Réglementation 27 juillet 2026 ⏱️ 8 min de lecture

Incendie le 12 mars, réouverture en septembre : combien votre assureur vous doit-il vraiment ?

Perte de marge brute, période d'indemnisation, franchise en jours : la mécanique de calcul d'une indemnité de perte d'exploitation, cas chiffré.

Par l'équipe Insurio Courtier responsable · ORIAS 22001730
⚡ L'essentiel
  • L'indemnité ne répare pas le chiffre d'affaires perdu mais la marge brute perdue : perte de CA × taux de marge brute, plus les frais supplémentaires justifiés, moins les économies de charges et la franchise. C'est l'application du principe indemnitaire de l'article L121-1 du Code des assurances.
  • La période d'indemnisation court à compter du jour du sinistre — 12 mois dans la plupart des contrats, extensible à 18 ou 24 mois — et non à compter de la fin des travaux. Au-delà de 12 mois, le capital de marge brute déclaré doit couvrir la période entière (18 mois = 1,5 × la marge brute annuelle).
  • Sous-déclarer sa marge brute expose à la règle proportionnelle de capitaux de l'article L121-5 du Code des assurances : 480 000 € déclarés pour 600 000 € réels, c'est une indemnité réduite de 20 % (164 800 € qui deviennent 131 840 €), sauf clause contraire de votre contrat.
  • Déclaration du sinistre : le délai fixé au contrat ne peut être inférieur à 5 jours ouvrés (art. L113-2). En catastrophe naturelle, le délai est de 30 jours après publication de l'arrêté, avec une franchise légale de 3 jours ouvrés sur les pertes d'exploitation (minimum 1 140 € pour les biens professionnels). L'action contre l'assureur se prescrit par 2 ans (art. L114-1).

Ce que l'assureur indemnise : la marge brute perdue, pas le chiffre d'affaires perdu

La garantie perte d'exploitation ne rembourse pas le chiffre d'affaires que vous n'avez pas réalisé. Elle répare la marge brute que ce chiffre d'affaires aurait dégagée, c'est-à-dire ce qui reste une fois retirées les charges que vous n'avez pas eu à engager faute d'activité (matières premières non achetées, sous-traitance non commandée, transports non payés).

La finalité est de replacer l'entreprise dans la situation financière qui aurait été la sienne sans le sinistre : absorber les charges qui continuent de courir — salaires, loyers, échéances d'emprunt, assurances, abonnements — et préserver le résultat de l'exercice. C'est la traduction comptable du principe indemnitaire posé par l'article L121-1 du Code des assurances : l'assurance de biens est un contrat d'indemnité, et l'indemnité ne peut excéder le préjudice réellement subi.

Trois paramètres déterminent le montant final : le taux de marge brute, la durée de la période d'indemnisation et la franchise. Une erreur sur l'un des trois ne se découvre qu'au moment du sinistre, quand il est trop tard pour la corriger.

Précision décisive : dans un contrat de multirisque professionnelle, la perte d'exploitation est presque toujours une garantie « après dommage matériel garanti ». S'il n'y a pas de dommage indemnisable au titre du contrat (incendie, dégât d'eau, bris de machine, événement climatique, vol avec dégradations), la garantie ne se déclenche pas — même si l'activité est effectivement arrêtée.

Marge brute assurable : deux méthodes de calcul, un seul résultat

La marge brute assurable se calcule de deux façons, qui doivent aboutir au même chiffre. Vérifiez toujours par les deux.

  • Méthode soustractive : chiffre d'affaires − charges variables. C'est la plus utilisée par les assureurs.
  • Méthode additive : charges fixes (frais généraux permanents) + résultat courant avant impôt. Elle sert de contrôle : si l'écart avec la première dépasse quelques pour cent, une charge a été mal classée.

Le classement des charges n'est pas laissé à votre appréciation : il est défini par le contrat. La liste des postes réputés variables figure dans les conditions générales ou dans une annexe de déclaration de marge brute, et c'est elle qui fera foi devant l'expert.

