Réglementation 27 juillet 2026 ⏱️ 8 min de lecture

Le groupe froid s'est arrêté vendredi soir : que devez-vous jeter, que paie l'assureur ?

Un groupe froid en panne 12 h peut coûter plus cher en marchandises perdues qu'en réparation. Ce que la loi impose, ce que l'assureur indemnise.

Par l'équipe Insurio Courtier responsable · ORIAS 22001730
⚡ L'essentiel
  • Le règlement (CE) n° 852/2004 (article 5) impose à tout exploitant du secteur alimentaire des procédures permanentes fondées sur les principes HACCP : la température de conservation y est un point critique, que vous devez surveiller, enregistrer et pouvoir prouver.
  • Les seuils sont fixés par denrée : viande hachée +2 °C, abats +3 °C, volailles et préparations de viandes +4 °C, carcasses d'ongulés domestiques +7 °C (règlement (CE) n° 853/2004, annexe III) ; aliments surgelés −18 °C ; plats en liaison chaude +63 °C minimum et refroidissement de +63 °C à +10 °C en moins de 2 heures (arrêté du 21 décembre 2009).
  • Une denrée devenue dangereuse ne peut pas être remise sur le marché : le règlement (CE) n° 178/2002 (articles 14 et 19) impose le retrait immédiat et l'information de l'autorité compétente ; l'élimination passe par une filière agréée de sous-produits animaux (règlement (CE) n° 1069/2009), à vos frais.
  • Côté assurance, la « détérioration des marchandises en enceinte réfrigérée » est une extension optionnelle de la multirisque professionnelle : elle est presque toujours plafonnée, soumise à franchise et conditionnée à l'entretien du matériel ; les marchandises sont indemnisées au prix de revient (contrat d'indemnité, art. L. 121-1 du Code des assurances) et le délai de déclaration ne peut être inférieur à 5 jours ouvrés (art. L. 113-2, 4°).

23 h, le compresseur s'arrête : les trois décisions des douze premières heures

Une panne de froid ne se juge pas à la température affichée sur le boîtier, mais à la température au cœur des denrées et à la durée de la remontée. C'est ce couple temps/température qui détermine ce que vous pouvez conserver et ce que vous devez retirer.

Trois réflexes, dans cet ordre :

  • Horodater et mesurer. Relevez la température de l'air, puis celle d'au moins un produit par catégorie avec un thermomètre à sonde désinfecté. Notez l'heure de découverte, l'heure estimée de l'arrêt (l'enregistreur ou la centrale d'alarme la donne) et photographiez l'afficheur.
  • Ne pas ouvrir plus que nécessaire. Une enceinte fermée et bien remplie tient plusieurs heures. Chaque ouverture accélère la remontée et affaiblit votre dossier devant l'expert.
  • Isoler, pas jeter. Transférez ce qui peut l'être vers une enceinte conforme ou un véhicule frigorifique loué, et identifiez clairement le reste : « denrées consignées – ne pas utiliser ». Jeter avant tout constat, c'est perdre en même temps la preuve sanitaire et la preuve assurantielle.
La rupture n'est pas un fait binaire : un même incident peut laisser vos surgelés conformes et rendre vos préparations traiteur non commercialisables.

Les températures que la réglementation impose, denrée par denrée

Le règlement (CE) n° 852/2004 (article 5) oblige tout exploitant du secteur alimentaire à mettre en place et à maintenir des procédures fondées sur les principes HACCP. Dans la quasi-totalité des plans de maîtrise sanitaire, la conservation au froid constitue un point critique : elle doit être surveillée, enregistrée et documentée. Les seuils, eux, viennent des textes spécifiques.

