Réglementation 27 juillet 2026 ⏱️ 8 min de lecture

Panneaux non déclarés, incendie à 730 000 € : pourquoi l'indemnité tombe à 393 400 €

Poser des panneaux sur la toiture de son local change le risque assuré. Délais, garanties, sous-assurance : ce que votre contrat exige vraiment.

Par l'équipe Insurio Courtier responsable · ORIAS 22001730
⚡ L'essentiel
  • Une installation photovoltaïque en toiture est une circonstance nouvelle au sens de l'article L.113-2 4° du Code des assurances : elle doit être déclarée à l'assureur dans un délai de quinze jours à compter du moment où l'assuré en a connaissance.
  • La garantie tempête est automatiquement adossée à la garantie incendie (art. L.122-7). En revanche, la grêle et le poids de la neige restent des garanties contractuelles distinctes : elles ne sont acquises que si vos conditions particulières les mentionnent.
  • En cas de sous-assurance, l'article L.121-5 impose la règle proportionnelle de capitaux : une installation de 210 000 € non ajoutée aux capitaux déclarés réduit l'indemnité du bâtiment dans le rapport capitaux déclarés / valeur réelle au jour du sinistre.
  • Côté résiliation, le régime professionnel est celui de l'article L.113-12 (échéance annuelle, préavis fixé au contrat, usuellement deux mois), complété par L.113-16 en cas de cessation d'activité : ni la rétractation de 14 jours ni la résiliation infra-annuelle dite « loi Hamon » (L.113-15-2), réservées aux particuliers, ne s'appliquent.

Quinze jours : le délai que personne ne retient

Une centrale photovoltaïque en toiture n'est pas un simple équipement de plus. Elle ajoute au bâtiment des circuits en courant continu qui restent sous tension tant qu'il fait jour, des onduleurs, des centaines de connecteurs et une charge permanente sur la charpente. Pour l'assureur, c'est une circonstance nouvelle au sens de l'article L.113-2 4° du Code des assurances : l'assuré doit déclarer les circonstances qui aggravent les risques ou en créent de nouveaux, dans un délai de quinze jours à partir du moment où il en a eu connaissance.

Le point de départ n'est pas la mise en service, mais le moment où le projet devient certain : signature du devis, dépôt de la déclaration préalable de travaux. Personne n'a jamais été sanctionné pour avoir prévenu trop tôt.

Trois mécanismes distincts sont souvent confondus. Il faut les séparer.

  • Omission ou inexactitude non intentionnelle (art. L.113-9) : découverte avant sinistre, l'assureur peut majorer la prime ou résilier ; découverte après sinistre, l'indemnité est réduite dans le rapport entre la prime payée et la prime qui aurait été due.
  • Fausse déclaration intentionnelle (art. L.113-8) : nullité du contrat, les primes versées restant acquises à l'assureur.
  • Aggravation régulièrement déclarée (art. L.113-4) : l'assureur peut proposer une nouvelle prime ou dénoncer le contrat ; la résiliation prend effet dix jours après notification, et si vous ne donnez pas suite à sa proposition dans les trente jours, il peut résilier au terme de ce délai.
Déclarer une aggravation n'est pas un aveu de faiblesse : c'est ce qui rend la garantie pleinement opposable le jour du sinistre.
ÉvénementDélaiFondement
Déclaration de l'installation (projet arrêté ou travaux réalisés)15 joursArt. L.113-2 4°
Réponse à une proposition de nouvelle prime30 joursArt. L.113-4
Prise d'effet d'une résiliation pour aggravation10 jours après notificationArt. L.113-4
Déclaration d'un sinistre incendieDélai contractuel, jamais inférieur à 5 jours ouvrésArt. L.113-2 5°
Déclaration d'un sinistre catastrophe naturelle30 jours après publication de l'arrêtéDélai porté de 10 à 30 jours par la loi du 28 décembre 2021

Les pièces que l'assureur vous réclamera — et qui viennent d'ailleurs

Avant même de parler garanties, un souscripteur demandera un dossier technique. Anticipez-le : il conditionne souvent l'acceptation du risque.

Urbanisme. Poser des panneaux en toiture modifie l'aspect extérieur d'une construction existante : l'opération relève en principe de la déclaration préalable de travaux (art. R.421-17 du Code de l'urbanisme). En abords de monument historique ou en site patrimonial remarquable, l'accord de l'architecte des Bâtiments de France est requis et l'instruction est allongée. Le récépissé de non-opposition fait partie des pièces à conserver.

