Réglementation 27 juillet 2026 ⏱️ 8 min de lecture

Feu parti de la hotte : ce que l'expert cherchera dans vos certificats d'entretien

Conduits de fumée et circuits d'extraction en cuisine : quelles fréquences d'entretien, quelles preuves conserver, et quand l'assureur peut refuser.

Par l'équipe Insurio Courtier responsable · ORIAS 22001730
⚡ L'essentiel
  • Deux entretiens différents, souvent confondus : le ramonage du conduit de fumée (four à bois, grill à charbon, chaudière) et le dégraissage du circuit d'extraction des buées et graisses de la hotte. Une cuisine dont les appareils de cuisson et de remise en température dépassent 20 kW de puissance utile totale relève en outre des dispositions « grandes cuisines » du règlement de sécurité incendie des ERP (arrêté du 25 juin 1980).
  • Depuis le 1er octobre 2023, la réglementation nationale impose au minimum un ramonage annuel du conduit de fumée par un professionnel, avec remise d'un certificat attestant notamment de la vacuité du conduit sur tout son parcours ; le règlement sanitaire de votre département ou de votre commune peut exiger davantage, en particulier pour les combustibles solides.
  • Article 1733 du Code civil : locataire, vous répondez de l'incendie du local loué sauf à prouver un cas fortuit, un vice de construction ou un feu communiqué par un voisin. Article 1242 alinéa 2 : le voisin qui vous attaque doit, lui, prouver votre faute — un défaut d'entretien documenté est précisément cette preuve.
  • Délais à connaître (Code des assurances) : déclaration du sinistre dans le délai des conditions particulières, qui ne peut être inférieur à 5 jours ouvrés (article L113-2), déclaration d'une aggravation de risque sous 15 jours, et prescription de deux ans pour toute action dérivant du contrat (article L114-1). Conservez vos certificats bien au-delà.

Ramonage ou dégraissage ? Deux circuits, deux obligations distinctes

Dans une cuisine professionnelle, deux réseaux cohabitent et ne relèvent pas du même entretien. La confusion entre les deux est la première cause de dossier incomplet au moment du sinistre.

  • Le conduit de fumée évacue les produits de combustion d'un appareil qui brûle un combustible : four à bois, grill à charbon de bois, chaudière, chauffe-eau. Il se ramone, et l'intervention donne lieu à un certificat de ramonage.
  • Le circuit d'extraction (hotte, filtres à graisse, gaines, caisson et moteur de ventilation, rejet en toiture) capte les buées, vapeurs et graisses de cuisson. Il se dégraisse : c'est un nettoyage mécanique, pas un ramonage.

Nuance utile : les appareils de cuisson au gaz placés sous une hotte voient généralement leurs produits de combustion évacués par le circuit d'extraction lui-même. À l'inverse, un four à bois ou un grill à charbon dispose de son propre conduit de fumée. Un même établissement peut donc devoir justifier à la fois d'un ramonage et d'un dégraissage.

Le combustible du feu de hotte n'est pas le gaz : c'est la couche de graisse polymérisée déposée dans la gaine. Un conduit encrassé transforme un départ de feu localisé en incendie vertical qui traverse les étages.

Périodicité : ce qu'impose la réglementation, ce qu'ajoute votre contrat

Trois corps de règles se superposent. Il faut les distinguer, parce qu'un contrôleur, un inspecteur du travail et un expert d'assurance ne cherchent pas la même chose.

