraire du bail et sauf grêle ou accident extraordinaire et de force majeure. Le bail commercial tranche donc en premier, avec l’inventaire précis et limitatif des travaux et charges annexé depuis la loi Pinel (article L.145-40-2 du code de commerce), sachant que l’article R.145-35 interdit d’imputer au locataire les grosses réparations de l’article 606 du code civil. Si le châssis ou la façade est en cause, la répartition peut changer : transmettez votre bail à votre courtier avant d’engager la dépense.

Uniquement si votre contrat mentionne les frais de remplacement, c’est-à-dire la dépose, l’évacuation des débris, la fourniture et la pose. À défaut, l’indemnité peut se limiter à la valeur du vitrage. Vérifiez aussi trois postes traités séparément : l’obturation provisoire et l’éventuel gardiennage, la nacelle ou l’échafaudage en hauteur, et la repose du lettrage adhésif, du film solaire ou du détecteur collé sur la vitre. Exigez un devis ventilé poste par poste : un forfait global se négocie mal avec un expert.

Le délai est fixé par le contrat, mais l’article L.113-2 du code des assurances interdit qu’il soit inférieur à 5 jours ouvrés, ramenés à 2 jours ouvrés en cas de vol — donc en cas d’effraction. En cas de refus, demandez par écrit la clause exacte invoquée : une exclusion doit être formelle et limitée (article L.113-1). Saisissez ensuite le service réclamations de l’assureur, puis le médiateur de l’assurance si la réponse ne vous satisfait pas. Gardez en tête la prescription biennale : toute action dérivant du contrat doit être engagée dans les 2 ans (article L.114-1).

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Article rédigé et vérifié par l'équipe Insurio — Tutassûr, courtier en assurance immatriculé à l'ORIAS sous le n° 22001730. Information à caractère général ne se substituant pas aux conditions de votre contrat.

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