Faux souvenirs induits : pourquoi le praticien EMDR peut se retrouver au tribunal
Une séance de retraitement, un souvenir qui ressurgit, un conflit familial qui s'envenime : le praticien EMDR peut devenir la cible d'une procédure pour « faux souvenir induit ». Décryptage d'un risque méconnu.
- La controverse scientifique sur les « faux souvenirs » (false memory) expose tout praticien travaillant sur la mémoire traumatique à une contestation, y compris devant un juge.
- Le danger surgit surtout quand un souvenir retraité concerne un tiers (parent, ex-conjoint) qui se retrouve mis en cause dans un dossier civil ou pénal.
- Votre meilleure défense est documentaire : un cadre écrit, des notes neutres et la traçabilité de votre protocole, pas l'absence de risque.
- La RC Pro prend en charge vos frais de défense et les dommages immatériels imputés à votre pratique, même quand l'accusation est infondée.
Le « faux souvenir induit » : une controverse qui vous concerne directement
Depuis les travaux d'Elizabeth Loftus sur la malléabilité de la mémoire, la notion de faux souvenir induit (false memory syndrome) est entrée dans le débat judiciaire. L'idée centrale : un souvenir peut être reconstruit, déformé, voire créé de toutes pièces sous l'influence d'un tiers, notamment d'un thérapeute. Pour un praticien EMDR, dont le cœur de métier est précisément le retraitement de souvenirs perturbants, cette controverse n'est pas une abstraction académique.
Le mécanisme de l'EMDR — stimulations bilatérales, reviviscence guidée, association libre autour d'une cible mnésique — peut faire émerger des contenus que le patient n'avait pas verbalisés auparavant. Lorsque ces contenus touchent à des violences, des abus ou des événements impliquant un proche, le praticien se retrouve, malgré lui, au centre d'un récit dont les conséquences le dépassent largement.
Le reproche n'est presque jamais « vous avez mal pratiqué l'EMDR ». Il est « vous avez fabriqué un souvenir qui a détruit ma famille ». C'est une accusation d'une violence redoutable, et elle ne vise pas votre technique mais votre intégrité.
Il est essentiel de comprendre que vous pouvez être mis en cause sans avoir commis la moindre faute. La seule existence d'un souvenir contesté suffit parfois à déclencher une procédure dans laquelle votre nom apparaît.
Le scénario à haut risque : quand un souvenir vise un tiers
Le contentieux le plus redouté ne naît pas de la relation entre vous et votre patient, mais de l'irruption d'un tiers mis en cause. Imaginez ce déroulé, courant dans les dossiers de mise en cause de thérapeutes :
- Une patiente entreprend un travail EMDR sur une anxiété diffuse.
- Au fil des séances, un souvenir d'agression dans l'enfance se précise.
- Elle dépose plainte contre un membre de sa famille, ou évoque ce souvenir dans une procédure de divorce ou de garde d'enfants.
- La personne visée conteste les faits et attaque la « source » du souvenir : vous.
Dans ce cas, deux fronts s'ouvrent. D'une part, le tiers peut vous assigner en demandant une expertise judiciaire de votre pratique. D'autre part, si la procédure pénale s'effondre, votre patiente elle-même peut se retourner contre vous en alléguant que vous l'avez « conduite » vers un faux souvenir. Vous devenez alors la cible de deux parties aux intérêts pourtant opposés.
Ce risque est d'autant plus aigu que l'EMDR est encore peu encadré juridiquement en France. L'absence de statut réglementé unique signifie qu'un avocat adverse cherchera à requalifier votre intervention pour la faire entrer dans un champ de responsabilité maximal.
Ce que dit le droit : votre responsabilité civile professionnelle en jeu
Sur le plan juridique, l'action dirigée contre vous repose le plus souvent sur la responsabilité civile professionnelle (articles 1240 et suivants du Code civil pour la faute délictuelle, ou responsabilité contractuelle vis-à-vis du patient). Le demandeur devra prouver trois éléments : une faute, un préjudice et un lien de causalité.