Poste comptableTraitement usuelRaison
Achats de marchandises et de matières premières (corrigés de la variation de stocks)VariableNon engagés si l'activité s'arrête
Sous-traitance liée au volume produitVariableSuit directement la production
Transports sur ventes, emballages, commissions assises sur le CAVariableProportionnels aux ventes
Énergie de production (part liée au volume)Variable pour partieLa part « bâtiment » reste fixe
Salaires et charges socialesFixe dans la plupart des contratsLa masse salariale continue d'être due
Loyers, crédits-baux, assurances, abonnements, honorairesFixeCharges permanentes contractuelles
Amortissements, frais bancaires, impôts et taxes hors CAFixeIndépendants de l'activité

Bonne pratique : la marge brute à déclarer n'est pas celle du dernier bilan mais celle de l'exercice à venir, période d'indemnisation comprise. Une entreprise en croissance de 15 % par an qui reprend son bilan N-2 est déjà sous-assurée le jour de la signature.

Période d'indemnisation : elle démarre au sinistre, pas à la fin des travaux

La période d'indemnisation est la durée maximale pendant laquelle la baisse d'activité est prise en charge, à compter du jour du sinistre. C'est le point le plus mal compris de la garantie : elle ne commence pas à la réouverture, et elle ne se prolonge pas parce que le chantier a pris du retard.

Elle doit donc couvrir non seulement l'arrêt total, mais aussi la reprise progressive : clients partis chez un concurrent, carnet de commandes à reconstituer, référencements perdus. C'est souvent cette seconde phase, plus longue que les travaux eux-mêmes, qui est sous-estimée.

Période choisieCapital de marge brute à déclarerSituations typiques
12 mois1 × la marge brute annuelleActivité relocalisable rapidement, matériel standard disponible en stock
18 mois1,5 × la marge brute annuelleReconstruction de bâtiment avec autorisation d'urbanisme à obtenir
24 mois2 × la marge brute annuelleMachine spécifique à long délai de fabrication, site classé, installation soumise à autorisation, clientèle longue à reconquérir

L'indemnisation s'arrête au premier des deux événements : retour au niveau d'activité qui aurait été le vôtre sans sinistre, ou expiration de la période souscrite. Avant de choisir 12 mois par défaut, chiffrez honnêtement le délai de remise en état de vos locaux professionnels et de vos équipements critiques.

Franchise en jours, en montant ou en pourcentage : trois mécaniques différentes

En perte d'exploitation, la franchise se présente sous trois formes, qui ne coûtent pas la même chose.

  • Franchise en jours (la plus fréquente) : on convertit la marge brute annuelle en marge brute journalière, puis on retire le nombre de jours prévu. Attention au diviseur retenu par le contrat : 365 jours calendaires ou le nombre de jours ouvrés d'activité — l'écart sur la valeur du jour est considérable.
  • Franchise en montant : une somme fixe déduite de l'indemnité, lisible mais insensible à la saisonnalité.
  • Franchise proportionnelle : un pourcentage de l'indemnité, parfois assorti d'un minimum et d'un maximum.

Un seul cas de franchise est d'origine réglementaire : la garantie catastrophe naturelle. Pour les biens à usage professionnel, un arrêté ministériel fixe une franchise légale de 3 jours ouvrés sur les pertes d'exploitation, avec un minimum de 1 140 €. Ni l'assureur ni vous ne pouvez y déroger, et elle ne peut pas être rachetée. Dans les communes dépourvues de plan de prévention des risques prescrit, cette franchise peut être majorée selon le nombre d'arrêtés déjà intervenus.

Toutes les autres franchises sont contractuelles : elles se négocient. Passer de 3 à 5 jours réduit la prime, mais transfère sur votre trésorerie la partie la plus certaine du sinistre — celle qui survient toujours.
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Cas pratique : atelier de menuiserie, 1,2 M€ de CA, incendie le 12 mars

Un atelier de menuiserie réalise 1 200 000 € de chiffre d'affaires. Charges variables de l'exercice de référence : 480 000 € d'achats de bois et de fournitures, 60 000 € de sous-traitance de volume, 24 000 € de transports sur ventes, 36 000 € d'énergie de production, soit 600 000 €.

Un incendie détruit la ligne de découpe le 12 mars. Production arrêtée six semaines, puis reprise progressive. Sur les huit mois suivant le sinistre, l'atelier réalise 480 000 € au lieu des 800 000 € qu'il aurait dû faire. Marge brute annuelle déclarée au contrat : 620 000 €, période d'indemnisation 12 mois, franchise 3 jours ouvrés.