  • Le ramonage des conduits de fumée : depuis le 1er octobre 2023, un texte national a harmonisé des règles auparavant dispersées dans les règlements sanitaires départementaux. Le conduit doit être ramoné au moins une fois par an par un professionnel, qui délivre un certificat attestant notamment de la vacuité du conduit sur tout son parcours. Votre règlement sanitaire départemental ou municipal peut imposer une fréquence supérieure, en particulier pour les combustibles solides : vérifiez-le auprès de votre mairie.
  • La sécurité incendie ERP : au-delà de 20 kW de puissance utile totale des appareils de cuisson et de remise en température, votre cuisine relève des dispositions particulières « grandes cuisines » du règlement de sécurité (arrêté du 25 juin 1980), qui imposent l'entretien et le nettoyage périodiques des circuits d'extraction, des trappes de visite permettant d'accéder à tout le parcours, et la consignation des interventions.
  • L'hygiène alimentaire et le droit du travail : le règlement (CE) n° 852/2004 exige des locaux propres, en bon état d'entretien et correctement ventilés, et un plan de nettoyage documenté dans votre plan de maîtrise sanitaire ; les articles R. 4222-1 et suivants du Code du travail encadrent l'aération et l'assainissement des lieux de travail.
ÉlémentNature de l'exigenceFréquence de référencePreuve à conserver
Conduit de fumée (four à bois, grill charbon, chaudière)Obligation réglementaire1 fois/an minimum ; davantage si le règlement local l'imposeCertificat de ramonage nominatif
Gaines et caisson d'extraction de la hotteRéglementation ERP + exigence contractuelle fréquenteAu moins annuelle ; nombre de contrats exigent 2 passages/an en cuisson grasseAttestation de dégraissage, photos avant/après, plan du circuit
Filtres à graisseHygiène + bonne pratiqueHebdomadaire, voire quotidienne selon l'activitéFiches de nettoyage du plan de maîtrise sanitaire
Système d'extinction automatique au-dessus des points de cuissonExigence contractuelle possible, pas une obligation généraleSelon la notice du fabricantRapport de maintenance de l'installateur

Retenez la hiérarchie : la réglementation fixe un plancher, votre contrat peut exiger plus. C'est toujours la stipulation la plus contraignante qui vous est opposée après un sinistre.

Traçabilité : les pièces que l'expert vous demandera après un sinistre

Après un feu de conduit, l'expert mandaté par l'assureur reconstitue l'historique d'entretien. En pratique, il réclame un dossier assez précis, et l'absence d'une seule pièce fragilise l'ensemble.

  • Les certificats de ramonage des trois dernières années, avec identification du professionnel et du conduit concerné.
  • Les attestations de dégraissage du circuit d'extraction, mentionnant le linéaire traité, les points d'accès utilisés et, idéalement, des photographies datées avant et après intervention.
  • Le contrat d'entretien ou les devis et factures acquittées, qui prouvent la régularité, pas seulement la dernière intervention.
  • Le registre de sécurité prévu par la réglementation ERP, tenu à jour, et le plan du circuit d'extraction avec l'emplacement des trappes de visite.
  • Les fiches de nettoyage des filtres issues de votre plan de maîtrise sanitaire.
  • Les réserves écrites éventuellement formulées par le prestataire : un rapport signalant une gaine inaccessible ou un dépôt anormal, et resté sans suite de votre part, se retourne contre vous.

Bonne pratique : conservez ces documents au format numérique, hors du local, avec une date de dernière intervention et une date de prochaine échéance. Un incendie détruit souvent le classeur qui aurait justifié la garantie.

Ce que l'assurance couvre — et ce qu'elle exige de vous

Une multirisque professionnelle mobilise, sur ce type de sinistre, plusieurs garanties : incendie et explosion, dommages aux aménagements et au matériel, frais de déblai et de décontamination, perte d'exploitation, responsabilité civile exploitation, recours des voisins et des tiers, et garantie des risques locatifs si vous êtes locataire du local.

Point de droit souvent mal compris : l'article L113-1 du Code des assurances prévoit que l'assureur garantit les pertes et dommages causés par la faute de l'assuré, sauf exclusion formelle et limitée figurant au contrat. Une simple négligence n'est donc pas, en soi, un motif de refus — encore faut-il qu'aucune clause valable ne vise le défaut d'entretien.

En pratique, votre contrat peut prévoir plusieurs mécanismes distincts :

  • une exclusion des dommages résultant d'un défaut d'entretien : l'assureur doit alors établir à la fois le manquement et son lien de causalité avec le sinistre ;
  • une condition de la garantie (par exemple deux dégraissages annuels justifiés) dont le régime probatoire diffère de celui de l'exclusion ; la qualification retenue relève, en cas de litige, de l'appréciation du juge ;
  • une réduction proportionnelle de prime (article L113-9) si vous avez omis de déclarer un mode de cuisson aggravant, comme l'ajout d'une friteuse, d'un grill à charbon ou d'un poste de flambage ;
  • la règle proportionnelle de capitaux (article L121-5) si vos capitaux mobiliers déclarés sont inférieurs à la valeur réelle.

