Sur mesure, dispositif médical et marquage CE : la frontière réglementaire qui vous oblige
Vous fabriquez des semelles, pas des prothèses. Pourtant la semelle sur mesure est un dispositif médical, avec des obligations propres. Ce que la loi impose.
- Une semelle orthopédique sur mesure est juridiquement un dispositif médical, soumis au règlement européen (UE) 2017/745, même si elle ne porte pas de marquage CE individuel.
- Le « sur mesure » relève d'un régime spécifique : déclaration du fabricant, documentation technique, conservation des données du dispositif et traçabilité du suivi sous contrôle médical.
- Délivrer une semelle correctrice sans prescription, sans documentation ou hors du cadre médical attendu vous fait basculer dans la non-conformité, indépendamment de tout dommage.
- Ces obligations conditionnent votre responsabilité : en cas de litige, l'absence de documentation conforme se retourne contre vous. La RC Pro couvre les conséquences d'un manquement, pas l'amende administrative.
Une semelle sur mesure est un dispositif médical, pas un accessoire de confort
Beaucoup de professionnels vivent leur activité comme un artisanat technique : on prend une empreinte, on conçoit, on fabrique, on adapte. Cette vision est juste sur le plan du geste, mais elle masque une réalité réglementaire structurante : la semelle orthopédique conçue pour corriger ou soulager une pathologie, sous contrôle médical, est juridiquement un dispositif médical.
Un dispositif médical, au sens du règlement européen (UE) 2017/745 (le « MDR »), est un produit destiné par son fabricant à une finalité médicale : diagnostiquer, prévenir, traiter ou atténuer une pathologie ou un handicap. Une semelle de confort vendue en grande surface n'entre pas dans cette définition. Une semelle correctrice conçue pour traiter une déformation, soulager une douleur ou compenser un trouble de la statique, oui.
La conséquence est nette : votre production ne relève pas du seul droit commun de la vente, mais d'un corpus réglementaire dédié à la santé, avec ses exigences de sécurité, de documentation et de traçabilité. Et ignorer ce cadre ne le rend pas inapplicable — cela vous y expose sans protection.
Le régime du « sur mesure » : ce que le MDR vous impose en propre
Le règlement européen prévoit un régime particulier pour les dispositifs sur mesure, c'est-à-dire fabriqués spécifiquement selon la prescription d'un professionnel habilité, pour un patient déterminé. La semelle orthopédique individualisée en est un exemple typique. Ce régime déroge à certaines règles des dispositifs de série, mais il n'allège pas vos responsabilités : il les organise différemment.
Concrètement, le fabricant de dispositifs sur mesure doit notamment :
- Établir une déclaration pour chaque dispositif sur mesure, attestant qu'il est conforme aux exigences générales de sécurité et de performance.
- Tenir une documentation technique permettant de comprendre la conception, la fabrication et les performances attendues du dispositif.
- Conserver les données permettant d'identifier le lieu et les conditions de fabrication, et de remonter au dispositif délivré.
- S'enregistrer en tant qu'opérateur économique selon les modalités applicables.
- Mettre en place une surveillance après mise sur le marché et savoir signaler un incident lié au dispositif.
Un dispositif sur mesure ne porte pas de marquage CE individuel comme un produit de série, mais cela ne signifie pas qu'il échappe à la réglementation. La déclaration du fabricant et la documentation technique sont sa contrepartie : leur absence est un manquement en soi.
Autrement dit, l'absence de marquage CE sur une semelle sur mesure est normale ; l'absence de déclaration et de documentation, elle, ne l'est pas.
Le cadre du contrôle médical : prescription et habilitation
La mention « sous suivi contrôle médical » qui caractérise cette activité n'est pas un détail de vocabulaire : elle dessine le cadre dans lequel le dispositif est légitimement conçu et délivré. La semelle correctrice s'inscrit dans une logique de soin, articulée autour d'une prescription et d'un suivi.
Cela emporte plusieurs exigences pratiques qui structurent votre exercice :
- Une prescription ou un cadre médical adapté. Le dispositif correctif répond à un besoin diagnostiqué, et non à une simple demande de confort. Le lien avec le prescripteur encadre la finalité du dispositif.
