Secret professionnel partagé : ce que l'assistant social peut (et ne peut pas) dire
Entre l'article 226-13 du Code pénal et l'obligation de protéger une personne en danger, l'assistant social marche sur une ligne de crête. Décryptage du secret partagé.
- L'assistant de service social est soumis au secret professionnel par état (article 226-13 du Code pénal) : sa violation est punie d'un an de prison et 15 000 € d'amende.
- Le secret partagé n'autorise à transmettre qu'aux professionnels concernés, qu'une information strictement nécessaire et après information de la personne (article L. 226-2-2 CASF).
- L'article 226-14 lève le secret pour signaler des privations ou sévices sur un mineur ou une personne vulnérable : une protection, pas une obligation systématique de tout dire.
- En cas de plainte d'un usager pour divulgation, votre protection juridique professionnelle finance votre défense, là où l'employeur public ne couvre que l'activité de service.
Un secret qui vous oblige par état, pas par contrat
Contrairement à beaucoup de professions, l'assistant de service social n'est pas tenu au secret par une simple clause de son contrat de travail. Il l'est par état, en vertu de l'article 226-13 du Code pénal et de l'article L. 411-3 du Code de l'action sociale et des familles (CASF), qui vise expressément les assistants de service social. La nuance est lourde de conséquences.
Concrètement, le secret vous suit partout : en collectivité, en établissement, en libéral, et même après la fin de votre mission. Il ne s'éteint pas quand le dossier est clos, ni quand vous changez d'employeur. Une révélation faite « à titre personnel » à un proche, ou une confidence à un collègue qui n'a rien à voir avec la situation, constitue déjà une infraction caractérisée.
La sanction n'a rien de théorique : un an d'emprisonnement et 15 000 € d'amende. À cela s'ajoute la responsabilité civile : l'usager dont le dossier a fuité peut réclamer des dommages-intérêts pour le préjudice subi (perte d'un logement, rupture familiale, atteinte à la réputation). C'est précisément ce volet civil que couvre une assurance RC Pro dédiée à votre activité.
Le secret partagé : trois conditions cumulatives, pas une option
Le travail social moderne est collectif. Vous échangez avec la PMI, l'Éducation nationale, un bailleur social, un médecin, un éducateur. La loi l'a reconnu en consacrant le secret partagé à l'article L. 226-2-2 du CASF. Mais ce partage n'est pas un blanc-seing : il obéit à trois conditions qui doivent toutes être réunies.
- Une finalité de protection ou d'accompagnement. Le partage ne se justifie que pour évaluer une situation, déterminer ou mettre en œuvre les actions nécessaires. Pas pour « tenir au courant ».
- Des destinataires concernés. Seuls les professionnels effectivement impliqués dans la prise en charge peuvent recevoir l'information. Un collègue curieux, un supérieur non concerné, un partenaire qui n'intervient pas : exclus.
- Le strict nécessaire. Vous transmettez ce qui est utile à la mission de l'autre professionnel, rien de plus. Le diagnostic médical détaillé, l'histoire intime de la personne, les éléments sans lien avec l'action : à garder.
Et une obligation procédurale s'ajoute : la personne doit être informée de ce partage, sauf intérêt contraire de l'enfant. Beaucoup de mises en cause naissent ici : l'usager découvre que « tout le monde savait » sans qu'on l'ait prévenu.
Information préoccupante et signalement : la levée légale du secret
Que faire quand vous suspectez un danger ? L'article 226-14 du Code pénal lève le secret professionnel dans des cas précis : il vous autorise à informer les autorités (CRIP, procureur) de privations ou de sévices, y compris d'atteintes sexuelles, infligés à un mineur ou à une personne hors d'état de se protéger.
Attention au piège de lecture : l'article 226-14 vous autorise à signaler, il ne vous transforme pas en auxiliaire de police tenu de tout dénoncer. Vous évaluez, vous documentez, vous transmettez une information préoccupante à la cellule départementale (CRIP) ou, en cas d'urgence et de gravité, un signalement direct au parquet.
Le risque de mise en cause est double et symétrique. Si vous signalez à tort, sur la foi d'un soupçon mal étayé, la famille peut vous reprocher une dénonciation calomnieuse ou une atteinte à sa vie privée. Si vous ne signalez pas alors que les éléments étaient sérieux, on pourra vous opposer une non-assistance à personne en danger ou un défaut de signalement.
C'est l'angle mort le plus dangereux du métier : votre responsabilité peut être engagée dans les deux sens. D'où l'importance de tracer vos décisions (écrits, dates, éléments factuels) et de disposer d'une protection couvrant votre défense quelle que soit la direction de la plainte.