Conformité électrique. La mise sous tension par le gestionnaire de réseau suppose une attestation de conformité visée par le Consuel. Les installations raccordées au réseau public de distribution relèvent du référentiel technique NF C 15-712-1, qui complète la NF C 15-100.

Responsabilité de l'installateur. Exigez son attestation d'assurance de responsabilité décennale (obligation d'assurance des constructeurs, art. L.241-1 du Code des assurances) et vérifiez que l'activité « installation de panneaux photovoltaïques » y figure nommément : une attestation « électricité générale » ne suffit pas toujours. Une qualification de type RGE / QualiPV est une exigence fréquente des assureurs et de certains dispositifs de soutien.

Dommages-ouvrage. La question est plus subtile qu'on ne le dit. L'article L.243-1-1 II écarte de l'obligation d'assurance construction les ouvrages de production et de stockage d'énergie, sauf lorsqu'ils sont accessoires à un ouvrage lui-même soumis à cette obligation. Une centrale intégrée à la toiture d'un bâtiment participe au clos et couvert : faites trancher le point par écrit avant travaux plutôt qu'après un dégât des eaux.

Incendie, tempête, grêle : ce que l'assurance couvre — et ce qu'elle exige de vous

Toutes les garanties ne se valent pas, et deux d'entre elles seulement sont d'origine légale. Le reste est contractuel : il se lit dans vos conditions particulières.

ÉvénementStatut de la garantieCe qui conditionne l'indemnisation
Incendie, explosionGarantie socle de la multirisque professionnelleL'installation doit figurer dans les capitaux assurés
Tempête, ouragan, cycloneAutomatique dès lors que l'incendie est garanti (art. L.122-7)Critères de caractérisation de l'événement prévus au contrat
Grêle, poids de la neigeContractuelle et distincte : aucune automaticitéMention expresse, franchise et plafond spécifiques
Catastrophe naturelleExtension légale obligatoire (art. L.125-1)Arrêté de reconnaissance ; franchise légale non rachetable
Vol de panneaux ou d'onduleursContractuelle, fréquemment sous-limitée voire exclueMoyens de protection imposés
Dommages électriques de l'onduleurContractuelle, souvent sous-limitéeContrat de maintenance, âge du matériel

Deux chiffres à connaître sur le volet catastrophes naturelles : la surprime finançant le régime est passée de 12 % à 20 % de la prime dommages au 1er janvier 2025 ; et la franchise applicable aux biens à usage professionnel, fixée par arrêté ministériel, s'établit à 10 % du montant des dommages avec un minimum de 1 140 €. Elle n'est pas rachetable.

En contrepartie, l'assureur pose des exigences. Les plus courantes : vérification périodique de l'installation électrique par un organisme accrédité (obligation du Code du travail, art. R.4226-16, dont la périodicité annuelle est fixée par arrêté), signalisation des circuits en courant continu et dispositif de coupure accessible aux secours, contrat de maintenance préventive, thermographie infrarouge périodique des coffrets et connecteurs. Beaucoup de compagnies refusent ou surprime­nt les toitures comportant un isolant combustible sous bac acier. Ce sont des exigences contractuelles, pas des obligations légales : leur non-respect se sanctionne par une déchéance ou une exclusion, pas par une amende.

Propriétaire, locataire, bailleur, tiers investisseur : qui assure quoi

La répartition est la première source de trous de garantie. Elle se règle par écrit, avant la pose.

SituationQui déclare et qui assurePoint de vigilance
Propriétaire occupantIl augmente les capitaux « bâtiment » de sa multirisqueActualiser la valeur de reconstruction, pas seulement le coût d'achat
Locataire (bail commercial)Autorisation écrite du bailleur ; l'installation est assurée au titre des aménagementsClause d'accession du bail : à qui appartiennent les panneaux en fin de bail ?
Propriétaire bailleurAvenant à son contrat propriétaire non occupantObtenir chaque année l'attestation du locataire
Tiers investisseur (occupation de toiture)L'exploitant assure sa centrale et sa responsabilité civileRenonciation à recours réciproque à formaliser
Crédit-bail ou location financièreL'utilisateur assure ; le crédit-bailleur est souvent désigné bénéficiaireClause de délégation d'indemnité à vérifier

Le locataire doit garder en tête l'article 1733 du Code civil : il répond de l'incendie du local loué, à moins de prouver que le feu est survenu par cas fortuit, force majeure, vice de construction, ou qu'il s'est communiqué depuis un bâtiment voisin. Une installation photovoltaïque financée et exploitée par le locataire déplace mécaniquement le curseur du risque locatif. C'est le moment de revoir les montants garantis au titre de l'assurance de vos locaux professionnels, y compris le recours des voisins et des tiers.

