Réglementation 27 juillet 2026 ⏱️ 8 min de lecture

Compresseur détruit, 34 000 € de dégâts : le registre d'étanchéité manquant peut-il vous coûter l'indemnité ?

Quand le contrôle d'étanchéité d'un groupe froid devient obligatoire, ce que risque l'exploitant et ce que l'assureur exige avant d'indemniser.

Par l'équipe Insurio Courtier responsable · ORIAS 22001730
⚡ L'essentiel
  • Le règlement (UE) 2024/573 du 7 février 2024 sur les gaz à effet de serre fluorés, qui a remplacé le règlement (UE) n° 517/2014, impose un contrôle d'étanchéité dès 5 tonnes équivalent CO2 de fluide : au moins tous les 12 mois, tous les 6 mois à partir de 50 t CO2e, tous les 3 mois à partir de 500 t CO2e — fréquences doublées si un système de détection de fuites est installé.
  • La charge se calcule en tonnes équivalent CO2, pas en kilos : charge (kg) × PRG ÷ 1 000. Un split contenant 2,4 kg de R-410A atteint déjà le seuil de 5 t CO2e, et 1,3 kg de R-404A suffit également.
  • Après réparation d'une fuite, l'équipement doit être recontrôlé dans le mois par une personne certifiée, et les registres d'intervention doivent être conservés au moins 5 ans.
  • En cas de manquement, l'autorité administrative peut mettre en demeure puis prononcer une amende administrative d'au plus 15 000 € assortie d'une astreinte d'au plus 1 500 € par jour (art. L.171-8 du code de l'environnement) ; côté assurance, une exclusion pour défaut d'entretien n'est opposable que si elle figure en caractères très apparents (art. L.112-4 du code des assurances).

Ce qui déclenche l'obligation : des tonnes équivalent CO2, pas des kilos

Le règlement (UE) 2024/573 du 7 février 2024 relatif aux gaz à effet de serre fluorés, qui a remplacé le règlement (UE) n° 517/2014, ne raisonne pas en kilogrammes de fluide mais en tonnes équivalent CO2 (t CO2e). La formule est mécanique : charge en kg × PRG du fluide ÷ 1 000. C'est pourquoi deux installations de même taille apparente peuvent relever de régimes très différents selon le fluide chargé.

Les fréquences minimales de contrôle d'étanchéité sont les suivantes :

  • de 5 à moins de 50 t CO2e : au moins tous les 12 mois (24 mois si un système de détection de fuites est installé) ;
  • de 50 à moins de 500 t CO2e : au moins tous les 6 mois (12 mois avec détection) ;
  • 500 t CO2e et plus : au moins tous les 3 mois (6 mois avec détection), avec obligation d'installer un système de détection de fuites, lui-même vérifié au moins tous les 12 mois.

Les équipements hermétiquement scellés et étiquetés comme tels échappent au contrôle tant qu'ils restent sous 10 t CO2e. Le règlement de 2024 a par ailleurs introduit un seuil complémentaire exprimé en kilogrammes pour certains fluides à très faible PRG (type HFO), qui n'atteindraient jamais 5 t CO2e : faites confirmer le régime exact par votre frigoriste.

Charge à partir de laquelle chaque seuil est atteint (calcul indicatif : les valeurs de PRG opposables sont celles figurant en annexe du règlement F-Gas en vigueur)
FluidePRG (100 ans, valeur usuelle)Seuil 5 t CO2eSeuil 50 t CO2eSeuil 500 t CO2e
R-404A3 9221,3 kg12,8 kg127,5 kg
R-410A2 0882,4 kg23,9 kg239,5 kg
R-134a1 4303,5 kg35,0 kg349,7 kg
R-326757,4 kg74,1 kg740,7 kg
R-1234yf (HFO)très faibleSeuil en t CO2e jamais atteint en pratique : régime spécifique
R-717 (ammoniac), R-744 (CO2), R-290 (propane)hors champ F-GasNon soumis au règlement F-Gas (autres réglementations applicables)

Conclusion pratique : la quasi-totalité des climatisations tertiaires et des groupes froids de commerces alimentaires franchit le premier seuil.

