Guide 13 juin 2026 ⏱️ 9 min de lecture

Cordiste sous-traitant en BTP : qui paie quoi quand ça tourne mal ?

Vous êtes cordiste indépendant et l'entreprise générale qui vous emploie en sous-traitance vient d'avoir un sinistre sur votre lot. Qui paie, qui se retourne contre qui, et comment ne pas y laisser votre activité.

Par Sami Hami Courtier responsable · ORIAS 22001730
⚡ L'essentiel
  • La loi du 31 décembre 1975 impose une déclaration et un agrément formel du sous-traitant cordiste auprès du maître d'ouvrage — sans cela, l'entreprise principale n'a pas droit au paiement direct.
  • Le cordiste sous-traitant reste pleinement responsable de son lot devant la victime ou le maître d'ouvrage, malgré la chaîne contractuelle.
  • Les contrats de sous-traitance exigent typiquement 1,5 à 3 M€ de RC Pro, plus 8 M€ de décennale si présence de travaux structurels.
  • Le piège : sous-traiter à un autre cordiste sans agrément écrit du maître d'ouvrage, c'est créer un sous-traitant de rang 2 non couvert.

Le triangle contractuel et ses pièges

Sur un chantier de réhabilitation classique, vous intervenez rarement seul. Le schéma le plus fréquent met en présence trois acteurs : le maître d'ouvrage (propriétaire, syndic, bailleur social), l'entreprise principale (entreprise générale de bâtiment, ravaleur, étancheur, façadier) et vous, le cordiste sous-traitant. À ce triangle s'ajoutent souvent un architecte et un bureau de contrôle.

Ce qui complique : le cordiste n'a aucun lien contractuel direct avec le maître d'ouvrage. Sa relation se construit avec l'entreprise principale, par un contrat de sous-traitance régi par la loi n° 75-1334 du 31 décembre 1975. Cette loi, méconnue de nombreux artisans, impose deux formalités cruciales :

  1. L'entreprise principale doit présenter le sous-traitant à l'agrément du maître d'ouvrage, avec indication des conditions de paiement, avant le début des travaux.
  2. L'entreprise principale doit fournir une caution bancaire ou une délégation de paiement au sous-traitant pour garantir le paiement de ses prestations.

Sans ces deux formalités, vous travaillez en sous-traitance occulte. Conséquences : pas de droit au paiement direct par le maître d'ouvrage en cas de défaillance de l'entreprise principale, mais paradoxalement aucune réduction de votre responsabilité en cas de sinistre. Vous portez le risque sans avoir la garantie de paiement. Voilà pourquoi la première chose à exiger avant de monter sur cordes est l'attestation d'agrément du maître d'ouvrage.

Qui paie le tiers victime ?

Imaginons le scénario suivant : votre forêt de cordes accroche le brise-soleil d'un balcon, qui se décroche et endommage la voiture stationnée en dessous. Le propriétaire de la voiture réclame 6 200 €. Qui paie ?

La réponse juridique est nette : le propriétaire peut assigner qui il veut. Il choisira en général l'acteur le plus solvable et le mieux assuré — c'est-à-dire l'entreprise principale ou son assureur tous risques chantier (TRC). C'est elle qui indemnisera la victime.

Mais la séquence ne s'arrête pas là. L'entreprise principale, ou son assureur, exercera ensuite un recours subrogatoire contre vous (article L.121-12 du Code des assurances) pour récupérer l'intégralité des sommes versées. Votre RC Pro cordiste sera alors mobilisée. C'est elle qui paye in fine.

Le piège fréquent : croire qu'on est protégé parce que le donneur d'ordre a une assurance Tous Risques Chantier (TRC). La TRC, dans la quasi-totalité des cas, contient une clause de recours contre le sous-traitant fautif. Le seul scénario où vous êtes vraiment protégé est celui de la renonciation à recours explicitement incluse dans la TRC et acceptée par votre contrat de sous-traitance. Vérifiez cette clause avant de signer.

Les montants exigés dans les contrats de sous-traitance

L'erreur la plus coûteuse en sous-traitance cordiste est de souscrire la RC Pro minimum (à 29,90 €/mois, plafond souvent à 1 M€) puis de signer un contrat de sous-traitance qui en exige 2 M€. En cas de sinistre dépassant votre plafond, c'est vous personnellement, sur votre patrimoine, qui payez le différentiel.

Voici les plafonds typiquement exigés selon le donneur d'ordre :

Donneur d'ordreDommages corporelsDommages matérielsDécennale
Artisan ravaleur indépendant1 500 000 €300 000 €Selon travaux
PME du bâtiment (10-50 sal.)3 000 000 €500 000 €8 000 000 €
Majors du BTP (Vinci, Eiffage, Bouygues)8 000 000 €1 500 000 €10 000 000 €
Bailleur social3 000 000 €500 000 €10 000 000 €
Patrimoine classé / monuments historiques5 000 000 €1 500 000 €10 000 000 €

Avant d'accepter un appel d'offres, demandez systématiquement les conditions générales d'achat ou les conditions particulières du marché. C'est là que figurent les plafonds. Une RC Pro peut être augmentée à la demande : chez Insurio, le passage de 1 M€ à 3 M€ se fait en 48 heures avec une majoration de prime de 35 à 60 € par an seulement.

