Votre fournisseur a brûlé, votre rue est barrée : qui paie vos pertes d'exploitation ?
Un sinistre chez un fournisseur ou chez le voisin peut vous arrêter sans qu'aucun de vos biens ne soit touché. Qui paie, et à quelles conditions ?
- La garantie pertes d'exploitation d'une multirisque professionnelle est consécutive : son déclencheur contractuel est un dommage matériel garanti atteignant VOS biens assurés. Un incendie chez votre fournisseur ou chez le voisin ne l'active pas sans l'extension « carence de fournisseur » ou « impossibilité d'accès », qui restent optionnelles, sous-plafonnées et tarifées à part.
- Exigence contractuelle quasi systématique : le fournisseur doit être désigné nominativement aux conditions particulières et le sinistre subi chez lui doit être de nature garantie par votre propre contrat. Les franchises se comptent en jours ouvrés ou en heures, et la durée d'indemnisation de l'extension est souvent bien plus courte que celle de la garantie principale.
- Si le sinistre de votre fournisseur constitue un cas de force majeure au sens de l'article 1218 du Code civil, il est exonéré et votre recours contractuel fondé sur l'article 1231-1 tombe. Face à un voisin, la loi du 15 avril 2024 a codifié à l'article 1253 du Code civil la responsabilité de plein droit pour trouble anormal de voisinage.
- Délais impératifs : déclaration du sinistre dans le délai fixé au contrat, qui ne peut être inférieur à 5 jours ouvrés — 2 jours ouvrés en cas de vol (article L.113-2 du Code des assurances) ; déclaration d'une aggravation du risque sous 15 jours ; prescription de 2 ans pour agir contre l'assureur (article L.114-1). En catastrophe naturelle, la franchise légale sur les pertes d'exploitation est de 3 jours ouvrés d'activité.
Sinistre chez le voisin ou chez le fournisseur : pourquoi votre garantie pertes d'exploitation reste muette
La garantie pertes d'exploitation d'une multirisque professionnelle n'est presque jamais autonome : elle est consécutive. Son déclencheur, écrit noir sur blanc dans les conditions générales, est un dommage matériel garanti atteignant les biens assurés désignés au contrat. Pas de dommage chez vous, pas d'indemnité de pertes d'exploitation — même si votre chiffre d'affaires tombe à zéro.
Or deux scénarios très courants ne cochent pas cette case :
- l'incendie, l'explosion ou le dégât d'eau frappe votre fournisseur, votre sous-traitant, votre façonnier ou votre prestataire logistique, et votre production s'arrête faute d'approvisionnement ;
- le sinistre frappe l'immeuble voisin ou la voie publique : vos locaux sont intacts, mais inaccessibles (périmètre de sécurité, échafaudage de confortement, arrêté de police).
Dans les deux cas, tout dépend d'une extension optionnelle : « carence de fournisseur » (parfois « carence de fournisseurs et de clients ») et « impossibilité d'accès » (ou « non-accès »). Aucun texte n'oblige un assureur à les accorder : elles se souscrivent, se tarifent et se plafonnent séparément. C'est une ligne à vérifier une par une dans votre multirisque professionnelle.
À retenir : le refus d'indemnisation ne vient presque jamais d'une exclusion cachée, mais du déclencheur de la garantie, qui exige un dommage matériel sur vos propres biens.
Carence de fournisseur : les quatre conditions que l'assureur pose vraiment
L'extension indemnise la baisse d'activité provoquée par l'interruption des livraisons d'un tiers sinistré. Elle est encadrée par quatre verrous contractuels, à lire ensemble :
- La désignation du fournisseur. La grande majorité des contrats n'indemnisent que les fournisseurs nommés aux conditions particulières, avec parfois la part de chiffre d'affaires qu'ils représentent. Les fournisseurs non désignés relèvent au mieux d'une sous-limite très réduite.
- La nature du sinistre subi par le fournisseur. La clause exige presque toujours un dommage matériel qui serait garanti par votre propre contrat s'il vous était arrivé : incendie, explosion, dégât d'eau, événement climatique. Une défaillance financière, un redressement judiciaire, une grève interne ou un simple retard ne déclenchent rien.
- La localisation. Certains contrats limitent l'extension aux établissements situés en France ou dans l'Union européenne — un point critique si vous importez.
