Réglementation 27 juillet 2026 ⏱️ 8 min de lecture

Incendie à 180 000 €, chèque de 102 857 € : la surface déclarée de l'atelier n'était pas la bonne

Nullité pour fausse déclaration intentionnelle ou réduction proportionnelle de prime : deux articles du code des assurances, deux issues.

Par l'équipe Insurio Courtier responsable · ORIAS 22001730
⚡ L'essentiel
  • Article L.113-8 du code des assurances : la réticence ou fausse déclaration intentionnelle rend le contrat nul, aucune indemnité n'est due et les primes déjà versées restent acquises à l'assureur, alors même que le risque dissimulé n'a eu aucune influence sur le sinistre.
  • Article L.113-9 : une omission ou une inexactitude de bonne foi n'annule rien. Constatée après sinistre, elle réduit l'indemnité dans le rapport prime payée / prime qui aurait été due — 2 400 € pour 4 200 € = 57,14 % d'un dommage de 180 000 €, soit 102 857 €.
  • La mauvaise foi doit être prouvée par l'assureur, et depuis l'arrêt de la Cour de cassation en chambre mixte du 7 février 2014, elle doit reposer sur les réponses à des questions précises qu'il a lui-même posées ; l'article L.112-3 lui interdit de se prévaloir d'une réponse imprécise à une question formulée en termes généraux.
  • Deux délais à retenir : toute circonstance nouvelle qui aggrave le risque se déclare dans les 15 jours de sa connaissance (art. L.113-2, 3°), et l'action de l'assureur se prescrit par 2 ans (art. L.114-1), délai qui ne court, en cas de fausse déclaration, qu'à compter du jour où il en a eu connaissance.

Même dossier, deux issues : 102 857 € ou zéro

Un artisan menuisier déclare 300 m² d'atelier à la souscription de sa multirisque. Trois ans plus tard, un incendie ravage l'outil de production. L'expert mandaté relève 600 m² réellement exploités et un dommage indemnisable de 180 000 €. Selon le texte que l'assureur invoque, le chèque sera de 102 857 € ou de 0 €. Le même oubli, deux régimes juridiques radicalement différents.

Le contrat d'assurance repose sur un système déclaratif : l'assureur accepte le risque et le tarife à partir de ce que vous répondez avant la signature. Le code des assurances organise donc deux sanctions, selon que l'inexactitude procède d'une intention de tromper ou d'une simple erreur.

CritèreFausse déclaration intentionnelle (art. L.113-8)Déclaration inexacte de bonne foi (art. L.113-9)
ConditionRéticence ou fausse déclaration intentionnelle qui change l'objet du risque ou en diminue l'opinion pour l'assureurOmission ou inexactitude dont la mauvaise foi n'est pas établie
Charge de la preuveSur l'assureur (intention + incidence sur son appréciation du risque)Aucune preuve d'intention requise
Sort du contratNul, réputé n'avoir jamais existéMaintenu
Indemnité du sinistreAucuneRéduite proportionnellement
Primes verséesAcquises à l'assureur, qui peut réclamer les primes échues à titre de dommages et intérêtsConservées ; l'assureur peut demander une majoration pour l'avenir
Découverte avant tout sinistreNullité également encourueMajoration acceptée par l'assuré ou résiliation 10 jours après notification, avec restitution de la prime non courue
Prescription (art. L.114-1)2 ans, à compter du jour où l'assureur a eu connaissance de la réticence ou de l'inexactitude

L'écart n'est pas théorique : dans un sinistre incendie de PME, il se chiffre couramment en dizaines de milliers d'euros.

Ce que l'assureur doit prouver pour faire annuler le contrat

La nullité est la sanction lourde. Elle suppose trois éléments, que l'assureur doit établir : une réponse inexacte ou une omission, une intention de tromper, et le fait que cette inexactitude change l'objet du risque ou en diminue l'opinion pour l'assureur.

Point souvent mal compris : l'article L.113-8 précise que la nullité joue alors même que le risque omis ou dénaturé a été sans influence sur le sinistre. Dissimuler une activité de soudure et subir un dégât des eaux sans rapport n'empêche pas la nullité, si la dissimulation est prouvée.

La contrepartie est exigeante pour l'assureur : la mauvaise foi ne se présume pas. Elle se démontre, pièces à l'appui.