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Le piège du sous-traitant de rang 2

Vous êtes cordiste indépendant, vous avez décroché un beau lot de nettoyage sur une tour de bureaux, mais l'ampleur du chantier vous force à appeler un confrère pour vous épauler. Question : pouvez-vous le faire intervenir tel quel ?

Non — pas sans formalisme. Faire travailler un autre cordiste sur votre lot, c'est le constituer en sous-traitant de rang 2. La loi de 1975 impose alors le même processus d'agrément : votre confrère doit être présenté à l'agrément du maître d'ouvrage par l'entreprise principale (pas par vous). Si vous le faites intervenir sans cette formalité :

  • Vous engagez votre responsabilité pour son fait au sens de l'article 1242 du Code civil.
  • Son assurance RC Pro peut refuser sa garantie sur un chantier où il n'est pas déclaré.
  • Le maître d'ouvrage peut exiger l'arrêt immédiat des travaux et la facturation des journées perdues.

La solution propre : faire signer un avenant au contrat principal mentionnant explicitement la sous-traitance de rang 2, avec présentation de l'attestation RC Pro et de la qualification CQP1 du second cordiste. Cela prend une heure de paperasse pour éviter des dizaines de milliers d'euros de litige.

Le cas particulier de la décennale en sous-traitance

La responsabilité décennale du sous-traitant a longtemps fait débat, jusqu'à l'arrêt de la Cour de cassation, 3e chambre civile, 7 juillet 2016 (n° 14-25.552) qui a tranché : le sous-traitant n'est pas tenu de la décennale au sens de l'article 1792 du Code civil, mais il reste tenu d'une responsabilité contractuelle de droit commun de dix ans envers l'entreprise principale.

Pratiquement, cela signifie deux choses pour vous, cordiste sous-traitant qui réalise une étanchéité de toiture-terrasse ou une reprise de maçonnerie :

  1. Le maître d'ouvrage ne peut pas vous attaquer directement en décennale — il poursuit l'entreprise principale.
  2. L'entreprise principale, condamnée en décennale, exercera un recours contre vous sur le fondement contractuel — et votre décennale en option sur la RC Pro Insurio est alors mobilisée pour rembourser.

Conséquence pratique : si votre lot touche au clos et couvert (étanchéité, maçonnerie, charpente, bardage scellé), souscrivez la décennale dès la signature du contrat de sous-traitance. Si votre lot reste cantonné au nettoyage, à l'inspection, à l'élagage ou à la peinture esthétique, la RC Pro seule suffit. Pour identifier votre cas, parcourez notre page métier cordiste ou contactez un conseiller pour un cadrage gratuit.

Questions fréquentes

Tant qu'il n'y a pas de sinistre, l'entreprise principale ne s'en aperçoit pas — sauf contrôle d'attestation. Mais en cas de sinistre dépassant votre plafond, c'est vous personnellement (et donc votre patrimoine professionnel et personnel pour les SARL/EURL via faute de gestion) qui paie le différentiel. C'est aussi un motif de rupture immédiate du contrat de sous-traitance pour non-conformité.

Non. La décennale ne vise que les travaux qui affectent la solidité ou la destination de l'ouvrage. Le nettoyage chimique ou par projection ne relève pas de l'article 1792 du Code civil. Seule votre RC Pro est nécessaire. En revanche, si le nettoyage entraîne un désordre (gel, attaque chimique sur la pierre), votre RC Pro intervient sur le fondement contractuel.

Oui, sans avoir à se justifier. La loi de 1975 lui en donne le droit. Les motifs les plus fréquents : RC Pro insuffisante, absence de CQP1, sinistralité défavorable. Si le refus arrive en cours de chantier, l'entreprise principale doit cesser de vous faire travailler — sauf à payer elle-même vos prestations sans pouvoir les répercuter sur le maître d'ouvrage.

Il doit le savoir : la qualité des donneurs d'ordre fait partie des éléments influant sur le risque (et inversement, les majors imposent des chaînes de contrôle qui réduisent la sinistralité). Une déclaration loyale est obligatoire. En pratique, cela ne majore quasiment jamais la prime mais conditionne l'application correcte des plafonds.

Non. Le paiement direct (article 6 de la loi de 1975) n'est ouvert qu'aux sous-traitants agréés par le maître d'ouvrage et dont les conditions de paiement ont été acceptées. C'est précisément pourquoi l'agrément formel est si important : sans lui, en cas de défaillance de l'entreprise principale, vous n'avez aucun recours pour vous faire payer vos prestations déjà exécutées.

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Article rédigé et vérifié par l'équipe Insurio — Tutassûr, courtier en assurance immatriculé à l'ORIAS sous le n° 22001730. Information à caractère général ne se substituant pas aux conditions de votre contrat.