Réglementation 27 juillet 2026 ⏱️ 8 min de lecture

52 000 € de biens clients détruits, 18 500 € d'indemnité : où part la différence ?

Un bien de client détruit dans vos locaux n'est pas couvert par la garantie contenu. Ce que change réellement l'extension biens confiés.

Par l'équipe Insurio Courtier responsable · ORIAS 22001730
⚡ L'essentiel
  • Le dépositaire doit restituer la chose même qu'il a reçue (Code civil, art. 1915 et 1932) : en réparation ou en gardiennage payant, il ne s'exonère qu'en prouvant la force majeure (art. 1218 et 1231-1).
  • Les biens de vos clients ne vous appartiennent pas : la garantie « contenu » d'une multirisque ne les vise pas et la RC exploitation les exclut le plus souvent, d'où une extension « biens confiés » à souscrire à part.
  • Sous-assurance : l'article L.121-5 du Code des assurances permet la règle proportionnelle de capitaux. Un capital déclaré de 40 000 € pour 78 000 € de biens réellement détenus ramène l'indemnité à 51 % du dommage.
  • Déclaration de sinistre : le délai fixé au contrat ne peut être inférieur à 5 jours ouvrés, réduit à 2 jours ouvrés en cas de vol (Code des assurances, art. L.113-2, 4°).

« Biens confiés » : ce que le droit met derrière le mot

Un bien confié est un bien qui ne vous appartient pas et que vous détenez pour exécuter une prestation : réparation, retouche, entretien, nettoyage, transformation, stockage ou gardiennage. Le Code civil définit le dépôt comme l'acte par lequel on reçoit la chose d'autrui à charge de la garder et de la restituer en nature (art. 1915), le dépositaire devant rendre « identiquement la chose même qu'il a reçue » (art. 1932).

Dès lors que la remise du bien s'accompagne d'une prestation rémunérée, la jurisprudence retient une exigence forte : le professionnel doit restituer le bien en bon état, et il ne s'exonère qu'en démontrant la force majeure (Code civil, art. 1218 et 1231-1). L'article 1928 du Code civil prévoit d'ailleurs que l'obligation de garde s'apprécie plus sévèrement lorsque le dépositaire a stipulé un salaire ou s'est offert pour recevoir le dépôt.

Situation concrèteQualification usuelleIntensité de l'obligation
Vêtement laissé en retouche ou en pressingContrat d'entreprise avec remise de la choseRestitution en bon état ; exonération par la force majeure
Matériel laissé en gardiennage payantDépôt salariéSoins renforcés (art. 1928)
Appareil déposé pour diagnostic gratuitDépôt, souvent requalifié en accessoire d'une prestationObligation de garde ; preuve de la remise déterminante
Véhicule confié à un réparateurRégime spécifique aux professionnels de l'automobileGarde du véhicule + obligation d'assurance pour la circulation

Pourquoi votre multirisque « standard » ne les indemnise pas

C'est le point aveugle le plus fréquent. Dans une multirisque professionnelle, la garantie « contenu » vise le matériel, l'agencement et les marchandises dont vous êtes propriétaire ou dont vous répondez en tant que locataire. Les biens de vos clients n'entrent pas dans cette définition.

Symétriquement, la responsabilité civile exploitation indemnise les dommages causés aux tiers, mais elle comporte presque toujours une exclusion visant les biens dont l'assuré a la garde, la détention ou l'usage. La logique de l'assureur est claire : ces biens représentent un risque de fréquence et de valeur qu'il veut tarifer séparément.

Résultat : sans extension dédiée, un incendie qui détruit vos machines et quatorze appareils de clients peut être indemnisé pour vos machines seulement.
GarantiePérimètre habituelCouvre les biens du client ?
Dommages aux biens – contenuMatériel, stock, agencement vous appartenantNon
RC exploitationDommages causés aux tiers hors activité professionnelle proprement diteNon : exclusion usuelle des biens confiés
RC professionnelleConséquences d'une faute dans l'exécution de la prestationPartiellement, et pas le dommage matériel accidentel
Extension « biens confiés »Biens de tiers détenus dans les locaux désignésOui, dans la limite du capital et des sous-limites

Capital, plafond, sous-limite, franchise : les quatre curseurs à régler

Une garantie biens confiés se lit toujours sur quatre lignes des conditions particulières. Les négliger revient à souscrire une garantie qui existe sur le papier mais qui ne paie qu'une fraction du sinistre.