Trois réflexes contractuels : relisez la rubrique « mesures de prévention » de vos conditions particulières, déclarez toute aggravation de risque dans les 15 jours (article L113-2), et ne présumez rien — vérifiez la fréquence exacte exigée, elle n'est pas toujours alignée sur le minimum réglementaire.

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Cas pratique chiffré : feu de conduit dans un restaurant de 90 couverts

Situation illustrative, montants fictifs mais réalistes. Restaurant locataire de 180 m², grill à charbon et deux friteuses, chiffre d'affaires 720 000 € HT. Un départ de feu au niveau d'un filtre à graisse se propage à 22 h 40 dans la gaine verticale et endommage la trémie technique sur deux niveaux.

PosteDommage constatéTraitement contractuel
Bâtiment et trémie technique168 000 €Garantie des risques locatifs, sous réserve des plafonds
Matériel et aménagements40 000 €Capital déclaré 60 000 € pour une valeur réelle de 78 000 € → règle proportionnelle : 40 000 × (60 000 / 78 000) = 30 769 €, soit 9 231 € à votre charge
Perte d'exploitation (4 mois de fermeture)82 000 € de marge bruteIndemnisable dans la limite de la période et du plafond souscrits
Déblai, décontamination des suies12 000 €Garantie annexe, souvent plafonnée en pourcentage

L'expert demande les attestations. Les conditions particulières exigeaient deux dégraissages par an ; une seule intervention est justifiée, seize mois avant le sinistre, et le rapport du prestataire mentionnait une gaine partiellement inaccessible, sans suite donnée. À partir de là, l'issue dépend entièrement de la rédaction de la clause et des preuves disponibles : elle peut aller d'une indemnisation intégrale à une prise en charge fortement réduite, voire à un refus. À titre de comparaison, deux dégraissages annuels et un ramonage représentent quelques centaines d'euros par intervention — demandez un devis chiffré sur votre linéaire réel.

Bailleur, voisins, salariés : les responsabilités qui ne dépendent pas de votre assureur

L'indemnisation de vos propres dommages n'est qu'une partie du sujet. Un feu de conduit engage trois autres fronts, et la réglementation y place la charge de la preuve à des endroits très différents.

  • Face au bailleur : l'article 1733 du Code civil fait peser sur le locataire la responsabilité de l'incendie du local loué, à moins qu'il ne prouve un cas fortuit, une force majeure, un vice de construction, ou que le feu a été communiqué par un local voisin. C'est une présomption défavorable : vos certificats d'entretien sont votre meilleur élément de défense. Vérifiez aussi les obligations d'entretien que votre bail met à votre charge sur les équipements du local.
  • Face aux voisins et aux tiers : l'article 1242 alinéa 2 du Code civil impose à celui qui agit contre vous de prouver que l'incendie est imputable à votre faute. Un défaut d'entretien documenté — ou l'absence totale de traçabilité — constitue justement cet élément.
  • Face à vos salariés et à l'administration : le défaut d'entretien du dispositif d'extraction peut être analysé comme un manquement à l'obligation de sécurité de l'employeur, et un local jugé insalubre ou dangereux expose à des mesures administratives pouvant aller jusqu'à la fermeture, avec des conséquences économiques que la garantie perte d'exploitation ne couvre pas nécessairement.

Mettre votre dossier d'entretien à niveau en 30 jours

Une remise à plat se fait en quelques heures de travail administratif, sans attendre l'échéance du contrat.

  • Jours 1 à 5 : inventoriez les appareils et leur puissance utile totale, pour savoir si vous relevez du seuil de 20 kW, et tracez le schéma réel de vos circuits (conduits de fumée d'un côté, extraction de l'autre).
  • Jours 6 à 10 : sortez vos conditions particulières et surlignez toute mention d'entretien, de ramonage, de dégraissage, de périodicité ou de moyens de prévention. Notez la fréquence exigée, mot pour mot.
  • Jours 11 à 20 : faites intervenir un professionnel pour un état des lieux du circuit, la création éventuelle de trappes de visite manquantes, puis un dégraissage complet avec photos datées. Demandez un contrat d'entretien avec échéancier plutôt que des interventions ponctuelles.
  • Jours 21 à 30 : ouvrez ou reprenez le registre de sécurité, archivez tout en double (papier sur site, numérique hors site), programmez les rappels d'échéance, et déclarez par écrit à votre courtier toute évolution du mode de cuisson.

