Bornes connectées : le risque que personne n'assure dans l'IRVE
Vous ne posez plus des bornes mais des objets connectés qui collectent des données et s'ouvrent sur Internet. Un angle mort assurantiel souvent ignoré.
- Les bornes pilotables de niveau 2 collectent et transmettent des données (badges, consommation, identifiants) : vous devenez un maillon de la chaîne numérique, pas seulement un électricien.
- Un défaut de configuration, un mot de passe par défaut laissé en place ou une supervision mal sécurisée peuvent exposer vos clients à une intrusion ou à une fuite de données.
- La garantie décennale et la RC Pro classique couvrent le dommage physique, pas le préjudice numérique : la faille cyber est un angle mort fréquent des contrats d'installateur.
- Sécuriser la configuration, documenter vos paramétrages et compléter votre couverture par une garantie cyber ferment cette brèche peu connue du métier.
La borne n'est plus un objet électrique, c'est un objet connecté
Il y a quelques années, poser une borne, c'était tirer un câble et raccorder un point de charge. Aujourd'hui, la borne de niveau 2 que vous installez en entreprise ou en copropriété est un objet connecté à part entière. Elle communique avec un système de supervision, gère des badges RFID, s'authentifie auprès d'un opérateur de mobilité, applique des plages tarifaires, pilote la puissance pour éviter de faire disjoncter l'installation, et remonte des données de consommation vers le cloud.
Cette intelligence est ce que vos clients achètent. Mais elle change radicalement votre exposition. En configurant le pilotage, en paramétrant la supervision, en activant la connexion réseau de la borne, vous intervenez désormais sur la chaîne numérique de votre client. Vous n'êtes plus seulement responsable d'un raccordement électrique sûr ; vous êtes aussi, en partie, responsable de la manière dont cette borne s'ouvre, ou non, sur l'extérieur.
La borne connectée a déplacé une partie du risque de l'électricité vers l'informatique. Or l'assurance traditionnelle de l'installateur est restée, elle, du côté de l'électricité.
Ce décalage crée un angle mort. Beaucoup d'installateurs pensent leur décennale et leur RC Pro suffisantes parce qu'elles couvrent l'incendie et le dommage matériel. Mais le jour où le problème est numérique et non physique, ces garanties ne répondent pas.
Les trois failles que vous laissez derrière vous sans le savoir
Examinons concrètement où le risque cyber s'introduit lors d'une installation IRVE. Trois portes d'entrée reviennent systématiquement.
1. Le mot de passe par défaut. La plupart des bornes pilotables sortent d'usine avec des identifiants d'administration génériques, documentés publiquement par le fabricant. Si vous activez la connexion réseau sans changer ces identifiants, vous laissez une porte grande ouverte. Un tiers peut prendre la main sur la borne, modifier ses paramètres, ou s'en servir comme point d'entrée vers le réseau de votre client.
2. La supervision mal cloisonnée. Quand vous raccordez la borne au système de supervision ou au réseau local de l'entreprise sans isolation, vous créez potentiellement un pont entre un objet exposé et le système d'information du client. Une borne compromise peut alors devenir un vecteur d'attaque vers des données qui n'ont rien à voir avec la recharge.
3. Les données personnelles collectées. Badges nominatifs, horaires de recharge, identifiants d'utilisateurs : ces informations relèvent du RGPD. Si une fuite survient à cause d'une configuration que vous avez réalisée, la question de votre part de responsabilité se pose, surtout si vous aviez la charge contractuelle du paramétrage de sécurité.
- Changez systématiquement les identifiants par défaut, sur chaque borne.
- Documentez la configuration réseau et les choix de sécurité dans votre dossier de chantier.
- Clarifiez par écrit qui, de vous, du client ou de l'opérateur, est responsable de la maintenance de sécurité après la pose.
Pourquoi votre décennale ne couvrira pas une cyberattaque
C'est le point que nous voulons graver dans votre esprit : la nature du dommage commande la garantie. Et le dommage cyber est, par essence, différent du dommage couvert par vos contrats traditionnels.
La garantie décennale répond des désordres qui affectent la solidité ou la destination de l'ouvrage. Une borne piratée qui fonctionne toujours physiquement n'a, sur le plan du bâti, rien d'anormal. Le préjudice est immatériel : intrusion, fuite de données, indisponibilité du service, atteinte à la réputation du client. Ce type de dommage sort du périmètre décennal.
La RC Pro classique couvre les dommages causés aux tiers du fait de votre activité, mais les contrats standards excluent fréquemment les préjudices résultant d'une atteinte aux systèmes d'information ou d'une violation de données. Sans extension spécifique, une réclamation pour fuite de données liée à votre paramétrage risque de ne pas être prise en charge.
