Décryptage 13 juin 2026 ⏱️ 9 min de lecture

Confidence suicidaire en séance : avez-vous le droit, ou le devoir, de parler ?

Une cliente vous annonce, en fin de séance, qu'elle a acheté des médicaments « au cas où ». Vous n'êtes pas médecin, pas psychologue, pas tenu au secret médical. Êtes-vous libre de prévenir sa famille ? Devez-vous appeler le 15 ? Pouvez-vous être poursuivi pour non-assistance ? Le droit organise une cascade de devoirs que beaucoup de praticiens ignorent.

Par Sami Hami Courtier responsable · ORIAS 22001730
⚡ L'essentiel
  • Le secret professionnel des thérapeutes non réglementés n'est pas légal mais contractuel : il découle de la confidentialité due au client.
  • L'article 223-6 du Code pénal impose à toute personne, y compris non soignante, de porter secours en cas de péril imminent, sous peine de 5 ans de prison.
  • La jurisprudence admet la révélation de la confidence en cas de péril imminent, à condition qu'elle soit proportionnée et adressée à la bonne autorité (SAMU, proche désigné, autorité judiciaire).
  • La RC Pro couvre à la fois la mise en cause pour violation de confidentialité et pour non-assistance à personne en péril, sous réserve d'absence de faute intentionnelle.

Le mythe du secret professionnel absolu

Beaucoup de praticiens en relation d'aide pensent être tenus au même secret professionnel qu'un médecin ou un psychologue clinicien. C'est faux. Le secret professionnel pénalement sanctionné (article 226-13 du Code pénal) ne s'impose qu'aux personnes dépositaires d'informations « par état, par profession ou par mission », à condition que cette profession soit réglementée par un texte.

Un thérapeute psycho-émotionnel, un praticien EFT, un coach en libération émotionnelle ne sont pas réglementés. Ils ne sont donc pas soumis au secret professionnel au sens pénal. La confidentialité de leurs séances repose sur deux fondements distincts.

Le fondement contractuel

Le contrat de prestation, écrit ou tacite, comporte une obligation implicite de discrétion. Sa violation engage la responsabilité civile du praticien (article 1240 du Code civil) et permet au client de réclamer des dommages-intérêts.

Le fondement RGPD

Les informations recueillies en séance sont des données personnelles sensibles au sens de l'article 9 du RGPD : elles relèvent de la santé physique ou mentale. Leur traitement non autorisé peut donner lieu à plainte devant la CNIL, à une amende administrative, et à l'indemnisation du préjudice moral du client.

Concrètement, vous n'êtes pas légalement tenu au silence, mais vous êtes contractuellement et RGPD-iquement tenu à la discrétion. Cette distinction prend tout son sens quand une confidence grave bouscule le cadre.

L'obligation d'agir : l'article 223-6 du Code pénal

Face à une confidence suicidaire ou à la révélation d'un crime imminent (violences conjugales graves, maltraitance d'enfant), le droit pénal renverse la perspective. L'article 223-6 alinéa 2 du Code pénal punit de 5 ans d'emprisonnement et 75 000 € d'amende « quiconque s'abstient volontairement de porter à une personne en péril l'assistance que, sans risque pour lui ou pour les tiers, il pouvait lui prêter, soit par son action personnelle, soit en provoquant un secours ».

La jurisprudence est constante : ce devoir s'impose à toute personne, pas seulement aux soignants. Un thérapeute n'a pas d'immunité particulière. Mieux : la qualité de praticien aggrave parfois l'analyse, parce qu'il est censé mieux percevoir le danger.

Deux conditions cumulatives caractérisent l'infraction : un péril imminent et l'abstention volontaire alors qu'une action était possible sans risque. Une confidence d'idées suicidaires avec scénario précis (date, moyen, lettre rédigée) entre clairement dans cette définition. Une idée passagère de « ne plus exister », sans scénario, ne suffit pas à elle seule à caractériser le péril imminent — mais elle impose un protocole de vigilance.

Comment la révélation est légalement justifiée

La Cour de cassation (Crim., 8 octobre 1997, n° 94-84.801 ; Civ. 1ère, 7 mars 2006, n° 05-16.085) admet que la révélation d'une confidence couverte par la confidentialité est justifiée si elle remplit trois conditions cumulatives.

  1. Un péril imminent caractérisé : la menace doit être actuelle et grave (passage à l'acte annoncé, moyens préparés, échéance fixée).
  2. Une proportionnalité de la révélation : on ne révèle que ce qui est strictement nécessaire à la prévention du péril, pas l'intégralité du dossier.
  3. Une adresse pertinente : le SAMU (15), la cellule d'urgence psychiatrique du territoire, le 3114 (numéro national de prévention du suicide), ou un proche désigné comme « personne de confiance » par le client en début d'accompagnement.

Le bon réflexe est de prévoir, dès la première séance, une fiche de consentement où le client autorise expressément le praticien à contacter, en cas de péril vital, soit le SAMU, soit une personne nommément désignée. Cette autorisation préalable vous évite tout débat sur le caractère proportionné de la révélation.

