Arrêté de fermeture sur votre vitrine : la perte d'exploitation joue-t-elle ?
Un arrêté ferme votre local : la perte d'exploitation ne se déclenche pas automatiquement. Ce qui la fait jouer, ce qui l'exclut, et vos recours.
- La garantie perte d'exploitation d'une multirisque professionnelle est presque toujours construite comme une garantie consécutive à un dommage matériel garanti : une fermeture administrative sans sinistre matériel n'est indemnisée que si une extension figure aux conditions particulières (« impossibilité d'accès », « pertes d'exploitation sans dommages »). Rappel utile : seules les exclusions formelles et limitées sont opposables (article L. 113-1 du Code des assurances).
- Débits de boissons et restaurants : la fermeture administrative peut être prononcée jusqu'à six mois par le préfet et deux mois par le maire (article L. 3332-15 du Code de la santé publique). Ces fermetures-sanctions, liées à un manquement de l'exploitant, sont quasi systématiquement hors garantie.
- Trois délais à ne pas rater : déclaration du sinistre dans le délai prévu au contrat, qui ne peut être inférieur à cinq jours ouvrés (article L. 113-2 du Code des assurances) ; prescription de deux ans pour agir contre l'assureur (article L. 114-1) ; deux mois pour attaquer l'arrêté devant le tribunal administratif, avec possibilité de référé-suspension (article L. 521-1 du Code de justice administrative).
- Travaux de voirie : aucune garantie d'assurance ne joue en principe, mais l'indemnisation peut être demandée au maître d'ouvrage devant le juge administratif si le préjudice commercial est anormal et spécial (jurisprudence constante sur les dommages de travaux publics). Côté bail, l'article 1724 du Code civil prévoit une diminution du loyer lorsque des réparations urgentes durent plus de quarante jours, sauf clause contraire du bail commercial.
Qui peut fermer votre local, et sur quel fondement
Le professionnel qui découvre un arrêté affiché sur sa vitrine pose toujours la même question à son courtier : « est-ce que ma perte d'exploitation va jouer ? » La réponse dépend d'abord de l'origine juridique de la fermeture, car les trois grandes familles n'ont ni la même autorité, ni le même fondement, ni le même sort en assurance.
- Le préfet. Pour les débits de boissons et les restaurants, l'article L. 3332-15 du Code de la santé publique permet une fermeture pouvant aller jusqu'à six mois (deux mois lorsqu'elle est prononcée par le maire), notamment en cas d'infraction à la réglementation applicable à l'établissement ou d'atteinte à l'ordre, à la santé ou à la moralité publics. Le préfet dispose par ailleurs de pouvoirs de police sanitaire, notamment au titre du Code rural et de la pêche maritime, lui permettant de suspendre une activité en cas de danger pour la santé publique.
- Le maire. Il agit au titre de sa police générale (article L. 2212-2 du Code général des collectivités territoriales) et de la sécurité des établissements recevant du public : après avis défavorable de la commission de sécurité, la fermeture peut être ordonnée. Depuis le 1er janvier 2021, la sécurité et la salubrité des immeubles relèvent d'une police unifiée, codifiée aux articles L. 511-1 et suivants du Code de la construction et de l'habitation (arrêté de mise en sécurité, arrêté de traitement de l'insalubrité).
- Les travaux de voirie. Ici, aucun arrêté ne vous ferme : la collectivité autorise un chantier et c'est l'accès à votre local qui devient impraticable. Juridiquement, ce n'est pas une fermeture administrative mais une entrave — ce qui change entièrement la stratégie d'indemnisation.
Retenez la ligne de partage qui commande tout le reste : la fermeture-sanction, qui punit un manquement de l'exploitant, ne se traite jamais comme la fermeture-protection, qui écarte un danger et suit souvent un sinistre.
Le déclencheur de la garantie n'est pas l'arrêté, c'est le dommage matériel
Dans une multirisque professionnelle, la garantie perte d'exploitation est presque toujours une garantie consécutive : elle suppose un dommage matériel garanti par le contrat (incendie, explosion, dégât d'eau, tempête, catastrophe naturelle, bris de machine). Le mécanisme est ensuite assez standard :
- Assiette : la perte de marge brute — chiffre d'affaires non réalisé, diminué des charges variables qui disparaissent avec l'activité — et non le chiffre d'affaires lui-même.
- Période d'indemnisation : la durée maximale pendant laquelle l'assureur suit vos résultats, fréquemment douze mois, parfois portée à dix-huit ou vingt-quatre mois en option.
