8,33 DTS par kilo : la limite d'indemnité CMR qui change tout quand vous stockez aussi
La CMR limite votre responsabilité à 8,33 DTS/kg sur la route. Mais dès que la palette dort dans votre entrepôt, ce plafond protecteur peut disparaître.
- La convention CMR plafonne l'indemnité du transporteur à 8,33 DTS par kilogramme de marchandise perdue ou avariée, soit un plafond protecteur.
- Ce plafond ne s'applique qu'à la phase de transport : pendant le stockage hors déplacement, le régime du dépôt peut imposer une réparation intégrale.
- Le moment exact où le transport s'arrête et le dépôt commence détermine quelle limite d'indemnité s'applique — et l'écart se chiffre en dizaines de milliers d'euros.
- Une RC Pro de transporteur-stockeur doit couvrir les deux régimes, sous peine de laisser à découvert la phase la plus exposée.
La limite CMR : un bouclier méconnu du transporteur
Quand vous transportez des marchandises à l'international par route, votre responsabilité n'est pas illimitée. La convention CMR (Convention relative au contrat de transport international de marchandises par route) plafonne votre indemnité en cas de perte ou d'avarie à 8,33 DTS par kilogramme de poids brut manquant.
Le DTS — Droit de Tirage Spécial — est une unité de compte du FMI dont la valeur fluctue. À titre indicatif, 8,33 DTS représentent environ 10 à 11 € selon le cours. Autrement dit, pour une palette de 500 kg perdue, votre responsabilité de transporteur est plafonnée autour de 5 000 €, quelle que soit la valeur réelle de la marchandise.
C'est un bouclier puissant. Si cette palette contenait pour 40 000 € d'électronique, vous ne devez en principe que la limite CMR, soit huit fois moins. Le transport routier intègre ce plafond dans son équilibre économique : l'expéditeur qui veut être couvert au-delà doit déclarer une valeur ou souscrire une assurance ad valorem. En transport intérieur, le contrat-type général prévoit une logique de plafonnement comparable, exprimée en euros par kilo et par colis.
Le moment où le bouclier disparaît
Voici le point réglementaire que la double activité transport + stockage rend critique : la limitation CMR ne protège que la phase de transport. Dès que la marchandise quitte le déplacement pour entrer dans une opération de stockage qui n'est plus l'accessoire du transport, le régime juridique bascule.
Tant que le stockage est un arrêt technique inhérent au transport — une rupture de charge de quelques heures, une attente de réexpédition le lendemain — on reste généralement dans le champ du contrat de transport, et la limite s'applique. Mais si le stockage devient une prestation autonome — la marchandise dort plusieurs jours, vous facturez du magasinage, le déplacement n'est plus à l'horizon immédiat — vous basculez dans le régime du contrat de dépôt, qui ne connaît pas la limite des 8,33 DTS.
La conséquence est vertigineuse : la même palette de 500 kg, perdue pendant le transport, vous coûte ~5 000 € ; perdue pendant un dépôt autonome, elle peut vous coûter sa valeur intégrale, soit 40 000 €.
La frontière entre « stockage accessoire au transport » et « dépôt autonome » n'est pas toujours nette. Elle dépend de la durée, de la facturation distincte, de l'intention des parties et de la documentation contractuelle. C'est exactement la zone grise où se logent les litiges les plus coûteux du métier.
Trois situations, trois régimes d'indemnité
Illustrons la bascule avec trois scénarios concrets, marchandise identique (palette 500 kg, valeur 40 000 €) :
| Situation | Régime applicable | Indemnité due (ordre de grandeur) |
|---|---|---|
| Vol pendant le trajet routier | Transport / CMR | ~5 000 € (8,33 DTS/kg) |
| Vol pendant une rupture de charge d'une nuit, réexpédition prévue le lendemain | Transport (stockage accessoire) | ~5 000 € en principe |
| Vol pendant un magasinage de 8 jours facturé séparément | Dépôt autonome | jusqu'à 40 000 € (valeur réelle) |
L'écart entre la première et la troisième ligne — d'un facteur huit — n'est pas une subtilité théorique. C'est la différence entre un sinistre absorbable et un sinistre qui menace l'entreprise. Et il se joue uniquement sur la qualification de la phase de stockage.