- Le triptyque franchise / durée / plafond. Franchise en jours ouvrés, durée d'indemnisation propre à l'extension, sous-limite distincte du capital pertes d'exploitation. Ces trois curseurs, cumulés, expliquent l'essentiel des déceptions au moment du règlement.
Le pendant existe aussi : la carence de clients (ou perte de débouché), lorsque c'est le client qui, sinistré, cesse de commander. Elle est encore plus rarement souscrite.
Impossibilité d'accès : incendie du voisin, périmètre de sécurité, arrêté municipal
Ici, votre local est indemne mais vous ne pouvez ni l'exploiter ni y faire entrer votre clientèle. L'extension « impossibilité d'accès » vise classiquement deux situations : un dommage matériel de nature garantie survenu dans le voisinage (souvent défini par un rayon exprimé en mètres ou par une liste d'immeubles contigus), et une décision d'autorité administrative consécutive à ce sinistre — arrêté de péril, périmètre de sécurité, interdiction de circulation.
Trois nuances comptent :
- Un chantier de voirie, des travaux du voisin ou une manifestation ne sont pas des sinistres : sans dommage matériel garanti, il n'y a pas de fait générateur.
- Les fermetures administratives pour motif sanitaire (épidémie, pandémie) font l'objet, depuis 2020, d'exclusions expresses dans la plupart des contrats. La Cour de cassation a admis la validité de telles clauses lorsqu'elles sont formelles et limitées, exigence posée par l'article L.113-1 du Code des assurances.
- Émeutes, mouvements populaires et actes de vandalisme relèvent d'extensions séparées. En revanche, l'article L.126-2 du Code des assurances impose, dans les contrats garantissant l'incendie de biens situés en France, la couverture des dommages matériels directs causés par un attentat ou un acte de terrorisme ; l'extension aux pertes consécutives suit ce que prévoit votre contrat.
| Critère | Carence de fournisseur | Impossibilité d'accès |
|---|---|---|
| Fait générateur | Dommage matériel chez un fournisseur, sous-traitant ou prestataire | Dommage matériel dans le voisinage, ou décision administrative consécutive |
| Vos biens assurés | Intacts | Intacts |
| Statut habituel | Extension optionnelle | Extension optionnelle, parfois incluse dans les formules commerce |
| Condition la plus filtrante | Fournisseur désigné aux conditions particulières | Périmètre géographique et nature du sinistre voisin |
| Franchise fréquemment observée | 1 à 5 jours ouvrés | 24 à 72 heures |
| Durée d'indemnisation fréquemment observée | 30 à 90 jours | 30 à 180 jours |
| Plafond | Sous-limite distincte du capital pertes d'exploitation | Sous-limite distincte, souvent en pourcentage du capital |
Ordres de grandeur indicatifs relevés sur le marché : seules vos conditions particulières font foi. Pour les activités dépendant d'un flux de passage, la question se joue aussi sur l'assurance de vos locaux professionnels.
Ce que l'assurance couvre — et ce qu'elle exige de vous
Ce que l'extension prend en charge, quand elle est acquise : la perte de marge brute (chiffre d'affaires manquant diminué des charges variables évitées), les frais supplémentaires d'exploitation engagés pour limiter l'arrêt — approvisionnement d'urgence chez un autre fournisseur, sous-traitance de dépannage, transport express — et parfois les honoraires d'expert-comptable pour chiffrer le préjudice.
Obligations légales (Code des assurances) :
- déclarer le sinistre dans le délai fixé au contrat, qui ne peut être inférieur à 5 jours ouvrés, ramené à 2 jours ouvrés en cas de vol (article L.113-2) ;
- déclarer sous 15 jours les circonstances nouvelles qui aggravent le risque (même article) ; une fausse déclaration non intentionnelle expose à la réduction proportionnelle d'indemnité de l'article L.113-9 ;
- agir contre l'assureur dans le délai de prescription de 2 ans (article L.114-1) ;
- accepter le principe indemnitaire : l'indemnité ne peut excéder le préjudice réel (article L.121-1), et une marge brute sous-déclarée déclenche la règle proportionnelle de capitaux de l'article L.121-5.
Exigences contractuelles de l'assureur : prouver le sinistre du tiers (rapport d'intervention des secours, attestation ou rapport d'expertise de l'assureur du fournisseur, arrêté municipal), justifier la dépendance commerciale (bons de commande, historique d'achats), produire une comptabilité exploitable sur les exercices de référence, et prendre les mesures de limitation du dommage prévues à la police.