- Franchise : souvent exprimée en jours ouvrés, parfois en euros ; elle court dès le sinistre.
- Frais supplémentaires d'exploitation : les dépenses engagées pour limiter la baisse d'activité (local provisoire, matériel de location, communication) sont en général prises en charge dans la limite de l'économie de perte qu'elles procurent.
Conséquence directe : une fermeture administrative sans dommage matériel laisse la garantie de base inerte. Elle ne peut jouer que si vos conditions particulières comportent une extension dédiée — « impossibilité d'accès aux locaux », « privation de jouissance », « pertes d'exploitation sans dommages », voire une extension nommément intitulée « fermeture administrative ». Ces extensions existent, mais elles sont bornées : plafond spécifique, durée courte, et le plus souvent un rattachement exigé à un événement déjà garanti, par exemple un sinistre survenu chez un voisin.
L'article L. 113-1 du Code des assurances impose que les exclusions soient formelles et limitées : une clause floue est contestable. Mais l'absence d'extension n'est pas une exclusion — on ne peut pas réclamer une garantie qui n'a jamais été souscrite.
Cas particulier utile : en catastrophe naturelle, l'article L. 125-1 du Code des assurances étend la garantie légale aux contrats qui couvrent les pertes d'exploitation. Encore faut-il avoir souscrit cette garantie ; la franchise légale applicable aux pertes d'exploitation est exprimée en trois jours ouvrés, avec un minimum en euros fixé par arrêté.
Tableau : dans quels cas la perte d'exploitation joue
Le même arrêté peut ouvrir droit à indemnisation ou non, selon ce qui l'a provoqué. Lecture rapide, sous réserve de vos conditions particulières :
| Situation | Dommage matériel garanti ? | Ce qui est généralement mobilisable |
|---|---|---|
| Incendie en cuisine, fermeture le temps de la remise en état | Oui | Perte d'exploitation de base, après franchise |
| Dégât d'eau chez le voisin, local rendu inaccessible ou arrêté de mise en sécurité | Oui, mais chez un tiers | Extension « impossibilité d'accès » ou « dommages de voisinage » si souscrite |
| Inondation reconnue catastrophe naturelle, évacuation ordonnée | Oui | Perte d'exploitation cat. nat. si la garantie est souscrite, franchise de trois jours ouvrés |
| Insalubrité de l'immeuble sans sinistre (structure, ventilation, réseaux) | Non | Hors garantie en principe : recours contre le bailleur ou le syndicat des copropriétaires |
| Manquement d'hygiène constaté lors d'un contrôle | Non (fermeture-sanction) | Exclu : conséquence d'un manquement de l'exploitant |
| Trouble à l'ordre public, fermeture d'un débit de boissons | Non (fermeture-sanction) | Exclu |
| Travaux de voirie, accès entravé plusieurs semaines | Non | Réclamation au maître d'ouvrage, pas d'assurance |
| Mesure sanitaire générale de type épidémie | Non | Exclusion devenue quasi générale depuis 2020 : à vérifier mot pour mot |
Ce que l'assurance couvre, et ce qu'elle exige de vous
Ce que le contrat peut prendre en charge — à vérifier ligne à ligne dans vos conditions particulières : la perte de marge brute pendant la fermeture puis pendant la remontée en charge ; les charges fixes qui continuent de courir (loyer, assurances, abonnements, salaires maintenus, échéances d'emprunt professionnel) ; les frais supplémentaires d'exploitation ; dans certains contrats, les honoraires du cabinet comptable engagés pour chiffrer la perte ; parfois la dépréciation du fonds si l'activité ne retrouve pas son niveau.
Ce que la loi vous impose : déclarer le sinistre dans le délai prévu au contrat, qui ne peut être inférieur à cinq jours ouvrés (article L. 113-2 du Code des assurances) ; déclarer exactement le risque à la souscription, sous peine de réduction proportionnelle d'indemnité, voire de nullité en cas de fausse déclaration intentionnelle (articles L. 113-9 et L. 113-8) ; agir dans le délai de prescription de deux ans (article L. 114-1). Notez aussi qu'une amende ou une sanction pénale n'est pas assurable : seul le préjudice économique peut l'être.
Ce que l'assureur exige contractuellement — ce n'est pas la loi, c'est votre contrat : respect des mesures de prévention listées aux conditions particulières (protection incendie, vérifications électriques périodiques, moyens de fermeture), conservation des justificatifs, accord préalable sur certains travaux de remise en état, et mise en œuvre des mesures raisonnables pour limiter la perte.