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La revente d'électricité n'est pas dans votre perte d'exploitation

C'est l'angle mort le plus fréquent. La garantie perte d'exploitation indemnise la marge brute d'une activité déclarée, calculée sur une assiette de chiffre d'affaires ou de marge que vous avez communiquée. Si vous avez déclaré le chiffre d'affaires de votre métier et rien d'autre, les recettes tirées de la revente d'électricité n'entrent pas dans le calcul : elles ne seront pas indemnisées, quelle que soit la qualité de votre contrat.

Poste de perte après sinistreIndemnisé par une PE standard ?Condition
Marge brute de l'activité principaleOuiAssiette déclarée à jour
Recettes de revente d'électricitéNon par défautIntégration expresse à l'assiette assurée
Frais supplémentaires d'exploitationGénéralement ouiDans la limite du dommage évité
Pénalités liées au contrat d'achat d'électricitéNonExclusion fréquente des pénalités contractuelles
Dépose et repose des panneaux pour réparer la toitureVariableSouvent en frais annexes, avec sous-limite

Deuxième point à vérifier : la période d'indemnisation. Douze mois sont fréquemment insuffisants sur ce type de sinistre, car il faut cumuler la reconstruction de la couverture, la repose de la centrale, le passage du Consuel puis la remise en service par le gestionnaire de réseau. Une période de dix-huit ou vingt-quatre mois se négocie ; elle coûte peu et se juge le jour où le chantier prend du retard.

Cas pratique : 730 000 € de dommages, 393 400 € d'indemnité

Une menuiserie industrielle de la Drôme, propriétaire de son atelier de 900 m², fait poser en 2024 une centrale de 250 kWc en surimposition : 210 000 € HT, revente totale, environ 280 000 kWh et 28 000 € de recettes par an. L'installation n'est jamais signalée à l'assureur. En février 2026, un connecteur en courant continu s'échauffe : l'incendie détruit la toiture et la centrale.

Étape du calculDétailMontant
Dommages immeuble + centrale730 000 €
Capitaux « bâtiment » déclarésJamais actualisés depuis 2019600 000 €
Valeur de reconstruction au jour du sinistreCentrale comprise850 000 €
Règle proportionnelle de capitaux (art. L.121-5)600 000 / 850 000 = 70,6 %515 300 €
Réduction proportionnelle de prime (art. L.113-9)4 800 € payés / 6 240 € dus = 76,9 %396 400 €
Franchise contractuelle393 400 €
Recettes de revente sur 9 mois d'arrêtHors assiette de PE déclarée0 € indemnisé (21 000 € perdus)
Reste à charge de l'entreprise≈ 357 600 €

Le même sinistre, installation déclarée et capitaux actualisés, aurait donné une indemnité proche des 727 000 € après franchise, plus la revente d'électricité si elle avait été intégrée à l'assiette. Coût de la déclaration en amont : 1 440 € de prime annuelle supplémentaire.

Exemple pédagogique, chiffres reconstitués. Les deux réductions ne se cumulent pas systématiquement : elles sanctionnent des choses différentes — la sous-assurance d'une part, la déclaration inexacte d'autre part — et leur application dépend de la position de l'assureur et, le cas échéant, de l'appréciation du juge. Vos conditions particulières, notamment celles d'une assurance atelier, peuvent prévoir une dérogation partielle à la règle proportionnelle.

Refus, surprime, changement d'assureur : le régime professionnel de la résiliation

Votre assureur peut légitimement refuser la centrale, la sous-limiter ou majorer la prime : la liberté de souscription est la règle en assurance de dommages d'entreprise. Reste à savoir comment arbitrer.

Ce qui s'applique à un contrat professionnel :

  • Article L.113-12 : résiliation à l'échéance annuelle, moyennant le préavis fixé au contrat — usuellement deux mois. C'est la voie normale pour changer d'assureur.
  • Article L.113-16 : en cas de changement de profession ou de cessation définitive d'activité professionnelle modifiant ou supprimant le risque, chaque partie peut résilier dans les trois mois suivant l'événement ; la résiliation prend effet un mois après notification et la portion de prime afférente à la période non garantie est remboursée.
  • Article L.113-4 : la voie ouverte à l'assureur en cas d'aggravation déclarée, avec sa proposition de nouvelle prime.
  • La faculté de résilier après un sinistre n'existe que si le contrat la prévoit expressément.