Bonnes pratiques, sans valeur contraignante mais décisives à l'expertise : actualiser chaque année la liste des fournisseurs critiques, documenter un double sourcing, horodater les devis de substitution refusés faute de disponibilité.
Cas pratique chiffré : un atelier de tôlerie à l'arrêt 26 jours
Un atelier de tôlerie réalise 1 400 000 € de chiffre d'affaires, avec une marge brute assurable déclarée de 840 000 € par an, soit environ 3 333 € par jour ouvré sur 252 jours. Son fournisseur unique de tôle prédécoupée subit un incendie. Malgré une recherche immédiate de substitution, la production redémarre au bout de 26 jours ouvrés.
Le préjudice se décompose ainsi : perte de marge brute 26 × 3 333 € ≈ 86 700 €, plus 12 400 € de frais supplémentaires (façonnage d'urgence, transport). Soit 99 100 €. Le contrat comporte une franchise de 3 jours ouvrés, soit 10 000 €.
| Hypothèse de contrat | Franchise appliquée | Indemnité | Reste à charge |
|---|---|---|---|
| Aucune extension carence de fournisseur | sans objet | 0 € | 99 100 € |
| Extension souscrite, fournisseur non désigné (sous-limite 25 000 €) | 3 jours (10 000 €) | 25 000 € | 74 100 € |
| Extension souscrite, fournisseur désigné (sous-limite 100 000 €) | 3 jours (10 000 €) | 89 100 € | 10 000 € |
Même arrêt, même comptabilité, trois issues séparées par 89 100 €. Le seul paramètre qui change est la rédaction des conditions particulières. Chiffres illustratifs : vos propres franchise, durée et sous-limite doivent être lues sur votre police.
Quand l'assurance ne joue pas : recours, force majeure et trouble de voisinage
Sans extension, il reste la responsabilité du tiers — mais elle est plus fragile qu'on ne le croit.
- Contre le fournisseur : l'article 1231-1 du Code civil ouvre une action en dommages et intérêts pour inexécution. Deux obstacles fréquents : les clauses limitatives de responsabilité de ses conditions générales de vente, et la force majeure de l'article 1218 du Code civil, qui l'exonère lorsque l'événement échappait à son contrôle, était imprévisible et ses effets inévitables. Un incendie d'origine externe y conduit souvent — ce qui est précisément l'intérêt de l'extension d'assurance.
- Contre le voisin : soit la faute prouvée (article 1240 du Code civil), soit le trouble anormal de voisinage, désormais codifié à l'article 1253 du Code civil par la loi du 15 avril 2024, qui institue une responsabilité de plein droit dispensant de prouver une faute.
- Après indemnisation, votre assureur est subrogé dans vos droits contre le responsable, à hauteur de ce qu'il a versé (article L.121-12 du Code des assurances). Ne signez donc aucune transaction avec le tiers sans l'en informer.
- Catastrophe naturelle : l'article L.125-1 du Code des assurances prévoit que si l'assuré est couvert contre les pertes d'exploitation, cette garantie est étendue aux effets des catastrophes naturelles dans les conditions du contrat. La franchise légale correspondante est de 3 jours ouvrés d'activité, avec un minimum fixé par arrêté, et l'article L.125-2 encadre les délais d'information, de provision et d'indemnisation.
- Levier social distinct : le Code du travail (article R.5122-1) permet de demander l'activité partielle notamment en cas de difficultés d'approvisionnement ou de sinistre de caractère exceptionnel. Ce n'est pas une assurance, et les salaires pris en charge réduisent d'autant votre préjudice indemnisable.
Les six vérifications à faire dès maintenant dans vos conditions particulières
- Les extensions sont-elles cochées ? Cherchez les intitulés « carence de fournisseur », « carence de clients », « impossibilité d'accès », « non-accès », « fermeture administrative ». Une absence de ligne vaut absence de garantie.
- Vos fournisseurs critiques sont-ils nommés ? Comparez la liste au contrat avec votre balance fournisseurs de l'exercice écoulé : tout changement de sourcing doit remonter à l'assureur.