Deux garde-fous protègent le professionnel. D'abord, la Cour de cassation, réunie en chambre mixte le 7 février 2014, a jugé que l'assureur ne peut se prévaloir d'une fausse déclaration que si elle procède des réponses apportées à des questions précises qu'il a posées : une déclaration pré-rédigée et signée en bas des conditions particulières ne suffit pas à elle seule. Ensuite, l'article L.112-3 du code des assurances interdit à l'assureur de se prévaloir de ce qu'une question exprimée en termes généraux n'a reçu qu'une réponse imprécise.

Les effets de la nullité sont sévères : le contrat disparaît rétroactivement, les primes payées restent acquises à l'assureur et celui-ci peut réclamer les primes échues impayées à titre de dommages et intérêts. Si un sinistre antérieur a déjà été réglé, l'assureur est en droit d'en demander la restitution. En responsabilité civile d'exploitation, le tiers lésé se retrouve face à votre entreprise seule — hors régimes spéciaux d'assurance obligatoire, qui obéissent à leurs propres règles.

La règle proportionnelle de prime, calculée en clair

Quand la bonne foi n'est pas contestée, l'article L.113-9 s'applique. Sa formule est arithmétique, sans marge d'appréciation :

Indemnité versée = indemnité due × (taux de prime payé ÷ taux de prime qui aurait été dû) si le risque avait été complètement et exactement déclaré.

Reprenons l'atelier de menuiserie. Prime payée : 2 400 € par an pour 300 m². Prime qui aurait été appelée pour 600 m² : 4 200 € — pas le double, le tarif au mètre carré étant dégressif. Rapport : 2 400 / 4 200 = 57,14 %.

ScénarioPrime annuelleRapport de primesIndemnité après réductionVersé (franchise 1 500 €)
A. Surface exactement déclarée4 200 €180 000 €178 500 €
B. Erreur de bonne foi (L.113-9)2 400 € payés / 4 200 € dus57,14 %102 857 €101 357 €
C. Dissimulation prouvée (L.113-8)2 400 €, acquis à l'assureur0 €0 €

Bilan du scénario B : l'entreprise a « économisé » 1 800 € de prime par an pendant trois ans, soit 5 400 €, pour un manque à gagner de 77 143 € le jour du sinistre. L'ordre d'imputation de la franchise (avant ou après réduction) dépend de la rédaction du contrat : vérifiez vos conditions particulières, l'écart se compte en centaines d'euros.

Si l'inexactitude est découverte avant tout sinistre, la logique change : l'assureur peut proposer une augmentation de prime, que vous êtes libre d'accepter, ou résilier le contrat dix jours après notification, en vous restituant la fraction de prime correspondant à la période non couverte. Sur les risques d'atelier, où la surface, l'outillage et les travaux par point chaud pèsent lourd dans la tarification, une régularisation en cours de vie du contrat coûte toujours moins cher qu'une réduction après incendie — voir notre page assurance atelier.

Deux « règles proportionnelles » à ne pas confondre

Beaucoup de dirigeants confondent deux mécanismes qui portent presque le même nom et peuvent se cumuler sur un même sinistre.

Règle proportionnelle de primeRègle proportionnelle de capitaux
Base légaleArt. L.113-9Art. L.121-5
CauseRisque mal décrit (surface, activité, CA, protections)Capitaux assurés inférieurs à la valeur réelle au jour du sinistre
CalculPrime payée ÷ prime qui aurait été dueSomme garantie ÷ valeur réelle des biens
Écartable par le contrat ?Non (règle légale)Oui, « sauf convention contraire » : certains contrats la suppriment ou la neutralisent

Exemple : un stock déclaré 100 000 € alors qu'il en vaut 200 000 € au jour du sinistre conduit, en application de l'article L.121-5, à ne supporter que la moitié du dommage — l'assuré restant « son propre assureur » pour l'excédent. Si, en plus, la surface de l'entrepôt était sous-déclarée, la réduction de l'article L.113-9 s'applique par-dessus. Certains contrats prévoient une clause dite de dérogation à la proportionnelle de capitaux sous condition d'index ou de marge : c'est une faculté contractuelle, jamais un droit automatique. La question se vérifie ligne à ligne dans vos garanties de locaux professionnels.