Détenteur, opérateur, technicien certifié : qui porte quoi

L'erreur la plus fréquente consiste à croire que l'obligation pèse sur le frigoriste. Elle pèse sur le détenteur de l'équipement, c'est-à-dire l'exploitant qui en a le contrôle effectif — restaurateur, boulanger, gestionnaire de site, exploitant d'entrepôt. Le prestataire exécute ; le détenteur répond.

Les articles R.543-75 et suivants du code de l'environnement encadrent la mise en œuvre française. Les opérations sur le circuit frigorifique (charge, récupération, contrôle d'étanchéité, démantèlement) ne peuvent être réalisées que par une entreprise titulaire d'une attestation de capacité délivrée par un organisme agréé, valable 5 ans, dont les techniciens détiennent un certificat d'aptitude correspondant à la catégorie d'intervention (I à V selon la charge et le type d'équipement).

À chaque intervention, l'opérateur établit une fiche d'intervention dont un exemplaire est remis au détenteur. Ces documents alimentent le registre de l'équipement, qui doit être conservé au moins 5 ans et présenté sur demande de l'autorité de contrôle.

Trois niveaux à ne pas confondre : le contrôle d'étanchéité est une obligation légale ; le contrat d'entretien annuel est le plus souvent une exigence contractuelle de l'assureur ; la télésurveillance des températures relève, sauf clause contraire, de la bonne pratique — jusqu'au jour où elle devient une condition de garantie inscrite dans vos conditions particulières.

Si vous louez vos murs, vérifiez la répartition dans le bail : la charge d'entretien du matériel de production de froid suit rarement la même logique que celle du gros œuvre.

Fuite détectée : le compte à rebours réglementaire démarre

Une fuite constatée ne se règle pas par un simple appoint de fluide. Le règlement F-Gas impose une réparation sans retard injustifié, réalisée par une personne certifiée, puis un contrôle de vérification de l'efficacité de la réparation dans le mois qui suit. Recharger une installation fuyarde sans avoir cherché ni réparé la cause est précisément ce que la réglementation vise à faire cesser, et l'émission délibérée de fluide dans l'atmosphère est interdite.

Trois points de vigilance opérationnels :

  • La recherche de fuite doit être tracée. Une fiche d'intervention qui mentionne « appoint 4 kg » sans localisation ni test d'étanchéité est un document défavorable en cas de litige.
  • Les appoints répétés sont un signal. Trois recharges en dix-huit mois sur le même circuit caractérisent une fuite chronique, donc un défaut d'entretien potentiellement opposable par l'assureur.
  • Le fluide de recharge n'est pas toujours disponible. Le calendrier de sortie des HFC à fort PRG prévu par le règlement F-Gas restreint l'usage des fluides à PRG élevé pour l'entretien des installations de réfrigération, le recours à du fluide régénéré ou recyclé restant admis pendant une période transitoire. Une panne peut donc imposer une conversion ou un remplacement, avec un surcoût que la garantie bris de machine ne prend pas nécessairement en charge.

Anticipez : demandez à votre prestataire une note écrite sur le fluide de votre installation, sa disponibilité future et le coût estimé d'une conversion. C'est aussi un argument de négociation à la souscription.

Sanctions : de la mise en demeure à l'effet domino sur le contrat

Le contrôle relève des agents habilités au titre de la police administrative de l'environnement. La séquence type n'est pas la sanction immédiate mais la mise en demeure de régulariser dans un délai déterminé ; à défaut d'exécution, l'autorité administrative dispose de leviers gradués.

LevierNaturePortée
Mise en demeure de régulariserAdministrative (art. L.171-8 c. env.)Délai fixé par l'autorité ; première étape usuelle
Amende administrativeAdministrative (art. L.171-8 c. env.)Au plus 15 000 €
Astreinte journalièreAdministrative (art. L.171-8 c. env.)Au plus 1 500 € par jour jusqu'à régularisation
Consignation de sommes / travaux d'officeAdministrative (art. L.171-8 c. env.)Exécution aux frais de l'exploitant
Poursuites pénalesPénale (code de l'environnement)Selon le manquement caractérisé
Refus, réduction ou limitation de garantieContractuelle (code des assurances)Dépend de la rédaction de votre police

Le règlement européen impose aux États membres de prévoir des sanctions effectives, proportionnées et dissuasives. Certaines installations dépassant des seuils de quantité relèvent en outre de la nomenclature des installations classées, avec les obligations de déclaration ou d'autorisation correspondantes.

