Vol de 62 000 € cinq semaines après la reprise : l'alarme du vendeur n'était plus raccordée
Avant de signer la reprise d'un commerce, quatre vérifications évitent la mauvaise surprise : sinistralité, conformité, protections, capitaux.
- Article L.121-10 du code des assurances : en cas d'aliénation de la chose assurée, l'assurance continue de plein droit au profit de l'acquéreur ; l'assureur peut résilier dans un délai de 3 mois à compter du jour où le transfert de la police à votre nom lui est demandé.
- Article L.121-5 : si la valeur des biens dépasse le capital assuré au jour du sinistre, l'assuré reste son propre assureur pour l'excédent et supporte une part proportionnelle du dommage, sauf convention contraire. Un contenu déclaré 250 000 € pour 400 000 € réels ramène une indemnité de 120 000 € à 75 000 €.
- Article L.113-2, 3° : toute circonstance nouvelle aggravant le risque (nouvelle activité, extension, matériel, stock) doit être déclarée dans un délai de 15 jours à compter du moment où vous en avez connaissance ; à défaut, nullité (L.113-8) ou réduction proportionnelle de l'indemnité (L.113-9).
- Contexte B2B : ni la résiliation infra-annuelle dite « loi Hamon » (L.113-15-2) ni le droit de rétractation de 14 jours du code de la consommation ne s'appliquent à un contrat professionnel. Le régime est celui de l'article L.113-12 : échéance annuelle, préavis de 2 mois au plus pour l'assuré.
Le jour de la signature, le contrat du vendeur ne s'éteint pas tout seul
Une reprise de commerce se prépare rarement du côté des polices d'assurance, et c'est pourtant là que se logent les surprises les plus coûteuses. Premier point de droit à connaître : le contrat du cédant ne disparaît pas mécaniquement à la vente.
L'article L.121-10 du code des assurances prévoit qu'en cas d'aliénation de la chose assurée, l'assurance continue de plein droit au profit de l'acquéreur, à charge pour lui d'exécuter toutes les obligations du contrat. Chacune des parties conserve une faculté de résiliation : l'assureur dispose pour cela d'un délai de trois mois à compter du jour où le transfert de la police à votre nom lui a été demandé. Le vendeur, de son côté, reste tenu des primes échues tant qu'il n'a pas informé son assureur de la cession.
Cette continuité automatique est un point de départ, pas un confort : vous héritez du contrat tel qu'il est, avec ses capitaux, ses franchises et ses conditions de garantie.
La portée réelle du transfert dépend de ce que vous achetez.
| Montage | Sort du contrat multirisque | Point de vigilance |
|---|---|---|
| Cession du fonds de commerce | Le contrat portant sur les biens vendus continue de plein droit au profit de l'acquéreur (L.121-10) | L'assureur peut résilier dans les 3 mois de la demande de transfert de police |
| Cession des titres (parts ou actions) | Aucun changement : la personne morale assurée reste la même | Vous héritez aussi de l'historique de sinistres et des majorations en cours |
| Reprise du bail d'un local vide | Aucun transfert : contrat à souscrire en propre | Faire courir la garantie dès la prise de possession, pas à la date de l'acte |
Dans tous les cas, faites confirmer par écrit la date exacte de prise d'effet à votre nom. Une multirisque professionnelle mise en place quelques jours trop tard laisse une fenêtre sans couverture, précisément au moment où les clés changent de main.
Sinistralité : cinq ans d'historique à réclamer, et comment les lire
En assurance automobile, le relevé d'information est un document normé que l'assureur doit délivrer. En assurance de dommages aux biens professionnels, aucun texte n'impose d'équivalent. L'historique de sinistralité se négocie donc : faites-en une pièce exigée de votre offre, au même titre que les bilans.