DenréeTempérature à ne pas dépasserRéférence
Viande hachée+2 °CRèglement (CE) n° 853/2004, annexe III
Abats+3 °CRèglement (CE) n° 853/2004, annexe III
Préparations de viandes+4 °CRèglement (CE) n° 853/2004, annexe III
Volailles et lagomorphes+4 °CRèglement (CE) n° 853/2004, annexe III
Carcasses et viandes d'ongulés domestiques+7 °CRèglement (CE) n° 853/2004, annexe III
Produits de la pêche fraisTempérature de la glace fondante (0 à +2 °C)Règlement (CE) n° 853/2004, annexe III
Préparations culinaires élaborées à l'avance+3 °CArrêté du 21 décembre 2009
Plats maintenus au chaud (liaison chaude)+63 °C minimumArrêté du 21 décembre 2009
Aliments surgelés, glaces et crèmes glacées−18 °CRéglementation applicable aux aliments surgelés

Le refroidissement d'une préparation chaude doit permettre de passer de +63 °C à +10 °C en moins de deux heures (arrêté du 21 décembre 2009). Pour l'entreposage et le transport des surgelés, le règlement (CE) n° 37/2005 impose des enregistreurs de température et la conservation des relevés — exactement les pièces que l'expert d'assurance réclamera. Ces obligations sont les mêmes quel que soit le local : restaurant, boucherie, épicerie fine ou laboratoire traiteur.

Denrées exposées : qui décide de la destruction, et qui la paie

Le principe est posé par le règlement (CE) n° 178/2002 : une denrée dangereuse ne peut pas être mise sur le marché (article 14). Et si vous estimez qu'une denrée que vous avez produite ou distribuée ne répond pas aux prescriptions de sécurité, l'article 19 vous impose d'engager immédiatement son retrait et d'en informer l'autorité compétente (la DDPP de votre département).

Trois niveaux se distinguent, et il faut les garder séparés :

  • Votre décision d'exploitant. Sur la base de votre plan de maîtrise sanitaire, vous statuez sur chaque lot : conservation, changement de destination (cuisson immédiate, par exemple), ou retrait.
  • La décision de l'administration. Dans le cadre de leurs pouvoirs de police sanitaire, les agents de contrôle peuvent consigner un stock, en ordonner le changement de destination ou la destruction — aux frais de l'exploitant. Les résultats des contrôles officiels font l'objet d'une publication en ligne.
  • L'élimination matérielle. Les denrées d'origine animale retirées de la consommation humaine relèvent de la réglementation des sous-produits animaux (règlement (CE) n° 1069/2009) : elles doivent partir vers un opérateur agréé, avec bordereau d'enlèvement. Les jeter aux ordures ménagères ou dans un bac de déchets banals n'est pas une option.

Bonne pratique, non imposée par un texte mais décisive en cas de litige : faire établir un certificat de destruction mentionnant les catégories, les poids et la date.

Ce que l'assurance couvre — et ce qu'elle exige de vous

Le socle d'une multirisque professionnelle couvre vos marchandises contre l'incendie, les dégâts d'eau ou le vol. La perte due à un arrêt du froid, elle, relève d'une extension spécifique, souvent intitulée « détérioration des marchandises en enceinte réfrigérée ». Elle n'est pas automatique : vérifiez sa présence dans vos conditions particulières et son montant.

Événements généralement visés : panne accidentelle du matériel frigorifique, arrêt accidentel de l'alimentation électrique au-delà d'une durée définie au contrat, fuite accidentelle de fluide frigorigène.

Ce que l'assureur exige de vous — ce sont des obligations contractuelles, pas légales, mais leur non-respect se paie : un contrat d'entretien annuel du groupe froid, parfois un âge maximum du matériel, une alarme ou une télésurveillance de température, et la conservation des relevés. Certains contrats subordonnent la garantie à la production du dernier rapport d'entretien.

Limites fréquentes : porte laissée ouverte ou erreur de manipulation, défaut d'entretien caractérisé, coupure volontaire, programmée ou plan de délestage, marchandises déjà non conformes avant l'événement, dépassement des durées de stockage prévues.