Retenez surtout la sixième ligne du tableau : la sanction la plus coûteuse n'est presque jamais l'amende, c'est le sinistre mal indemnisé.

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Ce que l'assurance couvre — et ce qu'elle exige de vous

Le socle d'une multirisque professionnelle couvre l'incendie, les dégâts des eaux, le vol, les événements climatiques. La panne interne d'un groupe froid n'en fait pas partie. Il faut une garantie bris de machine, très souvent optionnelle, qui vise les dommages accidentels et soudains d'origine interne : rupture mécanique, court-circuit, défaut d'un organe.

Autour d'elle gravitent des sous-garanties distinctes, chacune avec son plafond et sa franchise :

  • Perte de fluide frigorigène — souvent plafonnée à un montant forfaitaire, parfois exclue si la fuite résulte de la corrosion ou de l'usure ;
  • Dommages aux marchandises en enceinte réfrigérée — la garantie qui compte réellement pour un restaurant, un commerce alimentaire ou un entrepôt sous température dirigée ;
  • Perte d'exploitation — avec une franchise exprimée en jours, décisive sur les petits sinistres.

En contrepartie, les contrats posent des conditions. Les plus fréquentes : contrat d'entretien annuel avec une entreprise titulaire d'une attestation de capacité, tenue à jour du registre et des fiches d'intervention, dispositif d'alarme ou de télésurveillance des températures avec report, respect d'un délai de déclaration du sinistre — cinq jours ouvrés en règle générale (art. L.113-2 4° du code des assurances).

Ces conditions ne sont pas décoratives, mais elles ne sont pas non plus toutes-puissantes. Une clause d'exclusion doit être formelle et limitée (art. L.113-1) et figurer en caractères très apparents (art. L.112-4) ; c'est à l'assureur qu'il revient d'établir que le cas d'exclusion est réuni. À l'inverse, si vous avez déclaré à la souscription un contrat d'entretien qui n'existe plus, l'assureur peut invoquer une déclaration inexacte non intentionnelle et appliquer la réduction proportionnelle d'indemnité (art. L.113-9) ; une fausse déclaration intentionnelle expose à la nullité (art. L.113-8). Votre contrat peut prévoir des règles plus favorables : vérifiez vos conditions particulières.

Cas pratique : 34 000 € de dommages, 22 870 € d'indemnité

Un traiteur exploite un groupe froid chargé de 18 kg de R-404A, soit 18 × 3 922 ÷ 1 000 = 70,6 t CO2e : tranche 50–500, donc contrôle d'étanchéité tous les 6 mois (12 mois si un système de détection est installé). Une fuite lente s'installe ; le compresseur tourne en manque de fluide, surchauffe et casse un dimanche. La chambre négative remonte en température.

PosteDommageTraitement contractuelIndemnité
Compresseur et remise en service14 800 €Bris de machine, vétusté contractuelle 35 % (matériel de 9 ans), franchise 800 €8 820 €
Recherche de fuite et recharge2 400 €Sous-garantie perte de fluide, plafond 1 500 €1 500 €
Marchandises en chambre négative9 300 €Garantie acquise (alarme de température présente et opérationnelle), franchise 500 €8 800 €
Perte d'exploitation (6 jours)7 500 €Franchise de 3 jours3 750 €
Total34 000 €22 870 €

Reste à charge : 11 130 €, soit un tiers du sinistre, alors que l'exploitant est en règle. Les trois causes sont la vétusté, le plafond « perte de fluide » et la franchise en jours — trois paramètres négociables avant sinistre, jamais après.

La même histoire sans registre. Si les contrôles semestriels n'avaient pas été réalisés et qu'aucune fiche d'intervention n'était produite, l'assureur aurait pu opposer l'exclusion de défaut d'entretien sur la partie machine, et le poste marchandises aurait été discuté si l'alarme s'était révélée non fonctionnelle. Le registre n'est pas un document administratif : c'est votre preuve d'entretien.

