Réglementation 28 juin 2026 ⏱️ 5 min de lecture

Loi de 1965, article 9 : pourquoi vous restez responsable de votre local même quand le dommage vient des parties communes

Vous n'occupez pas votre local, vous croyez votre responsabilité diluée dans celle de la copropriété. La loi de 1965 dit l'inverse. Décryptage.

Par l'équipe Insurio Courtier responsable · ORIAS 22001730
⚡ L'essentiel
  • Le propriétaire non occupant reste personnellement responsable des dommages causés par son lot, même inoccupé et même si l'origine touche aux parties communes.
  • L'article 9 de la loi du 10 juillet 1965 fonde le droit de jouissance du copropriétaire mais aussi sa responsabilité pour les troubles que son lot fait subir aux autres.
  • La responsabilité du fait de la chose (article 1242 du Code civil) et la théorie des troubles anormaux de voisinage peuvent être engagées sans qu'aucune faute ne soit prouvée.
  • Le recours du syndic et des copropriétaires voisins peut viser directement le propriétaire : la RC du propriétaire non occupant couvre ce risque spécifique.

L'illusion de la responsabilité diluée

Beaucoup de propriétaires non occupants raisonnent ainsi : « je ne suis pas dans l'immeuble, je ne fais qu'y détenir un lot, ma responsabilité est forcément noyée dans celle de la copropriété ». Cette intuition est rassurante mais juridiquement fausse. En copropriété, le statut de copropriétaire ne dilue pas la responsabilité : il la partitionne. Chacun répond de son lot, et de ce que son lot fait subir aux autres.

La loi du 10 juillet 1965 qui régit la copropriété pose, à son article 9, un principe double. Le copropriétaire « dispose des parties privatives comprises dans son lot » et en jouit librement — mais « à la condition de ne porter atteinte ni aux droits des autres copropriétaires ni à la destination de l'immeuble ». Autrement dit, la liberté de jouissance a pour contrepartie une responsabilité : votre lot ne doit pas devenir une source de nuisance ou de dommage pour le reste de la copropriété.

Le fait que vous n'occupiez pas le local n'éteint en rien cette responsabilité. Elle pèse sur le propriétaire en tant que tel, indépendamment de la présence d'un occupant. Un local fermé à clé reste votre local, et les dommages qu'il cause restent votre affaire.

Responsabilité du fait de la chose : la faute n'est pas toujours nécessaire

Le point le plus mal compris des propriétaires est qu'on peut engager leur responsabilité sans prouver la moindre faute de leur part. Deux fondements juridiques le permettent, et tous deux peuvent viser le propriétaire non occupant.

Le premier est la responsabilité du fait des choses, posée par l'article 1242 du Code civil : « on est responsable […] des choses que l'on a sous sa garde ». Le propriétaire est présumé gardien des éléments de son lot — canalisations, installations, équipements. Si l'une de ces choses cause un dommage à un tiers, sa responsabilité peut être engagée du seul fait de la garde, sans qu'il soit nécessaire de démontrer une négligence.

Le second est la théorie jurisprudentielle des troubles anormaux de voisinage : « nul ne doit causer à autrui un trouble excédant les inconvénients normaux du voisinage ». Là encore, la victime n'a pas à prouver une faute : il lui suffit d'établir l'anormalité du trouble et le lien avec votre lot.

Le réflexe « je n'ai rien fait de fautif, donc je ne dois rien » ne protège pas le propriétaire non occupant. Sur le terrain de la garde de la chose et du trouble anormal de voisinage, c'est le dommage et son rattachement à votre lot qui déclenchent la responsabilité, pas votre comportement.

Cette logique change tout pour un propriétaire absent : ce n'est pas parce qu'il n'a rien fait, parce que le local était fermé, qu'il est à l'abri. La chose dont il a la garde a suffi à causer le dommage.

Le recours du syndic : qui peut vous réclamer quoi

Quand un dommage naît de votre lot ou y prend son origine, plusieurs acteurs peuvent se retourner vers vous, chacun sur un fondement distinct. Comprendre cette cartographie évite les mauvaises surprises.

