Réglementation 13 juin 2026 ⏱️ 10 min de lecture

Logo généré par IA : qui détient les droits et que pouvez-vous céder ?

Vous utilisez l'IA générative dans vos livrables de branding. Mais que vendez-vous vraiment à votre client, et que se passe-t-il si l'IA a recopié une œuvre protégée ?

Par Sami Hami Courtier responsable · ORIAS 22001730
⚡ L'essentiel
  • Un visuel généré uniquement par prompt IA n'est pas protégé par le droit d'auteur en France faute d'auteur humain identifiable.
  • Le travail d'édition humain substantiel (sélection, composition, retouche, vectorisation) peut rouvrir la protection sur l'œuvre dérivée.
  • Les conditions générales des outils (Midjourney, DALL-E, Adobe Firefly) varient sur l'usage commercial, l'exclusivité et la responsabilité indemnisation.
  • Une clause IA dans votre contrat client devient incontournable : usage, traçabilité, garanties et limites de cession.

Le vide juridique qui n'en est plus tout à fait un

Jusqu'en 2023, la question « un logo IA est-il protégeable » restait débattue dans les colloques. Trois décisions ont depuis cadré l'analyse française. Le Code de la propriété intellectuelle (article L. 112-1) protège « les œuvres de l'esprit, quels qu'en soient le genre, la forme d'expression, le mérite ou la destination » — mais la jurisprudence constante exige une empreinte de la personnalité de l'auteur, donc un auteur humain.

Un visuel produit par un prompt « luxury cosmetics logo, gold serif, minimalist » envoyé à Midjourney n'a, en l'état de la doctrine majoritaire, pas d'auteur humain identifiable au sens du droit d'auteur. Conséquence directe pour votre client : vous lui livrez un actif qui peut être librement réutilisé par un tiers, et que vous ne pouvez juridiquement défendre contre une reprise concurrente.

C'est un risque commercial majeur qu'aucun consultant en branding ne peut plus se permettre de ne pas exposer à son client.

Quand le travail humain réintroduit la protection

La doctrine et les premières décisions admettent que l'œuvre dérivée issue d'un visuel IA peut, elle, être protégée, à condition que l'intervention humaine porte une empreinte créative substantielle. L'INPI elle-même, dans ses lignes directrices d'examen, reconnaît cette possibilité pour les marques figuratives.

Concrètement, ce qui crédibilise la protection :

  • Sélection et combinaison de plusieurs sorties IA avec un parti pris démontrable.
  • Vectorisation manuelle avec retracé courbe par courbe (pas une simple conversion automatique).
  • Retouches typographiques : modification du dessin de lettres, espacement personnalisé, création d'une ligature.
  • Composition originale : assemblage avec d'autres éléments créés humainement.
  • Système d'identité complet : déclinaisons, variations, règles d'application — c'est l'univers global qui devient protégeable même si une pièce isolée ne l'est pas.

Ce qui ne suffit pas : un simple upscale, une vectorisation automatique en un clic, le changement de couleur globale, l'ajout d'un nom en typographie standard. Tracez votre travail (versions, exports horodatés, captures d'étapes) : c'est la preuve que vous opposerez en cas de contestation.

Le piège des CGU : ce que Midjourney, DALL-E et Firefly autorisent vraiment

Au-delà du droit d'auteur, le contrat de licence de l'outil IA détermine ce que vous pouvez faire commercialement. Et les CGU diffèrent radicalement.

Midjourney : l'abonnement payant accorde au souscripteur la propriété des sorties, sous réserve de droits que Midjourney conserve sur les images générées (notamment leur utilisation pour réentraîner le modèle). Les utilisateurs en abonnement gratuit ne disposent que d'une licence Creative Commons Non Commercial — inutilisable en livrable client.

DALL-E (OpenAI) : les utilisateurs disposent d'un droit d'usage commercial complet sur les sorties, OpenAI conservant la responsabilité limitée et excluant la garantie d'éviction.

Adobe Firefly : positionnement différent. Adobe revendique un entraînement sur des contenus dont elle détient les droits (Adobe Stock, domaine public, contenus sous licence) et propose une indemnisation contractuelle en cas de réclamation IP — un argument commercial fort pour les usages branding.

Stable Diffusion (auto-hébergé ou via plateforme) : licence CreativeML Open RAIL-M, usage commercial autorisé sous conditions (pas de désinformation, pas d'usage discriminatoire). L'entraînement sur le dataset LAION reste contesté en justice et expose à un risque résiduel.

Pour chaque mission, documentez l'outil utilisé, la version du modèle (les politiques évoluent), le type d'abonnement et la date de génération. Cette traçabilité conditionne votre couverture en cas de litige.