Demandez au cédant une attestation émanant de son assureur et portant sur les cinq derniers exercices : nombre de sinistres, nature, dates de survenance, montants réglés, dossiers encore ouverts et éventuelle résiliation. Ce dernier point compte : un contrat peut prévoir au profit de l'assureur une faculté de résiliation après sinistre et, dans ce cas, la résiliation ne prend effet qu'à l'expiration d'un délai d'un mois à compter de sa notification à l'assuré (article R.113-10). Vous devrez répondre exactement à ces questions dans le questionnaire de votre futur assureur (article L.113-2, 2°) : une omission se paie plus tard, au moment de l'indemnisation.
| Antécédent relevé | Ce qu'il signale le plus souvent | Question à poser avant de signer |
|---|---|---|
| Dégâts des eaux répétés | Réseau, toiture ou étanchéité vieillissants | Qui a financé les réparations ? Travaux réalisés, facturés, datés ? |
| Vol par effraction | Protections insuffisantes ou non entretenues | L'assureur a-t-il imposé des mesures après sinistre ? Sont-elles en place ? |
| Incendie | Installation électrique, stockage, extraction des fumées | Rapport d'expertise et préconisations effectivement mises en œuvre ? |
| Résiliation par l'assureur | Sinistralité jugée excessive au regard de la prime | Motif écrit, date d'effet, incidence sur votre propre tarification |
Trois dégâts des eaux en quatre ans et un incendie isolé ne racontent pas la même histoire : le premier cas annonce des travaux et une majoration, le second un événement ponctuel dont les suites ont peut-être déjà été traitées.
Conformité du local : distinguer l'obligation légale de l'exigence de votre assureur
Beaucoup de repreneurs mélangent trois registres qui n'ont ni le même fondement ni les mêmes conséquences : ce que la loi impose, ce que le contrat exige comme condition de la garantie, et ce qui relève de la bonne pratique de prévention. La confusion se paie au sinistre.
| Point à vérifier | Statut | Repère |
|---|---|---|
| Vérification périodique des installations électriques | Obligation légale (lieux de travail) | Code du travail, arrêté du 26 décembre 2011 : vérification initiale puis périodique, rapport à conserver |
| Classement ERP (type et catégorie), registre de sécurité | Obligation légale | Règlement de sécurité contre l'incendie dans les ERP (arrêté du 25 juin 1980) et code de la construction et de l'habitation |
| Dossier technique amiante | Obligation légale | Bâtiments dont le permis de construire est antérieur au 1er juillet 1997 : à réclamer au bailleur |
| Ramonage des conduits | Obligation locale | Règlement sanitaire départemental : fréquence variable selon le département |
| Détection intrusion raccordée à un centre de télésurveillance | Exigence contractuelle | Vos conditions particulières : souvent une condition de la garantie vol |
| Serrures ou coffre certifiés, installation conforme à un référentiel de prévention | Exigence contractuelle | Certificat et date à vérifier physiquement, pas sur déclaration |
| Nettoyage des hottes et conduits d'extraction | Exigence contractuelle et bonne pratique | Justificatifs d'intervention à conserver, notamment en restauration |
Le contrôle se fait sur pièces et sur place. Un rapport de vérification électrique de 2021 assorti d'observations jamais levées vaut absence de conformité. Pour un local professionnel pris à bail, réclamez également au bailleur la répartition des obligations d'entretien : elle détermine qui devra financer les travaux que votre futur assureur exigera.
Ce que l'assurance couvre — et ce qu'elle exige de vous
Une multirisque professionnelle couvre classiquement l'incendie, les dégâts des eaux, le vol et le vandalisme, le bris de glace, les dommages électriques, la responsabilité civile d'exploitation et, en option, la perte d'exploitation. Mais la garantie vol, en particulier, est presque toujours conditionnée à des moyens de protection décrits aux conditions particulières.
Cas pratique. Reprise d'une supérette de quartier. Cinq semaines après la signature, effraction de nuit : 47 000 € de marchandises emportées et 15 000 € de dommages aux agencements, soit 62 000 €. Les conditions particulières du contrat repris subordonnaient la garantie vol à deux éléments : rideau métallique verrouillé et système de détection intrusion raccordé à un centre de télésurveillance. Or le cédant avait résilié l'abonnement de télésurveillance huit mois avant la vente, sans en informer l'assureur ni le repreneur. La condition de garantie n'était plus tenue au jour du sinistre : l'assureur refuse sa garantie pour le vol. Les garanties incendie et dégâts des eaux, elles, restaient intactes — une condition ne vaut que pour le risque qu'elle vise.
