Numéro de feu, vol aérien : ce que la loi exige avant de jouer en public
Cracher du feu au-dessus de têtes ou voler à dix mètres sur une place publique ne relève pas que de la prouesse : un cadre réglementaire précis encadre ces numéros. Le maîtriser, c'est éviter le sinistre et le refus de garantie.
- Les numéros à risque (feu, pyrotechnie, vol aérien au-dessus du public) s'inscrivent dans le cadre des chapiteaux, tentes et structures (CTS) et des établissements recevant du public (ERP), avec des obligations de sécurité spécifiques.
- L'effet feu et la pyrotechnie relèvent d'une réglementation propre : produits classés, distances de sécurité, moyens d'extinction et parfois autorisations selon le lieu et le contexte.
- Votre responsabilité d'artiste se combine avec celle de l'organisateur et de l'exploitant du lieu : la répartition se joue dans les contrats et les autorisations, pas après l'accident.
- Une RC Pro qui exclut le feu, la pyrotechnie ou le vol au-dessus du public vous laisse sans filet : ces numéros doivent être déclarés et explicitement garantis.
Numéros à risque : un empilement de réglementations
Un numéro de feu sur une place de village, un vol aérien au-dessus des spectateurs, un cracheur de flammes sous chapiteau : ces prestations spectaculaires se déploient dans un environnement très réglementé, que l'on a tendance à sous-estimer tant qu'aucun accident n'est survenu.
Trois corps de règles se superposent :
- la réglementation des établissements recevant du public (ERP), lorsque vous jouez dans une salle, une théâtre ou un équipement accueillant du public ;
- la réglementation spécifique des chapiteaux, tentes et structures (CTS), qui encadre les structures itinérantes du spectacle ;
- les règles propres aux effets pyrotechniques et au feu : classement des produits, distances, moyens d'extinction, et selon les cas formation ou autorisation.
À cela s'ajoute, dans l'espace public, l'autorisation de l'autorité municipale (occupation du domaine public, arrêté du maire au titre de ses pouvoirs de police). Autrement dit : avant même de monter votre numéro, plusieurs feux verts administratifs peuvent être requis. Les ignorer ne fait pas que vous exposer à une sanction — cela fragilise gravement votre position en cas de sinistre.
Le feu et la pyrotechnie : la zone la plus encadrée
Le feu est, de loin, le numéro qui concentre le plus d'obligations. Les articles pyrotechniques sont classés par catégories selon leur dangerosité ; leur utilisation suppose, selon les niveaux, des compétences reconnues et le respect de distances de sécurité par rapport au public et aux structures.
Sans entrer dans le détail technique, retenez les principes qui protègent à la fois le public et votre couverture :
- Distances de sécurité entre la zone de feu, les spectateurs et tout matériau combustible (chapiteau, décors, végétation sèche) ;
- Moyens d'extinction immédiatement disponibles et adaptés (extincteurs, couvertures anti-feu) ;
- Combustibles et accélérants stockés et manipulés selon les règles, à l'écart du public ;
- Information de l'organisateur et de l'exploitant du lieu, voire des services de secours selon l'ampleur de l'effet.
Le réflexe gagnant : faire valider votre numéro de feu en amont avec l'organisateur et, le cas échéant, l'autorité compétente. Un effet pyrotechnique réalisé hors cadre, c'est non seulement un danger, mais aussi un motif possible de réduction ou de refus de garantie si l'assureur établit que vous avez méconnu une règle de sécurité essentielle.
Si vous transportez du matériel pyrotechnique ou des accélérants, pensez également à la couverture de vos propres biens via une multirisque professionnelle, qui peut intégrer les risques liés au stockage.
Voler au-dessus du public : la responsabilité partagée
Le vol aérien — tissu, trapèze volant, sangles, mât — au-dessus ou à proximité immédiate des spectateurs ajoute une couche de risque : en cas de défaillance, la chute n'affecte pas que l'artiste, mais potentiellement le public situé en dessous.
Ici, la responsabilité se partage entre plusieurs acteurs :
- l'artiste, gardien de ses agrès et débiteur de la sécurité de son numéro ;
- l'organisateur du spectacle, qui doit garantir des conditions d'accueil sûres ;
- l'exploitant du lieu ou le monteur de la structure, responsable de la solidité des points d'ancrage et de la structure.
En pratique, la frontière entre ces responsabilités se trace dans les contrats : qui fournit le rigging, qui valide les ancrages, qui sécurise la zone sous l'évolution aérienne. Une convention écrite claire évite que, faute de répartition définie, tout retombe sur l'artiste. À l'inverse, l'absence de contrat — ou un contrat muet sur la sécurité — est une source classique de contentieux après un accident.
Le périmètre de protection du public
Concrètement, vous devez sécuriser la zone de chute potentielle sous votre numéro aérien : éloigner les spectateurs, baliser, voire neutraliser une partie du public. C'est exactement ce que la garantie « responsabilité accueil du public » d'une RC Pro vient couvrir financièrement si, malgré tout, un dommage survient.