Ce qui ne s'applique pas, et qu'on vous présentera pourtant comme un droit : le délai de rétractation de quatorze jours issu du Code de la consommation vise les contrats conclus à distance par un consommateur ; la résiliation infra-annuelle dite « loi Hamon » (art. L.113-15-2) est réservée aux contrats couvrant des personnes physiques en dehors de leur activité professionnelle. Un contrat multirisque souscrit par une société ou par un entrepreneur pour son local n'entre dans aucun des deux dispositifs.

En pratique, l'avenant reste souvent préférable à la résiliation : il fige par écrit la description de l'installation, sa puissance, son mode d'exploitation et les capitaux revalorisés. Conservez la preuve de l'envoi. C'est ce document, et non un échange téléphonique, qui vous protégera le jour où un expert reconstituera la chronologie du dossier.

Questions fréquentes

Dès que le projet est arrêté, et au plus tard dans les quinze jours suivant le moment où vous avez connaissance de la circonstance nouvelle (art. L.113-2 4° du Code des assurances). Envoyez un écrit avec preuve de réception, en joignant la puissance en kWc, le mode de pose (intégré ou en surimposition), le coût de l'installation, le mode d'exploitation (revente totale, autoconsommation avec ou sans surplus) et l'attestation de décennale de l'installateur. Rien n'interdit de déclarer au stade du devis signé : c'est même la pratique la plus sûre.

Oui. En assurance de dommages d'entreprise, il n'existe aucune obligation d'assurer. Face à une aggravation déclarée, l'article L.113-4 lui ouvre deux voies : proposer un nouveau montant de prime, ou dénoncer le contrat — la résiliation prenant alors effet dix jours après notification. Si vous ne répondez pas à sa proposition dans les trente jours, il peut résilier au terme de ce délai. En cas de refus, deux options : négocier des mesures de prévention (maintenance, thermographie, coupure pompiers) qui font souvent basculer la décision, ou souscrire un contrat dédié à la centrale auprès d'un marché spécialisé, en veillant à l'articulation avec la multirisque du bâtiment pour éviter les zones grises.

Commencez par l'autorisation écrite du bailleur, indispensable, et par la clause d'accession du bail, qui détermine à qui appartiendra l'installation en fin de bail. Tant qu'elle vous appartient, vous l'assurez au titre des aménagements et embellissements, en augmentant les capitaux correspondants. N'oubliez pas l'article 1733 du Code civil : vous répondez de l'incendie du local loué, sauf à prouver le cas fortuit, la force majeure, le vice de construction ou la communication du feu depuis un bâtiment voisin. Vos garanties risque locatif et recours des voisins et des tiers doivent donc être réévaluées en même temps.

Uniquement si ces recettes figurent dans l'assiette déclarée de votre garantie perte d'exploitation et que celle-ci les vise expressément. Une PE calibrée sur le seul chiffre d'affaires de votre métier ne les couvre pas. Deux vérifications à faire dès aujourd'hui dans vos conditions particulières : l'assiette (chiffre d'affaires ou marge brute retenue) et la période d'indemnisation, souvent limitée à douze mois alors qu'une remise en service complète — reconstruction de toiture, repose, Consuel, raccordement — peut demander davantage.

Pas immédiatement, sauf cas particulier. Votre contrat relève du régime professionnel : résiliation à l'échéance annuelle avec le préavis fixé au contrat, usuellement deux mois (art. L.113-12). Ni le délai de rétractation de quatorze jours du Code de la consommation, ni la résiliation infra-annuelle dite « loi Hamon » (art. L.113-15-2) ne s'appliquent aux contrats souscrits pour les besoins d'une activité professionnelle. Deux ouvertures existent toutefois : si votre assureur vous a notifié une proposition de nouvelle prime au titre de l'article L.113-4, la procédure prévoit sa propre issue ; et en cas de cessation définitive d'activité, l'article L.113-16 permet une résiliation dans les trois mois de l'événement, avec effet un mois après notification et remboursement de la portion de prime non courue.

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Article rédigé et vérifié par l'équipe Insurio — Tutassûr, courtier en assurance immatriculé à l'ORIAS sous le n° 22001730. Information à caractère général ne se substituant pas aux conditions de votre contrat.

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