Sinistre 28 juin 2026 ⏱️ 6 min de lecture

Un conteneur de vases ébréchés à Fos-sur-Mer : qui paie quand la casse arrive avant vous ?

40 % des vases sont fêlés à l'ouverture du conteneur. Le vendeur invoque le FOB, le transporteur l'emballage. On reconstitue le sinistre, ligne par ligne.

Par l'équipe Insurio Courtier responsable · ORIAS 22001730
⚡ L'essentiel
  • En FOB, le risque sur la marchandise vous est transféré dès le passage du bastingage au port de départ : la casse en mer est pour votre compte, pas celui du vendeur.
  • La responsabilité du transporteur maritime est plafonnée à environ 2 DTS/kg ou 666,67 DTS/colis : sur de la déco légère et fragile, l'indemnité couvre rarement la valeur réelle.
  • Sans assurance ad valorem (sur facture), un conteneur de 18 000 € de vases ébréchés peut ne vous rapporter que quelques centaines d'euros du transporteur.
  • Une police transport de marchandises « tous risques » sur la valeur déclarée comble l'écart entre l'indemnité légale dérisoire et votre préjudice réel.

Le sinistre, heure par heure : 18 000 € de céramique à l'arrivée

Mardi matin, terminal de Fos-sur-Mer. Un grossiste en objets de décoration réceptionne un conteneur 20 pieds chargé d'un fournisseur de la province du Guangdong : 1 200 vases en céramique émaillée, valeur facture 18 000 € HT, destinés à un réassort de boutiques de décoration et de deux enseignes régionales.

À l'ouverture, le constat est brutal. Plusieurs palettes ont bougé pendant la traversée. Le calage en mousse s'est tassé, les cartons du fond se sont affaissés. Sur les 1 200 pièces, 470 vases sont fêlés ou ébréchés, soit près de 40 % du lot. La valeur de la casse représente 7 050 € de marchandise invendable, à laquelle s'ajoutent les frais de tri, de destruction et la rupture de réassort promise aux clients.

Le réflexe du grossiste est de se retourner vers le vendeur. Mauvaise piste : le contrat était conclu en FOB Shanghai. Or l'Incoterm FOB transfère le risque sur la marchandise à l'acheteur dès que les biens sont chargés à bord au port de départ. Tout ce qui casse en mer, après le chargement, relève juridiquement de l'acheteur, pas du fournisseur. Le vendeur a livré conforme : il refuse, et il est dans son droit.

La première erreur n'est pas la casse. C'est d'avoir cru que « le fournisseur reprend toujours la casse ». En FOB, ce n'est pas vrai : le risque a basculé avant même que le navire ne quitte le quai.

Pourquoi le transporteur ne vous remboursera presque rien

Deuxième réflexe : se retourner contre le transporteur maritime. Là encore, l'attente se heurte à une réalité technique mal connue des grossistes : la responsabilité du transporteur est plafonnée par les conventions internationales (Règles de La Haye-Visby, reprises dans la plupart des connaissements).

Ce plafond s'exprime en DTS (Droits de Tirage Spéciaux), une unité de compte du FMI. Concrètement, l'indemnité est limitée au plus élevé de :

  • environ 2 DTS par kilogramme de marchandise endommagée, soit grossièrement 2,40 € le kilo ;
  • ou 666,67 DTS par colis, soit environ 800 € par colis.

Sur de la décoration, c'est dévastateur. Un vase en céramique pèse peu : si les 470 vases cassés pèsent au total 600 kg, le plafond au poids donne environ 1 440 €. Et encore faut-il prouver la faute du transporteur, démontrer que la casse ne vient pas d'un emballage insuffisant (l'argument que le transporteur opposera systématiquement), et avoir émis des réserves écrites précises à la livraison dans les délais (en général 3 jours pour les dommages non apparents).

Résultat : sur 7 050 € de préjudice, le grossiste peut espérer, au mieux et après bataille, récupérer 1 000 à 1 500 € du transporteur. Le reste, plus de 5 500 €, reste à sa charge. Sauf s'il a souscrit la bonne assurance.