Bonnes pratiques qui font la différence en expertise : photographier l'arrêté affiché et le conserver avec les procès-verbaux et mises en demeure ; tenir un journal de fermeture (jours et plages horaires, commandes annulées, clients détournés) ; sortir dès la première semaine les balances des trois derniers exercices et le journal des ventes ; ouvrir en parallèle le dossier de recours administratif, car la durée réelle de la fermeture conditionne directement le montant de l'indemnité.
Cas pratique chiffré : un restaurant fermé 21 jours après un dégât d'eau
Une rupture de canalisation encastrée inonde la cuisine d'un restaurant de 45 couverts. Les services municipaux constatent que les conditions d'hygiène ne sont plus réunies et la fermeture est prononcée le temps de la remise en état : 21 jours. Le dégât d'eau est un événement garanti, la fermeture en est la conséquence — la garantie perte d'exploitation est mobilisable.
| Poste | Base retenue | Montant |
|---|---|---|
| Chiffre d'affaires annuel HT | Dernier exercice | 480 000 € |
| Taux de marge brute au contrat | 55 % | 264 000 € / an |
| Marge brute journalière | 264 000 / 365 | ≈ 723 € |
| Durée de fermeture | Arrêté municipal | 21 jours |
| Franchise contractuelle | 3 jours | 18 jours indemnisables |
| Perte de marge brute indemnisée | 18 × 723 € | ≈ 13 000 € |
| Frais supplémentaires (chambre froide de location, honoraires comptables) | Sur justificatifs | 1 500 € |
| Indemnité prévisionnelle | — | ≈ 14 500 € |
Changez une seule donnée et le résultat s'inverse : si les mêmes 21 jours de fermeture avaient été prononcés à la suite d'un contrôle d'hygiène, sans aucun dommage matériel, l'indemnité de perte d'exploitation aurait été de zéro. Les chiffres ci-dessus sont une illustration : votre taux de marge brute, votre franchise et vos plafonds figurent dans vos conditions particulières.
Quand l'assurance ne joue pas : bail, bailleur, collectivité
Une fermeture non garantie n'est pas une fermeture sans recours. Trois leviers, dans l'ordre.
- Le bail. Le bailleur doit vous faire jouir paisiblement des locaux loués (article 1719 du Code civil) et l'article 1722 organise le sort du bail en cas de perte de la chose louée. L'article 1724 prévoit qu'en cas de réparations urgentes dépassant quarante jours, le prix du bail est diminué à proportion du temps et de la partie des locaux dont vous avez été privé — mais les baux commerciaux y dérogent très souvent : lisez la clause avant d'invoquer le texte. Et gardez en tête que la Cour de cassation a jugé, le 30 juin 2022, que les fermetures administratives liées à la crise sanitaire ne dispensaient pas les locataires de payer leur loyer.
- Le responsable du désordre. Si l'insalubrité ou le péril provient de l'immeuble, la responsabilité du bailleur ou du syndicat des copropriétaires peut être recherchée, et leur propre assurance sollicitée. C'est fréquemment la voie la plus efficace pour un local pris dans un immeuble collectif.
- La collectivité, pour les travaux publics. La jurisprudence administrative admet depuis longtemps l'indemnisation du commerçant riverain d'un chantier lorsque le préjudice est anormal et spécial : perte de chiffre d'affaires notable, durée inhabituelle, atteinte à l'accès. La démarche commence par une réclamation préalable au maître d'ouvrage, chiffrée et étayée (comparatif de chiffre d'affaires, attestation du comptable, constat d'accès), avant saisine du tribunal administratif. Sur les grands chantiers, une commission d'indemnisation à l'amiable est souvent mise en place : c'est une pratique, pas une obligation légale.
Enfin, contestez l'arrêté lui-même quand il est discutable : le recours en annulation se forme dans les deux mois de la notification ou de l'affichage, et un référé-suspension (article L. 521-1 du Code de justice administrative) peut suspendre la mesure s'il y a urgence et doute sérieux sur sa légalité. Chaque jour de fermeture évité est un jour d'exploitation retrouvé.
Les six points à vérifier dans vos conditions particulières
Avant le prochain arrêté, pas après. Reprenez vos garanties de locaux professionnels et cochez :
- Le libellé exact de la garantie : « pertes d'exploitation consécutives à un dommage garanti » ou une formulation plus large ? Le mot « consécutives » ferme la porte aux fermetures sèches.