Qui agitFondementCe qu'il vous réclame
Le syndic (pour la copropriété)Atteinte aux parties communesRemboursement des réparations avancées sur le bâti commun
Le copropriétaire voisinTrouble de voisinage / fait de la choseRéparation de ses dommages privatifs et perte de jouissance
Le locataire d'un autre lotPréjudice subi du fait de votre lotIndemnisation de ses biens et de son activité
L'assureur d'un tiersSubrogation après indemnisation de son assuréRécupération des sommes qu'il a versées

Le recours du syndic est particulièrement fréquent : la copropriété, qui a souvent l'obligation d'intervenir vite sur les parties communes, avance les frais puis se retourne contre le copropriétaire à l'origine du sinistre pour les récupérer. Le propriétaire non occupant, qui pensait que « la copropriété gère », découvre qu'il est en réalité le débiteur final.

Et lorsqu'un assureur tiers a indemnisé son propre assuré (un voisin, un locataire), il dispose d'un recours subrogatoire : il agit aux droits de la victime pour récupérer ce qu'il a déboursé. Le propriétaire non assuré se retrouve alors face à des professionnels du recouvrement, sans contradicteur de son côté.

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Couvrir une responsabilité que la loi vous attribue d'office

La leçon de ces fondements juridiques est claire : la responsabilité du propriétaire non occupant n'est pas une option qu'on accepte ou qu'on refuse, c'est un régime que la loi lui attribue d'office, dès lors qu'il détient un lot en copropriété. La seule question est de savoir qui en supportera la charge financière le jour où elle se réalise.

C'est la fonction de la responsabilité civile du propriétaire non occupant. Elle prend en charge les dommages que votre lot cause aux tiers — voisins, copropriété, locataires des autres lots — sur les fondements mêmes que nous avons décrits : garde de la chose, trouble de voisinage, atteinte aux parties communes. Elle intervient précisément là où votre responsabilité est engagée sans faute, ce qui est le cas le plus déroutant et le plus fréquent.

Son volet défense est tout aussi décisif. Face au recours du syndic ou à l'action subrogatoire d'un assureur, mener seul la discussion sur l'imputabilité et le montant vous expose à accepter une transaction défavorable. Adossé à un assureur, vous discutez à armes égales l'origine réelle du dommage, la part qui vous incombe et celle qui relève des parties communes ou d'un tiers. Pour comprendre comment cette responsabilité s'articule avec votre couverture globale, consultez notre page dédiée au propriétaire non occupant d'un local en copropriété.

Questions fréquentes

Oui. La responsabilité du propriétaire non occupant tient au statut de copropriétaire et à la garde des choses de son lot, pas à sa présence. L'article 9 de la loi de 1965 conditionne votre droit de jouissance à l'obligation de ne pas porter atteinte aux droits des autres copropriétaires. Un local inoccupé et fermé à clé reste sous votre garde : les dommages qu'il cause engagent votre responsabilité.

Oui. Deux fondements le permettent. La responsabilité du fait des choses (article 1242 du Code civil) présume le propriétaire gardien des éléments de son lot : un dommage causé par une de ces choses suffit. La théorie des troubles anormaux de voisinage permet à la victime d'obtenir réparation sur le seul constat d'un trouble excédant les inconvénients normaux. Dans les deux cas, votre comportement n'a pas à être fautif.

Lorsqu'un sinistre touche les parties communes, la copropriété intervient souvent en urgence et avance les frais de réparation. Le syndic se retourne ensuite contre le copropriétaire à l'origine du dommage pour récupérer ces sommes : c'est le recours. Le propriétaire non occupant, qui croyait que la copropriété assumait, se retrouve débiteur final des réparations avancées sur le bâti commun.

Oui. La responsabilité civile du propriétaire non occupant prend en charge les dommages causés aux tiers par votre lot sur les fondements de la garde de la chose, du trouble de voisinage et de l'atteinte aux parties communes. Elle couvre aussi votre défense face au recours du syndic et à l'action subrogatoire des assureurs tiers, ce qui vous permet de discuter l'imputabilité et le montant à armes égales.

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Article rédigé et vérifié par l'équipe Insurio — Tutassûr, courtier en assurance immatriculé à l'ORIAS sous le n° 22001730. Information à caractère général ne se substituant pas aux conditions de votre contrat.

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