Décryptage 25 juin 2026 ⏱️ 6 min de lecture

Convoyage : qui paie quand le bateau confié casse pendant la traversée ?

Vous ramenez le voilier d'un client de Palma à La Rochelle. À 80 milles des côtes, le gréement lâche. La question qui fâche tombe au retour : c'est vous ou l'armateur qui réglez la facture ?

Par l'équipe Insurio Courtier responsable · ORIAS 22001730
⚡ L'essentiel
  • Le bateau qui vous est confié pour un convoyage n'est pas couvert par votre RC Professionnelle classique : la RC indemnise les tiers, pas le bien que vous avez en garde.
  • La responsabilité du skipper sur le navire confié repose sur la notion de dépôt et de garde : vous devez le rendre dans l'état où vous l'avez reçu, sauf à prouver que l'avarie ne vient pas d'une faute de votre part.
  • L'assurance corps du propriétaire couvre souvent le navire, mais l'assureur peut se retourner contre vous (recours subrogatoire) si une faute de navigation est établie.
  • Une garantie « bateau confié » dédiée, adossée à votre RC Pro, est ce qui évite que l'avarie ne sorte de votre poche.

Le malentendu de départ : RC Pro ne veut pas dire « tout est couvert »

Beaucoup de skippers professionnels signent un contrat de responsabilité civile professionnelle en pensant qu'il les couvre pour tout ce qui peut arriver pendant une mission. C'est une erreur de lecture qui se paie cher le jour d'un convoyage qui tourne mal.

La RC Professionnelle répare les dommages que vous causez à un tiers : un autre navire que vous heurtez, un passager blessé, un ponton endommagé à la manœuvre. Sa logique est celle de la responsabilité envers autrui. Or, le bateau que l'armateur vous remet pour le ramener d'un port à un autre n'est pas un tiers : c'est un bien placé sous votre garde. Juridiquement, vous en êtes le dépositaire le temps de la traversée.

Cette distinction change tout. Le jour où le gréement lâche, où le moteur rend l'âme ou où la coque touche un haut-fond, le dommage frappe non pas un tiers mais le bien que vous aviez la charge de protéger. Une RC Pro nue ne se déclenche pas. C'est exactement le vide que la garantie bateau confié vient combler.

La garde du navire : ce que le droit du dépôt fait peser sur vous

Dès l'instant où l'armateur vous remet les clés et le carnet de bord, vous prenez possession du navire au sens juridique. Le Code civil parle de dépôt : celui qui reçoit une chose s'engage à la garder et à la restituer dans l'état où il l'a reçue.

La conséquence est lourde. En cas d'avarie constatée au retour, c'est souvent à vous qu'il revient de démontrer que le dommage ne provient pas d'un manquement de votre part. La charge de la preuve penche du mauvais côté. Quelques exemples concrets de ce qui peut vous être reproché :

  • une voile déchirée parce que vous avez maintenu trop de toile dans un coup de vent annoncé ;
  • un moteur surchauffé faute d'avoir vérifié le circuit de refroidissement avant le départ ;
  • un échouement sur une zone clairement portée sur la carte ;
  • un mouillage mal tenu ayant entraîné une dérive et un talonnage.

À l'inverse, une avarie due à un vice caché du navire (corrosion non visible d'un ridoir, défaut de maintenance antérieur à votre prise en charge) ne vous est pas imputable. Encore faut-il pouvoir le prouver. D'où l'intérêt vital d'un état des lieux contradictoire à la prise en charge, photos datées à l'appui.

L'assurance corps de l'armateur ne vous protège pas

« Le bateau est assuré, l'armateur a son assurance corps, donc je suis tranquille. » C'est le raisonnement le plus dangereux du métier.

L'assurance corps du propriétaire couvre effectivement le navire contre les avaries. Mais le contrat comporte presque toujours une clause de recours subrogatoire : une fois qu'il a indemnisé son assuré, l'assureur reprend ses droits et se retourne contre le responsable du dommage. Si une faute de navigation de votre part est établie, c'est vous, skipper, que l'assureur corps va poursuivre pour récupérer ce qu'il a versé.