- Les extensions présentes : impossibilité d'accès, privation de jouissance, fermeture administrative, carence de fournisseur — avec leur plafond et leur durée propres, souvent bien inférieurs à la garantie principale.
- Le taux de marge brute déclaré : s'il n'a pas été actualisé depuis trois exercices, vous êtes probablement en sous-assurance et la règle proportionnelle de capitaux (article L. 121-5 du Code des assurances) réduira l'indemnité.
- La franchise : en jours ou en euros, et son point de départ.
- La période d'indemnisation : douze mois suffisent rarement pour une activité dont la remise en état dépend d'une autorisation administrative ou de travaux structurels.
- Les exclusions relatives aux mesures d'autorité, aux épidémies et aux manquements réglementaires : lisez-les mot pour mot, ce sont elles qui décideront.
Un contrat correctement paramétré ne vous protège pas d'un arrêté — il vous protège du trou de trésorerie qui suit. Faites relire ces six points par votre courtier, avec vos derniers bilans sous les yeux.
Questions fréquentes
En principe non. La garantie de base d'une multirisque professionnelle suppose un dommage matériel garanti ; une fermeture décidée pour un motif d'ordre public, d'hygiène ou de salubrité, sans sinistre, n'entre pas dans ce schéma. Vérifiez tout de même si vos conditions particulières comportent une extension « impossibilité d'accès », « privation de jouissance » ou « fermeture administrative », et sous quel plafond. Déclarez malgré tout l'événement à votre assureur dans le délai contractuel, ne serait-ce que pour obtenir une position écrite, et engagez sans attendre la contestation de l'arrêté : réduire la durée de la fermeture est souvent le seul levier économique réel.
Très rarement. Il s'agit d'une fermeture-sanction : elle sanctionne un manquement de l'exploitant, et les contrats excluent quasi systématiquement les conséquences des infractions à la réglementation applicable à l'activité. À l'inverse, si la fermeture est prononcée parce qu'un sinistre garanti a rendu les locaux non conformes — dégât d'eau en cuisine, incendie, panne majeure du froid consécutive à un événement couvert — la fermeture devient la conséquence d'un dommage garanti et la garantie peut jouer. Toute la discussion avec l'expert portera sur ce lien de causalité : documentez-le dès le premier jour.
Sur la perte de marge brute, pas sur le chiffre d'affaires : on reconstitue le chiffre d'affaires que vous auriez réalisé, on en retire les charges variables réellement économisées, et on applique la franchise puis la période d'indemnisation prévues au contrat. Le taux de marge brute figure généralement dans vos conditions particulières et doit être revu chaque année avec votre comptable : s'il est sous-évalué, la règle proportionnelle de capitaux (article L. 121-5 du Code des assurances) ampute l'indemnité. Préparez en amont les balances des trois derniers exercices, le journal des ventes et vos états de saisonnalité.
Oui, sauf disposition contraire du bail ou accord du bailleur. La Cour de cassation a jugé le 30 juin 2022 que les fermetures administratives liées à la crise sanitaire ne dispensaient pas le locataire de payer ses loyers. Deux nuances : lorsque des réparations urgentes durent plus de quarante jours, l'article 1724 du Code civil prévoit une diminution du loyer, mais les baux commerciaux y dérogent fréquemment ; et si l'origine de la fermeture est imputable à l'immeuble (insalubrité, péril), la responsabilité du bailleur peut être engagée. En pratique, négociez un avenant écrit de franchise ou d'étalement plutôt que de suspendre unilatéralement les paiements.
Ce n'est pas un sinistre assurable, mais un dommage de travaux publics. La jurisprudence administrative admet l'indemnisation du riverain lorsque le préjudice est anormal et spécial. Constituez le dossier dès maintenant : constat d'huissier ou photographies datées de l'entrave, comparatif mensuel de chiffre d'affaires avec les mêmes mois de l'année précédente, attestation du cabinet comptable, courriers adressés à la mairie ou au maître d'ouvrage. Adressez une réclamation préalable chiffrée au maître d'ouvrage, renseignez-vous sur l'existence d'une commission d'indemnisation amiable pour le chantier, et saisissez le tribunal administratif si la voie amiable échoue.
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Article rédigé et vérifié par l'équipe Insurio — Tutassûr, courtier en assurance immatriculé à l'ORIAS sous le n° 22001730. Information à caractère général ne se substituant pas aux conditions de votre contrat.