Guide 13 juin 2026 ⏱️ 10 min de lecture

Vérifier un artisan avant de le recommander : la checklist en 11 points qui protège votre responsabilité

Recommander un artisan non assuré expose à une mise en cause par votre client. Sources publiques, registres gratuits, attestations à exiger : voici la procédure détaillée que tout courtier en travaux devrait formaliser avant d'envoyer une recommandation.

Par Sami Hami Courtier responsable · ORIAS 22001730
⚡ L'essentiel
  • Onze contrôles minimum à effectuer avant la première recommandation d'un artisan, dont sept sont accessibles gratuitement en ligne.
  • Les trois vérifications critiques : décennale couvrant l'activité réelle, RC Pro en cours, absence de procédure collective récente.
  • Conservez les preuves de chaque contrôle pendant 10 ans : c'est votre seule défense en cas de mise en cause.
  • Une vérification annuelle de tout artisan de votre vivier est indispensable : les assurances et les qualifications expirent.

Pourquoi une checklist formelle, et pas un « j'ai vérifié »

Dans 60 à 70 % des litiges qui aboutissent à une mise en cause du courtier en travaux, le reproche est le même : « vous m'avez recommandé un artisan qui n'avait pas l'assurance/la qualification requise ». La défense type du courtier (« je l'avais vérifié il y a deux ans, je le connais ») ne tient pas devant un juge. Sans preuve datée et tracée, vous êtes présumé fautif.

La parade est purement organisationnelle : transformer la vérification en un processus formalisé, reproductible, dont chaque étape laisse une trace. Une checklist en 11 points permet d'objectiver la diligence et de la prouver. Elle prend environ 20 à 30 minutes par artisan, à actualiser une fois par an, ou immédiatement avant toute recommandation si l'artisan n'a pas été présenté depuis plus de 6 mois.

Concrètement, ces 30 minutes investies représentent l'écart entre une réclamation prise en charge sereinement par votre RC Pro et une déchéance de garantie pour faute lourde caractérisée.

Volet 1 — Existence juridique et solvabilité (4 contrôles)

Avant toute considération technique, l'artisan doit exister, être en règle et solvable. Quatre vérifications administratives suffisent à éliminer les profils à risque.

1. L'extrait Kbis ou avis de situation INSEE

Source : infogreffe.fr (Kbis gratuit pour les sociétés) ou avis-situation-sirene.insee.fr (gratuit pour les entreprises individuelles et micro-entreprises). Vérifiez : SIREN actif, date de création, activité déclarée cohérente avec les travaux prévus, code APE pertinent (43.xx pour le bâtiment, 41.x pour la construction). Un Kbis de plus de 3 mois n'est pas une preuve actuelle.

2. L'absence de procédure collective

Source : bodacc.fr (gratuit) ou onglet « Procédures collectives » sur Infogreffe. Saisissez le nom et le SIREN. Une procédure de sauvegarde, de redressement ou de liquidation publiée dans les 18 derniers mois est un signal d'alarme majeur : ne recommandez pas, même si l'entreprise « semble redresser la barre ». L'artisan en plan de continuation peut disparaître à tout moment.

3. Ancienneté et historique

Un artisan créé depuis moins de 12 mois représente un risque statistique élevé : 25 % des entreprises du BTP disparaissent dans les 3 premières années (source INSEE, démographie des entreprises). Cela ne disqualifie pas un jeune professionnel, mais impose un devoir d'alerte renforcé envers le client et une vérification approfondie des autres critères.

4. La forme juridique

Un auto-entrepreneur qui réalise des travaux soumis à la décennale est légalement tenu d'être assuré, mais sa capacité financière à indemniser un sinistre majeur est très limitée. Pour un chantier supérieur à 30 000 €, orientez le client vers une structure de type SARL/SAS avec un capital social significatif et plusieurs salariés.

Volet 2 — Assurances obligatoires (3 contrôles non négociables)

C'est le cœur de votre obligation de moyens. Trois attestations à exiger systématiquement, à lire et à archiver.

5. L'attestation d'assurance décennale

Obligatoire pour tout artisan réalisant des travaux de construction au sens de l'article 1792 du Code civil (gros œuvre, second œuvre impactant la solidité ou la destination de l'ouvrage). Sur l'attestation, vérifiez précisément :

  • Le nom de l'assureur et le numéro de police.
  • La période de validité : l'attestation est annuelle, demandez la version en cours.
  • Les activités garanties énumérées : ce point est critique. Une décennale « plâtrerie » ne couvre pas la pose de carrelage. Une décennale « couverture tuile » ne couvre pas la couverture en zinc. Le détail compte.
  • Le plafond de garantie (généralement entre 1 et 3 M€ par sinistre).
  • La zone géographique : certaines polices excluent les DOM, la Corse ou la haute montagne.