Cas pratique chiffré : la confidence du vendredi soir

Considérons une situation typique. Vendredi 19h, dernière séance de la semaine. Votre cliente, suivie depuis 4 mois pour gestion du stress post-divorce, vous annonce qu'elle a stocké les anxiolytiques de sa mère décédée et qu'elle « ne passera peut-être pas le week-end ». Vous la connaissez bien. Elle vit seule. Elle a deux enfants chez son ex-mari ce week-end.

Trois scénarios sont possibles, et leur coût juridique diffère radicalement.

ScénarioConséquence pénaleConséquence civile
Vous ne dites rien, elle passe à l'acteNon-assistance : 5 ans + 75 000 €Action des héritiers : 30 000 à 100 000 €
Vous publiez l'info sur les réseaux ou prévenez le voisinageAucuneViolation de confidentialité : 3 000 à 15 000 €
Vous appelez le 15 + un proche désigné, en restant factuelAucuneAucune (fait justificatif)

Le troisième scénario est juridiquement le seul tenable. Documentez immédiatement votre démarche dans un compte-rendu daté : heure de l'appel, identité du régulateur SAMU, contenu strict transmis, identité du proche prévenu. Ce document, conservé sous accès restreint et chiffré, sera la pièce maîtresse de votre défense si la cliente, après stabilisation, vous reproche d'avoir prévenu un tiers.

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Le piège du téléphone et de la messagerie

Beaucoup de praticiens reçoivent ces confidences hors séance, par SMS ou par WhatsApp le soir, le week-end, en vacances. Le droit ne distingue pas. Le devoir de porter secours s'applique dès lors que vous avez connaissance du péril, quel que soit le canal.

Trois précautions pratiques limitent le risque.

  • Affichez un message d'absence automatique sur votre messagerie professionnelle indiquant : « En cas d'urgence vitale, composez le 15 ou le 3114. Les messages reçus en dehors des heures de cabinet ne sont pas relus en temps réel. » Ce message vous protège partiellement de l'argument « vous saviez et n'avez rien fait ».
  • N'utilisez pas WhatsApp ni les SMS pour le suivi. Préférez une plateforme conforme RGPD (Doctolib pour les praticiens du bien-être, Calendly avec confidentialité renforcée, ou simple email professionnel chiffré). Les conversations stockées sur WhatsApp posent un double problème : RGPD (transfert hors UE) et conservation involontaire de confidences sensibles.
  • Documentez chaque alerte dans un journal de bord daté, conservé hors du téléphone personnel. En cas de procédure, ce journal constituera votre principale pièce à décharge.

Ce que doit prévoir votre RC Pro pour ce type de sinistre

La spécificité du métier impose une RC Pro qui couvre simultanément deux risques antagonistes : la mise en cause pour violation de confidentialité (si vous avez révélé) et la mise en cause pour non-assistance à personne en péril (si vous n'avez pas révélé). Beaucoup de contrats généralistes ne couvrent que le premier risque.

Vérifiez dans vos conditions générales la présence des garanties suivantes :

  • Atteinte à la confidentialité non intentionnelle : couvre les révélations faites de bonne foi dans un cadre justifié ;
  • Défense pénale : prise en charge des frais d'avocat pour non-assistance, secret violé, ou conseil contesté ;
  • Protection RGPD : couverture des sanctions CNIL non punitives et des frais d'expert en protection des données ;
  • Dommage moral du client : prise en charge des indemnisations civiles pour préjudice psychologique allégué ;
  • Assistance psychologique du praticien : option de plus en plus proposée, qui finance votre propre suivi post-événement traumatique.

Une RC Pro Insurio dédiée aux praticiens du mieux-être intègre ces garanties dès l'entrée de gamme à 9,90 € par mois. Au moment de la souscription, déclarez expressément vos approches (EFT, hypnose non médicale, accompagnement de fin de vie, soutien aux personnes en grande détresse) : une approche non déclarée sera exclue le jour du sinistre.

Questions fréquentes

Pas au sens pénal de l'article 226-13 du Code pénal. La confidentialité repose sur le contrat de prestation et sur le RGPD, ce qui engage votre responsabilité civile en cas de violation, mais pas votre responsabilité pénale.

Non, si la révélation est proportionnée au péril imminent et adressée à une autorité légitime (SAMU, 3114, médecin traitant). La Cour de cassation reconnaît un fait justificatif tiré de l'état de nécessité (article 122-7 du Code pénal).

L'heure et la nature exacte de la confidence reçue, la décision prise, l'identité de l'autorité appelée, l'identité du proche éventuellement prévenu, les motifs précis qui ont caractérisé le péril imminent. Pas d'éléments cliniques au-delà du strict nécessaire.

Vérifiez les exclusions. Beaucoup de contrats généralistes excluent les dommages immatériels purs, les atteintes à la confidentialité non accidentelles, et la défense pénale. Une RC Pro spécialisée praticiens du mieux-être intègre ces garanties par défaut.

Déclarez immédiatement le sinistre à votre assureur (délai de 5 jours ouvrés), transmettez votre compte-rendu daté, et votre fiche de consentement signée si elle prévoyait la personne de confiance. La protection juridique active la prise en charge des frais d'avocat dès l'enquête préliminaire.

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Article rédigé et vérifié par l'équipe Insurio — Tutassûr, courtier en assurance immatriculé à l'ORIAS sous le n° 22001730. Information à caractère général ne se substituant pas aux conditions de votre contrat.