Le calcul de l'indemnité suit trois règles du Code des assurances : l'assurance est un contrat d'indemnité, l'indemnité ne peut excéder la valeur de la chose au moment du sinistre (art. L. 121-1) ; en cas de capitaux sous-évalués, la règle proportionnelle réduit l'indemnité (art. L. 121-5) ; et le délai de déclaration fixé au contrat ne peut être inférieur à cinq jours ouvrés (art. L. 113-2, 4°). Rappelons aussi que les exclusions doivent être formelles et limitées (art. L. 113-1).

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Cas pratique : 520 kg perdus dans une boucherie-traiteur, 8 432 € réclamés

Samedi 23 h, le compresseur de la chambre froide positive d'une boucherie-charcuterie-traiteur s'arrête. L'alarme alerte le gérant, qui n'intervient que le dimanche à 8 h. Bilan : 310 kg de viandes fraîches, charcuterie et préparations traiteur à +11 °C, et 210 kg de surgelés remontés à −6 °C dans le congélateur alimenté par le même circuit. Tout est retiré. Le contrat comporte l'extension « détérioration des marchandises réfrigérées » avec un plafond de 8 000 € par sinistre et une franchise de 300 €, mais pas de garantie bris de machines.

PosteRéclaméIndemniséMotif
310 kg frais et traiteur (prix de revient 9,40 €/kg)2 914 €4 042 €
(4 342 € − 300 € de franchise)
Sous plafond ; valorisation au prix de revient, non au prix de vente (≈ 9 800 €)
210 kg de surgelés (prix de revient 6,80 €/kg)1 428 €
Enlèvement et destruction en filière agréée480 €480 €Frais annexes prévus au contrat
Nettoyage et désinfection des enceintes260 €260 €Frais consécutifs à un dommage garanti
Remplacement du compresseur1 950 €0 €Le matériel relève du bris de machines, non souscrit
2 jours de fermeture (marge brute perdue)1 400 €0 €Garantie perte d'exploitation absente du contrat
Total8 432 €4 782 €Reste à charge : 3 650 €

La leçon n'est pas dans le plafond, qui n'a pas été atteint : elle est dans les deux lignes à zéro. Le coût des marchandises est rarement le poste le plus lourd.

Perte d'exploitation, bris de machines, RC pro : les lignes qu'on oublie de souscrire

Trois garanties complètent utilement l'extension marchandises, et aucune n'est incluse d'office :

  • Bris de machines. Elle vise le matériel lui-même : compresseur, groupe, régulation. Dans les contrats qui conditionnent la perte d'exploitation à un dommage matériel garanti, c'est souvent elle qui ouvre la porte à l'indemnisation de la marge perdue.
  • Perte d'exploitation. Elle indemnise la marge brute non réalisée pendant l'arrêt, dans la limite d'une période d'indemnisation et après une franchise généralement exprimée en jours. Elle suppose une base d'assurance correctement calculée sur votre comptabilité.
  • Responsabilité civile. Si des denrées ont été vendues avant que la rupture soit détectée et qu'un client se déclare malade, on quitte le terrain du dommage aux biens pour celui du dommage corporel causé à un tiers : c'est la responsabilité civile professionnelle et, le cas échéant, une garantie distincte de frais de retrait-rappel.

Rappel réglementaire utile : les toxi-infections alimentaires collectives font partie des maladies à déclaration obligatoire. Une suspicion de cas groupés se signale sans attendre à l'agence régionale de santé, indépendamment de toute démarche assurantielle.

Les six preuves à réunir avant de déclarer le sinistre

Un dossier de rupture du froid se gagne sur la traçabilité. Réunissez, avant même de rédiger votre déclaration :

  • La courbe de température ou les relevés manuels horodatés couvrant les jours qui précèdent l'incident.
  • Le rapport du frigoriste identifiant la cause technique, accompagné de la facture d'intervention. C'est cette pièce qui qualifie l'événement en « panne accidentelle ».
  • L'inventaire contradictoire des denrées retirées : catégories, poids, numéros de lot, DLC, photos datées, signature d'un salarié présent.
  • Les justificatifs de valeur : factures d'achat pour les marchandises revendues en l'état, fiches de coût de revient pour vos productions.
  • Le bordereau d'enlèvement et le certificat de destruction délivrés par l'opérateur agréé.
  • Le contrat d'entretien à jour du matériel frigorifique et le dernier rapport de visite.