- Le respect du périmètre de votre habilitation. Concevoir et adapter un dispositif médical sur mesure suppose les qualifications attendues pour l'activité ; sortir de ce périmètre vous expose juridiquement.
- La traçabilité du suivi. Le contrôle de tolérance, les ajustements et la réponse du patient doivent être documentés : ils font partie intégrante de la prestation de soin.
- L'information du patient sur l'usage, l'entretien et les limites du dispositif, qui participe de votre devoir de conseil.
Ce cadre n'est pas qu'une contrainte : il est aussi votre meilleure protection. Un dispositif délivré dans les règles, documenté et suivi, est défendable. Un dispositif délivré hors cadre, sans prescription ni traçabilité, vous laisse nu en cas de réclamation. Pour comprendre comment cette exposition réglementaire s'articule avec votre couverture, consultez notre page assurance fabrication et pose de semelles orthopédiques.
Conformité et responsabilité : le lien que l'assurance ne remplace pas
Il faut être clair sur ce que l'assurance fait et ne fait pas. La conformité réglementaire et l'assurance ne sont pas interchangeables : elles couvrent deux risques distincts qui s'articulent.
D'un côté, la non-conformité réglementaire — absence de déclaration, de documentation, de traçabilité — relève de sanctions administratives et de contrôles que l'assurance ne prend pas en charge : on ne s'assure pas contre une amende pour manquement à la réglementation. Sur ce terrain, votre seule protection est la conformité elle-même.
De l'autre, lorsqu'un dispositif cause un dommage à un patient, la RC Professionnelle entre en jeu pour réparer le préjudice corporel ou financier subi. Et c'est là que les deux mondes se rejoignent : en cas de litige, votre niveau de conformité documentaire pèse directement sur l'issue. Un fabricant capable de produire sa déclaration, sa documentation technique et la traçabilité du suivi démontre qu'il a agi dans les règles de l'art. À l'inverse, l'absence de ces éléments est souvent interprétée comme une faute, qui aggrave votre responsabilité et complique votre défense.
Le bon réflexe consiste donc à traiter la conformité comme le socle, et l'assurance comme le filet. La documentation que le MDR vous impose de tenir n'est pas seulement une obligation administrative : c'est, le jour d'une réclamation, la pièce maîtresse de votre dossier de défense. Tenue rigoureusement, elle transforme une mise en cause incertaine en dossier maîtrisé.
Questions fréquentes
Oui, dès lors qu'elle est destinée à une finalité médicale (corriger, soulager, compenser une pathologie ou un trouble de la statique) sous contrôle médical. Au sens du règlement européen (UE) 2017/745, elle relève des dispositifs médicaux, dans le régime spécifique des dispositifs sur mesure. Une semelle de confort sans visée thérapeutique, vendue en libre-service, n'entre pas dans cette définition.
Non pas un marquage CE individuel comme un produit de série. Les dispositifs sur mesure relèvent d'un régime distinct : le fabricant établit une déclaration pour chaque dispositif et tient une documentation technique. L'absence de marquage CE est donc normale, mais elle ne dispense en rien des obligations de déclaration, de documentation et de traçabilité, dont l'absence constitue un manquement.
Établir une déclaration de conformité pour chaque dispositif, tenir une documentation technique, conserver les données d'identification et de fabrication, s'enregistrer comme opérateur économique et assurer une surveillance après mise sur le marché avec signalement des incidents. Ces obligations organisent la traçabilité du dispositif sur mesure, en contrepartie de l'absence de marquage CE individuel.
Non : les amendes et sanctions pour non-conformité réglementaire ne sont pas assurables. La RC Pro couvre le dommage causé au patient (préjudice corporel ou financier), pas le manquement administratif. En revanche, votre niveau de conformité documentaire pèse fortement sur l'issue d'un litige : une documentation complète sert de pièce maîtresse à votre défense, là où son absence aggrave votre responsabilité.
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Article rédigé et vérifié par l'équipe Insurio — Tutassûr, courtier en assurance immatriculé à l'ORIAS sous le n° 22001730. Information à caractère général ne se substituant pas aux conditions de votre contrat.