Réglementation 13 juin 2026 ⏱️ 8 min de lecture

Bouteilles de gaz dans un food truck : ce que dit vraiment la loi

Quatre-vingts pour cent des sinistres incendie en food truck impliquent une installation gaz. Voici les règles à respecter et les pièges qui font sauter votre garantie.

Par Sami Hami Courtier responsable · ORIAS 22001730
⚡ L'essentiel
  • Le propane (butane interdit en extérieur l'hiver) doit être stocké dans un coffre ventilé séparé de la zone de cuisson.
  • L'arrêté du 9 mai 2017 impose un contrôle annuel de l'installation gaz par un professionnel qualifié.
  • Les flexibles ont une date de péremption (5 ans pour les caoutchouc, 10 ans pour les inox) : un flexible périmé suffit à faire refuser un sinistre.
  • Sans attestation de conformité, votre assureur peut invoquer la faute inexcusable et réduire ou refuser l'indemnisation.

Pourquoi le gaz concentre l'essentiel du risque incendie

Dans un food truck, la cuisine se trouve à moins d'un mètre de la bouteille de gaz, du public et du réservoir de carburant. Cette concentration explique pourquoi les statistiques des fédérations professionnelles attribuent au gaz environ 80 % des incendies en cuisine mobile, contre moins de 30 % en restauration classique. Les causes sont presque toujours les mêmes : flexible fendu, détendeur défaillant, raccord mal serré, ventilation obstruée par un sac de farine.

Un food truck embarque en moyenne deux bouteilles de propane de 13 kg, soit environ 700 kWh d'énergie stockée à quelques centimètres de votre plancha. À titre de comparaison, c'est l'équivalent énergétique de 70 litres d'essence. La question n'est donc pas théorique : votre installation gaz n'est pas un accessoire, c'est le cœur de votre risque assurantiel.

Le cadre réglementaire applicable aux cuisines mobiles

Trois textes encadrent l'usage du gaz en food truck :

  • L'arrêté du 25 juin 1980 modifié, relatif aux établissements recevant du public (ERP) de type CTS et plein air, qui s'applique dès lors que vous servez sur un événement.
  • L'arrêté du 9 mai 2017 relatif aux installations de gaz combustible des bâtiments d'habitation, dont les principes s'étendent par analogie aux véhicules aménagés à usage professionnel.
  • La norme NF S 56-300 qui définit les règles d'installation des appareils à gaz dans les véhicules de loisirs et professionnels.

Concrètement, ces textes imposent : un coffre à bouteilles ventilé bas et haut, séparé physiquement du compartiment passagers et de la zone de stockage alimentaire ; des flexibles conformes à la norme XP D 36-112 ; un détendeur portant un marquage CE ; et un robinet de coupure générale accessible en moins de cinq secondes depuis l'extérieur.

Les six erreurs qui font sauter votre garantie incendie

Lorsqu'un sinistre survient, l'expert mandaté par l'assureur examine systématiquement l'installation gaz. Voici les manquements les plus fréquemment relevés :

  1. Flexible périmé : un tuyau caoutchouc date de plus de cinq ans, ou un flexible inox de plus de dix ans. La date est imprimée sur la gaine.
  2. Bouteille butane utilisée en extérieur l'hiver : sous 0 °C, le butane ne se vaporise plus correctement. Seul le propane est autorisé en usage mobile toute l'année.
  3. Détendeur non conforme : pression de service inadaptée à l'appareil, marquage CE absent, ou détendeur de plus de dix ans.
  4. Coffre à bouteilles non ventilé : les grilles de ventilation basse (évacuation du gaz plus lourd que l'air) et haute sont obstruées ou absentes.
  5. Absence de contrôle annuel : aucun rapport de conformité d'un installateur qualifié PG (Professionnel Gaz) ne peut être produit.
  6. Modification artisanale : un Té rajouté pour brancher une troisième plaque, un flexible rallongé avec deux raccords intermédiaires, un appareil destiné à un usage domestique installé dans le camion.

Chacun de ces points peut, isolément, justifier une réduction proportionnelle de l'indemnité pour fausse déclaration de risque (article L. 113-9 du Code des assurances), voire un refus pur et simple en cas de faute caractérisée.

Le contrôle annuel : qui, comment, combien

Le contrôle annuel de votre installation gaz doit être réalisé par un professionnel titulaire d'une qualification PG ou équivalente. Il porte sur :

  • L'étanchéité du circuit (test à la pression d'épreuve)
  • L'état des flexibles et leurs dates de péremption
  • Le fonctionnement du ou des détendeurs
  • La ventilation du coffre à bouteilles
  • L'accessibilité de la coupure générale
  • Le bon allumage et la combustion des appareils

Comptez entre 120 et 220 euros HT pour ce contrôle, qui donne lieu à un certificat de conformité daté. Conservez-le : c'est la première pièce que votre assureur vous demandera après un sinistre. Sans ce document, vous vous exposez à devoir prouver vous-même, à vos frais, que l'origine du sinistre n'est pas liée à un défaut d'installation.