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Ce que l'assurance couvre — et ce qu'elle exige de vous

Une multirisque professionnelle couvre classiquement l'incendie et les événements assimilés, le dégât des eaux, le vol et le vandalisme, le bris de glace, les dommages électriques, la responsabilité civile d'exploitation, et selon la formule souscrite la perte d'exploitation. Le périmètre exact dépend du contrat : votre police peut prévoir ces garanties, elle ne les contient pas toutes par défaut.

En contrepartie, trois niveaux d'exigences se superposent — et les confondre est la première cause de litige :

  • Obligations légales : répondre exactement aux questions posées par l'assureur (art. L.113-2, 2°), déclarer sous 15 jours les circonstances nouvelles aggravant le risque (art. L.113-2, 3°), payer la prime, déclarer le sinistre dans le délai prévu au contrat.
  • Exigences contractuelles de l'assureur : moyens de protection contre le vol (serrures certifiées, alarme reliée, fermeture des accès), moyens de secours contre l'incendie, procédures encadrant les travaux par point chaud. Elles conditionnent la garantie : leur non-respect au moment du sinistre peut priver d'indemnisation, indépendamment de toute fausse déclaration.
  • Bonnes pratiques : conserver une copie du questionnaire renseigné, relire les conditions particulières dès réception, dater et archiver chaque échange, faire réévaluer surfaces et capitaux à chaque investissement.
Information demandéeCe qu'elle détermineConséquence type d'une inexactitude
Activité principale et activités annexesAcceptation, tarif, exclusions, garanties RCRéduction proportionnelle ; nullité si dissimulation prouvée
Surface et nature des locauxTarif incendie, capitauxRéduction proportionnelle de prime
Matériaux de construction et de couvertureAcceptation du risque, majorationsRefus de garantie ou réduction
Chiffre d'affaires et effectifPrime, plafonds RC, perte d'exploitationRéduction proportionnelle
Moyens de protection en placeGarantie vol (condition de garantie)Absence de garantie si la condition n'est pas remplie
Antécédents : sinistres, résiliation par un précédent assureurDécision de souscriptionTerrain privilégié de la nullité en cas d'omission volontaire

Pour cadrer ces déclarations en amont, notre guide de la multirisque professionnelle détaille les points à documenter avant signature.

En cours de contrat : 15 jours pour déclarer ce qui change

La déclaration du risque n'est pas un exercice figé à la souscription. L'article L.113-2, 3° impose de déclarer, par lettre recommandée et dans les quinze jours de leur connaissance, les circonstances nouvelles qui aggravent les risques ou en créent de nouveaux et rendent inexactes les réponses initiales : extension de local, nouvelle machine, nouvelle activité, stockage supplémentaire, ouverture nocturne.

L'assureur informé dispose alors, selon l'article L.113-4, de deux options : résilier le contrat, la résiliation prenant effet dix jours après notification, ou proposer un nouveau montant de prime. Si vous refusez cette proposition ou n'y donnez pas suite dans les trente jours, il peut résilier au terme de ce délai. Symétriquement, en cas de diminution du risque, vous pouvez demander une réduction de prime et, à défaut d'accord, résilier.

Un point protecteur mérite d'être connu : l'assureur qui, informé de l'aggravation de quelque manière que ce soit, a manifesté son consentement au maintien de l'assurance — notamment en continuant à encaisser les primes — ne peut plus s'en prévaloir ensuite.

Attention enfin au cadre applicable. Un contrat souscrit pour les besoins de l'activité professionnelle n'ouvre ni le droit de rétractation de quatorze jours du code de la consommation, ni la résiliation infra-annuelle dite « loi Hamon » : ces dispositifs visent les particuliers. Le régime professionnel est celui de l'article L.113-12 (résiliation à l'échéance annuelle, préavis de deux mois, sauf clause plus favorable), complété par l'article L.113-16 en cas de changement de profession ou de cessation définitive d'activité, avec remboursement de la prime correspondant à la période non courue.

L'assureur invoque une fausse déclaration : les réflexes utiles

Recevoir un courrier annonçant la nullité ou une réduction d'indemnité n'est pas la fin du dossier. Quelques vérifications méthodiques changent souvent l'issue.