Checklist avant le prochain contrôle — et vos marges sur le contrat

À faire cette semaine, sans budget :

  • Relever, pour chaque équipement, le fluide et la charge en kg (plaque signalétique), puis calculer la charge en t CO2e et en déduire la fréquence applicable.
  • Rassembler les fiches d'intervention des 5 dernières années et les numériser dans un dossier unique, daté, exportable.
  • Vérifier que le contrat d'entretien mentionne explicitement le contrôle d'étanchéité à la bonne fréquence, et pas seulement une « visite annuelle ».
  • Tester l'alarme de température et conserver la preuve du test.
  • Relire dans vos conditions particulières : présence de la garantie bris de machine, plafond perte de fluide, franchise marchandises, franchise en jours de la perte d'exploitation.

Vos marges de manœuvre contractuelles. En assurance professionnelle, la résiliation obéit à l'article L.113-12 du code des assurances : à l'échéance annuelle, avec un préavis généralement de deux mois. L'article L.113-16 ouvre une faculté de résiliation en cas de modification du risque, notamment de cessation d'activité ou de changement de profession, et l'article L.113-3 organise le remboursement de la prime au prorata. À l'inverse, le droit de rétractation de 14 jours du code de la consommation et la résiliation infra-annuelle dite « loi Hamon » (art. L.113-15-2) visent les particuliers : ils ne s'appliquent pas à votre contrat professionnel. Ne construisez pas votre calendrier d'arbitrage dessus.

En pratique, mieux vaut négocier à l'échéance qu'espérer une sortie anticipée : une franchise majorée, un plafond « perte de fluide » relevé ou une franchise de perte d'exploitation ramenée à un jour pèsent souvent plus lourd, sur la durée, qu'un écart de prime de quelques dizaines d'euros.

Questions fréquentes

Oui. Le calcul donne 3 × 2 088 ÷ 1 000 = 6,3 t CO2e, au-dessus du seuil de 5 t CO2e : un contrôle au moins tous les 12 mois s'impose, porté à 24 mois si un système de détection de fuites est installé. L'exemption réservée aux équipements hermétiquement scellés et étiquetés comme tels ne joue que sous 10 t CO2e, et suppose que l'étiquetage soit effectivement présent. Vérifiez la plaque signalétique avant de conclure.

Non, ce sont deux choses différentes. Le contrôle d'étanchéité est une obligation réglementaire à fréquence imposée, réalisée par une personne certifiée ; le contrat d'entretien est une prestation commerciale, souvent exigée par l'assureur mais dont le contenu varie. Demandez un avenant écrit précisant que le contrat couvre le contrôle d'étanchéité à la fréquence applicable à votre charge, et que les fiches d'intervention vous sont systématiquement remises.

Il peut invoquer une exclusion de défaut d'entretien, mais à trois conditions : que la clause figure au contrat en caractères très apparents (art. L.112-4), qu'elle soit formelle et limitée (art. L.113-1), et qu'il démontre que le cas d'exclusion est réuni, notamment le lien entre l'absence de contrôle et le dommage. Si vous aviez déclaré un contrat d'entretien devenu inexistant, il pourra plutôt appliquer la réduction proportionnelle d'indemnité (art. L.113-9). Dans tous les cas, produire le registre et les fiches d'intervention change la discussion.

Le détenteur de l'équipement, c'est-à-dire vous. Le prestataire établit la fiche d'intervention et vous en remet un exemplaire ; c'est à vous de la classer et de la conserver au moins 5 ans, avec les rapports de contrôle d'étanchéité. Pratique recommandée : un dossier numérique par équipement, avec numéro de série, fluide, charge, charge en t CO2e, fréquence applicable et historique daté. En cas de sinistre comme en cas de contrôle, c'est ce dossier qui fait foi.

Pas via les dispositifs réservés aux particuliers : ni la rétractation de 14 jours du code de la consommation, ni la résiliation infra-annuelle dite « loi Hamon » ne s'appliquent aux contrats professionnels. Vous relevez de l'article L.113-12 : résiliation à l'échéance annuelle, avec le préavis prévu au contrat, généralement deux mois. Avant d'en arriver là, négociez : une franchise majorée sur le poste marchandises, un délai de mise en conformité inscrit à l'avenant, ou un dispositif d'alarme simple avec report sont souvent acceptés en lieu et place d'une télésurveillance complète. Faites-vous confirmer l'accord par écrit.

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Article rédigé et vérifié par l'équipe Insurio — Tutassûr, courtier en assurance immatriculé à l'ORIAS sous le n° 22001730. Information à caractère général ne se substituant pas aux conditions de votre contrat.

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