Quelques repères utiles pour ne pas se laisser opposer n'importe quoi :
- Les clauses de nullité, de déchéance et d'exclusion ne sont valables que si elles figurent en caractères très apparents (article L.112-4).
- Une exclusion doit être formelle et limitée (article L.113-1) : elle ne peut vider la garantie de sa substance.
- Le délai contractuel de déclaration de sinistre ne peut être inférieur à cinq jours ouvrés, ramenés à deux jours ouvrés en cas de vol (article L.113-2, 4°).
- En catastrophe naturelle, une franchise légale non rachetable s'applique aux biens à usage professionnel : 10 % des dommages matériels directs, avec un minimum fixé par arrêté ministériel, sauf franchise contractuelle supérieure.
Avant de signer, exigez donc la copie intégrale des conditions particulières et générales du contrat en cours, puis vérifiez ligne par ligne que chaque moyen de protection listé existe réellement et fonctionne. Pour un magasin, cette lecture prend une heure et évite l'essentiel des litiges.
Capitaux sous-évalués : la mécanique de l'article L.121-5
C'est le piège le plus fréquent d'une reprise : le contrat du cédant a été calibré sur son activité d'il y a huit ans. Vous doublez le stock, refaites les agencements, ajoutez du matériel — et personne ne met à jour les capitaux.
L'article L.121-5 est sans détour : s'il résulte des estimations que la valeur de la chose assurée excède au jour du sinistre la somme garantie, l'assuré est considéré comme restant son propre assureur pour l'excédent et supporte une part proportionnelle du dommage, sauf convention contraire. Cette règle proportionnelle de capitaux s'applique même à un sinistre partiel, très en deçà du capital déclaré.
| Incendie de la réserve — poste | Montant |
|---|---|
| Capital « contenu » déclaré au contrat | 250 000 € |
| Valeur réelle du contenu au jour du sinistre | 400 000 € |
| Taux d'assurance (250 000 / 400 000) | 62,5 % |
| Dommage indemnisable évalué par l'expert | 120 000 € |
| Indemnité après règle proportionnelle | 75 000 € |
| Franchise contractuelle | − 1 500 € |
| Versement effectif | 73 500 € |
| Reste à charge de l'entreprise | 46 500 € |
La même logique peut s'appliquer à la perte d'exploitation, dont l'indemnité repose sur une marge brute déclarée : une marge sous-estimée réduit d'autant l'indemnisation. Certains contrats prévoient une clause écartant ou atténuant la règle proportionnelle, ou un ajustement annuel des capitaux : ce n'est jamais automatique, vérifiez vos conditions particulières. À défaut, la parade est un inventaire daté, photographié et chiffré au jour de la reprise, actualisé après chaque investissement.
Le calendrier de la reprise : qui assure quoi, et à partir de quand
Une reprise n'est pas un instant, c'est une séquence. Chaque étape a son échéance juridique.
- Avant la signature — attestation de sinistralité sur cinq ans, conditions générales et particulières du contrat en cours, derniers rapports de vérification électrique et incendie, justificatifs d'entretien, certificats des moyens de protection, quittances de prime à jour.
- Au transfert — demandez par écrit à l'assureur le transfert de la police à votre nom : c'est cette demande qui fait courir le délai de trois mois pendant lequel il peut résilier (L.121-10). Le cédant, lui, notifie la cession pour être libéré des primes à échoir.
- Dans les 15 jours d'un changement — nouvelle activité, extension d'horaires, matériel supplémentaire, stock accru : toute circonstance nouvelle aggravant le risque se déclare dans un délai de quinze jours à compter du moment où vous en avez connaissance (article L.113-2, 3°). L'assureur peut alors résilier, la résiliation prenant effet dix jours après notification, ou proposer une nouvelle prime ; s'il la propose et que vous ne donnez pas suite ou refusez dans les trente jours, il peut résilier (article L.113-4).