  • Faire préciser le fondement. Demandez par écrit si l'assureur se place sur l'article L.113-8 ou sur l'article L.113-9. Les conséquences n'ont rien de comparable, et cette qualification détermine tout le reste.
  • Réclamer les pièces. Copie du questionnaire renseigné, des conditions particulières signées et de la proposition d'assurance. Vérifiez que les questions posées étaient précises et écrites, et non de simples affirmations pré-imprimées.
  • Contrôler le calcul. En réduction proportionnelle, exigez le détail du taux de prime retenu et la note de calcul de la prime « qui aurait été due ». Une erreur de base tarifaire se corrige.
  • Vérifier la prescription. L'action se prescrit par deux ans (art. L.114-1), le point de départ étant, pour une fausse déclaration, le jour où l'assureur en a eu connaissance — souvent la date du rapport d'expertise, pas celle du sinistre.
  • Mobiliser votre intermédiaire. Le distributeur d'assurance est tenu d'un devoir de conseil et doit avoir recueilli vos exigences et besoins avant la souscription : les pièces de ce parcours sont utiles au débat.

Si le désaccord persiste après réponse définitive du service réclamations, la Médiation de l'Assurance peut être saisie gratuitement. Au-delà des enjeux significatifs, l'assistance d'un avocat spécialisé et, le cas échéant, d'un expert d'assuré reste la voie la plus sûre. Dans tous les cas, la meilleure défense reste antérieure au sinistre : un dossier de souscription documenté, daté et mis à jour à chaque évolution de l'entreprise.

Questions fréquentes

Non, l'article L.113-9 du code des assurances écarte expressément la nullité lorsque la mauvaise foi n'est pas établie. Si l'écart est découvert après le sinistre, l'indemnité est réduite dans le rapport entre la prime payée et celle qui aurait été due. S'il est découvert avant tout sinistre, l'assureur ne peut que vous proposer une majoration de prime, que vous acceptez ou non, ou résilier dix jours après notification en vous restituant la prime non courue. Demandez systématiquement la note de calcul détaillée.

Trois pièces : le questionnaire de souscription renseigné, les conditions particulières signées, et le détail des éléments sur lesquels il fonde l'intention de tromper. La preuve de la mauvaise foi lui incombe, et depuis l'arrêt de chambre mixte du 7 février 2014, elle doit reposer sur les réponses à des questions précises qu'il a posées. Une simple mention pré-rédigée en bas de contrat, ou une question formulée en termes généraux (art. L.112-3), fragilise sa position.

Quinze jours à compter du moment où vous en avez connaissance, par lettre recommandée, dès lors que le changement aggrave le risque ou rend inexactes vos réponses initiales (art. L.113-2, 3°). L'assureur peut alors résilier, la résiliation prenant effet dix jours après notification, ou proposer une nouvelle prime : si vous ne répondez pas ou refusez dans les trente jours, il peut résilier au terme de ce délai. Conservez l'accusé de réception, c'est votre preuve.

Non. Le délai de rétractation de quatorze jours du code de la consommation et la résiliation infra-annuelle dite « loi Hamon » ne concernent pas les contrats souscrits pour les besoins d'une activité professionnelle. Vous relevez de l'article L.113-12 : résiliation à l'échéance annuelle, avec un préavis de deux mois, sauf clause plus favorable de votre contrat. L'article L.113-16 ouvre en outre une faculté de résiliation en cas de changement de profession ou de cessation définitive d'activité, avec remboursement de la prime correspondant à la période non courue.

Ce sont deux mécanismes distincts qui peuvent se cumuler. La réduction proportionnelle de prime (art. L.113-9) sanctionne une description inexacte du risque. La règle proportionnelle de capitaux (art. L.121-5) s'applique lorsque la somme garantie est inférieure à la valeur réelle des biens au jour du sinistre : vous restez votre propre assureur pour l'excédent. Cette seconde règle peut être aménagée par le contrat, contrairement à la première : vérifiez vos conditions particulières et réévaluez vos capitaux chaque année.

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Article rédigé et vérifié par l'équipe Insurio — Tutassûr, courtier en assurance immatriculé à l'ORIAS sous le n° 22001730. Information à caractère général ne se substituant pas aux conditions de votre contrat.

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