Réglementation 27 juin 2026 ⏱️ 4 min de lecture

Encres de recharge et réglementation RoHS/REACH : ce que tout revendeur risque

RoHS, REACH, CLP : les encres de recharge sont soumises à des obligations strictes que beaucoup ignorent, avec des conséquences financières lourdes.

Par l'équipe Insurio Courtier responsable · ORIAS 22001730
⚡ L'essentiel
  • Les encres et toners reconditionnés doivent respecter les directives RoHS 2 et le règlement REACH sur les substances chimiques dangereuses.
  • Un revendeur qui importe des cartouches hors UE est assimilé au fabricant et porte l'entière responsabilité réglementaire.
  • En cas de non-conformité, l'assureur RC Pro peut refuser toute prise en charge pour infraction aux réglementations applicables.
  • Un contrôle DGCCRF peut aboutir à un retrait de marché, une amende et une publication de la sanction.

Pourquoi les encres de recharge sont dans le viseur des autorités

Les encres d'imprimante contiennent des composants chimiques potentiellement dangereux : solvants organiques, pigments à base de métaux lourds, nanoparticules de carbone. Depuis 2022, la DGCCRF intensifie les contrôles sur les consommables compatibles importés, notamment en provenance d'Asie du Sud-Est.

Les deux référentiels réglementaires clés sont :

  • La directive RoHS 2 (2011/65/UE) : elle restreint l'usage de 10 substances dangereuses dans les équipements électroniques, y compris les cartouches d'imprimante. Un toner contenant plus de 0,1 % de plomb est non conforme.
  • Le règlement REACH (CE n°1907/2006) : tout fournisseur d'une substance chimique incluse dans la liste des SVHC doit le déclarer. Les encres formulées avec certains colorants azoïques sont directement concernées.

À ces deux textes s'ajoute le règlement CLP (CE n°1272/2008) sur l'étiquetage des mélanges dangereux : une encre vendue en flacon rechargeable doit afficher les pictogrammes de danger et les phrases H et P obligatoires.

Le statut d'importateur : une responsabilité souvent sous-estimée

Beaucoup de commerçants achètent leurs cartouches rechargées sur des plateformes B2B (Alibaba, DHgate, fournisseurs directs). Ce faisant, ils deviennent juridiquement importateurs au sens du règlement REACH dès lors qu'ils introduisent ces produits sur le marché européen.

Les obligations de l'importateur sont identiques à celles du fabricant :

  • Vérifier que les substances contenues ne figurent pas sur la liste des SVHC sans déclaration préalable.
  • S'assurer que le fournisseur a réalisé les tests de conformité RoHS et conserver les déclarations de conformité (DoC) pendant 10 ans.
  • Établir une fiche de données de sécurité (FDS) pour toute encre vendue en vrac, conformément au règlement (UE) n°2020/878.
Cas concret : un commerçant parisien a subi un retrait-rappel en 2023 après qu'un contrôle DGCCRF a révélé que ses toners contenaient du chrome hexavalent (Cr VI) à 0,18 % — au-delà du seuil RoHS de 0,1 %. Le lot de 1 200 cartouches a dû être détruit, pour un coût estimé à 8 400 € non couverts par l'assurance.

L'impact direct sur votre couverture d'assurance

La non-conformité réglementaire peut invalider votre garantie RC Pro. La quasi-totalité des contrats comportent une clause d'exclusion pour « dommages résultant d'une infraction aux lois et réglementations applicables ».

Si un client subit un préjudice et que l'enquête révèle que vous n'avez pas respecté REACH ou RoHS, l'assureur peut :

  • Refuser la prise en charge au titre de l'exclusion réglementaire
  • Exercer un recours contre vous après indemnisation
  • Résilier le contrat pour fausse déclaration du risque

La RC Pro ne couvre jamais les amendes administratives infligées par la DGCCRF, qui peuvent atteindre 15 000 € par produit non conforme pour une personne morale (article L. 523-1 du Code de la consommation).

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Les étapes concrètes pour se mettre en conformité

La mise en conformité n'est pas réservée aux grandes entreprises. Voici un plan d'action réaliste :

  1. Demander systématiquement les déclarations de conformité RoHS à vos fournisseurs, pour chaque référence de cartouche.
  2. Interroger l'ECHA via son outil SCIP database pour vérifier si vos encres contiennent des SVHC. L'accès est gratuit.
  3. Faire établir une FDS par un laboratoire spécialisé pour vos encres en vrac (200 à 500 € par formulation).
  4. Mettre à jour vos étiquettes CLP : pictogrammes en français, nom et adresse de votre entreprise comme responsable de la mise sur le marché.

Ces démarches doivent être mentionnées dans votre déclaration de risque lors de la souscription : elles démontrent la gestion rigoureuse du risque et peuvent influencer positivement votre prime.

Que risque-t-on concrètement en cas de contrôle ?

Le calendrier d'une procédure DGCCRF suit généralement ce schéma :

ÉtapeDélaiConséquence
Contrôle terrainJ0Obligation de coopérer, conservation des stocks
Résultats d'analyseJ+30 à J+90Notification d'infraction si non-conformité
Injonction de retrait-rappelJ+15 après notifDestruction des stocks, frais à votre charge
Sanction administrativeVariableAmende jusqu'à 15 000 €, publication sur site DGCCRF

La publication de la sanction apparaît dans les résultats Google et peut durablement nuire à la réputation. Pour un commerce de recharges actif en ligne, c'est un risque existentiel que l'assurance seule ne peut pas compenser.

Questions fréquentes

Oui. La directive RoHS s'applique à toute mise sur le marché d'équipements électroniques, qu'il s'agisse de cartouches originales ou compatibles. Si vous importez des cartouches reconditionnées, vous êtes importateur et devez vérifier leur conformité.

Non. Une déclaration CE non accompagnée des rapports de tests réalisés par un laboratoire notifié n'a aucune valeur juridique. En cas de contrôle, c'est vous qui devez apporter la preuve de conformité.

Pour les cartouches individuelles scellées, la FDS n'est pas obligatoire en vente au détail. En revanche, elle devient obligatoire dès que vous vendez de l'encre en vrac, en flacon rechargeable, ou si vos cartouches contiennent des substances classées dangereuses au sens du règlement CLP.

Techniquement non sur ce seul critère. Mais il peut appliquer des exclusions spécifiques aux dommages liés à des produits non conformes, ou exiger des garanties de conformité comme condition de souscription.

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Article rédigé et vérifié par l'équipe Insurio — Tutassûr, courtier en assurance immatriculé à l'ORIAS sous le n° 22001730. Information à caractère général ne se substituant pas aux conditions de votre contrat.

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