ÉtapeDétail du calculMontant
1. Marge brute de référence1 200 000 − 600 000600 000 €
2. Taux de marge brute600 000 / 1 200 00050 %
3. Perte de chiffre d'affaires800 000 attendus − 480 000 réalisés320 000 €
4. Marge brute perdue320 000 × 50 %+ 160 000 €
5. Frais supplémentaires justifiésAtelier relais 3 mois (18 000) + sous-traitance d'urgence (22 000)+ 40 000 €
6. Économies de charges fixesCrédit-bail suspendu, énergie bâtiment, activité partielle− 28 000 €
7. Franchise 3 jours ouvrés600 000 / 250 jours = 2 400 €/jour × 3− 7 200 €
Indemnité de perte d'exploitation160 000 + 40 000 − 28 000 − 7 200164 800 €

Le capital déclaré (620 000 €) couvre la marge brute reconstituée (600 000 €) : aucune réduction. Même dossier avec 480 000 € déclarés : le rapport 480 000 / 600 000 donne 80 %, et l'article L121-5 du Code des assurances fait tomber l'indemnité à 131 840 €. Un chiffre mal renseigné à la souscription coûte ici 32 960 € — sans aucune faute au moment du sinistre.

Ce que l'assurance couvre — et ce qu'elle exige de vous

La garantie prend en charge la marge brute perdue, les frais supplémentaires d'exploitation engagés pour limiter la baisse d'activité (local provisoire, location de matériel, heures supplémentaires, sous-traitance de dépannage) et, selon les extensions souscrites, les honoraires d'expert-comptable pour établir le dossier, la carence de fournisseurs ou de clients, ou l'impossibilité d'accès aux locaux. Les frais supplémentaires ne sont généralement indemnisés qu'à hauteur de la marge brute qu'ils ont effectivement permis de sauvegarder : engager 50 000 € pour éviter 20 000 € de perte ne sera pas remboursé au-delà de 20 000 €.

Vos obligations légales

  • Déclarer le sinistre dans le délai fixé au contrat, qui ne peut être inférieur à 5 jours ouvrés (art. L113-2 du Code des assurances) ; 30 jours à compter de la publication de l'arrêté en catastrophe naturelle.
  • Déclarer exactement les éléments du risque : une déclaration inexacte de bonne foi entraîne une réduction proportionnelle de l'indemnité (art. L113-9).
  • Tenir une comptabilité régulière (art. L123-12 du Code de commerce) et conserver documents comptables et pièces justificatives pendant 10 ans (art. L123-22).
  • Agir dans les 2 ans : toute action dérivant du contrat est prescrite par ce délai (art. L114-1).

Les exigences propres à l'assureur (contractuelles)

  • Produire les liasses fiscales, balances, grands livres et situations intermédiaires permettant de reconstituer la marge brute et le chiffre d'affaires qui aurait été réalisé.
  • Actualiser le capital de marge brute déclaré, en principe à chaque échéance ou à chaque changement significatif d'activité.
  • Justifier les frais supplémentaires par des factures et démontrer qu'ils ont réduit la perte.
  • Respecter les mesures de prévention imposées (extincteurs, alarme, coupure des machines, contrôles électriques) : leur inobservation peut fonder un refus ou une réduction de garantie.

Bonnes pratiques qui font la différence : sauvegarde comptable hébergée hors site et testée, budget prévisionnel écrit permettant de justifier le chiffre d'affaires attendu, inventaire annuel horodaté, et désignation en amont d'un expert d'assuré dont les honoraires sont parfois pris en charge partiellement par le contrat.

Les cinq erreurs qui font fondre l'indemnité

1. Confondre chiffre d'affaires et marge brute assurable. Déclarer le CA comme capital gonfle inutilement la prime ; déclarer le résultat net crée une sous-assurance massive. Seule la marge brute contractuelle est le bon repère.

2. Retenir 12 mois par réflexe. Un bâtiment à reconstruire avec autorisation d'urbanisme, une machine sur mesure, une clientèle de niche à reconquérir : la remise en état dépasse fréquemment l'année. Le jour où la période expire, l'indemnisation s'arrête, même si l'activité n'est pas revenue.