L'assurance transport « ad valorem » : combler l'écart

La solution existe et coûte une fraction du préjudice évité : une assurance transport de marchandises « tous risques », souscrite sur la valeur déclarée (ad valorem) de chaque expédition. Contrairement à l'indemnité légale du transporteur plafonnée au poids, cette police indemnise sur la valeur réelle de la marchandise, frais de transport et droits de douane inclus, souvent majorée de 10 % pour le manque à gagner.

Reprenons le conteneur. Avec une police ad valorem couvrant les 18 000 € + transport + droits, le grossiste déclare l'avarie, fait constater par un commissaire d'avaries, et obtient l'indemnisation de la casse à hauteur de la valeur assurée, déduction faite d'une franchise souvent comprise entre 150 et 500 € par sinistre. Sur 7 050 € de casse, l'indemnité nette tourne autour de 6 600 à 6 900 € au lieu de quelques centaines.

Le coût de cette couverture ? La prime « facultés » se chiffre généralement en pour mille de la valeur transportée : de l'ordre de 0,3 % à 1 % selon la fragilité, l'origine et le mode de transport. Sur un flux annuel d'import de 250 000 €, on parle de 750 à 2 500 € de prime par an pour neutraliser un risque qui peut, en un seul conteneur mal calé, dépasser 7 000 €.

Pour sécuriser à la fois le stock importé en transit et le matériel d'entrepôt qui le manipule, beaucoup de grossistes adossent cette garantie à une assurance du matériel professionnel couvrant transpalettes, rayonnages et engins de manutention.

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Les 4 réflexes qui changent l'issue d'un sinistre import

Au-delà de la police, l'issue d'un litige se joue dans les premières heures. Voici les réflexes qui font la différence entre une indemnisation pleine et un dossier perdu :

  1. Émettre des réserves écrites, précises et chiffrées à la livraison. « Marchandise endommagée » ne vaut rien. Il faut : nombre de colis touchés, nature des dommages, photos datées, et respect du délai légal (3 jours pour les avaries non apparentes).
  2. Ne jamais détruire la marchandise casse avant le passage du commissaire d'avaries. La destruction prématurée prive l'assureur de la preuve et peut justifier un refus de garantie.
  3. Conserver le calage et l'emballage d'origine. C'est la pièce qui démontre si la casse vient du transport ou d'un emballage insuffisant — argument central du litige.
  4. Vérifier l'Incoterm AVANT la commande, pas après la casse. En EXW ou FOB, le risque est largement pour vous ; en CIF, le vendeur souscrit une assurance minimale ; en DAP/DDP, il porte le risque jusqu'à votre quai.

Un grossiste en décoration qui importe régulièrement gagne à standardiser ces réflexes dans un protocole de réception, et à choisir ses Incoterms en connaissance de cause. Le bon Incoterm plus la bonne police transport, c'est la différence entre absorber une casse à 7 000 € et la transformer en simple ligne administrative.

Questions fréquentes

Oui, sauf défaut de conformité ou vice prouvé de la marchandise elle-même. L'Incoterm FOB transfère le risque à l'acheteur dès le chargement à bord au port de départ. Toute avarie survenue pendant la traversée relève juridiquement de l'acheteur, indépendamment de la bonne foi du vendeur.

Non. Le transporteur n'assure pas votre marchandise : il engage sa responsabilité, plafonnée par les conventions internationales (environ 2 DTS/kg ou 666,67 DTS/colis). Sur de la déco légère et fragile, ce plafond couvre rarement la valeur réelle. Seule une assurance facultés ad valorem indemnise sur la vraie valeur.

« Ad valorem » signifie « selon la valeur ». La police indemnise sur la valeur déclarée de la marchandise (souvent facture + transport + droits, parfois majorée de 10 %), et non sur un forfait au poids. C'est ce qui permet de récupérer la quasi-totalité du préjudice, sous déduction de la franchise.

Pour des dommages non apparents à la livraison, les réserves écrites doivent en général parvenir au transporteur dans un délai de 3 jours (hors jours fériés). Au-delà, la marchandise est présumée livrée conforme et votre recours devient très difficile. D'où l'importance d'ouvrir et contrôler vite.

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Article rédigé et vérifié par l'équipe Insurio — Tutassûr, courtier en assurance immatriculé à l'ORIAS sous le n° 22001730. Information à caractère général ne se substituant pas aux conditions de votre contrat.

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