CurseurCe qu'il désigneLa question à se poserEffet d'un mauvais réglage
Capital biens confiésValeur totale des biens de tiers assurésQuelle valeur ai-je réellement en atelier un jour de pointe ?Règle proportionnelle de capitaux (art. L.121-5)
Plafond par sinistre et par annéeEngagement maximal de l'assureurLe plafond annuel se reconstitue-t-il après un sinistre ?Plus de garantie utile après le premier sinistre lourd
Sous-limite par objetMontant maximal versé pour un seul bienQuel est le bien le plus cher que j'accepte de prendre ?Abattement sec sur les pièces de valeur
FranchisePart restant à votre chargeFixe ou proportionnelle, avec minimum et maximum ?Petits sinistres jamais indemnisés

Deux précisions utiles. D'abord, l'indemnité ne peut jamais excéder la valeur du bien au moment du sinistre (art. L.121-1) : le principe indemnitaire s'applique, même si votre client réclame un prix de remplacement neuf. Ensuite, le capital se déclare sur la valeur détenue, pas sur votre chiffre d'affaires : ce sont deux grandeurs sans rapport.

Cas pratique : 52 000 € d'instruments, 18 500 € d'indemnité

Un atelier de lutherie de six salariés subit un dégât des eaux en provenance de l'étage. Quatorze instruments de clients sont endommagés, pour une valeur expertisée de 52 000 €. Le contrat prévoit un capital biens confiés de 40 000 €, une sous-limite de 8 000 € par objet et une franchise de 1 500 €. L'expert établit que la valeur des instruments présents dans l'atelier au jour du sinistre s'élevait à 78 000 €.

ÉtapeCalculMontant retenu
Dommage expertisé (14 instruments)52 000 €
Sous-limite par objetUn violoncelle estimé 21 000 € ramené à 8 000 €39 000 €
Règle proportionnelle (art. L.121-5)39 000 × 40 000 / 78 00020 000 €
Franchise contractuelle− 1 500 €18 500 €
Reste à charge de l'atelier52 000 − 18 50033 500 €

Aucune de ces trois réductions n'est une mauvaise foi de l'assureur : chacune figure aux conditions particulières. Le sinistre coûte pourtant 33 500 € à l'entreprise, qui reste débitrice de la restitution envers ses clients. Un capital porté à 80 000 € et une sous-limite relevée à 25 000 € auraient représenté un surcoût de prime sans commune mesure avec cet écart.

🏢
Besoin d'une Multirisque Pro ? Devis en 2 minutes, dès 14,90€/mois. Attestation immédiate, sans engagement.
Obtenir mon devis →

Ce que l'assurance couvre — et ce qu'elle exige de vous

Sur le fond, l'extension reprend en général les événements de la multirisque : incendie et explosion, dégâts des eaux, vol par effraction, événements climatiques, catastrophes naturelles, et parfois le bris accidentel selon la formule retenue. Ce qui varie fortement, ce sont les conditions de garantie. Il faut distinguer trois niveaux d'exigence, souvent confondus.

  • Obligation légale : déclarer le sinistre dans le délai contractuel, qui ne peut être inférieur à 5 jours ouvrés et tombe à 2 jours ouvrés pour le vol (art. L.113-2, 4°) ; déclarer en cours de contrat toute circonstance nouvelle aggravant le risque, sous quinze jours (art. L.113-2, 3°).
  • Exigence contractuelle de l'assureur : moyens de protection décrits aux conditions particulières (type de serrures, alarme, mise en coffre certifié des objets de valeur hors heures d'ouverture, référentiels de certification cités par le contrat), tenue d'un registre de dépôt, limitation de la valeur détenue. Leur non-respect est opposable et peut faire tomber la garantie vol.
  • Bonne pratique : bon de dépôt signé mentionnant l'état à la remise et la valeur déclarée, photos horodatées, inventaire hebdomadaire valorisé, plafond interne d'acceptation au-delà duquel vous refusez le bien ou déclarez une extension temporaire.

Pour un atelier, l'inventaire valorisé est le document qui fait la différence en expertise : il prouve la valeur détenue et rend la règle proportionnelle discutable.

Les exclusions qui reviennent le plus souvent

Les exclusions doivent être formelles et limitées pour être opposables (art. L.113-1). Voici celles que l'on retrouve le plus régulièrement dans les contrats du marché — leur présence et leur rédaction restent propres à chaque assureur, à vérifier dans vos conditions particulières.

  • Vol sans trace d'effraction et disparition inexpliquée constatée à l'inventaire : la simple perte n'est presque jamais garantie.
  • Vol commis par un préposé : généralement exclu ou renvoyé à une garantie « malveillance du personnel » distincte.
  • Biens hors des locaux désignés : transport, sous-traitance, intervention au domicile du client, dépôt annexe non déclaré.
  • Véhicules terrestres à moteur confiés : exclus des multirisques classiques, ils relèvent d'un régime propre, avec une obligation d'assurance dès lors que le professionnel les fait circuler.
  • Objets de valeur (bijoux, montres, œuvres, matériel de haute valeur) : sous-limites strictes et obligation de mise en coffre en dehors des heures d'ouverture, notamment en magasin.
  • Dommages résultant de l'opération elle-même : chauffe, teinture, ponçage, démontage. Ce n'est pas un dommage accidentel mais un défaut d'exécution, qui relève de la responsabilité civile professionnelle.