C'est précisément pour combler cet écart qu'existe la garantie cyber. Elle prend en charge les conséquences d'un incident numérique : frais de notification, gestion de crise, défense en cas de réclamation pour violation de données, et préjudices immatériels associés. Pour un installateur qui déploie des bornes pilotables, ce n'est plus un luxe mais une suite logique de l'évolution du métier.
Construire une couverture cohérente avec votre activité réelle
L'enjeu n'est pas d'empiler les contrats, mais de faire correspondre votre couverture à ce que vous faites réellement sur le terrain. Un installateur qui pose uniquement des bornes simples non communicantes n'a pas le même profil de risque qu'un professionnel spécialisé dans les parcs supervisés en entreprise.
Posez-vous trois questions :
- Quelle part de mon activité concerne des bornes pilotables et connectées ? Si elle est significative et croissante, le risque numérique l'est aussi.
- Ai-je la charge contractuelle de la configuration de sécurité, ou me limité-je au raccordement physique ? Plus votre périmètre s'étend vers le paramétrage, plus votre exposition cyber augmente.
- Mes contrats actuels mentionnent-ils une exclusion cyber ? Beaucoup le font sans que l'assuré en ait conscience. Relisez vos conditions générales.
La couverture idéale d'un installateur IRVE moderne combine donc trois étages : la décennale pour le bâti, la RC Pro et la multirisque pour le dommage matériel et l'exploitation, et la garantie cyber pour le préjudice numérique. Chaque étage répond à une catégorie de risque que les autres ne couvrent pas.
Vos bonnes pratiques pour un déploiement connecté maîtrisé
Voici, pour finir, la checklist que nous recommandons à tout installateur intervenant sur des bornes communicantes. Elle réduit le risque d'incident et, là encore, renforce votre dossier en cas de réclamation.
- Réinitialisez les identifiants par défaut sur chaque borne, sans exception, et consignez-le.
- Activez les mises à jour de sécurité du firmware au moment de la mise en service, et informez le client de leur importance.
- Isolez le réseau des bornes du système d'information principal du client quand l'infrastructure le permet.
- Formalisez par écrit le partage des responsabilités de maintenance et de sécurité après la pose : qui met à jour, qui surveille, qui répond d'une faille future.
- Documentez chaque configuration dans votre dossier de chantier, au même titre que vos raccordements électriques.
- Sensibilisez votre client au RGPD sur les données collectées par la borne, et conservez la trace de cette information.
Le métier d'installateur IRVE est devenu hybride : électricien et déployeur d'objets connectés. Votre assurance doit suivre cette mutation. Couvrir uniquement le risque électrique, c'est ne protéger qu'une moitié de votre activité réelle. La garantie cyber referme l'autre moitié de la porte.
Questions fréquentes
Cela dépend de votre périmètre contractuel. Si vous aviez la charge de la configuration de sécurité et que vous avez laissé un identifiant par défaut ou une faille évidente, votre responsabilité peut être engagée. Si votre mission se limitait au raccordement physique et que la maintenance de sécurité relevait du client ou de l'opérateur, votre exposition est moindre. D'où l'importance de formaliser le partage des responsabilités par écrit.
Non. La décennale couvre les désordres affectant la solidité ou la destination de l'ouvrage, c'est-à-dire un dommage physique au bâti. Une fuite de données est un préjudice immatériel et numérique, qui sort totalement de son champ. Seule une garantie cyber dédiée prend en charge ce type d'incident.
Rarement. La majorité des contrats de RC Pro standard comportent une exclusion des dommages liés à une atteinte aux systèmes d'information ou à une violation de données. Sans extension cyber spécifique, une réclamation pour fuite de données liée à votre intervention risque de ne pas être indemnisée. Vérifiez vos conditions générales.
Votre exposition est plus faible si vos bornes ne sont ni connectées ni pilotables. Mais dès que vous installez du niveau 2 communicant, gérez des badges ou raccordez à une supervision, le risque numérique apparaît. Le marché évoluant vers le connecté, la question se posera tôt ou tard pour la plupart des installateurs.
Au minimum : la preuve de la modification des identifiants par défaut, la configuration réseau retenue, l'activation des mises à jour de firmware, le partage écrit des responsabilités de maintenance de sécurité, et l'information du client sur les données personnelles collectées. Cette documentation est votre meilleure défense en cas de réclamation pour incident numérique.
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Article rédigé et vérifié par l'équipe Insurio — Tutassûr, courtier en assurance immatriculé à l'ORIAS sous le n° 22001730. Information à caractère général ne se substituant pas aux conditions de votre contrat.