Si l'origine est une coupure du réseau, demandez une attestation au distributeur d'électricité : elle documente la durée exacte et prépare un éventuel recours. Enfin, déclarez dans le délai de vos conditions particulières, sans attendre le chiffrage définitif : une déclaration ouverte puis complétée vaut mieux qu'une déclaration tardive.

Questions fréquentes

Non, pas comme surgelés. La réglementation applicable aux aliments surgelés impose un maintien à −18 °C, avec seulement de brèves fluctuations de quelques degrés tolérées lors de la distribution — pas une remontée durable de dix degrés. Un produit dont la chaîne du froid a été rompue ne peut pas être recongelé pour être remis en vente sous cette dénomination. Selon la nature du produit et la durée d'exposition, votre plan de maîtrise sanitaire peut autoriser un changement de destination (cuisson immédiate pour une consommation le jour même). Documentez la décision par écrit : c'est cet écrit qui vous protège en contrôle comme en expertise.

Oui, si votre contrat en fait une condition de la garantie ou une exclusion, à condition que celle-ci soit rédigée de façon formelle et limitée (art. L. 113-1 du Code des assurances). L'entretien du matériel n'est pas une obligation légale au sens sanitaire : c'est une exigence contractuelle de l'assureur, très fréquente sur cette extension. Vérifiez la formulation exacte de vos conditions particulières : certaines exigent un contrat d'entretien annuel, d'autres se contentent d'un entretien « régulier » que vous pouvez prouver par des factures d'intervention.

Cela dépend de la rédaction de votre contrat. Beaucoup d'extensions visent « l'arrêt accidentel de l'alimentation électrique » au-delà d'une durée minimale exprimée en heures, mais excluent les coupures volontaires, programmées ou consécutives à un plan de délestage. Demandez systématiquement une attestation au distributeur d'électricité mentionnant l'heure de début et de fin : elle sert à qualifier l'événement au regard de la garantie et à envisager un recours. Un onduleur ou un report d'alarme sur téléphone réduit fortement l'exposition, et certains assureurs le valorisent en tarif.

Non. L'assurance de dommages est un contrat d'indemnité : l'indemnité ne peut pas excéder la valeur de la chose assurée au moment du sinistre (art. L. 121-1 du Code des assurances). Les marchandises revendues en l'état sont donc évaluées à leur prix d'achat ou coût de reconstitution, et vos productions à leur coût de revient — pas au prix affiché en vitrine. La marge que vous n'avez pas réalisée relève, elle, d'une garantie perte d'exploitation, si vous l'avez souscrite et si l'événement en déclenche les conditions.

L'obligation d'information de l'autorité compétente prévue par le règlement (CE) n° 178/2002 (article 19) se déclenche lorsque vous estimez qu'une denrée que vous avez mise sur le marché ne satisfait pas aux prescriptions de sécurité. Si les lots concernés n'ont jamais quitté votre établissement et sont retirés puis détruits en filière agréée, la démarche relève de votre plan de maîtrise sanitaire : tracez la décision, conservez l'inventaire et le certificat de destruction, et tenez-les à disposition lors du prochain contrôle. Dès qu'un produit potentiellement non conforme a été vendu ou livré, en revanche, le retrait et l'information des services vétérinaires deviennent immédiats — et un signalement à l'agence régionale de santé s'impose en cas de suspicion de cas groupés.

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Article rédigé et vérifié par l'équipe Insurio — Tutassûr, courtier en assurance immatriculé à l'ORIAS sous le n° 22001730. Information à caractère général ne se substituant pas aux conditions de votre contrat.

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