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Sinistre type : l'explosion d'un food truck à un festival d'été

Juillet 2024, festival de musique en région nantaise. Un food truck spécialisé crêpes voit une bouteille de propane fuir pendant le service. Le gaz s'accumule dans le compartiment cuisson, une étincelle de plancha déclenche un flash incendie. Bilan : véhicule détruit, deux clients brûlés au second degré, panique générale obligeant l'évacuation d'une partie du site.

L'expertise révèle un flexible caoutchouc daté de 2017 (donc périmé depuis 2022) et l'absence de contrôle annuel depuis trois saisons. L'assureur applique une réduction proportionnelle de 40 % sur les 95 000 euros de dommages au véhicule et au matériel. Pour les préjudices corporels des clients, la RC professionnelle joue, mais l'assureur exerce ensuite un recours subrogatoire contre l'exploitant pour récupérer une partie des indemnités versées.

Coût final pour l'exploitant : environ 38 000 euros de reste à charge et un dossier transmis au procureur pour mise en danger de la vie d'autrui. Un contrôle annuel à 180 euros aurait évité l'intégralité de cette cascade.

Bien déclarer son installation gaz à l'assureur

Au moment de souscrire votre multirisque professionnelle food truck, l'assureur vous interroge sur votre installation. Répondez précisément : nombre et capacité des bouteilles, type d'appareils raccordés (plancha, friteuse, four), présence d'une coupure automatique, certificat du dernier contrôle. Toute omission ou approximation peut être qualifiée de fausse déclaration intentionnelle au titre de l'article L. 113-8, qui sanctionne par la nullité du contrat.

Si vous ajoutez un équipement en cours d'année (un second four, par exemple), informez votre assureur sous quinze jours. La modification d'un risque est une obligation contractuelle, pas une option commerciale. Notre équipe spécialisée food truck peut vous accompagner dans ces déclarations et vérifier que vos garanties suivent l'évolution de votre installation.

Check-list à conserver dans le camion

Pour passer un contrôle ou démontrer votre bonne foi en cas de sinistre, gardez en permanence à bord :

  • Le certificat de conformité du dernier contrôle annuel
  • Les factures d'achat des flexibles et détendeurs (preuve de date)
  • Le carnet d'entretien des appareils de cuisson
  • L'attestation d'assurance professionnelle en cours de validité
  • Le plan d'évacuation et la consigne incendie pour le personnel
  • Un extincteur 6 kg poudre ABC vérifié dans l'année, plus un extincteur CO2 pour les feux électriques

Cette documentation tient dans une pochette plastifiée. Elle peut vous faire économiser plusieurs dizaines de milliers d'euros en cas de sinistre, et constitue le premier document demandé par les autorités lors d'un contrôle inopiné sur un événement.

Questions fréquentes

Les deux. La réglementation incendie applicable aux ERP de type plein air l'impose pour exercer sur un événement, et la quasi-totalité des contrats multirisques professionnels food truck en font une condition de garantie. Sans certificat à jour, vous risquez à la fois une interdiction d'exploiter et un refus d'indemnisation.

Non, pas en usage extérieur toute l'année. Le butane ne se vaporise plus en dessous de 0 °C et ne convient donc pas pour l'activité ambulante. Seul le propane est autorisé. Si votre installation est mixte, prévenez votre assureur car cela peut modifier la cotation du risque.

Vous êtes tenu de connaître l'état de votre matériel. Avant la première saison, faites réaliser un contrôle complet par un professionnel qualifié PG et conservez le rapport. Si l'expert d'assurance découvre une non-conformité postérieurement à un sinistre, votre bonne foi sera examinée à la lumière de cette diligence initiale.

Votre RC professionnelle prend en charge les dommages corporels causés aux tiers, dans la limite des plafonds du contrat. Mais si l'origine du sinistre est imputable à un défaut d'entretien de votre part, l'assureur peut exercer un recours subrogatoire contre vous pour récupérer les sommes versées. D'où l'importance de l'entretien documenté.

Oui, votre RC exploitation couvre les dommages que vous causez aux installations de l'organisateur (chapiteau, scène, matériel sonorisation) en cas d'incendie ou d'explosion. Vérifiez les plafonds : pour de grands festivals, il est parfois nécessaire d'ajouter une garantie complémentaire spécifique aux événements.

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Article rédigé et vérifié par l'équipe Insurio — Tutassûr, courtier en assurance immatriculé à l'ORIAS sous le n° 22001730. Information à caractère général ne se substituant pas aux conditions de votre contrat.