- Pour changer d'assureur — la faculté de résiliation ouverte à l'acquéreur par l'article L.121-10, ou la résiliation à échéance annuelle avec un préavis qui ne peut excéder deux mois pour l'assuré (article L.113-12). L'article L.113-16 ouvre par ailleurs une faculté de résiliation en cas de changement de profession ou de cessation définitive d'activité, lorsque le risque garanti est en relation directe avec la situation antérieure ; dans les cas qu'il prévoit, la portion de prime afférente à la période non courue est restituée.
Deux dispositifs que l'on vous citera à tort. La résiliation infra-annuelle dite « loi Hamon » (article L.113-15-2) vise les contrats couvrant les personnes physiques en dehors de leur activité professionnelle : elle ne s'applique pas à votre multirisque de commerçant. De même, le droit de rétractation de quatorze jours issu du code de la consommation n'a pas vocation à jouer pour un contrat souscrit pour les besoins de l'entreprise. Un contrat professionnel se quitte à l'échéance ou dans les cas prévus par le code des assurances — jamais sur un simple regret.
Dernier réflexe : ne résiliez le contrat repris qu'après réception écrite de la prise d'effet du nouveau. Un jour de découvert entre deux polices suffit à transformer un sinistre ordinaire en perte sèche.
Questions fréquentes
L'article L.121-10 du code des assurances prévoit que l'assurance continue de plein droit au profit de l'acquéreur en cas d'aliénation de la chose assurée. Mais « continuer de plein droit » ne veut pas dire « avenant établi » : demandez par écrit à l'assureur le transfert de la police à votre nom. Cette demande fait courir le délai de trois mois pendant lequel il peut lui-même résilier. En parallèle, le cédant doit notifier la cession à l'assureur pour être libéré des primes à échoir. Sans ces deux écrits, vous risquez de découvrir au sinistre que les quittances sont toujours au nom du vendeur.
Oui. L'article L.121-10 ouvre à l'acquéreur une faculté de résiliation. À défaut, vous pouvez résilier à l'échéance annuelle, avec un préavis qui ne peut excéder deux mois pour l'assuré (article L.113-12). Attention : ni la résiliation infra-annuelle dite « loi Hamon » (article L.113-15-2) ni le droit de rétractation de quatorze jours du code de la consommation ne s'appliquent à un contrat souscrit pour les besoins de votre activité. Règle pratique : n'envoyez votre résiliation qu'une fois reçue la confirmation écrite de prise d'effet du nouveau contrat.
Aucun texte ne l'y contraint en dommages aux biens, à la différence de l'automobile où le relevé d'information est obligatoire. Trois leviers : faire de la remise de l'attestation de sinistralité sur cinq ans une condition suspensive de l'acte ; demander l'attestation directement à l'assureur muni d'une autorisation écrite du cédant ; à défaut, exiger une déclaration sur l'honneur annexée à l'acte, couverte par la garantie de passif. Un refus non motivé est en soi une information : il justifie de renforcer votre audit technique du local avant de vous engager.
Relisez vos conditions particulières pour savoir s'il s'agit d'une condition de la garantie ou d'une simple recommandation de prévention : le régime n'est pas le même. Si c'est une condition, la garantie concernée — le plus souvent le vol — peut ne pas jouer tant qu'elle n'est pas tenue, alors que l'incendie ou les dégâts des eaux restent acquis. Régularisez sans attendre, conservez le contrat de télésurveillance et la facture de mise en service, et informez votre assureur par écrit de la remise en conformité et de sa date.
Partez d'un inventaire daté et photographié au jour de la reprise : matériel et agencements en valeur de remplacement, stock au coût d'achat évalué au pic saisonnier et non en moyenne annuelle, aménagements immobiliers réalisés par le locataire. Ajoutez la marge brute prévisionnelle si vous assurez la perte d'exploitation. L'article L.121-5 fait supporter à l'assuré une part proportionnelle du dommage en cas d'insuffisance de capitaux, sauf convention contraire : certains contrats prévoient une clause d'atténuation ou un ajustement annuel, vérifiez vos conditions particulières. Actualisez après chaque investissement, dans les quinze jours prévus à l'article L.113-2, 3°.
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Article rédigé et vérifié par l'équipe Insurio — Tutassûr, courtier en assurance immatriculé à l'ORIAS sous le n° 22001730. Information à caractère général ne se substituant pas aux conditions de votre contrat.