Ajuster la garantie sans attendre l'échéance

Si votre activité a changé — nouvelle prestation, clientèle plus haut de gamme, pic saisonnier, ouverture d'un second local — le capital souscrit il y a trois ans ne protège plus rien. La déclaration d'aggravation n'est pas une option : l'article L.113-2, 3° impose de signaler les circonstances nouvelles sous quinze jours. À défaut, une déclaration inexacte non intentionnelle expose à la réduction proportionnelle d'indemnité (art. L.113-9), et une fausse déclaration intentionnelle à la nullité du contrat (art. L.113-8).

Côté sortie, le régime professionnel est simple et sans équivalent grand public : la résiliation intervient à l'échéance annuelle avec un préavis de deux mois (art. L.113-12). La résiliation infra-annuelle dite « loi Hamon » (art. L.113-15-2) et le droit de rétractation de quatorze jours du Code de la consommation ne s'appliquent pas aux contrats souscrits pour les besoins d'une activité professionnelle. En revanche, l'article L.113-16 ouvre une faculté de résiliation en cas de changement de profession ou de cessation définitive d'activité, avec restitution de la portion de prime correspondant à la période non courue.

Dans l'intervalle, la voie la plus rapide reste l'avenant : relèvement du capital, extension temporaire pour une période de forte détention, ou couverture ponctuelle d'un bien exceptionnel accepté en atelier.

Questions fréquentes

Entre professionnels, une clause limitative de responsabilité est en principe valable si elle est acceptée et si elle ne prive pas l'obligation essentielle de sa substance. Face à un client consommateur, le Code de la consommation (art. L.212-1) répute non écrites les clauses abusives, et celles qui suppriment ou réduisent le droit à réparation du consommateur sont les plus fragiles. Le vrai intérêt du bon de dépôt est probatoire : identification précise du bien, état constaté à la remise, valeur déclarée par le client, date, signature, photos horodatées. C'est ce document qui vous sert en expertise, pas la clause de plafonnement.

Vérifiez la clause de durée de garde : beaucoup de contrats limitent la garantie à un nombre de jours après l'achèvement de la prestation, au-delà duquel le bien n'est plus couvert. Adressez une mise en demeure recommandée avec accusé de réception et conservez la preuve d'envoi. Pour les objets non réclamés remis à un artisan, un texte ancien mais toujours applicable, la loi du 31 décembre 1903 relative à la vente de certains objets abandonnés, permet, après le délai qu'il fixe et sur autorisation judiciaire, de faire procéder à leur vente.

Non, en règle générale. La garantie biens confiés indemnise un dommage matériel accidentel subi par le bien pendant sa garde (incendie, dégât des eaux, vol, chute). Une prestation mal exécutée relève de la responsabilité civile professionnelle, et le coût de reprise du travail défectueux — refaire ce que vous avez mal fait — en est presque toujours exclu. Ce qui peut être pris en charge, ce sont les conséquences du défaut sur le bien lui-même ou sur des tiers. Regardez les postes « frais de reprise » et « dommages immatériels consécutifs » de vos conditions particulières.

Oui. Un pic saisonnier de valeur détenue est une circonstance nouvelle aggravant le risque, à déclarer sous quinze jours (art. L.113-2, 3°). En pratique, deux solutions : souscrire un capital calé sur votre jour de pointe et non sur votre moyenne annuelle, ou demander un avenant d'extension temporaire pour la période concernée. À défaut, un sinistre survenu en décembre sera indemnisé sur la base du capital déclaré, avec application possible de la règle proportionnelle de capitaux (art. L.121-5) et, selon les cas, de la réduction proportionnelle d'indemnité (art. L.113-9).

Pas en cours d'année, sauf cas particulier. Le contrat professionnel se résilie à l'échéance annuelle, avec un préavis de deux mois (art. L.113-12) : notez la date d'échéance et la date limite d'envoi. La résiliation infra-annuelle dite « loi Hamon » (art. L.113-15-2) et le délai de rétractation de quatorze jours ne concernent pas les contrats professionnels. Une faculté de résiliation existe en revanche en cas de changement de profession ou de cessation définitive d'activité (art. L.113-16), avec remboursement de la portion de prime correspondant à la période non courue.

Souscrivez votre assurance pro en 2 minutes

Toutes nos protections, devis immédiat — attestation immédiate, sans engagement.

🛡️ RC Professionnelle dès 9,90€/mois* Souscrire → En savoir plus
Recommandé pour vous 🏢 Multirisque Pro dès 14,90€/mois* Souscrire → En savoir plus
🔒 Assurance Cyber dès 19,90€/mois* Souscrire → En savoir plus
💻 Matériel IT dès 7,90€/mois* Souscrire → En savoir plus

* Tarifs indicatifs « à partir de », selon votre profil, votre activité et les garanties choisies.

Article rédigé et vérifié par l'équipe Insurio — Tutassûr, courtier en assurance immatriculé à l'ORIAS sous le n° 22001730. Information à caractère général ne se substituant pas aux conditions de votre contrat.

Mon devis en 2 min multirisque pro · devis immédiat
Mon devis →