Cas concret : la confidence qui se retourne contre vous
Prenons une situation banale en apparence. Vous accompagnez une mère en conflit avec son ex-conjoint pour la garde de leurs enfants. Au détour d'un entretien partenarial, vous évoquez à l'enseignante de l'un des enfants une difficulté financière de la mère, persuadé d'agir « dans l'intérêt de l'enfant ». L'information remonte, est mal interprétée, et finit citée dans la procédure familiale.
La mère porte plainte : selon elle, vous avez divulgué une information couverte par le secret, sans nécessité pour la scolarité de l'enfant, et sans l'avoir prévenue. Sur le papier, les trois conditions du secret partagé ne sont pas réunies : l'information n'était ni strictement nécessaire à la mission de l'enseignante, ni partagée avec son accord. Vous êtes exposé.
La leçon : le secret partagé se juge sur la nécessité, pas sur la bonne intention. « Je pensais bien faire » n'est pas un moyen de défense recevable face à l'article 226-13.
Dans ce type de dossier, deux choses comptent : la traçabilité de ce que vous avez réellement dit et à qui, et une protection juridique qui finance immédiatement un avocat. Une plainte d'usager peut mobiliser plusieurs milliers d'euros de frais de défense avant même qu'un juge ne tranche sur le fond.
Les fuites involontaires : le risque que personne n'anticipe
La majorité des atteintes au secret ne sont pas des trahisons : ce sont des négligences. Un dossier social oublié sur la banquette arrière d'une voiture lors d'une visite à domicile. Une clé USB perdue. Un e-mail envoyé au mauvais destinataire. Un échange à voix haute dans un open-space où patiente un autre usager.
En libéral particulièrement, vous êtes seul responsable de la sécurité de vos données : notes d'évaluation, coordonnées, situations familiales sensibles. Une perte ou un vol de données peut déclencher à la fois une obligation de notification à la CNIL (RGPD) et une plainte de la personne concernée.
Ce risque relève de la cybersécurité autant que de la déontologie. Si vous tenez des dossiers numérisés, un agenda en ligne ou une messagerie professionnelle, une assurance cyber prend en charge la gestion de l'incident : notification, accompagnement juridique, reconstitution des données, et défense si un usager engage votre responsabilité pour la fuite.
Salarié ou libéral : qui répond de la divulgation ?
Quand vous êtes agent d'une collectivité, l'employeur public répond en principe des fautes de service : il assume l'activité et prend en charge votre protection fonctionnelle. Mais cette protection a des limites nettes. Elle ne joue plus dès lors qu'on vous reproche une faute personnelle détachable du service : une divulgation jugée volontaire, un manquement caractérisé, un comportement qualifié de personnel.
Dans ces situations, vous vous retrouvez seul face à la plainte, avec vos propres deniers pour financer un avocat. C'est exactement le vide que comble une protection juridique professionnelle individuelle : elle finance votre défense pénale et civile, même quand l'employeur s'en désolidarise.
En libéral, la question ne se pose même plus : il n'y a aucun employeur derrière vous. La RC Pro et la protection juridique ne sont pas un confort, ce sont votre seul filet. Vous pouvez vérifier les garanties adaptées à votre statut sur la page dédiée aux assistants de service social.
Questions fréquentes
Non. Le secret est lié à votre état, pas à la durée d'une mission. Il subsiste après la clôture du dossier, après un changement d'employeur et sans limitation de durée. Révéler une information apprise dans un dossier ancien reste une infraction pénale.
Non. Le secret partagé se limite aux professionnels effectivement concernés par la prise en charge et au strict nécessaire à leur action. Un collègue qui n'intervient pas sur la situation ne doit pas recevoir l'information, même au sein du même service.
L'article 226-14 du Code pénal vous autorise à signaler privations ou sévices sur un mineur ou une personne vulnérable, mais il s'agit d'une faculté protectrice, pas d'une obligation de tout dénoncer. Vous évaluez la situation et transmettez une information préoccupante ou un signalement selon la gravité.
Si le signalement repose sur des éléments factuels sérieux et de bonne foi, votre responsabilité n'est pas engagée. En revanche, une dénonciation manifestement infondée peut exposer à une plainte pour dénonciation calomnieuse : d'où l'intérêt de tracer vos décisions et de disposer d'une protection juridique.
L'employeur assume l'activité de service et la protection fonctionnelle, mais pas les fautes personnelles détachables du service. Dès qu'on vous reproche une faute jugée volontaire ou détachable, vous financez seul votre défense, sauf à disposer d'une RC Pro et d'une protection juridique individuelles.
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Article rédigé et vérifié par l'équipe Insurio — Tutassûr, courtier en assurance immatriculé à l'ORIAS sous le n° 22001730. Information à caractère général ne se substituant pas aux conditions de votre contrat.