Autrement dit, l'assurance de l'armateur paie d'abord le propriétaire, puis vous envoie la facture. Sans garantie bateau confié de votre côté, vous payez de votre poche un voilier qui peut valoir plusieurs centaines de milliers d'euros.

Beaucoup de contrats de convoyage prévoient en outre une franchise qui reste contractuellement à la charge du skipper en cas de sinistre. Là encore, votre propre garantie est ce qui absorbe cette franchise au lieu de la laisser sur votre relevé bancaire.

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Chiffrer le risque : un convoyage transméditerranéen qui dérape

Prenons un cas réaliste. Vous convoyez un voilier de 14 mètres, valeur d'assurance 380 000 €, des Baléares vers la côte atlantique. Au large du golfe de Gascogne, dans une mer formée, un cadène cède et le mât tombe.

PosteCoût estimé
Mât carbone neuf + pose62 000 €
Gréement dormant et courant14 000 €
Voiles détruites11 000 €
Remorquage et mise au sec9 000 €
Immobilisation et expertise7 000 €
Total103 000 €

L'expertise conclut à un défaut d'inspection du gréement avant départ : la corrosion du cadène était visible à l'œil exercé. La faute de garde est retenue. Sans garantie bateau confié, ces 103 000 € sont pour vous. Avec, l'assureur prend le sinistre en charge, déduction faite d'une franchise de quelques milliers d'euros. Le rapport entre la cotisation annuelle et le risque encouru se passe de commentaire.

Construire la bonne couverture pour vos convoyages

Un skipper qui fait du convoyage régulier doit empiler trois étages de protection cohérents :

  1. La RC Professionnelle pour les dommages aux tiers et aux passagers : c'est le socle, indispensable mais insuffisant seul.
  2. La garantie bateau confié, qui couvre précisément l'avarie du navire placé sous votre garde, franchise comprise dans bien des cas.
  3. La protection juridique professionnelle, pour faire face au recours de l'assureur corps ou à un litige avec l'armateur sur l'origine d'une avarie.

Vérifiez aussi la zone de navigation déclarée : une couverture limitée à la zone côtière ne suit pas un convoyage hauturier transméditerranéen ou transatlantique. Et soignez la traçabilité : check-list de prise en charge signée, photos, mentions des réserves. C'est ce dossier qui fait la différence entre une faute présumée et une avarie reconnue comme non imputable.

Pour aller plus loin sur le socle de responsabilité, consultez notre décryptage sur la responsabilité envers les passagers à bord et notre page dédiée à la RC Professionnelle.

Questions fréquentes

Non, pas la RC Professionnelle seule. Celle-ci répare les dommages causés aux tiers et aux passagers, pas le navire placé sous votre garde. Il faut une garantie bateau confié dédiée pour couvrir l'avarie du voilier que l'armateur vous remet.

Pas vraiment. L'assurance corps indemnise le propriétaire, mais elle comporte généralement une clause de recours subrogatoire : l'assureur peut ensuite se retourner contre vous si une faute de navigation est établie. Sans garantie personnelle, vous remboursez de votre poche.

En documentant l'état du navire à la prise en charge : état des lieux contradictoire signé, photos datées, mention des réserves et des éléments douteux. Ce dossier permet d'établir qu'une avarie provient d'un vice caché ou d'un défaut antérieur à votre garde.

Souvent oui, le contrat de convoyage ou l'assurance corps de l'armateur prévoit une franchise qui pèse contractuellement sur le skipper. Une bonne garantie bateau confié absorbe tout ou partie de cette franchise au lieu de la laisser à votre charge.

Uniquement si la zone de navigation déclarée le permet. Une couverture limitée à la navigation côtière ne suit pas un convoyage transméditerranéen ou transatlantique. Déclarez précisément vos zones et la distance des côtes pour éviter un refus de prise en charge.

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Article rédigé et vérifié par l'équipe Insurio — Tutassûr, courtier en assurance immatriculé à l'ORIAS sous le n° 22001730. Information à caractère général ne se substituant pas aux conditions de votre contrat.

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