D'où l'importance d'une assurance RC Pro conçue pour le transporteur-stockeur : elle doit garantir votre responsabilité dans les deux régimes, y compris la réparation intégrale du dépôt autonome, sans se limiter aux plafonds du transport. Une RC Pro pensée pour le seul transport laisse à nu la phase de magasinage, qui est pourtant la plus exposée financièrement.
La prescription : un autre piège de calendrier
Le régime applicable ne change pas seulement le montant : il change aussi les délais. En transport, les actions se prescrivent par des délais courts — typiquement un an, porté à trois ans en cas de faute lourde ou de dol. Le destinataire qui veut vous réclamer doit aussi émettre des réserves dans des délais stricts à la livraison, sous peine de présomption de bonne réception.
En matière de dépôt, ces protections procédurales propres au transport ne jouent pas de la même manière. Le client dispose souvent d'un délai plus long pour agir, et l'absence de réserves immédiates ne vous protège pas comme une livraison de transport le ferait.
Concrètement, un transporteur qui croit être à l'abri parce que « le délai d'un an est passé » peut découvrir qu'au titre du dépôt, l'action de son client est toujours recevable. La qualification de la phase — transport ou stockage — conditionne donc à la fois le plafond d'indemnité et la fenêtre de réclamation. Deux raisons de documenter précisément quand le transport s'arrête.
Documenter la frontière pour maîtriser le régime
Puisque tout se joue sur la qualification de la phase de stockage, votre meilleure protection est documentaire. Quelques réflexes :
- Distinguez clairement vos prestations dans vos conditions générales : ce qui relève du transport, ce qui relève du magasinage, et les conditions de bascule de l'un à l'autre.
- Datez et tracez chaque mouvement : déchargement, mise en stock, réexpédition. Un horodatage précis permet de prouver qu'une marchandise volée était encore en phase de rupture de charge — donc sous régime transport et limitation CMR — et non en dépôt autonome.
- Facturez de façon cohérente avec le régime invoqué : facturer un « magasinage » sur huit jours rend difficile de prétendre ensuite à un simple stockage accessoire au transport.
- Encadrez la déclaration de valeur : si un client veut être couvert au-delà des limites, faites-lui déclarer une valeur ou souscrire une assurance facultés, et tarifez en conséquence.
- Faites auditer votre RC Pro sur ce point précis : couvre-t-elle la réparation intégrale en cas de dépôt requalifié, ou se cale-t-elle uniquement sur les plafonds du transport ?
La limite des 8,33 DTS est un atout — mais un atout fragile, qui s'évapore dès que la palette cesse de rouler. Pour un transporteur qui stocke, la maîtrise du régime applicable n'est pas un détail de juriste : c'est la ligne qui sépare un sinistre à 5 000 € d'un sinistre à 40 000 €.
Questions fréquentes
C'est le plafond d'indemnité fixé par la convention CMR pour le transport international de marchandises par route : en cas de perte ou d'avarie, le transporteur ne doit que 8,33 DTS (environ 10 à 11 € selon le cours) par kilogramme manquant, indépendamment de la valeur réelle de la marchandise, sauf déclaration de valeur ou faute aggravée.
Pas nécessairement. La limite CMR protège la phase de transport. Si le stockage est un simple arrêt technique accessoire au transport, elle s'applique généralement. Mais si le stockage devient une prestation autonome (magasinage facturé, durée prolongée), vous relevez du régime du dépôt, qui peut imposer une réparation intégrale sans plafond.
La qualification dépend de la durée du stockage, de la facturation distincte d'un magasinage, de l'intention des parties et de la documentation contractuelle. Un stockage de quelques heures en rupture de charge reste accessoire au transport ; un stockage de plusieurs jours facturé séparément bascule vers le dépôt. La frontière se documente.
Pas systématiquement. Une RC Pro calibrée sur le seul transport peut se limiter aux plafonds CMR et laisser à découvert la réparation intégrale due au titre d'un dépôt requalifié. Pour un transporteur-stockeur, la couverture doit explicitement garantir les deux régimes, y compris la phase de magasinage.
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Article rédigé et vérifié par l'équipe Insurio — Tutassûr, courtier en assurance immatriculé à l'ORIAS sous le n° 22001730. Information à caractère général ne se substituant pas aux conditions de votre contrat.