Les trois risques de contrefaçon spécifiques à l'IA

Le risque d'antériorité classique (voir notre guide métier consultant en branding) se double de trois risques nouveaux propres à l'IA générative :

  1. Le pastiche reconnaissable : un prompt « style Picasso » ou « in the style of Studio Ghibli » génère un visuel dont le style imite une œuvre protégée. Le style en lui-même n'est pas protégé en droit français, mais une imitation servile peut constituer une concurrence déloyale ou un parasitisme.
  2. La régurgitation : certains modèles peuvent reproduire à l'identique une image de leur dataset d'entraînement. Le risque est faible statistiquement mais réel — il a été démontré sur Stable Diffusion pour quelques milliers d'images du dataset.
  3. Le logo « presque vu quelque part » : l'IA produit un visuel qui ressemble fortement à un logo existant sans le copier. C'est le sinistre le plus probable et le plus difficile à anticiper sans recherche d'antériorité visuelle (reverse image search, EUIPO image search).
Ne livrez jamais un logo IA sans avoir passé l'image finale dans une recherche image inversée (Google Images, TinEye, Yandex) et dans la recherche d'images de l'EUIPO. C'est la seule parade pratique au risque de régurgitation et de logo trop proche.
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La clause IA à insérer dans vos contrats clients

Vos contrats antérieurs à 2024 ne traitent quasiment jamais l'IA. C'est un sujet de mise à jour prioritaire. Une clause robuste couvre au minimum cinq points :

  1. Information préalable : vous informez le client de votre recours à des outils IA et de leur nature (générative, d'assistance, etc.).
  2. Périmètre de cession : vous cédez les droits que vous détenez effectivement, sans garantir une exclusivité ou une protection au titre du droit d'auteur sur les éléments d'origine purement IA.
  3. Limitation de garantie : la garantie d'éviction est expressément limitée aux éléments effectivement créés par vos soins ou substantiellement retravaillés.
  4. Diligences IP réalisées : recherche d'antériorité textuelle et image, conservation des captures et exports.
  5. Recommandation de dépôt : vous recommandez par écrit le dépôt en marque figurative à l'INPI / EUIPO, qui constituera la véritable protection juridique de l'identité visuelle.

La clause peut paraître défensive. Elle est en réalité un argument de transparence qui rassure les clients matures et qui formalise un dialogue désormais incontournable.

Le rôle de la RC Pro face à ces nouveaux risques

Une couverture RC Pro adaptée aux métiers de la création et du conseil joue sur trois fronts complémentaires :

  • Atteinte involontaire à la propriété intellectuelle : prise en charge des réclamations d'un tiers dont la marque ou l'œuvre serait reproduite involontairement dans un visuel IA livré.
  • Faute professionnelle : indemnisation du préjudice client si la non-protégeabilité du logo IA vous est reprochée parce que vous n'aviez pas alerté le client.
  • Défense pénale et civile : prise en charge des frais d'avocat et d'expertise.

Vérifiez deux points avec votre assureur : la couverture est-elle explicitement étendue aux livrables IA (certaines polices anciennes les excluent) et le plafond est-il aligné sur la valeur économique des marques que vous accompagnez. Pour un client en levée de fonds, un re-branding contraint peut coûter plusieurs centaines de milliers d'euros.

Une checklist livraison « IA-safe »

Avant chaque livraison de logo ou d'identité visuelle utilisant des éléments IA :

  1. Traçabilité des outils : nom, version, type d'abonnement, dates de génération conservés dans un dossier projet.
  2. Prompts archivés : ils participent à la démonstration d'un travail créatif humain en amont.
  3. Étapes d'édition documentées : versions intermédiaires exportées avec horodatage.
  4. Recherche d'antériorité texte (INPI + EUIPO + dénominations sociales) sur le nom verbal.
  5. Recherche d'antériorité image (reverse image search + EUIPO image search) sur le logo final.
  6. Clause IA signée dans le contrat ou avenant.
  7. Recommandation écrite de dépôt INPI / EUIPO avec mention des classes.
  8. Note de méthode jointe au livrable rappelant la nature du travail réalisé.

Huit gestes qui, ensemble, transforment un risque flou en un processus défendable. C'est ce qui distingue aujourd'hui le consultant en branding aguerri.

Questions fréquentes

Vous pouvez transférer les droits que vous détenez en vertu des CGU de Midjourney (avec abonnement payant). Mais ce que vous cédez n'est probablement pas protégé par le droit d'auteur français : votre client ne pourra pas s'opposer à une réutilisation par un tiers sur le seul fondement du droit d'auteur. La protection passera par le dépôt en marque figurative, à recommander expressément.

Oui. L'INPI et l'EUIPO acceptent les marques figuratives sans examen de leur originalité au titre du droit d'auteur. Le dépôt confère une protection au titre du droit des marques (par classes de produits/services) indépendamment de la question de l'auteur. C'est aujourd'hui la voie de sécurisation la plus robuste pour un visuel IA-assisté.

Adobe Firefly présente le profil de risque le plus faible grâce à son entraînement sur des contenus sous licence et son engagement d'indemnisation contractuelle. Midjourney et DALL-E offrent une qualité supérieure pour certains styles mais sans indemnisation équivalente. Le choix dépend du profil du client et du type de livrable.

Oui, l'information préalable est une obligation déontologique de bonne foi contractuelle (article 1104 du Code civil) et un usage professionnel en train de devenir un standard. Le règlement européen IA (AI Act) impose par ailleurs progressivement des obligations de transparence sur les contenus générés. Anticiper évite un reproche futur.

Déclarez immédiatement le sinistre à votre assureur RC Pro avec l'ensemble du dossier (prompts, versions, dates, CGU de l'outil). La garantie atteinte involontaire à la propriété intellectuelle prendra en charge la défense et l'indemnisation éventuelle. En parallèle, retirez immédiatement le visuel de tous les supports et engagez un travail de substitution avec le client.

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Article rédigé et vérifié par l'équipe Insurio — Tutassûr, courtier en assurance immatriculé à l'ORIAS sous le n° 22001730. Information à caractère général ne se substituant pas aux conditions de votre contrat.