La difficulté tient au préjudice immatériel. Contrairement à une blessure physique, le « préjudice psychique » allégué (souffrance, rupture des liens familiaux, traitement médical) est diffus, et son lien avec votre séance est presque impossible à établir avec certitude scientifique. C'est précisément cette zone grise qui rend les procédures longues, coûteuses et anxiogènes.
| Élément contesté | Argument adverse type | Votre protection |
|---|---|---|
| La faute | « Le protocole a induit le souvenir » | Traçabilité du cadre EMDR standard |
| Le préjudice | « Vie familiale détruite » | Notes neutres, absence d'orientation suggestive |
| La causalité | « Sans la séance, rien ne serait arrivé » | Antériorité documentée des symptômes |
Même si la majorité de ces actions n'aboutissent pas sur le fond, elles génèrent des frais de défense substantiels (avocat, expertise, parfois plusieurs années de procédure). C'est ce poste que couvre en priorité une assurance RC Pro adaptée à votre activité.
Vos cinq réflexes pour rendre une accusation indéfendable
Un praticien ne peut pas empêcher un patient de porter plainte, ni un tiers de l'assigner. En revanche, il peut rendre une accusation de manipulation mnésique factuellement intenable. Voici les pratiques qui transforment votre dossier en bouclier :
- Formalisez un cadre écrit. Un document de consentement éclairé qui précise la nature de l'EMDR, ses effets possibles et le fait que les souvenirs ne constituent pas une preuve judiciaire.
- Tenez des notes neutres et non suggestives. Notez ce que le patient dit, sans interprétation orientée. Évitez toute formulation laissant penser que vous avez « confirmé » la réalité d'un fait.
- Ne vous positionnez jamais sur la véracité d'un souvenir. Votre rôle est le retraitement émotionnel, pas l'établissement des faits. Refusez d'attester par écrit qu'un événement a « réellement eu lieu ».
- Documentez l'antériorité des troubles. Si l'anxiété ou les symptômes préexistaient à vos séances, consignez-le : cela casse le lien de causalité.
- Refusez le rôle d'expert judiciaire spontané. N'écrivez aucune attestation destinée à un tribunal sans réflexion ni, idéalement, sans conseil juridique.
Ces réflexes relèvent de la déontologie, mais ils ont une portée juridique directe : ils constituent les pièces que votre assureur et votre avocat utiliseront pour démontrer que votre pratique était irréprochable.
Pourquoi la RC Pro est votre dernière ligne de défense
Aucun cadre, aussi rigoureux soit-il, ne supprime le risque qu'un tiers ou un patient déçu vous assigne. La réalité d'une procédure « faux souvenir » est qu'elle vous expose à des frais de défense de plusieurs milliers d'euros avant même qu'un juge ne se prononce sur le fond.
Une RC Pro praticien EMDR intervient sur trois plans :
- La prise en charge des frais de défense (avocat, expertise) dès l'ouverture du litige, y compris quand l'accusation est infondée.
- L'indemnisation des dommages immatériels qui seraient mis à votre charge si votre responsabilité était finalement retenue.
- La protection juridique, qui vous accompagne dans la stratégie procédurale et la gestion du contentieux.
Pour un praticien dont l'activité touche au psychotraumatisme, ce n'est pas une option de confort : c'est ce qui permet de continuer à exercer sans qu'une seule mise en cause ne ruine financièrement et psychologiquement votre cabinet. À partir de 12,90€/mois, le coût de la protection est sans commune mesure avec celui d'une procédure isolée.
Questions fréquentes
Oui. Même sans faute avérée, un tiers mis en cause par un souvenir retraité ou un patient déçu peut vous assigner en alléguant que votre pratique a induit un souvenir erroné. Ces procédures sont rares mais réelles, longues et coûteuses, ce qui justifie une RC Pro couvrant les frais de défense.
Par votre documentation : un cadre de consentement écrit, des notes de séance neutres et non orientées, l'absence de toute attestation affirmant la réalité d'un fait, et la trace de l'antériorité des symptômes. Ce sont ces pièces qui démontrent que vous n'avez pas dépassé votre rôle de thérapeute.
Non, et c'est même fortement déconseillé. Votre rôle est le retraitement émotionnel, pas l'établissement des faits. Rédiger une attestation pour un tribunal affirmant la véracité d'un événement vous expose directement à une mise en cause. Renvoyez systématiquement vers les voies judiciaires appropriées.
Oui. La garantie défense-recours prend en charge vos frais d'avocat et d'expertise même lorsque l'accusation est sans fondement. C'est précisément l'intérêt de l'assurance : vous n'avez pas à choisir entre vous défendre et préserver votre trésorerie.
Nettement. Dès qu'un souvenir retraité s'insère dans un conflit familial ou une procédure de garde, la personne visée a un intérêt direct à attaquer la « source » du souvenir. Soyez particulièrement vigilant sur votre documentation et refusez tout rôle d'expert dans ces dossiers.
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