- Quelle sous-limite ? Rapprochez-la de votre marge brute journalière multipliée par un délai réaliste de reconstitution de l'approvisionnement, pas par un délai optimiste.
- Quelle franchise et quelle durée ? Une franchise de 5 jours ouvrés sur une durée de 30 jours ampute d'un sixième la garantie avant même le calcul.
- Quel périmètre géographique ? Rayon du voisinage, pays d'implantation des fournisseurs, sites secondaires.
- Votre marge brute déclarée est-elle à jour ? Une base figée depuis trois exercices en croissance expose à la règle proportionnelle de capitaux.
Ces réponses se lisent en une demi-heure, tableau de bord comptable à côté du contrat. C'est le meilleur rapport temps investi / risque évité de votre programme d'assurance : votre contrat peut prévoir ces extensions, mais rien ne le garantit tant que vous ne l'avez pas vérifié.
Questions fréquentes
Uniquement si l'extension « carence de fournisseur » a été souscrite. Vérifiez ensuite trois points sur vos conditions particulières : ce fournisseur est-il désigné nominativement (sinon vous basculez sur la sous-limite réduite des fournisseurs non désignés), le sinistre qu'il a subi est-il d'une nature garantie par votre propre contrat, et son établissement est-il dans la zone géographique couverte. Sans extension, la garantie pertes d'exploitation ne se déclenche pas, faute de dommage matériel sur vos biens assurés. Réunissez sans attendre l'attestation ou le rapport d'expertise de l'assureur du fournisseur, vos bons de commande et votre historique d'achats, et déclarez dans le délai contractuel.
C'est le terrain de l'extension « impossibilité d'accès ». Deux conditions se cumulent en pratique : le sinistre voisin doit être d'une nature garantie et survenu dans le périmètre défini au contrat (rayon en mètres ou immeubles contigus), et la fermeture doit découler de ce sinistre. Conservez l'arrêté, le rapport d'intervention des secours, des photos datées du barrage et le relevé de vos encaissements quotidiens avant et pendant l'événement. Attention à la franchise, souvent exprimée en heures : un blocage de 24 heures peut être intégralement absorbé par elle. Un blocage dû à des travaux de voirie, sans dommage matériel, n'est en principe pas couvert.
Oui, si vous voulez bénéficier de la pleine sous-limite : la clause de carence subordonne presque toujours l'indemnisation à une désignation aux conditions particulières, avec parfois le pourcentage de chiffre d'affaires concerné. Faites-en une revue annuelle avec votre courtier, au moment du bilan. Un changement de sourcing qui aggrave votre dépendance relève de l'obligation de déclarer les circonstances nouvelles dans les 15 jours (article L.113-2 du Code des assurances) ; à défaut, une fausse déclaration non intentionnelle peut entraîner la réduction proportionnelle d'indemnité prévue à l'article L.113-9.
Le plus souvent non. La clause de carence exige un dommage matériel de nature garantie ; une intrusion informatique, un rançongiciel ou une défaillance de réseau n'en sont pas. Ces situations relèvent d'autres briques : une garantie cyber dédiée, ou une extension spécifique de type « défaillance des fournisseurs d'énergie, d'eau ou de télécommunications », qui a ses propres franchise, durée et plafond et qui subordonne fréquemment la garantie à un dommage matériel atteignant l'installation du fournisseur identifié, en excluant les incidents généralisés de réseau. Vérifiez la présence de cette extension avant tout sinistre : elle ne se rattrape pas après.
Pas librement. Le principe indemnitaire de l'article L.121-1 du Code des assurances interdit d'être indemnisé au-delà du préjudice réellement subi. Une fois payé, votre assureur est subrogé dans vos droits contre le tiers responsable à hauteur de son versement (article L.121-12) : n'engagez donc pas de transaction sans l'en informer, sous peine de perdre tout ou partie de l'indemnité. L'activité partielle, ouverte notamment en cas de difficultés d'approvisionnement ou de sinistre de caractère exceptionnel (article R.5122-1 du Code du travail), est un dispositif social distinct, mais les salaires ainsi pris en charge diminuent votre perte de marge brute et donc l'indemnité due. Déclarez-la spontanément à l'expert.
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Article rédigé et vérifié par l'équipe Insurio — Tutassûr, courtier en assurance immatriculé à l'ORIAS sous le n° 22001730. Information à caractère général ne se substituant pas aux conditions de votre contrat.