Faire correspondre votre contrat à vos numéros réels
Le piège récurrent : un artiste élargit son répertoire (il ajoute le feu, passe au vol aérien, accepte des prestations en intérieur ERP) sans mettre à jour son assurance. Le contrat reste calé sur l'activité d'origine, et le jour du sinistre, l'assureur oppose une exclusion ou une activité non déclarée.
Pour un artiste de cirque exposé à ces numéros, le contrat RC Pro doit :
- nommer chaque numéro à risque pratiqué : feu, pyrotechnie, vol aérien, lancer, équilibre en hauteur ;
- inclure la responsabilité accueil du public et les dommages au public et aux tiers ;
- couvrir les dommages au lieu de représentation (brûlure d'une scène, dégradation au montage) ;
- ne pas comporter d'exclusion masquée sur le feu ou la hauteur ;
- prévoir une protection juridique pour la gestion des litiges et expertises.
Vérifiez la cohérence entre vos numéros déclarés et votre pratique réelle à chaque évolution de votre spectacle. Notre socle RC Professionnelle en détaille le fonctionnement, et la fiche artiste de cirque récapitule les garanties adaptées à votre profil.
Votre check-list réglementaire avant de jouer
Pour transformer ce cadre en réflexes, voici une liste de contrôle à dérouler avant chaque prestation à risque :
- Lieu identifié : ERP, CTS, espace public ? Quelles obligations en découlent ?
- Autorisations obtenues le cas échéant (occupation du domaine public, accord de l'autorité, information des secours).
- Feu / pyrotechnie : distances de sécurité respectées, moyens d'extinction en place, produits conformes.
- Aérien : ancrages validés, zone de chute sécurisée, public éloigné ou balisé.
- Contrat avec l'organisateur : répartition écrite des responsabilités (rigging, sécurité, accueil).
- Assurance à jour : numéros réellement pratiqués déclarés et garantis, plafonds suffisants.
- Traçabilité : photos du montage, vérifications matériel, échanges écrits conservés.
Cette discipline n'a rien d'administratif gratuit : elle prévient l'accident, sécurise votre garantie et, si le pire arrive, démontre que vous avez agi en professionnel diligent. C'est la combinaison gagnante : conformité réglementaire en amont, RC Pro adaptée en filet de sécurité.
Gardez enfin à l'esprit que ces réglementations évoluent et que les exigences varient selon les communes, les préfectures et la nature exacte du lieu. Avant une prestation dans un cadre nouveau pour vous — une première date en ERP, un festival imposant ses propres règles, une place publique encadrée par un arrêté spécifique —, prenez le réflexe d'écrire à l'organisateur pour obtenir, noir sur blanc, les contraintes applicables et la répartition des responsabilités. Ce simple échange par e-mail, conservé, peut devenir une pièce décisive si un accident survient : il prouve que vous avez cherché à jouer dans les règles, et il clarifie qui devait faire quoi. La prouesse, c'est votre métier ; la rigueur réglementaire, c'est ce qui vous permet de l'exercer durablement.
Questions fréquentes
Très souvent, oui. Jouer sur l'espace public suppose en général une autorisation d'occupation du domaine public et l'accord de l'autorité municipale au titre de ses pouvoirs de police. Pour un effet feu, des conditions de sécurité supplémentaires (distances, moyens d'extinction) s'imposent. Cadrez toujours ces points avec l'organisateur et la mairie en amont.
La responsabilité se partage souvent entre l'artiste (gardien de ses agrès), l'organisateur (conditions d'accueil sûres) et l'exploitant ou le monteur de la structure (solidité des ancrages). La répartition dépend des contrats. À défaut de convention claire, l'artiste risque de supporter l'essentiel : d'où l'importance d'un contrat écrit et d'une RC Pro adaptée.
Oui, si le feu ou la pyrotechnie n'ont pas été déclarés, ou si l'assureur établit que vous avez méconnu une règle de sécurité essentielle (distances, moyens d'extinction, produits non conformes). C'est pourquoi chaque numéro à risque doit être nommé dans le contrat et réalisé dans le respect du cadre réglementaire.
En ERP, la réglementation de sécurité incendie et d'accueil du public s'applique, avec des contraintes propres au lieu. En plein air ou sous chapiteau, ce sont d'autres règles (CTS, autorisations municipales). Dans tous les cas, vos numéros à risque doivent être compatibles avec le cadre du lieu et couverts par votre assurance.
Impérativement. Ajouter le feu, le vol aérien ou une prestation en ERP modifie votre risque. Un contrat resté calé sur votre activité d'origine peut ne plus couvrir ces numéros, et l'assureur peut opposer une activité non déclarée. Signalez chaque évolution de votre répertoire à votre assureur.
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Article rédigé et vérifié par l'équipe Insurio — Tutassûr, courtier en assurance immatriculé à l'ORIAS sous le n° 22001730. Information à caractère général ne se substituant pas aux conditions de votre contrat.