3. Ne pas actualiser après une croissance ou un investissement. La règle proportionnelle de capitaux s'apprécie au jour du sinistre, pas à la signature. Vérifiez si votre contrat comporte une clause d'indexation ou une tolérance, et à quelles conditions.

4. Oublier les dépendances externes. Un fournisseur unique en flammes, une rue barrée par un sinistre voisin, un client donneur d'ordre à l'arrêt : ces situations ne sont couvertes que si les extensions « carence de fournisseurs », « carence de clients » ou « impossibilité d'accès » ont été souscrites. Ce ne sont pas des garanties automatiques.

5. Attendre la fin de l'expertise pour agir. Ouvrez un compte analytique dédié au sinistre dès le premier jour, conservez chaque facture de frais supplémentaires, et demandez rapidement un acompte : rien n'oblige l'assureur à en verser un hors catastrophe naturelle, mais beaucoup de contrats le prévoient. Votre trésorerie, elle, n'attend pas.

Ces arbitrages se règlent à la souscription, ligne par ligne, dans les conditions particulières — pas au moment du sinistre.

Questions fréquentes

Dans la quasi-totalité des contrats de multirisque professionnelle, oui : la garantie est dite « après dommage matériel garanti ». Un arrêt d'activité sans destruction ni détérioration couverte (fermeture administrative, épidémie, panne informatique non assurée, grève) ne l'active pas, sauf extension spécifique explicitement souscrite. Les contentieux liés aux fermetures administratives de 2020 l'ont confirmé : la Cour de cassation a, en décembre 2022, jugé valable la clause d'exclusion type qui était en litige, considérant qu'elle était formelle et limitée. Lisez la définition de l'événement déclencheur au début du chapitre « pertes d'exploitation » de vos conditions générales.

Déclarez la marge brute prévisionnelle de la période couverte, pas celle du dernier bilan clos. Concrètement : reprenez le taux de marge brute constaté (marge brute / CA) et appliquez-le au chiffre d'affaires attendu sur les douze mois à venir, puis multipliez par la période d'indemnisation choisie (1,5 pour 18 mois, 2 pour 24 mois). Demandez également à votre courtier si votre contrat comporte une clause d'indexation ou une clause de tolérance sur la règle proportionnelle, et à quel seuil elle joue : cela figure dans les conditions particulières, ce n'est jamais automatique.

Hors catastrophe naturelle, aucun texte n'impose à l'assureur de verser une provision : c'est une pratique et, dans certains contrats, une clause. Pour maximiser vos chances, transmettez dès la deuxième semaine une estimation motivée par votre expert-comptable (marge brute de référence, CA prévisionnel, CA réalisé, frais engagés). En garantie catastrophe naturelle, le Code des assurances encadre en revanche les délais de versement et prévoit une provision sur les indemnités : demandez-la par écrit et conservez la preuve de votre envoi.

Oui pour ce qui relève d'une charge que vous n'avez pas supportée. Le principe indemnitaire de l'article L121-1 du Code des assurances interdit la double indemnisation : si l'activité partielle a pris en charge une partie des salaires que la garantie devait absorber, l'économie correspondante est déduite. Même logique pour un loyer suspendu, un crédit-bail gelé ou une charge d'énergie non consommée. En revanche, une subvention sans lien avec les charges couvertes n'a pas à être déduite. Documentez précisément chaque économie : c'est vous qui maîtrisez le mieux ce chiffrage.

L'indemnisation change de nature : il n'y a plus de reconstitution d'activité à financer. De nombreux contrats limitent alors la prise en charge aux frais généraux permanents que vous restez juridiquement tenu de payer (loyer jusqu'à la fin du bail, préavis salariaux, échéances d'emprunt), et souvent sur une durée réduite. Cette clause de non-reprise, quand elle existe, figure dans le chapitre pertes d'exploitation : vérifiez-la avant d'annoncer une cessation à l'expert, car la déclaration d'intention de non-reprise a des conséquences chiffrées immédiates sur le calcul.

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Article rédigé et vérifié par l'équipe Insurio — Tutassûr, courtier en assurance immatriculé à l'ORIAS sous le n° 22001730. Information à caractère général ne se substituant pas aux conditions de votre contrat.

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