Si vous exploitez une cuisine à cuisson grasse, faites relire vos exigences de prévention avant le prochain sinistre plutôt qu'après : c'est le seul moment où elles se négocient. Nos repères par activité sont détaillés sur la page assurance restaurant. Cet article présente le cadre général applicable en France ; il ne remplace ni l'examen de vos conditions particulières, ni l'avis d'un professionnel sur votre situation précise.

Questions fréquentes

Distinguez trois niveaux. Les filtres à graisse se nettoient très fréquemment, souvent chaque semaine voire chaque jour selon le volume de cuisson, et cela relève de votre plan de nettoyage interne. Les gaines, le caisson et le moteur d'extraction relèvent d'un dégraissage par une entreprise spécialisée : la réglementation ERP applicable aux grandes cuisines impose un entretien et un nettoyage périodiques, et de nombreux contrats d'assurance exigent deux passages par an en cuisson grasse (friteuses, grill à charbon, plancha). La règle pratique : appliquez la fréquence la plus contraignante entre la réglementation et vos conditions particulières, et faites-la figurer dans un contrat d'entretien à échéances fixes.

Non, et c'est une erreur très fréquente. Le certificat de ramonage concerne le conduit de fumée d'un appareil à combustion (four à bois, grill à charbon, chaudière) et atteste notamment de la vacuité du conduit sur tout son parcours. Le nettoyage du circuit d'extraction des buées et graisses est une prestation différente, qui donne lieu à une attestation de dégraissage distincte. Si votre cuisine comporte les deux, vous devez pouvoir produire les deux documents. Vérifiez que l'attestation de dégraissage identifie précisément la partie du circuit traitée : une intervention limitée à la hotte, sans les gaines verticales, ne couvre pas l'exigence.

Cela dépend de la rédaction exacte de votre contrat. L'article L113-1 du Code des assurances prévoit que l'assureur couvre en principe les dommages causés par la faute de l'assuré, sauf exclusion formelle et limitée. Si votre contrat exclut les dommages résultant d'un défaut d'entretien, l'assureur doit établir le manquement et son lien de causalité avec le sinistre. Si l'entretien périodique est rédigé comme une condition de la garantie, le régime probatoire est différent et la qualification relève, en cas de litige, de l'appréciation du juge. Concrètement : demandez la position écrite et motivée de l'assureur, produisez tout l'historique dont vous disposez, et faites-vous assister par votre courtier avant d'accepter une réduction d'indemnité.

Le nettoyage courant des filtres et des surfaces accessibles de la hotte relève normalement de votre équipe et de votre plan de maîtrise sanitaire. En revanche, le dégraissage des gaines, du caisson et du moteur de ventilation suppose un accès en hauteur, des produits adaptés, un démontage et une remise en état : passer par une entreprise spécialisée présente deux avantages décisifs. D'abord la sécurité de vos salariés, ensuite la valeur probante : une attestation émise par un tiers, avec photographies datées avant et après, est opposable à un expert, ce que ne sera jamais une mention manuscrite dans un cahier interne. Vérifiez enfin si vos conditions particulières exigent explicitement l'intervention d'un professionnel.

Bien plus longtemps que la dernière échéance. Toute action dérivant du contrat d'assurance est prescrite par deux ans (article L114-1 du Code des assurances), mais votre responsabilité civile envers un voisin, un bailleur ou un salarié peut être recherchée sur des durées nettement plus longues. Conservez donc au minimum cinq ans d'historique, et davantage si vous exploitez dans un immeuble collectif ou si votre bail vous impose des obligations d'entretien. Stockez une copie numérique hors du local : après un incendie, le classeur qui aurait justifié votre diligence a souvent brûlé avec la cuisine.

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Article rédigé et vérifié par l'équipe Insurio — Tutassûr, courtier en assurance immatriculé à l'ORIAS sous le n° 22001730. Information à caractère général ne se substituant pas aux conditions de votre contrat.

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