6. L'attestation de RC professionnelle

Couvre les dommages causés pendant le chantier (avant réception) et les dommages immatériels non garantis par la décennale. Vérifiez la cohérence des activités, le plafond (minimum 1 M€) et la franchise.

7. L'attestation de garantie financière de parfait achèvement (si applicable)

Pour les marchés importants (supérieurs à 50 000 €), certains clients exigent une garantie financière. Si l'artisan en dispose, c'est un signal positif. À défaut, mentionnez-le dans votre conseil au client.

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Volet 3 — Qualifications techniques et réputation (4 contrôles)

Au-delà du cadre légal, ces vérifications garantissent la compétence opérationnelle et la qualité du service.

8. Les qualifications professionnelles

Selon les travaux, certaines qualifications sont obligatoires ou fortement recommandées :

  • RGE (Reconnu Garant de l'Environnement) : indispensable pour que le client bénéficie de MaPrimeRénov', du CEE, de l'éco-PTZ. Annuaire public sur france-renov.gouv.fr.
  • Qualibat : qualification généraliste BTP, vérifiable sur qualibat.com.
  • Qualifelec pour l'électricité, Qualit'EnR pour les énergies renouvelables, Qualigaz pour le gaz.

Recommander un artisan non RGE pour des travaux d'isolation, c'est priver votre client d'une aide qui peut atteindre 20 000 €. Le défaut de conseil sur ce point est régulièrement sanctionné.

9. Les références chantiers

Demandez 2 à 3 références de chantiers similaires réalisés dans les 18 derniers mois. Appelez les clients référents. Posez trois questions : respect du planning, respect du devis, qualité du service après-vente. Documentez les réponses par écrit dans votre dossier artisan.

10. L'e-réputation

Une recherche Google sur « [nom artisan] avis » et « [nom artisan] litige » prend 5 minutes. Examinez les avis Google, Pages Jaunes, le forum 60 Millions de Consommateurs, les éventuels signalements sur Signal-Conso. Un artisan avec une moyenne inférieure à 3,5/5 sur plus de 20 avis est un signal d'alarme.

11. La capacité disponible

Un excellent artisan surbooké est un mauvais artisan pour votre client. Vérifiez le délai de démarrage proposé et confrontez-le aux besoins du client. Un délai supérieur à 4 mois sans justification de carnet de commandes peut signaler une situation tendue.

Tracer, archiver, actualiser : la mécanique qui protège

La checklist n'a de valeur juridique que si vous pouvez la produire devant un juge. Trois principes opérationnels :

  1. Une fiche par artisan, datée, signée numériquement, archivée dans votre logiciel CRM ou GED. Modèle conseillé : tableau de 11 lignes (une par contrôle), colonne « date », colonne « source », colonne « pièce jointe » (PDF des attestations, captures d'écran des registres publics).
  2. Une revue annuelle systématique de tout artisan recommandé dans l'année écoulée. La décennale et la RC Pro sont renouvelées chaque année : une attestation de 14 mois n'est plus valable. Bloquez un créneau récurrent dans votre agenda (janvier ou septembre, par exemple).
  3. Une trace de la transmission au client : envoyez à votre client un PDF récapitulatif des vérifications effectuées, par mail. Le mail horodaté est une preuve. Si vous prenez la peine de l'envoyer, votre devoir de conseil est exécuté et démontré.

Pour aller plus loin sur la couverture adaptée à votre activité, consultez les garanties dédiées au courtier en travaux.

Questions fréquentes

Une fois par an minimum, à la date anniversaire de la police. Et systématiquement avant toute recommandation si la dernière attestation a plus de 6 mois. Les artisans changent parfois d'assureur, suspendent leur contrat ou voient leur activité garantie modifiée.

Ne le recommandez pas. Un artisan en règle ne refuse jamais une demande d'attestation : c'est une obligation légale qu'il a déjà transmise à ses clients précédents. Un refus est en soi un signal d'alarme. Documentez-le par écrit pour pouvoir prouver votre prudence.

Non. La qualification RGE ne couvre que la dimension technique et énergétique. Elle ne dispense pas de vérifier la décennale, la RC Pro, l'absence de procédure collective. RGE et assurances sont deux contrôles indépendants.

Dix ans minimum, calés sur la durée de la garantie décennale. C'est la période pendant laquelle un client peut vous mettre en cause au titre d'un manquement à votre obligation de vérification. Privilégiez un archivage numérique avec date certaine.

Alertez immédiatement le client par écrit (mail avec accusé de réception), recommandez-lui de demander une preuve d'assurance à l'artisan ou d'arrêter le chantier, et déclarez la situation à votre assureur RC Pro à titre conservatoire. Plus vous agissez vite et tracez votre action, mieux vous serez défendu si un sinistre survient.

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Article rédigé et vérifié par l'équipe Insurio — Tutassûr, courtier en assurance immatriculé à l'ORIAS sous le n° 22001730. Information à caractère général ne se substituant pas aux conditions de votre contrat.